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La perEonne que je visilais, et que je n'ai vue qu'uAe s6Ule fois, car rien ne me preasa de revenir, me psrU de I'Antechrist et de la loi sur les ali^nis, dt H longue detention diQi las m\M at da li ni< II PREFACE. cessite qu'elle sentait de remplir sa mission avant de mourir. Et de fait, quelques mois apr^s elle 6tait morte. L'aimable et ven6r6 ami qui m'y avail conduit m'avait dit la v^ritd : cette dame est un probleme^ mais son malheur n'en est pas un. II sera du moins utile k d'autres, et son cas extraordinaire sera un preservatif. II sortira de cetle vie tour- ment6e, inforlun^e, et cependant peu sympathique, une d^livraace pour des condamn^s k Tenfer de la vie. En un mot, cette femme etait W^ Hersilie Rouy. J'ai vu son portrait, fait par Gompte Calix. Une merveille d' esprit, de rfiverie et d'art. Je ne voyats plus qu'une mine. Mais quelle rui|ie ! La ruine bizarre et fantastique d'un palais hantS jadis par,^ le g6nie du mystere. '* Je ne m'^tais pas tromp^. L'histoire de cette personne est un drame mouvement^, plus terrible que ne Taurait rev6 Alexandre Dumas. Le mys- tere ou rintrigue, peut-elre les deux, domineraient dans ce drarae reel el poignant qui commence, dit-on, anx Tuileries, pour continuer dans le inonde des arts, dans les asiles de fous, et s'achever dans une obscure retraite, Je n'y mis aucune elude, J'oubliai. Le cauchemar m'avait effleure de son aile capricieuse et lourde. Quand je fus reveille par I'attrait philosophique du sujet el mon desir ^ de seconder les intentions philantliropiques et bien- faisantes de mon condocteur, M"= Hersilie etait merle. Une pierre muette couvre son cadavredans le cimetiere' de la porte Saint-Jean, fi Orleans. Muette dans la vie, muette dans la morl ! Fallait-il abandonner ainsi I'eoigmede sadeslinee? 11 parait que DOD. Les Memoires d'une fcuiUe de papier soulevenl le voile. Et voici que les Memoires vrah d'Hersilie apportent et donnent au public tout ce qu'il a el6 permis de deviner. Que m'importait, du reste, la femme? Qu'elle fut princesse ou instrument, elle avail il& raalheu- reuse ; 11 etait juste et bon que son inforlune en pr^servdt d'aulres. M. le Normant des Varannes et IV PHEFACB. > t^*^ sa bonne -et exquise compagnd avaienli avec un d^voClment^ une abnegation qui nd 8'4Ulient jamais d^menlis, sauv^, arrach^ la pauvre femtne A 6on enfer, la pauvre s^qnestrSe h sa geole. Et mitinte- nant ils voulaient d^montrer par son histoire la cruaut6 d'uqe legislation sans entrailles. lis vou^ laient apporter le remade k des oalamitds sans nom, et je me promis de les aider par ma plume et par mon nom. Et c'est ce que je fais en ^cri- vant cette preface. Je n'entre pas dans le vif du sujet. Notrd siicle n'a plus besoin des rois* La d^mocratie dst une mar^e haute qui couvre tons lei feommeta et itend sur tous les terrains sociaux I'^galite mouvante de son niveau. Que celle^ci ait &i& ced ou oeU, Hertilie Rouy ou fille de duchesBd, substitute ott noil, double ou simple, il m'importe pen. Je vois une miserable qu'un caprice oU qu'un arrSt inQ6xibla> que la rai- son d'Etat ou la raison de famille arrache k h vie» au bonheur^ k la lumiere, pour la pr^oipiter dans flR goulTre, ^t je (J^?ir« Jeter u^e pierre ifm CP goufTre, pour qu'elle contribua & le combler ; bien d'aulres pierres y lombefont. Laloi sur les ali^n^s sera modifiee. L'humanit6 aura son tour. La Repu- blique sera plus cl^mente que les monarchies. La justice regaera enfiQ sur celte lerre desolee, et I'histoire de celte victirae sera un avertissemenl, une lepon pour I'aveoir. J'^rivais, il y a quelque temps^ I'article suivant dans I'Avenir dti Loiret, etj'yrendais comple des Mimoires d'une leuille de papier. Jereproduiscet article, car il renferme I'annonce des vrais Memoirea qui paraissent aujourd'hui. J'aarai k y ajouter peu de chose : Le myBtSre a toiijours frapp6 les esprits. Auss! un livrc qui, sons une forme IdgenJah'e, apporte une i-^v^lation Rur I'un des ivinemenU leR plUR mysWrieuK An siMe sera-t-il FPfu da public avec inWrflt, d'autant mieux ^ue ce livre, &;rit avec goflt et ilfi^'ance, joint les iiuaiilda de forme les plua recommandablea S la profonde et toouvonte ^nigme qui en taii lefond ; raais, pour quelques leuteurs, pour ctux qui vont jusqu'au boul des penste, pour ceux qui cher- dieat la philo^iophie socialc sous les manifesta lions de la vie r^uU^re ou extraordinaire, ce livre sera une rivSlation. Je pOBB la question simplement, avec la conviction d'une eone- cience ^clairfe par la n^nenion et par les f^its : (e livre est uiir*qul«thiire. J VI PREFACE. Gette fois un courageux et d6vou^ accusateur se 16ve au nora de la justice et — • chose strange — se 16ve, non pas au nom de la soci^te, mais centre la soci6t6 ; j'entends la so- ciety telle que Tont faite les despotismes ant^rieurs. Voici le cas : • L'ancien regime avait ses lettres de cachet. La loi Oiodeme sur les ali^n^s est elle-m^me une sinistre et perp^tuelle lettre de cachet. Sous l'ancien regime, la femme, qui tr^s-probablement est la marquise de Douhaut, se voit enlev^e, conduite A la SalpStiiere, spoliee et condamn^e k trainer une longue exis- tence sans etat-civil, de sorte qu'on pent la sumommer « la ferarae sans nom. » ^ De nos temps, une legislation barbare livre k Pappr^cia- tion d'un medecin, k la haine probable d*une famille, k quelque sombre et criminelle intrigue, une femme, une artiste dans tout F^clat de son talent, la fait passer pour folle de par la loi et rinterne dans ces g^hennes contem- poraines oii le Dante aurait trouv^ un dernier cercle de son « Inferno, i Eh bieh ! en attendant que Thistoire impartiale donne un vengeur a M™e de Douhaut, voil^que M. E. Burton parait et venge M^^^ Hersilie Rouy,''car sous le pseudonyme Idgen- daire il s'agit d'elle, d'elle que nous avons vue et connue, d'elle qui a s^journ^ dans cette ville et qui y a traine ses derniers jours, adoucis du moins par le gouvernement r&- parateur de la R^publique frangaise. M. Burton ne livre pas son nom veritable k la publicity ; mais sa g^n^reuse intervention n'est un myst6re pour per- sonne. Respectons son secret. Parlous du livre. J'ai nomm6 M^e de Douhaut. La victime elle-mSme, W' Rouy, dano un article ^crit il ja quelques anii^e^ i^I parn dans use feuille locale, comparait son sort i celui dc rinfortun^e marqaise. Poor moi, je le trouve plus dur. Lb morte pr^lenduo de Janvier 1788 avait autour d'cllp in cort^ admirable de devoHments et de sympathiiis. Sf* Reuf a iti seule longtemps, seule d'une sotitmle abso- lve, livnie i loQS les abandons ; et, certea, si le machiavii- le qui renfermait avait eu pour but de la I'endre vrai- niEnil folle, il avail choisi Ice luoyens lea plus propres a r^liser ce but. Son ferme esprit rfisista. Sa volonWpreE<(ue snrhumaine la sauva.^Ses mSmoireii sont, a I'heure <{u'il est. 9 presae. La l^gende que nous pr^sentons au public en est cotnme la preparation. EUe d^veluppe loute rintrigUE: dont leB mdmoires nc font connaltre qu'une partie ; elle jette linjour inallendu sur I'evawon de Louis XVII, sur lea agissements du pouvoir occulta qui inquiSta la Restaura- tioQ et sor un auti-e point plus d^licat encore, la uaiasance if an prince conleraporain. Je dois ajouter que M. Burton a eu ea ses inains les preu- »es de ce qu'il avance sous une forme romantique et qije, ' panr qui pourrait connaltre lesnomsreela cles personnages, la Ugende deviendrait Vhistoire. On sem ^lonne des qualites draioatiques que d^veloppe ce livre ; de la vie des personnages, de la multiplicity des intrigues et de la savante combinaison des (rames, et Ton croira avoir affaire k I'leuvre d'un roma ncier accoutume nix ficelles da metier. Eh bieu I cetle fois, la reality a ^ti: plus dramatique que la fiction. Et si la mise en ceuvre fait honneur &. E. Burton ; ai le style, avec aes nuances et ses I grices lui appartient, ce n'est pas a lui, c'est i. la rialiii Iqn'il fiiut reporter I'honneor de I'iavention dramatiqae. VllI ' PHSFAGE. La Vie modorne a ouyert siis profondeurt, conune FOc^an sous une rafale, et oe livre Hv^lateur en t9i sorti*.. La sequestration et ses suites monstr^euies 1 La r^forme de ces badtilles * oontemporaines c[u*on notnme mUbb d'alihh^ ! La modification indUpiHscLble de la Ugitlation sur les ali^n^B. Trois points difliciles que ce livre ^filair^ et qu'il faut r^* 8oudre« La R^publique le fera ; elle n'aooeptera pas Th^ri- tage monstrueux du passd. Puis trois probl^mes historiques ^dairois : Si Louis XVII a pu 6tre sauv^ ? Si Louie XVII a ^t^ le baron de Richemont? Si le manage du due de Berry avec Caroline de Naples a a^valable? Ce livre les ^claircit, Eucharis Champigny^ Jeanne Tavemier, c*est M^*^ Hersi- lie Rouy, connue, dai\s les asiles sous le nom de Chevalier, Voili la clef qu'il faut avoir pour comprendre la legende ; M. Burton ne m*en voudra pas de Tavoir donn^e. Ami lecteur, lisez ce livre. Quand vous Taurez lu, et quand vous y aurez joint la lecture des MSmoires de MHe Hersilie Rouy, qui vont par^dtre, vous connaitrez Pen- vers de Phistoire du XIX« si^cle. M. Burton semble (qu'il me permette un peu de critique), semble avoir conserve quel({Ue reste d*attrait pour les cou- ronnes papales ou autres (lisez son post-scriptum) ; mais c*est un esprit sincere, un coeur droit, une Ame bien trem- p6e et meditative ; qu'il se relise lui-m^me, et qu'il recon- n^isse que 6on livre est la oondai^tmation des couronnes. .1 < , I • ■ ^hfT^ P*ELtO>', Cel Milrnoirex annonces et promis, les voici. La vioiiine parle eUe-rngme. EcoutoQs-la. Tout com- mentaire les afTaiblirait. Mais je demanderai la permission de rappeler catta phraee d'uae lettre de W^ de Groaelier, qa'on lira a la page 72 : « Conament ! ea pleia XtX* siecle, dans un payS civllis^, oil il y a une police, des tribunaux, une magistralure, on peul accomplir un acte aussi t grar« qu'une sequestration, sur le simple aver- ( lissement d'une personne inconnue'? ». Qui, hdlas ! on le peut, ou du moias on I'a pa, et ce Uvre n'a qu'un but : celui de faire qu'on lie le puisse plus jamais. Que ce style est nerveux dans sa simplicity ! lomme tout cela est palpitant, v6cu et sioistre ! Quelle voix que cette voix posthume qui crie k la 60ci6le : « Quaod leras-lu justice? ». Si, du moins, elle en est morte, si elle ea a mfferl, que d'autres ne soufFrenl plus, ne meurent plus pour cela et que la pitie humaine connaisse Bufin les larmes, pour les emp^cher de couler I Que PREFACE. la loi, jadis si terrible, s'attendrisse sur tant d'in- fortune. Que les legislateurs patriotes, que le gou- vernement national reparent cette injustice^ et que Toeuvre de touti3 la viedes 6diteurssoit cduroiin^e par le succes. Leur coeur sensible n'en veut pas d'autre. II appartient k la dSmocratie, si. sou vent viclime des tyrannies, de dire avec le poete : Non ignara malis miseris succurrere^disco. Jules-Stanislas DOINEL, Archiviste-pal^ograpbe . AVANT-PROPOS. Bension de la loi du 30 jniii 1S38 sar les alienes. I EzTRATT DU RAPPORT de M. le Ministre de I'inlerieur i M. le Preiident de la Republique, mors 1881 {i). pourrait s'^ckirer, soil par rauditioo s inUress^s, »oit par des questionnaires, soil par des en- I quotes parti*. Mon pere avait en outre, de son premier mariage, un ills nomme Claude- Daniel. Mon pfere et ma mfere tenaient a Milan une institu* tion de jeunes gens. Mon pfere y donnait lui-m^me des lemons. Afin de faciliter les etudes de ses elfeves, il inventa un m^canisme uranographique qui attira, des 1812, Tattention du prince Eugene, alors vice-roi d'ltalie, et de tous les savants de ce pays; ils en firent au ministre de Finterieur un rapport si favorable qu'ordre fut donn6 de placer ce mecanisme dans les institutions publiques. Le grand succes qu'il obtint d6cida mon pfere a retourner en France. II mit ce projet a execution apr^s la naissance de mon frire T6l6ma- quej en 181&* CHAPITRE PREMIER." — ABRltofi DE MA VIE. Nous arrivdmes ^ Paris k la finde celte m^me aiin6e, et mon p^ie fut pr6sent6 k Louis XVIII le 17 Janvier 1816. II donna au roi, ainsi qu'i la famille royale, un. cours d'astronomie dont le r^sultat fut aussi satisfaisant que celui obtenu k Milan. Louis XVIII ayant beaucoup adinir6 le m^canisme uranographique, mit son nom en t^te d'une souscription ouverle pour sa propaga- tion. Le ministre de Tint^rieur en ordonna le placement au Conservatoire i Les institutions publiques et particu- liferes en furent pourvues. Aprfes avoir donn6 des stances dans plusieurs soci6t6s savantes et k Tlnstitut, mon pfere partit pour la Russie, fit le tour de TEurope, et nous revinmes nous fixer k Paris en 1823. Ma mfere n'ayant plus voulu quitter cette ville, o6 elle avait ^t^ fort bien accueillie par la famille Rouy, mon p6re s'y Mablit. II donna des lemons et des cours d'astronomie. Sa position scientifique le mettait en rap- port avec les savants, les litterateurs, les artistes, qui se donnaient rendez-vous chez lui* Ses stances 6taient suivies par les plus hautes sommit^s sociales* J'ai eu I'honneur de voir a la maison M™** la duchesse de Berry, le roi Jerdme, les ambassadeurs de Portugal, etc. Je leur sri et6 pr6seni6e, ainsi qu'i tous ceux qui voulaient bien s'occuper d^ji de mon petit mdrite. Elev6e par mon pfere et par ma mfere, que je n'ai jamais quitt6s, j'ai eu le bonheur de r6pondre k leurs bons soins par des progrfes rapides. J'ai pu ^tre re^ue r I. N. , MEMOIRES d'UNE ALl^NJ&E. el6ve titulaire au Conservatoire de musique le jour m^me de ma dixifeme annee, 14 avril 1824; donner des lemons k mon frere Tel6maque. et k ma soeur Doroth6e ^ douze ans ; 6tre plac6e comme institutrice k seize ans, apres la mort de .ma bonne m^re, qui a succombe, le 6 octobre 1830, k une longue et douloureuse maladie. Apr^s 6tre reside trois ans a Blois chez M"*' de Galard de Zaleu, deux ans k Londres chez lady Billon, mon pfere, qui avail repris ses voyages, ayanl voulu se reposer, je suis revenue prfes de lui en 1836, et gr^ce a la bienveillance de chacun, je me suis cr^^ une situation fort honorable, comme pianiste et comme professeur. Je menais une vie trfes-active.et trfes-fatigante, ayant k tenir ma maison comme j'avais 6t6 6lev6e k le faire et comme cela convenait k mon p^re, qui aimait la vie large et ais6e. L'appartement dtait en mon nom et a ma charge. Le loyer dtait de 800 fr., prix trfes-61ev6 alors. Mon pfere me donnait 70 fr. par mois pour sa pension, tout compris. R^veillee d6s six heures du matin, j'allais embrasser mon pere dans son lit, et je partais, par tous les temps, pour donner des legons jusqu'a I'heure du diner, seul moment ou nous nous retrouvions, seul repas que nous faisions ensemble et ou nous pouvions un peu caiiser. II ne sortait jamais le soir que quand il m'accom- pagnait dans le monde ; il n'avait done pas la ressource du caf6, ni m^me ceile des journaux, sa vue affaiblie nelui permettant pas la lecture. '., CHAPITRE PREMIER. — ABRIDGE: DE MA VIE. II allait se coucher k liuit heures ; je me mettais au piano jusqu'a minuit, pour recommencer mon rude travail le lendemain. Cette vie 6tdit bien triste pour ce pauvre vieillard, qui, au moment oil le repos et la vie d'interieur sont le plus n^cessaires, 6tait abandonn^ k lui-m^me tout le jour et n'avait plus, au coin de son feu, cette douce Qt charmante compagne qui avait part^6 sa vie et ses travaux, 6iev6 ses enfants, et faisait tons le^ soirs avee lui sa chfere partie d' tehees. Je cherchais tous les moyens de lui cr6er une occupation qui pAt le dis- traire; maisrien ne pouvait combler ce vide cruel, et sa vie, toujours si active autrefois, lui paraissait d'autant plus monotone qu'il ne savait plus a quoi I'employer. 11 modela le Panth^oni le tombeau d'H^loise et d'Abei- lard, et lies fit couler en bronze, ainsi que diff^rents auires objets; mais cela devenait ruineux, et il y renon^a. Le dimanche, je lui appartenais. II enjouissait; j'etais k lui seul toute la journ^e. II me menait pro- mener ou me conduisait fiferement dans un concert ma- tinal ou je faisais ma partie, ou il m'entendait applaudir avec bonheur, et m'embrassait, sans c6r6monie, devant tout le monde, quand mon succ^s 6tait complet. Je travaillais pour lui plaire, et j'aurais pass6 ma nuit en- lifere an piano si, sortant de son lit k minuit, il n'^tait venu r^guli^rement m'avertir qu'il 6tait temps de laisser dormir les voisins et de dormir moi-mtoe. 6 MfiMOIRES D'UNE AUIBNISe. Bientot le pauvre cher p6re ne put plus m'accom- pagner le soir; la lumifere faisait enfler ses yeux. Je voulus renoncer au monde ; il n^ le voulut pas et antra k Sainte-P6rine, esp6rant trouver, dans une maisori consacree k la vieillesse, un amateur et un ^chiquier. Ne pouvant rester seule dans cet appartement ou j'avais eu le bonheur de vivre prfes de lui, et qui etait devenu trop grand pour moi, j'y donnai une soiree d'adieu ou je r^unis la famille et le$ personnes qui avaient la bonle de me porter inl6rM. Celle dont la bienveillance etait la plus active 6tait alors M°»« Domi- nique Andr^, de si respect^e m6moire. Sitot qu'elle sut que je voulais avoir un peu de musique chez moi, elle m'envoya des lampes, des rafraichissements et son bon vieux domestique BaptistCy pour veiller au service et k r^clairage. Elle m'amena quatorze personnes, parmi lesquelles se trouvait son aimable amie, M"^® la baronne de Neufflise, et m'en aurait amene davantage si mes modestes murs ne s'y etaient pas opposes. Elle fut, du reste, enchantee de sa soir6e, ou M. et M"e Ponchard, MM. Mallarl, violoniste; Prunnier, liarpiste; Wartel, de rOpera; Henri, de rOp6ra-Comique ; MM. Jacques et Henri Herz,' rivalisfereht d'entrain et de talent, ou un public d'^lite ne cessa d'applaudir, ou les rois de, la publicity se pressaient et, comme disait gaiment Th6o- phile Gauthier, quis'y etait trouv6 6cras6 dans un coin, « ou ils avaient la ressource de se perchelr sur un pied pour reposer Tautre, » I CHAPITRE TBEMIER. — ABR^g6 »E MA VIE. /7 nil ■■■■■■<. — ■■■ m 1^ II..— 1^.. .^ .^ »■■■■■ ■^■■ii»» M ipM^i M.^— ■■■■■■■ ■ I ^ ■ 1 ■ w ■■ ■!! ■" III Quand M™e Dominique Andre apprit que je souffrais de la poitri^e et voulais changer d'air, elle chercha k m'emmeher a Tours, ou la tr^s-charmante M™« Blanche Andr6, femme de M. Louis Andr6, le propri^taire de la mianufacture de Foecy^ passait T^t^ avec ses beau}^ enfants. Elle fut trfes-f4ch6e de me voir me decider pour le midi, ou j'allai passer six mois dans la famille Benoit d'Azy. Mais M«»o la comtesse Benoit d'Azy, qui m'enlevait k elle, eul la gracieuset6 de relarder soij depart de quelques jours, pour que je pusse jouer aii concert de M"« A..., jeune artiste que M"« Dominique Andr^ prot^geait et avait amende a ma soiree. Gette dame, dont la bienveillance 6tait extreme, sachant combien j'aimais ma scBur et me preoccupais de son avenir, la plaQa-comme institutrice chez son neveu, M. Paul Bontoux, habitai^t un chateau pr6s de Paris. Mais ma soeur n'y put rester, et j'en 6prouvai tant de chagrin que je n'osai plus retourner chez M™o Dominique. Je rencontrai un jour le bon vieux Baptiste, qui me temoigna sa surprise de ne plus me voir chez sa mai*- tresse. ■ II ■ I ■ ■ I I II ■ ' ' ' . ' I raison s'etait' m^rie, et j'^tais vieille. de pens6e, Je me trouvais heurcuse de ctette affection fraternelle en laquelle j'avais une grande confiance, estimant et res* pectant beaucoup mon fr^re, ainsi que ma beJle-soeur, avec laquelle j'entretenais une correspondance r^gu- ]i6re quand nous nous trouvions ^loign^es I'tme de I'autre. Pendant un assez long sejour qu'ils ont fait a Limoges, mon fr^re ^tant venu k Paris^ a logd chez moi avec son fils Jean qui, d^s lors^ trouvait sa petite tanfe Dachinka charmante. Quand il fut question de •mariage, tout changea autour de moi : on me fit mys- t6re des pr6paratifs ; I'acte civil fut accompli le 15 no- vembre 1845, presque clandestinement, et je ne sus, moi-m^me, cette union faite, que lorsque je fus invitee a la calibration du mariage k P^glise, effectu^ quelque temps apr^s. A cette occasion, j'entendi? parler vaguement de bigami^, de faux, de formalit^s a ^viter^ Mais quand je voulais en savoir plus long, on me r^pondait que leg choses etaient toutes personnelles, qu'on avait fait pour ma soeur une reconnaissance d'enfant naturel, afin d'6yiter des dispenses, et qu'il ne fallait rien dire. Je dois avouer ici qu'61ev6e loin des chicanes judi- ciaires, n'ayant jamais entendu soulever la question de notre 4tat civil, voyant Tunion parfaite qui regnait entre la premiere famille de mon pfere et notre mfere, je croyais tout r^gulier autour de nous. J'6tais d'autant plus ignoratite de toutes choses sur ce point, que j'avais » * GHAPITRE PREMIER. — ABRfifife DE MA VIE. 13 meme confiance, m'ont octroye, sur la simple parole d'un homme,-qu'ils ne connaissaient pas plus qu'ils ne me connaissaient, le nom et T^tat ci\il de fantaisie qu'ils ont enregistr^s, sans aucune pjfece k Tappui. Depuis le moment de ce mariage, mon pfere baissa rapidement^ ayant eu une attaqne de paralysie. Sa; fin fut acc^l^r^e par une circonstance que Je vais rap- porter. II avait, 3iy rtie de Fontarabie, a Charonne, pr^s du Pfefe-Lachaise, une maison assez belle dont il 6tait de- venu proprielaire malgr6 lui, parce qu'il avait dessus une premiere hypothfeque. Cette maison, qui entre des mains fermes et habiles aurait pu rapporter beaucoup, ne faiaait que lui engendrer des ennuis et des tracas- series qui le minaient. On I'avait lou^ pendant un cer- tain temps, par petits logements, k des ouvriers. Elle • rapportait ainsi de 3,000 k 3,600 fr. Mais les rentr^es se faisaient fort mal, mon pfere 6tant trop dg6 pour s'en occuper activement. II prit un homme d'affaires ; cela coutait cher et n'allait pas mieux. II voulut m'en char- ger : outre que c'etait pour moi un surcroit de fatigue, je ne pus arriver a rien ; ces gens pleuraient, en appe- laient k ma compassion, et la rigueur me devenait im- possible. On fit maison nette, et on loua k deux fabri- cants. lie plus important fit faillite... G'^tait k d^cou- rager le plus intrepid e. Mon p6re avait soixante-dix-sept ans. II s'6tait plac6 k Sainte-P^rine viag^rement, en donnant une somme ^ , \ ♦ ^ i4 MIilMOIRES D'UNE ALIENEE. II II I IW 1^1 II I H">^B I II' - - J I IIMI.<», j ■ ■ W^— — ^ IMP— W^H ■ ^i^^^W^^i^l^ de 12,000 ou 15,000 fr» Mais il fallait, en outre, caf6, service, tabac, ^clairage^ chauffage, blanchissage, e^^tre- lien, menus frais, argent de poche, ce qui faisait mon- ter la pension assez haut; et n'ayant presque pas d'ar- gent devant lui, il se tourmentait beaucoup. Je priai done mon fr^re de vouloir bien prendre la directipn de la maison, de m'6ter cetle besogne^ k la hauteur de la- quelle je ne me sentais pas du lout, et d' assurer a mon pfere un revenu fixe qui lui rait I'esprit ett repos* II y consentit, et mon p6re se trouva immddiatement mieux, a ma grande joie. En Thonneur de cette prise d'autorite de mon fr6re, il fut convenu que le diner de famille, qui se donnait ordinairement chez moi le jour de la Saint-Charles, — car mon pauvre p^re ne se regardait chez lui que quand il etait chez moi , — se donnerait chez Claude-Daniel. Je fus exacte au rendez-vous g6n6ral. Mon fjrbre avait gard6 rhabitude militaire d'Mre a Theure ; on le savait, et on s'arrangeait de mani^re k ne pas le faireattendre. Une heure s'^tait ^coulee ; sept heures sonnaient, et mon pfere n'6tait pas arriv6. Je commengais k ^Ire in- quire. « II ne viendra peut-6tre pas, me dit Claude-Daniel . — Comment cela ? — C'est que je lui ai ^crit de ne plus -compter sur moi pour ses affaires. — Qu'est-ce que cela veut dire? dis-je stup6faite. — Dachinka m'a dit que tu aurais des soup^ons sur ce que je ferais, et j'ai pr^f^r^ couper court k cela. ]» CHAPITRE. PREMIER. — ABRl^GK DE MA VIE. 15 Je me levai d6sesp6r6e. « Vous avez tue mon pfere! / m'^criai-je en cdurant prendre mon chapeau. Est-il pos- sible qu'un homme de coeur, qu'un homme sens6 agisse ainsi? Si je n'avais pas eu toute confiance en vous, si je n'avais pas voulu tranquilliser mon bien-aim6 pfere, vous aurais-je pri6 de vous occuper de lui? Ne m^en serais-je pas occup^e seule? C'est indigne! — Aussi je m'en suis 6tonn6. — Et pourquoi avez- vous ecrit a mon p6re sans m'en parler d'abord ? — Parce que j'ai * agi sous la premiere impression ; ce n'-est qu'apres que j'ai r6Q6chi. Ou vas-lu? — Je vais le chercher, lui dire que vo«8 avez agi stupidement, que vous le regrettez, que vous tenez vos engagements ou rester avec lui, car il ne pent pas passer sa f^te seul au monde ! » Je pris une voiture ; je promis bon pourboire si on allait vite. J'arrivai aSainteTP^rine... Personne I Je re- vin« chez mon fr^re... Personne! Oh! mon pfere ! Je redescendis ; je retournai a Sain te- Purine... Per- sonne !! Que faire? que devenir?... Je ne suis pas devenue folle ! Non ! je suis restee li, attendant, esp6- rant... Puis j'ai couru chez moi, ayant Tidee que le pauvre afflig6 devait avoir recouru a moi; a moi, sa fille; k moi, gu'il savait Taimer!... Personne n'etait venu ! Je suis revenue a Sainte-P6rine, ou les concierges me permirent d'attendre chez eux. A dix heures et demie, il est rentre, bris6, extenu6 ; il avait faim!... II avait recu un coup; sa lete avait loum6. II avait pourtant voulu nous voir ; il s'^tait perdu, 16 HEMOIRES D'UNE ALIENKK. • et on avait ete oblige de le remettre sur Je chemin de Sainte-P6rine. J'ai soup6 avec lui ; je lui ai remis de Tespoir au cceur ; je Tai bien embrass6, caresse, cou- cbe; puis, a minuit, j'ai remerci6 les braves gens qui avaient bien voulu me permettre d'attendre dans leur loge, et ne s'etaient pas couches avant que j'eusse calm6 leur pensionnaire. J'ai quitte seule ce quartier isole et dangereux ; je.me suis dirigee chez moi, pr5s la bar- riere des Martyrs. Le coup 6tait port6. Rien ne Fa pu sauver* II est tomb^en enfance; ilcroyaitqu'on voalait le voler^l'em- poisonner. II se perdait sans cesse quand il sortait, et me disait que les souvenirs de son jeune Hge Tobs^- daient. Bient6t il garda le lit, refusa de recevoir aucune nourriture que de ma main; puis me dit qu'on Irom- pait ma surveillance, qu'on empoisonnait k mon insu ce que je lui ofFrais, etfinit par tout jeter par la tenetre et par s'enfermer. Le jour de Tan 1848, jour de sa naissance, il avait s6ixante-dix-huit ans. Je vins le voir un peu tard, comptant rester jusqu'au soir. II avait sur son lit des oranges. « Tiens, me dit-il, prends-les, ma fiUe ; je n'ai pas autre chose k te donner, main tenant qu'ils m'ont tout pris. y> J'eusbeau refuser, lui donner celles que je lui apportais moi-mdme; il me for^a h les emporter et ne voulut gouter qu'aux miennes. Ce fut presque son dernier jour de lucidit6. \ CHAPlTREl PREMI6R. — A6RKGE DE MA VIE. 17 / Mon frfere ayant 6t6 averti par le directeur de Sainte- Perine qu'on ne pouvait pas le garder, voulut bien se charger de Irouver une maison de sant6 et s'occuper des demarches k faire pour le placer, ainsi que pour obtenir de i'assistance publique de la Seine le revenu de [a somrae assur^e viagferement a Sainte-Perine. II vint me chercher de bon matin avec ma belle-soeur, car mon pere ne voulait voir personne, et ils n'osaient forcer sa porte sans que je fusse 1^. En effet, il sauta i has de son lit et demanda pourquoi on entrait chez lui. D6s qu'on lui eut dit que c'6tait parce que sa fille voulait le voir : < Laquelle ? — Hersilie. — Ou est-elle? OU est-elle ? » II se plaignit k moi de cette violence. Malgr^ tous mes efforts, je ne pus lui persuader qu'il fallait quitter sa chambre pour m'accompagner ailleurs. Je fas obligee de me retirer dans une autre piece avec mon frfere et mSi belle soeur, tandis qu'on Ventrai- nait de force* Nous suivimes, dans une seconde voiture, celle qui I'emportait entre quatre gardiens, et nous arrivdmes avec lui k la^ maison de sant6 de M""** Reboul-Riche- braque, rue Picpus. II y fut install^ dans une bellp chambre, claire, gaie et tranquille. Nous allames, ma belle -soeur et moi, le voir le sur- lendemain. II nous regarda en silence, semblant ne pas nous reconnaitre. II nous en voulait sans doute. ' 1 # . / .y \ 1 18 MEMOIRES B'UNE ALIENEE. ' i ■-' . ■ I ■ « ii I I I I . Ill 1. 1. «■ 1 i ... . ■ I . La visite suivante fut pareille. D6sir6e alors d6clara que, puisqu'il ne reconnaissait plus personne et qu'il 6tait bien, il 6tait inutile de venir plus de deux fois par mois, et m'engagea a la prendre lous les quinze jours, afin de lui faire visite ensemble. M. ie docteur Rotta, m^decin de T^tablissement et associ6 de M^® Reboul- Richebraque', nous avait afecompagn^es. II nous dit qu'il y avait de Targent et des papiers dans le coffre-pupitre, et qu'il ne fallait pas laisser de tentatipn au service. Ma belle-soeur. visita ce pupitre, y trouva un livret de la caisse d'6pargnf , difF6renls papiers et le testament de mon p^re. Elle emporta le tout chez elle ; on donna un tour de cl6 au pupitre qu'on laissa li, apr^s s'dtre assure qu'il ne contenait plus rien de precieux. Je ne pus rester quinze jours sans revoir men pfere. J'y arrivai done peu aprfes ; on me dit k la porte qu'il n'y avait personne dans la maison portant le nom de Rouy. Jedemandai k parleraM'^^ileboul-Richebraque, qui parut fort embarrass^e par ma presence. Elle m'ex- pliqua que mon frere, ne desirant pas, a cause de sa position, qu'on sut son p^re dans une maison de sant6, tout en I'ayant fait regulierement enregistre^f sous le nom de Rouy, avait dit de ne lui donner. que celui de Daniel dans le service et a la poste, et avait d6fendu de le laisser voir a qui que ce fut, sinon accompagn^ de lui.ou de Tun des siens; qu'elle ne voulait pas prendre sur elle d'enfreindre ces ordres, parce que mon p^re pourrait me faire du mal... Je la rassurai sur ce point. s / CHAPITRE PREMIER. — ABBEGE DE MA VfE. 19 ■ ■! I ^t ■ ■■ ■ I ■ I I i ■ I ■ ■ ■ n ■■ ■ ■ ■ ■ ■ _ Je n'avais pas peur de mon pfere^ et je d6clarai que je wulais le voir deux ou trois fois par semaine. Elle comprit qu'il 6tait inutile de register et me conduisit pies de lui. 11 6tait tristement assis devant le feu, qui etait garanti par un grillage ferme a cie. D^s qu'il me vit'seule, il fit un mouvement, regarda autour de lui, puis me deraanda comment j'avais fait pour m'6chap- per et venir le voir sans 6lre surveill^e. Ceci m'etonna. II me paria longtemps et avec toute sa raison, me dit qu'il etait parmi des fous qui ne disaient rien de juste, s'informa de ma sante, de mes affaires, de tout le monde, et me d6clara qu'il ne me parlerait jamais quand je ne serais pas seule. L'effet de me voir 1^, t^te-a-tete, avait eu ce resultat, qui, malheureusement, ^ ne se soutint pas. Chaque fois que je vins seule, il fut content, et il continua de me parler plus ou moins rai- sonnablement. Peu de jours aprfes, je revins avec ma belle-soeur. Le docteur, averti, vint nous trouver, et nous faisant passer par le jardin du quartier, dit, en montrant un jeune homme qui s'y promenait, quHl etait dangereux pour moi de vehir voir mon pere^ parce qu'en traver- sant le jardin je risquais d'Mre embrass6e par cet hyst6- rique, qui pourrait se jeter sur moi. « Eh bien I j'aime encore mieux etre embrassee par un fou que de ne pas voir mon pfere, » dis-je resolument. Mais il devint gdteiuc^ et on dut le placer ailleurs. M""^ Reboul-Riche- braque me conduisit elle-mdme dans sa cellule et lui 1 , 20 MEMOIRES D'UNE ALIENEE. ainnonga sa fille. « Laquelle ? — Hersilie. — Ah ! ma chere enfant, sauve-moi! Regarde, j'ai mon bonnet sur les yeux, et je ne puis le lever ; la fen^tre 'en tabatifere qui est au-dessus de mon lit m'aveugle, m'envoie du vent. On me fait descendre les pieds nus sur la pierre, sans tapis, et on me pousse si j'hesite... » M"*^ Reboul- Richebraque 6tait confondue ; elle le croyait idiot. Per- sonne ne voulait me croire quand je disais ^Viiparlalt raisonnablement ! Puis elle ajouta qu'il 6tait mechant^ qu'il ne se plaignait que parce qu'il savait me faire de la peine et qu'il m'entendait pleurer, car le pauvre cher homme ne pouvait m^ voir, ayant son bonnet ra- battu sur ses yeux, comme un condamne a la pendai- son. « M6chant ! » Mais tout ce qu'il disait 6tait vrai ! Je le voyais bien, et j'en 6tais au d6sespoir. J'allai di- rectement chez mon frfere lui conter cette douleup. Au lieu d'y compatir, mon frfere fut formalist et me signifia que, si je n'^tais pas contente, « il placerait son pfere k Bic^tre, ceux qui 6taient enfermes dans les maisons de rfitat n'en sorlant plus, ne pouvant pas ^tre vus, et ^tant punis lorsqu'ils se plaignaient ; que, d'autre part, c'6tait bien moins cher. » Jamais je n'avais eu la moindre discussion avec mon fr^re. Cependant, k ce discours, je ne pus m'emp^cher de bondir. cc Mon p^re a BicMre ! k Bic^tre ! Avez- vous bien os^ dire cela, alors qu'il a de quoi payer sa pension avec son propre argent, sans rien demander a personne ? Qui a done ici le droit d'6conomiser son N.> CUAPITRE PREMIER. — ABUEGE DE MA VIE. 21 avoir? II doit, avant tout, servir k son bien-^tre. Mon pauvre pere ! vous n'avez que moi pour vous aimer ; mais tant que je vivrai je saurai vous* aimer et vous defendre I »' Puis je fondis en larmes. Cette altercation augmenta le froid qui existait entre nous depuis le mariage de ma soeur. Mon p^re mourut le 20 octobre suivant. Je I'avais vu bien faible le 16. Le 19, mon fr^re me fit dire de venir le prendre avec une voiture k son bureau, ou il m'at- tendait avec son ills Jean, et nous alldmes ensemble k la maison de sante. Mon pauvre p^re 6tait couche et au plus mal. D ne pouvait plus parler ; sa t^te dtait enfl^e ; les mouches le d6voraient. D6s qu'il entendit ma voiit, ses yeux, qui seuls avaient encore lent* mouvement, me chercbferent jusqu'^ ce que, m'etant plac6e en face de lui, il les fixa sur moi et commen^a une de ces conversations muettes qui laissent. un souvenir inefFa- yable. Je lui parlais ; il me r^pondait en ouvrant et fer- mant les yeux. Je vpulus chasser les mouches ; il prit mes mains dans les siennes,.les serra, me regardant le plusqu'il pouvait... Mon frfere et son fils voulureni aussi lui prendre la main ; il Ucba les miennes et se mit k frapper les autres mains qui s'avangaient. Le raedecin intervint et nous fit tons sortir, en disant qu'ijl etait surexcit^ et qu'il fallait le laisser mourir en paix. Jetombai k genoux... On m'entraina; je n'avais plus lie pens6e. Mais, au moment de partir, je me souvins de 22 MEMOIRE§ D UNE ALIENEE. cette main qui avail press6 la mienne, et je demandai a mon frere de me donner Vanneau (Tor que mon p9*e avait a son doigt, comme souvenir de son dernier moment. II me le promit devant le medecin. Ma soeur et ma belle-steur n'avaient pas pu venir lui dire adieu ; elles etaient « trop sensibles » pour cela. Le lendemain matin, je vins avec ma femme de ma- nage revoir une dernifere fois celui que je ne devai& plus retro|iver que dans mon coeur. II ^tait mort !... Mort seul, sans enfant prfes de lui, entre les mains d'un ser- vice stranger, et on m'avait refus6 le bonheur de re3ter dans un coin jusqu'a son dernier souffle ! Ma mfere avait 6te soignee par moi-m^me ; je Tavais vue k I'heure su- preme, embrassee chaude encore... II 6tait la, froid, insensible, lui dont le regard avait su trouver un signe pour me parler, quoique perdu d' esprit I Quel d^sespoir, quel remords pour ma vie enftifere ce_ serait, si j'avais pu le garder chez moi et que j'aie k me reprocher de I'avoir livre vblontairement k cet abandon ! Je Tembrassai doucement; j 'avals peur de le troubler. M. le docleur Rotta m'ofl'rit de me donner Fanneaii qu'il avait encore au doigt ; mais j'aurais regards comme une profanation de le deranger pour moi dans son repos. Je priai done le docteur d'etre assez bon pour le prendre quand on I'ensevelirait et le donner a mon fr^re, qui le remettrait entre mes mains a notre premiere entrevue. M. le docteur Rotta me dit que ma soeur 6tait venue ' 1 . / CHAPITRE 'premier. — ABRIEGE DE MA .VIE. 23 avant moi et avail fait une sc6ne de d6ses^oir ter- rible. Les grandes douleurs ne font pas de bruit et aiment I'isolement. Je I'entrai chez moi. A»u bout de huit jours, men fr^re m'invita a dineic- Je me rendis a cette invita- tion le desespoir dans i'ame. Je fondis en larmes en les voyant, puis je tendis la main vers mon frfere. « L'anneau, lui dis-je. — L'anneau? Je I'ai fait couper, parce qu'il 6tait trop grand, et je I'ai donne a ta soeur. — A ma soeur ! » rep6tai-je avec stupidite, ^ Ge coup m'avait hebetee. Je ne comprenais pas. Cet anneau d'or, simple, sans aucune valeur, ne ponvait Mre qu'un souvenir; s'il n'avait pas frapp6 mes yeux, on Taurait enterr6 avec mon pfere. Mon frfere me ravait promisA son lit de morf, et monfrfere le donnait a sa bru, qui n'avait pas m6me 6te voir son p6re I Je ne comprenais pas ! nbn ! Mais mes yeu3c s'6taient s§ch68 ; quelque chose s'^tait bris6 en moi. Je n'avais plus rien a dire, rien k faire la. Je n'ai m^me pas pro- tests. Avais-je besoin Unn anneau d'ovy pour penser a celui qui m'avait 61ev6e, aim6e, prot6g6e?.J'avais son amour ; I'autre pouvait avoir son anneau ! A. la fin du diner^ ou je ne pus manger, on le com- prendra, mon frfere alia chercher le testament de mon pere qu'il avail chez lui depuis le mois de fevrier. II rouvrit, nous le lut lui-meme. Voici ce que j'en ai retenu : « Aprfes s'6tre mis en presence de Dieu et avoir d6clar6 qu'il etait dans toute la possession de ses .1 '' ~ 24 MEMOIRES D'UNE ALIEiNEE. * ■ ™ -■—.■■-■-■■ ■ ■ ,,. , , ■ »l . I ■ ■ II - — - I ■ II 111 ■■ ■■^■M... I- ■■ » ■■ I »■ ■■ facult^s intelleduelles, il partageait ce qu'il possedait en trois parts egales entre ses trois enfantsl II leguait son mecanisme uranographique a son fils ain^, Claude- Daniel, d la condition expresse quHl nous servirait , de pere, k ma scBur et k moi... » II parait que ce testament a*- et6 fait avant le ma- nage de ma sceur, car il n'y est pas question de son mari. Apres I'avoir lu, mon frfere a demand^ a son fils Jean, qui comme mari de ma soeur la repr^sentait, et k moi, si nous voulions nous occuper de la liquidation, avoir chacun notre notaire ou lui laisser tout pouvoir d'arranger les choses pour le mieux. Nous avons tous deux repondii en le priant de s'en charger, et en le remerciant de youloir bien Mre assez bon pour nous eviter ces ennuis. II a alors repli6 le testament. Fa ^ remis dans son enveloppe, s'est lev6 pour aller Ten- fermer. Je Tai pri^ de me le laisser voir. II m'a re- fusee net. . . . Je Tai regard«§ en silence, profond^ment.... Puis je me suis levee tranquillement; j'ai pris mon chapeau, mon chale; je leur ai dit adieu. Je n'y suis plus retourn^e. Quand toutes les affaires furent regimes, mon frere m'envoya, par un tiers, la somme de 1,500 et quelques , francs pour ma part de succession, avec un compte enorme que je n'ai m^me pas regard^. J'ai donn6 regu sans faire- une observation, bien que je fusse un peu GHAPlTRE PREMIER. — ABRtot DE MA VIE. 25 etonn^e de ce qu'il ne me Vevenait que cela, la maison de la rue de Fontarabie ayant et6 vendue, et aussi de ce que mon frfere avait gard6, sur ma part, 400 fr. pour couvrir les frais du mariage de son fils avec ma soeur. Que m'imporlait un peu d' argent, dans F^fat d'esprit ou je me trouvais? 4'dtais bien pauvre; mais j'avais tant de ressources en moi-m^me, il m'6tait si facile de me placer, je m'etais trouv^e si bien partout ou j'avais et6, que plut6t que d'avoir une discussion dMnt^r^ts, plu- t6t que d'avoir une seconde iourn^e comme celle du testament, j'aurais mieux aim6 perdre tout Tor du monde. Ceux que j'aimais m'avaient frapp6e dans ma foi en eux. Tout 6tait fini entre nous ! Depuis ce moment, nous n'avons plus eu aucun rap- port ensemble. Gependant, chaque fois que je donnais un concert, jeleur envoyaisdes billets k tous. Ma soeur et son niari y venaient r6guli6rement. lis avaient m^me d'assez fr^quentes nouvelles de ce qui se passait chez moi, J'ai su plus tard qu'ils trouvaient moyen d'avoir de leurs connaissances parmi mes habitues et se mon- traient fort curieux de ce qui me concernait. ••> \ / * 26 •MEMOIRES Y)'UNE ALIENEE. CHAPITRE II \ Go qui a pr6c6d6 xnon enl^vem^nt. II m6 faut a present remonter un peu haut dans mes souvenirs, pour rendre compte de faits as^ez bizarres dont Timportance ne me f ut r6v616e que plus tard. A mon retour des forges d*Alais, oii j*avais pass6 six mois dans la famille de M. le vicomte Benoit d*Azy, buvaht du lait de chfevre et me reposantde mes fatigues, je fus regue par mes connaissances, par les profes- seurs du Conservatoire, par M"*^ Orfila, par M"® la duchesse Decglzes, avefc des compliments et des f61ici^ tations sur mes succfes dans le nord. Stupefaite,je voulus m'expliquer, prouver par le te- mojgnage de la famille Benoit d'Azy qu^ j'6tais dans le midi et que ma presence dans le nord 6tait mat6rielle- ment impossible, puisque je n'avais pas quitt6 les deux jeunes fiUes auxquelles je donnais des lecons de piano. • On me signifia que M*^ Hersilie Rouy avait eu de CHAP. II. — GE QUI A PH^CEDE yCTN ENLEVEMENT. 27 t grands succ^s dans.te nord, que Ja prefese en avait parle, et qu'on ne comprenait pas pourquoi je niais des faits aussi honorables que flatteurs. Sans m'expliquer comment tant de personnes, ne se connaissanl pas entre elles, pouvaient s^^tre entendues pour me dire la m^me chose, ni dans quel but, je pris le parti de me taire et de laisser dire. Des faits ana • logues se reproduisirent a Paris m^me; je roe trouvai souvent avoir fait de la musique chez des personnes que je ne connaissais aucunement. J'en conclus qu'on prenait pour moi quelque autre pianiste blonde aux cheveux boucl^s, ou qu'une artiste prenait mon nom pour donner des concerts et aller dans le monde. Cela dura environ dix-huit mois.... puis je n'en en- tendis plus parler. J'ai entre les mains le programme d'un concert donn^ a Caen dans ces conditidns inexplicables. Vers la fin de 1840, une dame de la plus haute dis- tinction, aux famous bienveillantes, se pr^senta chez moi un dimanche matin, un peu avant huit heures, et d6- manda k me parler en particulier. Elle n'avait pas dit son nom k ma domestique. Cette dame s'informa du prix de mes lemons, me parla d'une place fort lucrative k T^tranger, insista pour me la faire accepter; et sur mon refus, bas6 sur I'^ge avancjB de mon pere que je ne voulais pas abandonner, me dit de r^fl^chir, qu'elle reviendrait; qu'elle m'enga^ 28 m£»*oires d'une alienee. geait k me placer dans une famille, une jeune personne seule 6tant expos6e, les legons fatigantes, etc. ^ Elle revint ainsi trois fois a peu de distance, tou- joiirs sans se nommer. Ma sceurDachinka, alors chez moi, pourrait au besoin en rendre t^moignage. Comme eUe 6tait invatiablepient virtue de noir et la figure cach6e par un voile 6pais qu'elle ne levait jamais, je I'avais surnomm^e la dame noire, ne sachant comment la designer autrement. Lors de sa derni^re visite, me voyant tou jours d^- cid6e k rester pres de mon pfere, elle finit par me dire queje n'^tais pas en siiret6 en France, qu'on devait m^enlever, . . . sans me donner aucune autre explication ^ ce qui, je I'avoue, me causa une certaine Amotion. Elle me quitfa en me promettant de veiller sur moi autant que cela serait en son pouvoir. Quelques joursaprfes cette dernifere visite, je regus celle d'une femme, accompagn^e d'un jeune homme, venant m'avertirde la part de la dame noire qu'un credit m'6tait ouvert dans une maison de banque, k laquelle on avait envoys I'ordre de me donner tout Tar- gent dont je pourrais avoir besoin. Je refusai ces offres, et vivement impressionn^e par cette petite aven- ture, je ne sortis plus qu'accompagn^e par ma domes- tique. N'entendant plus parler de rien, je finis par ou- blier ma frayeur. La dame noire revint en 1843, 1845 et 1848, de la m6me fagon. CHAP. II. — GE OUI A PHECKDE MON ENLEVEMENT. 29 En 1849, cette dame (que j'ai su plus tard 6tre la baronne del Lago) leva son voile et me donna des expli- cations qui me firent tomprendre, k ma grande stupe- faction, que le projet de mon enlevement, qu'on avait mis sur le compte d'un prince riche et amoureux ou d'un lord quelconque, elait le resultat d'une strange complication. Elle me dit que j'avaispour parrain un Pierre, ills de Pierre, qui, tout en conservant cette denomination cons- tante, prenait plusieurs noms difF6rents ; Que le nom le plus gen6ralement adopts par lui etait celui de J oseph- Pierre Petrucct, ce qui ne Vemp^chait pas, comme on le voit dans nos actes, d'en prendre d'autres (Petracchi, Petroman, Petro\vicht),mai8 tou- jours en conservant Pierre pour en former un nom de famille, ou r^petant deux fois le nom de Pierre; Que, comme filleule de Pierre, je me trouvais mei^e k une affaire de succession ^norme; quepersonne ne pouvait heriter sans que les conditions du testament fussent toutes remplies, ce qui 6tait trfes-malheureux pour moi. Elle me confia que c'^lait elle qui, sous le nom d'Hersilie Rouy, avait donn6 des concerts et fait de la musique en plusieurs endroits, afin d'augmenter ma reputation et de me tirer de Tobscurite, qui pouvait m'etre fatale en me laissant oublier, et qui permettrait de me faire dispara^re a tout jamais. Elie me mqntra un ecrit, copie, me dit-elle, sur I'au* a. 30 MKMOIRES D'UNE AUENKE/ -i — , '.^ tographe de rastronbme Charles Rouy, declarant « que la fille 61ev6e par Charles Johnson, esquire, sous le nom de Charlotte Johnson, 6tait la fille reconnue par lui, Charles Rouy, en 1814, sur les registres de Milan ; que pour qu'elle fut riche, heureuse et h^rit&t de Charles Johnson, qui n'avait pas d'enfant, il la lui avail ahandonn^e en toute propri6t6; mais que si Pierre, fils de Pierre, son parrain, la r^clamait, elle 6tait avant tout sienne, devait reprendre les noms des actes mi<- lanais et en subir les consequences, "h II se trouvait done, d'aprfes cela, que c'^tait le por- teur de cat 6crit qui ^tait Hersilie, et non pas moi, bien que j'eusse la possession d'etat; qu'un change- ment d'enfant avait 6t§ effectu6 afin d'assurer k la fille de Tastronome une existence heureuse et tranquille, et la soustraire a Pierre. Je restai confondue I Ceci m*arrivait au moment oti M. Claude-Daniel m'^crivait de me declarer enfant aduUMn,.., od D6sir6e, sa femme, me disaitque je n'avais pas droit au nom de Rouy.... Et voici que je n'^tais m^me plus du tout la fille de I'astronome, mais une inconnue k tons et a moi-m^me, substitute pour derober la trace d'une autre et tromper.... qui? La baronne del Lago me tendit la main.et me de- manda si le courage me manquait devant une adversity si cruelle. Elle me dit que, bien que la declaration de Tastronome, ainsi que des Merits de Charles Johnson, attestassent ce fait, il fallait encore d'autres preuves ^ CHAP. II. — CE Ot'l A PIlliCI^DK MON ENLKVEMENT. 31 pour m'6ter ma personnalit^ ; que la justice seule — ou le crime — pouvait intervenir dans celte question ; que m6me cet 6crit, ^lablissant les droits d'Hersilie a h^riter de Charles Johnson, pouvait m'^tre favorable, puisque j'avais les litres me coiiferant ce nom el tine lon^e possession d'etat. EHe ajouta qu'en admettant que ce Mt elle qui filt Hersilie, jen'en avais rien a craindre; qu'au contraire elle venait m'avertir, afin que le coup, qui pouvait m'etre porle par d'autres, fut^ moins rude et qiie les mdyens de le parer me fussent fournis; qu'il valait mieux savoir que d'ig'norer; que si je ne me sentais pas le courage de lutter sous le nom acquis par la posses- sion d'6tat, je pouvais partir ; qu'elle se chargeait de tout, Elle me pr^vlnt que, gr4ce k ce double person- nage, grace a des choses que je saurds plus tar Si CHAP. II. — CE QUI \ PREUEDIS MON ENLEVEMENT. ' 39 Mitre, Tautre ^Valparaiso sous celui de French; que T6l6maq[ue passait lA pour le file de Georges French, interprete Iraducteur jur^, qui avail traduit, sign6 et paraph6 nos aC^es milanais (ne varietur) en 1833, et d'une Marie Chevalier, qui joue un r61e occulte dans cette afiUre. II m'engagea, pour r^gulariser ma position, kr de- mander a mon frfere les papiers de mes p^re et mfere et les miens, en lui annongant que je voUlais me marier, mais de ne faire cette d-marche qu'aprfes avoir r^uni et mis en stirete toutes lefe pieces 6tablissant mon indi- vidualit6. n me remit cinq actes sous seing privd, dont les uns me concern^ient et d'autres m'6taieht strangers ; il y joignit les papiers pouvant faire de moi Charlotte John- son et une somme de,20„000fr, destin6e k me per- , mettre de vivre et de poursuivre mon affaire, si j'6tais remise en liberty alors qu'on m'aurait depouill6e de tout ce que jepossSdais, et si la justice consentait k s^oc- cuper de ma sequestration. Je ne suis pas facile a effrayer ; je ne me frappe paj3 rima^ination. Gependanl ce singulier avertissement ccfincidait avec eeux de la baronne del Lago, avec Tar- gent donn6 k mes concierges, avec plusieurs reraarques que j'avais faites moi-m6me. Je dus convenir qu'il pou- vait y avoir quelque chose de vrai dans ie danger, peut- Mre eiag6re, mais prochain, dont on me parlait, et je crus devoir suivre, sans perdre de temps, le conseil > 40 MEMOIRES D UNE ALIENEE. qu'on m'avait donae de mettre ordre k mes affaires, de r^unir mes papiers, de les avoir pr^ts a emporter ou a produire en cas ds malheur. Je me hatais, car les choses se eompliquaient. Je recevais presque journellement des lettres qui m'etaient adress6es amsi : a: A Madame fa comtesse de Moulalme-Petrucci, artiste Hersilie Rouy. — A Madame la comtesse Hersilie Rouy, de Moulalme-Petrucci, — Madame veuve baronne del Lago, dite Hersilie Rouy. — Madame Joseph, chez Madame Rouy, etc. » Des marchandises non payees m'etaient aussi adres- sees de m^me. II etait Evident qu'on voulait rendre ma position equi- voque et douteuse dans cette maison ou j'6tais nouvel- lement entree, ou on ^tait venu s'informer de moi d6s mon arriv^e, peut-^tre aGn de savoir si j'^tais en- tour6e de fa^on a ^tre s6rieusement prot6g6e et se- courue. J'avais ouvert les lettres, qui 6taient insignifiantes, non signees, parlaient de places plus ou moins accep- tables. J'avais refus6 de recevoir les marchandises. C'etait d'autant plus inqui^tant pour moi que j'ap- pris que les fils de mon frfere (dont Tun 6tait mon beau- frere) venaient clandestinement chez mes concierges^ y disaient que je ne leur elais pas parente et ne me nom- mais pas Rouy ; que les noms de Moulalme-Petrucci se rapportaient aux renseignements qu'on venait de me \ " V CHAP. 11. — ' CE QUI A PRECEDE MON ENLEVEMENT. 41 . , ^ I , ->^_ donner sur mbn parrain, qu6 je ne connaissais pas du tout, ayant quitt6 I'ltalie pour n'y plus retoumer dh» 1815 ; enfln que M°»* del Lago ^tait la persohne qui avait fait de la musique sous mon uom et m'avait donn^ les premiers avertissemeuts. J'avais toujours men6 une vie trfes-Iaborieuse et tres- o^cupee ; mete affections s'etaient concentr6es sur ma famille que je ne voyais plus. La seule amie k laquelle j'aurais pu me confier avait quitt^ l$i France ; laflamille Benoit d'Azy, en qui j'avais toute confiance, ^tait k la campagne ; je n'avais autour de moi que des eonnais- sances du monde, que je ne voyais presque que I'hiver, et au3cquelles de telles revelations auraient pu paraitre au moins d^raisounables ou exag^r^es. La prudence, dans une telle situation, me reconunandait d'autant plus le silence, que je n'avais, s6rieusement, aucune plainte k formuler. . Une quinzaine de jours auparavant, j'avais eu un autre sujet de preoccupation. * Ma jeune bonne travaillait dans la salle k manger, donnant sur la cour, et c'etaient des conversations a n'en plus linir. Un soir, Tayant sonn^e k plusieurs re- prises sans qu'elle partit, j'allai dans la salle k manger et n'y trouvai personne. Je fermai la fen^tre et revins a mon piano, attendant le retour de la jeune vagabonde, qui entrait ordinairement chez moi k dix heures pour faire ma couverture. Trouvant la fen^tre close, force lui fut de sonner. 42 MEliOIBF> d'v^E AUtstE. EHe voahii entrar dans des esxplicaitioiis qoe je remis tranqirinement an lendemain. Aprte son manage €ut, je lui doimai son eompte, en faii payant ses hait jours, afin qa'eiie partlt i I'lnstant, n'ayant pas la moindre envie d'etre exposSe a receroir, la nuit, des holes in- comma, par le ehemin qne prenait cette petite imprn- dente. Les GOttciergas^tant dans lamaison depnisloogfemps, entottn§s de lout une Ikmiile qui, quoique peu atten* tionnte, paiaissait respectable, j^ens I'idte d'engager provisoirement la femme Nieolle a mon service. A(ll>out de peu de temps, cette femme fut prise de frayeurs ^tranges ; elle savait que, comme tout le mondie alors, je m'occupais de spiritisme. Si une porte ou une iien^tre mal fermte s'ouTrait par le vent, elle s'^riait que le diable 6tait chez moi. Ma cuisine ne me servait plus, puisque cette femme pr^parait mes repas chez elle ; j'en avais fait une salle de bain. Lorsqu'elle y entra et vit la baignoire, une table et une banquette recouvertes de housses blanche?, elle prit c^ meubles pour des cercueits ; je lui fis voir ce que c'^tait, et elle se calma. Mais ^tant entr^ ensuit^ dans un petit cabi- net noir ou ^taieot deux boites k violon, elle se sauva en criant : c Des cercueils partout ! » Ces frayeurs, r6elles ou supposes, me mirent en defiance. J'en eus bientdt d'autres sujets. Mme Melanie Valdor, chez laquelle j'allais en soiree, me pria une fois de reconduire dans ma voiture deux A CHAP. II. — CE QUI A PRiCE0lS MON ENLEVEMENT. 43 dames de ses amies qui habitaient la m^me rue que moi. Ges dames ^iaient M°^^ Lef^bure et sa fiUe, artiste peintre^ pour laquelle M°^^ M^lauie Valdor, qui itait tr^s-bi^ au Btiinist^re de rinUrieur, avail obtenu des secours et des commandes. EUes habitaieiit effective- ment 17 ou 19, rue Laval, et moi 23. M™« Lef(§bare vint me remercier, puis revint de loin en loin et me pria de lui eonfier des billets de concert, des albums, de la musique, des portraits, me deman* dant une remise ; elle se mit, en retour, i mon ser- vice pour faire quelques commissions et m^s recouvre- ments, accapara ce qui lui fut remis et ne revint plus. e'^tait, comme je I'appris^plus tard, une personne tr^intelligente et tr^s-adroite, qui faisaitfi^cbedetout bois, se faufilaitpartput sous pr^textede bonnes oeuvres, avait les poches pleineg de billets de loteries (qui ne se tiraient jamais), vendait du vin, qu^tait pour lespauvres honteux, se chargeait de mariages, se m^lait d'affaires de famille, ne reculant devant rien,^tant toujours pr^te a donner un conseil ou un coup de main, etc. N'ayant plus de ses nouvelles depuis mon ddmina* gement, j'allai chez elle la prier de r^Ier notre compte, en ne me donnant. que de petites sommes k la fois, si cela la gdnait de faire autrement. £ile me dit alors, avec un certain embarras, qu'elle ^tait pass6e chez moi et que, ne me trouvant pas, elle avait remis de Targent pour moi a mes concierges. / . /, ■ 1 ^4 WKMOIRES D*UNE ALIENEE. t I . , ■ . .' .... .;',,...,,. Ces gens souturent que c'^tait pour eux personnel- lament. H s'ensuivit, entre eux et M™® Lefebure, une correspondance que les portiers me laissferent, en refu- saiit de rendre I'argent. EUe leur avait donn6 30 fr. en trois fois. J'appris ainsi, a ma grande surprise, qu'elle 6tait §n relations avec la loge, y venait en mon absence, a men insu, puisque, sur trois fois qu^elle avait donn6 de Tar- gent, les concierges ne m'avaient pas dit une seule fois I'avoir vue. Je mis les lettres de M°»« Lef^bure avec mes pa-: piers. Pourquoi se cachait-elle de moi? Poiirquoi mes ne- v^eux venaient-ils me. renier chez mes concierges ? S'ils avaient quelque chose a me dire, pourquoi n'entraient- ils pas chez moi? J'allai done directement chez ma sceur, M™e Jean Rouy, dont le man ^tait directeur de I'usine de schiste d'Aulun, alors tr5s-florissante. Ma soeur n'y 6tait pas. D'autre part, on ne m'avait pas remis ma quittance du 15 juillet. Je Tavais r^clamee deux fois, et mi con- cierge m'avait r^pondu « que le propri^taire 6tant absent et n'ayant pas ]aiss6 les quittances avant son de- part, il fallait attendre son retour. » En sorte que je ne savais m^me pas, quoiqu'ayant pris des arrangements avec M. Grenard, sous quel nom 6tait rest^e ma location, reprise par moi au comte.de . 1 CHAP, II. — CE OUI A PRfiCfiDE itON ENLJIVEMENT. 45 I- -- -r — •- - ^-^-^-^— ^^— ^— ^^— ^^^^^^^- --■ ., ■i---_iB . .a " I Cambis pour la iin de son baU ; ce qui, avec 1e bruit qui courait que mon logement Mait loue k un autre pour, ]e terme d'octobre, ne laissait pas que de me pr^oc- cuper. Cependant, je ne pouvais rester ainsi. J'^crivis done k un bomme d'afTaires, M. Malcot, que j*avais vu chez M, le docteur Lombard, qui eut la bonte de lui faire parvenir ma lettre. Je lui parlai sp^ciale- ment de M^^e Lef6bure. < . li vint aussitdt. J'^tais absente. II m'^crivit et me conseilla de ne parler qu'avec une grande prudence, d'abord parce que tout cela ^lait strange, ensuite parce que, pour porter des plain tes aussi graves contre quelqu'un, il fallait des preuves ^criles ou un coriimen- cement d'ex^cution. Je lui repondis que jie mettais toutes les lettres de cette personne, ^insi que les autres papiers, k sa dis- position, et que je Tattendrais le samedi 9 septembre, toutes pieces en main. Je joignis sa lettre k mes autres papiers concernant cette affaire. Lasse des comMies jou6es par M™^ Nicplle qui, outre les 20 fr. que je lui donnais par mois pour mon service, I'anse du panier qui sautait enormement, mon cbarbon qui servait a sa cuisine sous pr^texte de la mienne, mon pain de la veille qu'elle prenait, disant qu'il 6tait trop dur pour moi, profitait encore de ma cle pour fouiller dans mes tiroirs et me voler, je jugeai k propos de la remercier* Cette mesure ne fit le 3. '/ t f 4« MEMO!RE» D'UNE ALIENKE. / compte de personDte, et on ne devait pas tarder ^'se vengier. Un matin, pendant que j*6tais au fond de Tapparte- ment, occup^e ai ma toilette, je fus attir6e dans Tanti- chambre par les aboiements fr^n^tiques de »« petite chienne Coquette, que je ne pouvais feire taire, quoi- qu'on n'eAt pas sonn^. On crochetait ma porte ! J'ouvris en h&te et me trouvai en face du commissaire 'de police, du concierge «t d*un s^rrurier. ' On venait dresser prochs-verhal de ma mart et de celle de ma petite chicnne. Nous restimes tons stupdfaits. Le semirier s'en alia en riant, et M. le commissaire me dit que le concierge 6tait venu le pr^venir qtie je n'avais pas paru depuis deux ou trois jours; que tout etait ferm6 chez moi et que je devais n^'^tre suicid^e aprfes avoir tu6 ma petite ehienne, pui8(][u'on n'enten- dait aucun bruit. 11 me croyait si bien morte qu'il n'avait mtoe pas eu Vid6e de sonner. J'expliquai, /& mon tour, k M. le' commissaire que, n'ayant plus besoin des services de la concierge, j'em- portais ma c16 en sortant ; que j'emmenais toujours ma petite ehienne avec moi, et qu'haUitant au rez-de- chauss^, je fermais mes persiennes et m^me mes fe« nitres avant de pariir ; qu'ayant beaucoup a faire, je sortais depuis trois jours d^ le matin, dinais en ville et pp f enterals le soir qu'uii pen tard ; que ponrtanl, CHAP. I!. — CE QUI A PRKGKDE MON ENLKVEMENT. 47 chaque fois, je demaodais s'U y avait ({uelque chose pour moi et que, notamment la veille, je m'^tais adress^ aux enfantiB, qui tenaient la loge ce soir-la. 11 m'exprima tr^s-poliment ses regrets de m'avoir d^rang^e d'ime manifere aussi d^sagr^able^ gronda le coacierge de ne pas mieux savoir ce qui se passait et s'en alia. Les NicoUe me fir'eBt leurs excuses, tout en prditant de cet 6clat pour me perdre. lis s'adresd^rent pour cela a M^^ de Grozelier, dame de charity de Saint- Augustin, nbtre paroisse, qui vint justenient ce jour-la, au siyet d'une place d'institutrice qu'elle m'avait propos^e quelques jouzis avant. lis lui dirent qu'on ne pouvait me voir ; que j'tois devenue foUe furieuse, I'^pouvant^rent et finirent par la prier d'^crire i mon fr^re» dont Us lui donn^rent l^dresse, bien que je M leur eusse pas pari^ de ma fiBunlUe que je ne voyais plus depuis six ans. Us ^taient done ren- s^ign^s pard'aUtres* Sans ii^fii^chir que c'^tait au commisssure de police, qsA sdrtait de ch)s& moi ; au propri^teire, qui ^tait aussi responsable de la sScurit^ de sa maison, on aux per- sonnes qui me voyaient joumeUement, k prendre cette initiative, cette dame, qui m'^tait tout k £aut ^trang^re, dcrivit a mem frfere, le 30 aoM 4^4, pour lui dire que ma situation 6tait fort dangereuse el le prier de s'en occuper. C'esi ceto dateie elle^m'toe ^^h ^ 1*73, ^ 40lin^ 0^ rensd^nemeptSt / , I 48 MEMOIRES D'UNE ALIENEE. ■■^ .^ l^w ■■ Comrae on le pense bien, j'avais 6t6 atssez impres- sionn^e par Faventure du commissaire, bien que j'igno- rasse le parti que mes concierges en avaient tirS. Je commengai k croire s^rieusement aux dangers qui m'avaient 6ti§ annonc^s, et je pris aussU6t les precau- tions indiqu6es. Je fis trois paquets de mes papiers.^ Je mis les actescivils, lettres et documents de famiUe, articles de joumaux 6tablissant mon nom, ma filiation, ma possession d'etat, la position de mon p^re et la mienne, dans une paire de pocbes ne me quittant pas le jour, et que je ihettais la nuit sous mon oreiller. U s'y trouvait, en outre, deux reconnaissances du Mont- de-Pi6t6 qui m'avaieht 6t6 donn^es en nantissement par M"*® Lef6bure et une somme de 1,100 fr., dont 600 fr. en deux billets a ordre, et un billet de 500 fr. cache dans la doublure d'un petit portefeuille alg^rien qui me servait de porte-monnaie et contenait ostensi- blement 2 fr. 50 ; plus Tinventaire de mon mobilier et. de mes effets. Tons mes papiers d'affaires, factures acquittees, lettres, comptes de lemons, de musique, d'albums, de billets de concert formaient le second paquet, place au fond d'un petit panier a ouvrage qui se trouvait tou« jourg pose & ma portee en cas d'alerte et qui contenai aussi quelques billets de banque. Je fis un troisieme paquet du reste des 20,000 fr. remis par ri^cqnnu, des papiers Johnson et des actes -»— r CBAP. n. — CE QUI A PR£CEDK MON BNJL.fiVEMENT. 49 * '' ' ■ I )■ ^ ■ I » ■■! ii»mi> IP I I ,^m Y .r I I I »■ I SOUS seing priv6, que je mis dans le m^me paoi^r; par dessus ces papiers ^talent un sac de sucre cass^ et des objets de toilette routes dans uae serviette, comme pour aller aubain.. J'^tais done pr6te k tout ev6nement, et il n'6tait que temps, comme on va le voir. J*6crivis alors k mon fr^re qu*etant dans Tintention de me marier, je le priais de me faire tenir les papiers de mes p6re et mfere, qui 6taient rest^s chez lui avec le testament et tons les papiers qu'il avait emport^s de Picpus. La rdponse ne se fit pas attendre. ' f f y to MlGMOlhES D'uNE ALIENEE. GHAPITRE HI Hon enlevement et moh entr6e & Gharenton. Le 8 septembre i854) un homme dtooir^) accom-. pagn^e d'un poriefaix qui resta dans Fantichambre, se pr^senta chez moi vers midi. * II entra aa salon, mais ne youlut pas s'asseoir et me dit qu'il venait de la part de M. Qaude-Daniel Rouy, mon fr^re et son ami, qui d^sirait une conciliation et qui, ayant entendu dire que j'Mais souffrante, I'en- •voyait me proposer d'aller passer quelques jours dans^ sa maison de campagne, en le chargeant de m'y ame- ner. II ajouta que sa voiture ^tait k la porte. Je remerciai cet inconnu qui, sans se nommer, sans avoir la moindre lettre d'introduction, croyait que j'allais accepter cette proposition, passablement extraor- dinaire, et je refusai en lui disant que non seulem^nt je n'avais pas pour habitude de sortir avec des stran- gers, mais encore que j'Stais beaucoup trop occupSe pour me di^ranger h, propos d'^ne offre aussi inat-' X . \ I I I fHiAP. in. — MON ENTREE A ( UARENTON. 51 ■■ . - .1.. tendud;'que mon- fr^re pouvait m'^crireou m'envoyer un de ses fits. II rougit de colore, me dit qu'il 6iait le baron de Kinkelin, et que si je ne voulais pas le suivre de bon gr^, je le suivrais de force.... £tant avertie du malheur qui devait m'arrivei:, sachant qu^ toute proteetatioa serait inutile et m^me fdcheuse, ne^ voulant faire ni bruit, ni esclandre, de peur de donner priee a une accusation de folie, j'en pris imm^diatement men parti. Je me h^tai done de farmer mes fenMres.*.. Le portefaix voulut m'aider ; il aocrocha un des stores de mousseline avec Tespagnolette et le d^hira* M. de Kinkelin pi^tinait derri^e nous, II parais^it press^ et voulait m'emmener tMe nue et comme j'^tais. Je n'eus que juste le temps de mettre un vieux cba- peau qui me tombasous la main, de m'envelopper dans un ch^le, de placer ma ch6re petite chienne sous mon })ras et d'emporter le petit panier qui contenait mes papiers. Je voulusaller, au fond de Tappartement, fermermon bureau, ou se trouvaient 500 fr. en or, et prendre la cl^ d'une grande caisse ou ^taient ma correspondance, mon argentine, des effets de prix ; mais M. le baron s'y opposa. Je fus oblige d'y renoncer pour I'-empdcher de porter la main surmoi. Lorsque nous Mmes sortis, je fermai ma porte, et je mis mi^ di dans ma pochet 52 MlgM0IRE9 D*UNE AU^££. ■1 •I; (i i 4 \ Cxmvuti ;^ II n'y avail personiie dans la I6ge des concie porte de la rue etait ouverte. Le coup6 attendait montSmes aussi tranjquillement que pour faire u nienade d'agrement. Le portefaix y monta av et s'assit sur le strapontin. . C'est ainsi que j'ai, pour toujours, quitt§ men eile, laissant derri^re moi tout ce qui pouvait m peler mes affections, les souvenilrs pr6cieux de qui m'avaient ^levee, ces mille riens qui tienn coeur, qui peuplent ]a solitude, vous rappelle absents ou les morts.... sont ^our vous une pa vous-m6me, par I'habitude de les voir, et vous rend foyer domestique si cher. Pendant quelques instants le silence fut gar part et d'autre; puis M. le baron de Kinkelin m< manda tout a coup : \ — Vous 6tes mademoiselle Rouy? * 11 ^tait bien temps !... — Vous ledites. — Mais on dit autre chose : ^tes-vous fille du m pfere que M. Rouy? Je le regardal fixement sans r^pondre. Get horn selon moi, d^passait tout ce qu'il ^tait possible a indignation d'exprimer, et je ne trouvais pas def pard pour formuler ce que je pensais. Ainsi done, il ne savait ni mon nom,iii ma liliati ni mes relations de famille, et, sans s'assurer de m identity, U commen^ait par m'enlever, . sans me ri * i ji- 0(mtiM*A4rtw«-' ! " :' t . CHAP. HI. — MON ENTREE K CHARENTON. 55 / ' ' ■ ' '< ■ ■■" ■ ■■' ■ — . ., -I ■ I., ■ ^r-^ ■•' ■ — Vous avez bien raison, monsieur, lui dU-je; cette entree est preferable, et si vous le permettez, je tous prftsenterai k ces dames, II devint pourpre de colore, i^auta d'un trait jusqu'au cochep, auqael ilparla ayec une violence extr^e, et qui comprit^nfin ou il fallait aUer. — AUons, dis-je iM.de Kinkelin quand il fut remonte, le pauvre homme a eu deJa peine k compren- dre qu'il fallait passer la barri^re de Gharenton. Apr^s un moment de silenpe, il me dit : — Votre proph^tie est fausse, car nous venons de passer la barri^re de Bercy. — Oui, mais pour fermer sur moi la porte de Gha- renton. — Ah! voiis savez que vous allez k Gharenton? He bien! vous verrez qu'on saura bien vous y garder! — Je n'ai rien k craindre, monsieur, car je n'ai rien fait de mal, et si, sachant ce qui allait m'arriver, je sujs rentr^e au lieu de fuir, c'est que j'ai foi en Thon- neur et en la justice des hommes auxquels je vais avoir affaire. -r- Vous sortiez done 9 me dit*il avec stupefaction. — Gomment 1 dis-je k mon tour, fort surprise ; com- ment, si je sortais? Mais journellement, et c'est un hasard que vous m'ayez trouv^e. Qui ferait mes affaires, si je restais chez moi lea bras crois^s? Notre etonnement r6ciproque est facile a expli- quer. . >» ' ■ 1 .1 ■ . \ ^ < ! ' ' * ' '. . ■ ' ■ ' v" " V, t / 1 ' \ I / \ - , ■ ' 1 I 56 1 MEMOIRES 0'UNE ALI^NlilE. . / M. de Kinkelin ne savait de moi que ce qu'on lui avail racont6 de ma pr6tendue sequestration; et moi, malgre la visite inattendue du commissaire de police, venant peu de jours auparavant constater mon d^c^s irifiaginaire, je n*avais pas suppose un instant que, sortant toute la journee, on put me dire enferm6e et m'enlever sous ce pr^texte. D'ailleurs, M. le baron ne m'interrogeait nipar bien- veillance, ni dans le but d'etre juste. Sa parole 6tait bi'usque, dure; il semblait fortennuy6 et fort en colere de perdre son temps k remplir une besogne p^reille ; SI ne jne questionnait que pour faire quelque chose en route. Le peu de mots que j'ai rapporiji^s plus haut monlre que c'etait un parti pris, puisqu'il m'a signifi6 qu'cw^ me garderait.,, et qu'il m'a enjoint de « donner ma cl6 » au simulacre de commissaire de police qui Tac- compagnait, et qui semblait aussi afflige que confus du role qu'on lui faisait jouer. La voiture s'arr^ta devant un 6tablissement au haut duquel un grand drapeau flottait au vent. Nous 6tions arrives. Je fus conduite dans Tinterieur, je ne sais ni par qui, ni comment, a travers des chemins dont je n'ai garde aucun souvenir, tant T^motion m'a envahie quand j'ai entendu la porte de la rue se fermer sur moi, et que je n'ai plus eu besoin de toute mon Anergic pour paraitre calme et pour r6pqndre k propos k cet inconnu, qui, CHAP. Ill, — MON ENTREE A CilARENtON. 57 sans m'avoir jamais ni vue ni interrog^e, disposait de raon sort k son gr6. Get 6tat, du reste, n'a dure que le temps du trajet. B^S que je me suis arrMee et trouvee dans un quar- tier clos de toutes parts, le sentiment de ma position m'est revenu; j'ai pu regarder. autour de moi et me rendre compte de I'endroit ou on m'avait men6e. On aVait pris la precaution d'aller faire une visite a M°*« la sup^rieure pour la pr^venir de mon arrivee, la mettre au courant de ce qu'il ^tait indispensable de faire savoir a MM. les docteurs et administrateurs. Introduite, dks mon arriv6e, dans une division propre et tranquille, dite de convalescence, je fus interrogee le lendemain matin par M. le docteur Calmeil, entour^ de toute son imposante suite d'internes et de religieuses. J'appris alors' que M. le baron de Kinkelin 6(ait le docteur Pelletan, que je savais 6tre le m6decin et Tami de mon frere etde sa famille. J'^tai^ accus6e de spiritisme et de monomanie reli- gieuse, avec hallucination, etc., etc., dont M. le docteur trouva si peu de traces qu'il s'6cria « qu'il etait im-» possible qu*on m'eiLt amenee pour cela, y> Mais quand je lui eus dit qu'on devait s'introduire chez moi, y fouiller, prendre ma correspondance, et que je Tens rais au courant des avertissements qu'on m'avait donnas, dont une partie 6tait d^ja accomplie, puisque j'etais ehferm^e; quand je I'eus pri6 de vouloir bien faire conetater mon identite, mon 7ioyn^ ei examiner "V. 54 / MEMOIRES B'UNE ALI^NlgE. pour octobre, et les conciergfes vont enlever voa meu* bles imm^diatement. — On n'enlfevera rien du tout, monsieur, car Tap- partement «st & moi jusqu'en Janvier; je n'ai ni donn^ ni re^u conge, et nul n^a le droit d'entrer chez moi ni de toucher k ce qui m'appartient sans ma permission'. Get appartement ne pent done avoir 6t6 lou6 k mon in$u. Tout a coup, la Voiture s'arr^ta..*. Nous etions k Conflans. Grand fut mon Stonnement, je I'avoue. On jai'avait bien avertie que j'irais k Gharenton, mais on ne m*avait par parl^ de Gonflans. Or, il y avait alors au convent de Gonflans una petite fille de six ans quiy avait ^t6 plac^e par Mv L^on Sibour, 6v6que de Tripoli, que M"*^ Barat, supSrieure g^n^rale et fondatrice de I'ordre du Sacr^Coeur, aVait adoptee, dont M"« de Joubert, cousine de la famille Benoit d'Azy, el moi, etions charg^es. Je devais mAme Stre la marraine de cet enfant ; mais des circonstances imprSvues Tavaient fait baptiser & mon insu. Dfes que je vis ou nous 6tions, je fis un mouv^ment pour me lever, en remerciant M. le baron de m'avoir pr6par6 une semblable surprise, car j'allais trte-rare- ment k Gonflans. II sauta vivement de la voiture et alia parler au cocher qui, ne comprenant pas bien, fit le tour du convent et s'arr^ta k la porte de la cour. . CHAP. III. — MON ENTREE K CHARENTON. 55 / -— Vous avez bien raison> monsieur, lui dU-je; cette entree est preferable, et si yous le permettez, je tous pr^senterai h ces dames, II devint pourpre de colore, $auta d'un trait jusqu'au cochep^ auqael ilparla ayec une violence extr^e, et qui compritenfin oil il fallait aUer. — AUons; dis-je k M. de Kinkelin quand il fut remonte, le pauvre homme a eu deja peine k compren- dre qu'il fallait passer la barri^re de Charenton. Apr^s un moment de silenpe, il me dit : — Votre proph^tie est fausse, car nous venons de passer la barri&re de Bercy. — Oui, mais pour fermer sur moi la porte de Cha- renton. — Ah I voiis savez que vous allez k Charenton? H6 bien ! vous verrez qu'on saura bien vous y garder ! — Je n'ai rien k craindre, monsieur, car je n'ai rien fait de mal, et si, sachant ce qui allait m'arriver, je suis rentr^e au lieu de fuir, c'est que j'ai foi en Thon- neur et en la justice des hommes auxquels je vais avoir affaire. -r- Vous sortiez done? me dit*il avec stupefaction. — Comment I dis«je k mon tour, fort surprise ; com- ment, si je sortais? Mais journellement, et c'est un hasard que vous m'ayez trouv^e. Qui ferait mes affaires, si je restais chez moi lea bras crois^s? Notre etonnement r^ciproque est facile a expli- quer. . . \ '■■-J \ I 60 MEMOIRES d'UNE AULNEE. , I /e compris eafin, d'aprfes ce$ soins energiques, que je devais passer pour iAalade, et je le devenais en effet de corps et d'esprit, car, n'^tant pas de nature k me laisser malmener, je commenQais k me r^volter et a me plaindre hautement, quand cet ^tat de choses, qui avait dur^ quinze jours, changea pour^faire place aux ^gards et aux attentions. On me prescrivit un regime alimen- taire exceptionnel ; on me donna une chambre parti- culifere; je pus all^r d'une divisfon dans Tautreet rester urie heure on deux par jour ati piano, dans' un cabinet s6par6. J'6tais devenue n^cessaire . a I'administrHtion*: W^^ Langlois, la musicienne, ^tait tomb^e sUbitement malade, etje I'avais remplac^e avec'une graude com- plaisance, pour ne pas priver les pauvres pensionnaires de leurs reunions musicales du dimanche et des repe- titions qui avaient lieu en semaine. fitait-celi Puhique raisondece changement? Je ne le crois pas. Les documents produits par Ten- qu^te constatent que Tadministration Mait k ce moment fort embarrass^e de la fagon irregulifere dont j'avais ete plac6e et que j'ignorais encore; on voulait 6viler que j'eusse d'autres motifs de me plaindre. Des pensionnaires me r6p6tferent avoir entendu dire (L qu'on avait apport^ quelques effets pour moi k M™« la sup^rieure, k laquelle on avait dit en mftme temps que tout ^tait saisi chez moi ; qu'on allait faire vendre et probablement me passer a la Salp^lri6re, si 'TB CHAP. 111. MON ENTREE A CHARENTpN. 64 on ne pouvait continuer 4 payer ma peusion; qu'enfin ces Messieurs ^talent tourment^s au sujet de mes papiers. » Je ne compris rien k ce qu'elles me disaient. Puis- qu'on avail entre les mains tous les papiers que j'avais si soigneusemeni reunis, de Targent, etc. , que fallait-il deplus? D'un autre cote, qui pouvait feiire vendre chez moi ? Pourquoi? Je ne devais rien a personne. Ce qu'on nie disaitla etait faux, impossible. Ne pouvant queslionner M"^ la sup^rieure sans com- promeltre celles quim'avaient fait ces communications, et pehsant qu'on m'en parlerait si c'^tait vrai, je r^solus d'attendre les 6v6nements sans rien dire. Les papiers, divis^s en deux paquets et caches dans mon petit panier, ne m'avaient pas 6t6 enlev6s, et voici comment. II est d'usage de fouiller les malades a leur entrte; afin de prendre note de ce qu'elles poss^dent, Les pa- piers, valeurs, argent, bijoux, sont port6s au bureau ou rendus a la famille. Pour 6viter toute scfene de violence, on visite les vetements apr^s le coucher ou a Theure du bain. J*ignorais celte circonstance et ne compris pas pour- quoi, lorsque je me rendis au bain, mes compagnes rae conseill^rent de cacher mon petit panier. Poiirlant je le plagai derrifere la baignoire avec mes poches dessus, et mis tous mes vetements sur une chaise. A peine fus-je 4 . i I \. 62 MfiMGIRES l>'tJN£ ALIENEE. dtktis Yean, ^ti'ori empottai cette chaise pOUf foiiill6i' et itiventorief imes 6fFet§, et j^m'applaudis d^avoir pris ks precautions qui m'avaient 6t6 conseill^es. Quand je reti- tfai dans la division, on dfut fnes pbche^ et raon pailier visit^s, et on ne s*erf occupa plus. j*ai dit en quelles circonstances la scetii' Saint-Sau- veur s'empara des papiers contenus dans meiS pddheS; Le 22 septetntre, je fe^iis la visite de rfnconriu qui s*6tait presents chez itioi peu av^iit mon enlcJve- ment. II me dit avoir pris le tlti'e de docteui* et le horn de Chevalier pour parvenir jusqii^a inoi, parce qu'oii ne pouvait refuser a un mMecift de voir'une inalade. II m'engagea k lui r^ndre les papiers, qui pouvaient m'Mre pris ou ne seMraient qu'a cofnpliqiier Taifeire, et Targent, qu'on emploierait k payer jua captivit6 pen- dant vingt ans et k me d6pouiller de ma possession d'etat et de mon horn connii, au lieu de me servir k obtenir justice. 11 valait mieux aller k la Sa1p6trifere, ot un employ^ etait qharg6 sp^cialement de s*occuper des alTaires des malades, et la, si j'elais interrog^e, dirfe ce qui m'avait et6.dit, eri priant ceux qui voudraient bien me prendre sous leur protection de faire examiner mes papiers, et de voir si la confusion qu'ori s'effor^ait d'eta- blir sur mon 6tat civil ne datait pas de mesUres prises en 1814. • li me dit que si j'avais besoin des papiers et de l*ar* j^ent que j6 lui restituaiS) je n'aurais qu'i m'adresser »ff f CHAP. m. -— »iON ENTREE k CHARENTON. ,63 ' ' '" « » ' i I ■ ■ i| I ( r py ■ . I ..11 ■■ i| ) I . ^ 4 M. Athanase Goquerel, pasteur protestant, i& Paris, ami de M. et W^^ Johnsofi, mais de, ne le faire que quand j'^urais trouv6 des protecteurs et recouvr6 mes papiers Rouy, parce que Timportant 6tait de savoir pour(^tioi ce nom 6tait mis en doute, et pourquoi il y avait eu une sub«titution et une s^uestration. L'existeiuse de ce docteur Chevalier eat, prouv^e par una lettre de lui, du 7 novembre 1854, priant le direc- teur de Charenton de suspendre mon transfert k la Salp6trifere, et par une lettre de M"»« Isabelle Chaplin, qui se dit belle-mfere de ce docteur et declare le lende- main avoir 6t^ abus6e par des promesses erron^es^ les personnes dispos^es k payer ma pension ayant renonc6 k\e faire. Je. connaissais les dames Chaplin depuis 1838, et j'af* firme que le 8 septembre, jour de moil enlevement, M"" Chaplin n'6tait pas marine, qu'il n'en etait m^me pas question. II m'est done difficile d'admettre qu'un mois aprfes M«n« Chaplin eut pour gendre *un docteur Chevalier, qui donne son adresse 7, rue Marboeuf, alors que Talraanach Firmin-Didot de 1854 ne contient le nom d'aucun Chevalier dans la liste des medecins et officiers de sant6. J'ai rendu k ce myst^rieux docteur les papiers John- son, les actes sous seing priv6 et 17,500 fr. sur I'ar- gent que j'en avais regu. « Une lettre de mon neveu Henri a son pere, coramu- niqu^e par ce dernier, prouve rjue les incojfihus qui V / 64 m^moires'D'une alienee. ' I s'occupaient de moi n'existaient pas ^eiilement dans mon imagination. t Paris, 9 novembre 1854. .... II est venu samedi 6 noveijfibre, le soir, me voir a la Presse un monsieur dont je n'ai pu saisir le nom. Dans la con- versation qu'il a eue avec moi, sa voix ^tait tr^s-basse et tr^s- difficile a entendre. Ce monsieur, dans tous les cas, m'a demand^ si j'^tais le frere de M"« HerSiHe Bouy» Le docteur Chevalier avait 6crit le 7 pour suspendre mon transfert. Sa belle-m^re, M™« Chaplin, 6crit le 8 pour le presser. Un visiteur inconnu va le 9 4 la Presse r6v61er k la famille Rouy qu'il connait mon pom veritable et ma parents, alors que j'ai 6t6 enferm6e sous le non) de Chevalier, de parents inconnus II y avait hMe de me faire quitter Charenton. CHAP. IV. — QUI A FAIT AGIR LE DOCTEUR PELLETAN. 65 CHAPITRE IV Qui a fait agir le docteur PeUetan. On remarquera sans doute que ce qui s'est pass^ jusqu'ici met en jeu tout une s6rie.d'inconnus, m'aver- tissanty me feisant des ofFres diverses, pour aboutir enfin 4 Fenl^vement et a la sequestration annonc^s. •La facon dont j'ai agi prouve bien que j 'avals regu une r6gle de conduite, sans quoi je fusse rest^e obscure, ignor6e, apr^s la mort de mon p^re comme aupai'avant. Au lieu d'une artiste dont on parlait, je n'aurais 6t6 qu'une pauvre petite maitresse de piano, dont personne ne se serait souvcnu apres quatorze ann^es de dispa^ rition. Grdce k la notoriety que j'avais acquise, j'ai pu invo- quer de nombreux et honorables temoignages; j'ai pu eclairer I'enqu^te, k laquelle je dois de pouvoir recons- tituer a peu prfes le pass6. II y a des personnes qui soutiennent que les visites de la dame noire^ 4e ^'inconnu qui i^i'a remis de^ s/' 66 MfcfMOmrs i>'jL:Kj: Aat^^4^. \ \ V ' . ' papiers et de Targent, sont un r^ve de mon imagina- tion^ . ' Je demande \ toute personne raisonnable si un r^ve, une foli4 raisonnante, commedisentMM. les ali6nistes, peut fairjB deviner ce qui se passe, ce qui s'est pass6, faire prendre les precautions que j'ai prises et que les evenements ont si W^n jii9tifi6^9. Quand le pseudo-docteur Chevalier est venu-m'aver- lir de J'immioeace 4e la ^^siraphe ^ ^loi annoncee depuis 1840, il me dit : « Que vous le veuilliez ou non, les choses serpnt ; et si vous ne faites pas tout ce que je vu6 edes perdue i^galeodeiit si vous redevenez libre sa^is avoir proave quie \mi& n'avez jamais 6t6 folle et que vous i^«s la Retime d'uo crime. j> ' Cest cette con^ction qui m'a fait refuser k dixerses reprises un eertificat de guirison me livrant, sass defense et sans ressource, k desfennemis caches dontjWais ^prouv^ la puissance. Le baron de Kinkelin avait pris ie nom de moia fr^e comme pr^texte pour m'enlever de diez mol ; mais j'ignorais absolument alors que M. Claude-Daniel Rauy eikt tremp^ en queique chose dans cette infamie. Nous ne TJ0i*3 Yoyiops plus ; i^ ^flfeir^ de h si|e(3<»si(» d« t 4 > i:UAP. IV, -*- our i FAIT AGIR LE DOinXUlt PEI.LETAN. ' 07 • » ^ V_ *^^^^ ^* ■ I ^ ■ ■ 111*." — ■ ■ i- - III I -111 I -^ m I m r t f •* ' i ' ■--- — — - -- man p&re '6t^iit r^l^ depuis longtemps ; nous n!aKionf( auoun 'vit^^ commiin> ran .qui pdt {aire de moi un sujet de h&ine on d'eoifearras. G'est lui-m^me qui afjfirmesa participation ^ ce crime dans un m^mpire, dif&maJUMjpepour moi 6t qui est loin 4'Mne ju^rtificatif pour lui| qii'ii a adr« Lef^bure, dont je vous envoie le billet, est venue roe « (aire p^ de la situation extreme dans laquelle est tombed a voire tante; M^** Jlersilie Rouy, il parait qu'elle est folle ; elle K n^est plus nourrie que par son concierge, sans lequel elle II moi^rrait de faim. « M"^« Lefebure ma dit avoir fait une d-marche pr^s de votre 4c p^re. Je lui ai repoudu que je ne pouyais intervenir dans une % ^ire de %mijle, que je fer^i? part seulem^nt de ]a. 4^maTCbe / f 68 MEMOIRES D*UNE ALIENEE. a qu'elle avait faite pres de moi. £n tout cas, il me semble que « M. Pelletan etant m^decin de la Salp^trie^'e, il y aurait lieu de « voir avec lui ce qu'il y aurait de mieux k faire pour voire mal- (( heureuse tante, si on la transporte a la Salp6tri^re. » '^oWkle premier ^l attache, Le docteur PeUetan r6(Jigeait les articles de mMecine dans le journal la Pres8e;\\ 6tait rami et le m^decin de mon fr^re et de ses enfants. Void le billet de M™® LeKbure a M. de Girardin : m < Monsieur, « En sortant hier de la bienveillante audience que vous avez (( bien voulu me donner, je me suis apergue que j'avais oubli^ de « vous donner Tadresse de M"* Rouy, que son frere ne doit pas (( connaitre, puisqu'elle a change de quartier depuis quelques f( mois ; je vous I'envoie au bas de son portrait, et je vous prie, (( Monsieur, si quelques r^sultats arrivaient pour elle par votre ((. puissante intervention, de vouloir bien les faire connaiitre a (( M™8 la comtesse de R..., qui s'interesse beaucoup a M"® Rouy,- c( et a fait aupres de son fr^re la. d-marche remplie de bont^ « et de bienveillance dont je vous ai parle. (( J. Lef^bure. » Je ferai remarquer que, dans cette lettre, M™« Lefe- bure ne parle nullement de folie ni de me faire enfermer, mais de me venir en aide d'une fa^on quel- conque. On m'avait bien avertie qu'on mendiait en mon nom, Le passage suivant d'une lettre d^ M^* de R... k, N CHAP. IV. — i QUI A FAIT AGIR LB DOCTEUR PELLETAN. 69 '' r ' M. d*Aboville prouve combien cette daifne 6tait loin de sedouter de la trame 6. laquelle on cherchait a m^ler soa nom : 25 d^cembre 1875. .... Uue dame, M"* Lef6hfUre, que j'avais rencontr^e chez JPJ« Rouy, 6tant venue me parler de I'etat de gSne et de souf- france ou se trouvait cette derniere, nous eftmes I'id^e de faire une souscription pour elle parmi ses nombreux amis, et d'en parler tout d'abord k son frere ; nous alUmes done k la Presse, Des les premiers mots, M. Rouy, assez disgracieux, eut Fair de ne point connaitre sa soeur, et nous partimes irrltees de ses mauvais sentiments, etc. Gt«»« de R... • M. de R... fils avail ^crit ^ M. Le Normant des Va- rannes, le 5 Janvier 1869 : Completement ^trang^re aux circonstances qui ont precede et accompkgne la reclusion de M^^* Rouy a. Charenton, ma m^re ignorait meme qu'ellc y eut ^t^ plac^e sous un autre nom. Je reprends la suite du m^moire de mon frfere : M°>« Henri Hayet, ancienne connaissance d'Hersilie, qui ne I'avait pas vue depuis trois ou quatre ans, a re9u lundi (28 aout) un rouleau de trois romances d'Hersilie, avec son portrait, quel- qaes vers au bas, et dans une enveloppe un de d'or, ancien cadeau qu'elle lui reQvoyait. Surprise de cet envoi, ayant une sorte de pressentiment, cette dame est ali^e le soir m^me rue Laval, puis rue de Penthi^vre, 19, oii demeure actuellement Hersiiie. Elle a sonn^, elle a frapp^, et n'a obtenu aucune r^ponse. Hersiiie, a ce que lui a 70 / 'r- >li:MO)Lit£g U C<*4^ AU^NKE. dit le con^ier^e^e^t aniermee chez «U^» calf^utr^, tputesi^prte^ et fenkres fer^^es depuis dimasche, c*est-a-dire qi;i'au moment de la visite de M™* Hayet, i! y avait d6ja vingt-quatre heures. Cette dame, tres-inquiete, est ali^e a la Presse, puis est venufi ici le mdme soir, a di;c heufes, pour me prevenir. Le concierge de la rue de Penthi^vre l^i a dit qu'il craignait qu'Hersilie.ne fuUille. Le fait de la r^stUutioa est exact. Cost moi-m^me qui ai depose c^s objets chez son concierge, et J'avais pour agir ainsi de^ raisonS que M™® Hayet connaissait bien, J'^tais tout bonnement allee diaer en ville pendant qu'elle carillonnait chez moi. Puis iZ m'^mt encore qoe M- Audiat^ le m^ecin d'HerisiUe, est venu liU-m6me le pr6venir qjgi'eUjs 6tait daiigereusement foUe, et qu'il fallait y prendre garde. -Enfin, sous Tent^te : « Diocese de Paris, paroisse de Saint> Augustin, B je re^oi8 la lettre dont, ae|te fois, eopie entiere, dat^e 4u 30 aotU 1854; ^ (( Monsieur, (c £tant a la recherche d*une institutrice pour une famille tres- « recommandable, M. le cur^ de Saint-Aagustin, a qui j'^vais a demand^ conseil, me donna Fadresse de W^* Rouy, 19, rue de c( PenthieTre. J'af ^& douloiureusement affeet^e de trouver cette « demoiselle dans un etatd'ali^nation compiei. Le matin m^me, (( la police avait dii ouvrir la porte de force, parce qu^elle n*avait <( pas paru depuis plusieurs jours, et que Ton craignait quelqae (' malheur. J'ai cru, Monsieur, que je devals vous inMmire de ee « fait, pour que vous puissiez prendre dee mesures pour M ademoi- « seHe votre soeur, d(mt la position est on ne peut pto alarma^nte ', << le propri^taire craint queique accident, et les concierges m'ont a pri^e en gr&ce de vous exposer lenr difiieile position vis»9'Vis ■ ■ ■ • , .\ I'.nkv. IV. — uui a FAtx asiu'le iioctkuk pelletan. 71 (t de M>^* Mdtiy, potif la^^uelie ils out beaucoup d'^gards et de a liofldtd^ration, m&is av€d lact^elle ils ne sont pas en si)iret^ « d&Ds l&s conditions d(5tttelles. « Hdcet ez, ^c. Sign^ : c G« d6 6rOZBli£r< » Cdinment ceite dame, qui etait venue m'offrir une place d'institutricei qui semblait extr^mement conve- Bfible it bienveillante, avftit-elle pn^ en sortant de chez moi, m'ayant vue elle-m^me, appeler mon frere k prendre des mesures^ sur la pri^re instante de mes con- eierffes? C'^tait inconcevable. — J'ignorais qu'elle fftt venue Utie Seconde fois potir me voir. J'en re^us l*explication suivante de M^^^ de Grozelier elle^m^me^ h laquelle M. Le dormant des Varannes, Charge par Fadmihitstration des Hospices d'Orleatis de feire une eiiquSte sur ma situation, ^crivit pour lui de- mander quel avait ^te au juste eofi r6le dans cette affaire, et lui jgippretidre les desststreuses consequences de son ifltervetition ; taris, 11 fevrier 1873. Monsieur le Receveur, Effectivement, dans le coutaint d'aottt 1854, j*ai 616 pri^e par ane fiiiiiille atnie de pYocurei' uil^ institatrice pour une jeune fille. Je m'adfessflii pour cela a un v^n6rable ecci6siaslique, tflor9>car4,de la paroisse de Saint- Angustin, que j'habitais, et qui avait toute Ma confiJince. II voulut bien m'indiquer M"« Rouy, qtt'it tie connaissait pas persoilnellement, raais qui lui slvait M reconimand^e. Je me pr^senlai chpz cette demoiselle, que me re^ut fort bien \ <. ♦ 72 - MEMOIR|:S D'UIj^E ALIENEE. et rien dans cette visite n'a pu me donner la pens^e que son esprit ne fut pas parfaitement sain. Je ne puis dire le temps qu*a dure notre entretien, probablement celui de lui adresser quel- ques questions qui intercssaient la famille pour laquelle je traitais, de lui expliquer les conditions. Un point seulement n'avait pas 6ie suffisamment 6clairci; je lui promis d'ecrire et de lui rapporter la reponse. Elle etait seule chez elle, et je ne vis personne autre dans la maison. Mais apr6s environ une semaine, quand je revins, je trouvai qu'elle venait d'etre s6questr6e chez elle; on me dit que la police ^tait venue le matin mdme et que personne ne pouvait la voir. Le concierge et sa femme me firent part de ce malheur avec une grande Amotion. Je les voyais pour la premiere et la der- ni^re fois ; je ne leur ai parl^ que dans cette circonstance. Us me parurent porter un grand inter^t a cette demoiselle, et lini- rent par me prier avec instance d'avertir le frere de M^'« Rouy, dont ils nae donnerent I'adresse. J'y consentis, dans la seule pens6e d'attirer la sollicitude d'un fr^re pour sa soeur dans une circonstance aussi penible ; tnon but a et^, en cela, de faire acte de charity chr^tienne, moi qui etais compl6tement etrangere a cela, cdmme vous le ditesTort bien. Jamais il ne m'a et^ accuse reception de cette lettre, et j*en entends parler pour la premiere fois hier, 10 f^vrier 1873 ; et a ce sujet, permettez-moi de vous exprimer plus que mon eton- nement, ma stupefaction. Comment 1 en pleinXIX' siecle, dans un pays civilis^, oiiil y a une police, des tribunaux, une magistrature, on peut accom- plir un acte aussi grave qu'une sequestration sur le simple aver- tissement d'une personne inconnue I Mais cela, personne ne voudra jamais le croire ! Quoi I la police saisie de cette lettre, de mon nom, de mon adresse, n'est pas venue a moi pour plus ample inform^ ? a moi, qui n*ai jamais quitt6 le quartier de la Pepiniere, et que Ton eut trouv^e mille fois disposee a dire tout ce qui pouvait dtre utile a cette demoi- selle, dont le malheur m'avait vivement ^mue! I * • CUAP. IV. — QUI. A FAIT AGIU LK DOGTEUR PELLETAfii. 73 II y a certainement 14-dessous une OBuvre d*iniquite que voua decouvrirez, je Tespere ; quant a moi, j'ai dit sur cette affaire tout ce qu'U m'est possible de dire. Veuillez agr^er, Monsieur, etc. i^igne : C. de Grozelibr. Malgr^ la stupefaction de M^^^ de Grozelier, c'est pourtant bien ainsi que les choses se sont pass^es. Ma femille, qui a regu sa lettre, n'est pas venue me voir, et mon enlevement s'est effectue sans que cette pr^ten- due folie ait ete constat^e par personne. M. Rouy, pour justiQer son intervention dans ma sequestration, invoque les declarations : 1^ Du commissaire de police ; 2<> Du proprietaire, M. Grenard ; 3® Des locataires; ip De M"« de Grozelier ; 5» De M«o la comtesse de R*** ; 6o De M. le docteur Audiat, mon m^decin ; 7o De W^^ Lefebure ; 8« De M«»o Hayet ; 9» Des conciei^es.^ 1^ Le commissaire de police a fait chez moi la demarche que j'ai racontee chap, ii, et ni lui, ni au- cune autorite quelconque, n'est intervenu 'pour me se- questrer, ainsi que le constate une lettre du Ministre de rinterieur au directeur de Charenton, en date du 25 fevrier 1869, qu'on trouvera chap. xiv. 5 ' i 74 , MfiATOIH^S d'-UNE ALIKNKE. 2o Lepropri^taire est mo^t; M. Rouy declare hruUe par megarde la lettre qu'il pretend ait en avoir regue. La famille de M. Grenard n'a jamais entendu dire qa'il y eut une foUe, dangereuse ou non, rue de Penthi^vre. 30 Les locataires, dont quatre ont et^ retrouves et, interroges, n'ontrien vu^ rien entendu, ne se sont jamais plaints. L*une d'elles, la gouvemante de M. Grenard, demeumt au-dess-us de moi, a rentre&ol. 40 ^He de Grozelier, dont on a vu les tettres, ^^crit sur le rapport des concierges. 50 ^me la comtesse de R..., a qui Ton a dit que j'^tais dans la g^ne, ne ^'occupe que de me r^^conci- lier avec mon frfere et de me venir en aide p^cuniai- remeht. 60 M. Le docteur Audiat, interroge€n1873parM.-Le Normant des Varannes, lui a dit ri'avoir ^14 pour rien dans ma sequestration et n'en avoir eu connaissance que longtemps apres qu'elle 6tait accomplie. M, Rouy dt^clare ^galement brtil^e ou perdue la lettre de son fils lui faisant part de la visite tlu docteur Audiat, 70 M™e Lef6bure, d'accord avec mes concierges, court ehez tout le monde ; mais la lettre qu'on cite d'«lle ne parie pas de folie. go y[me Hayet, pour ne pas m'avoir trouv6e cbez moi le soir, quand elle sait que je suis alMe chez elle dans la journee, en conclut, sur la foi de mes concierges, que je suis folle et fait la d-marche que Y-on sait. ■f CHAP. IV. — QUI A FAIT AGIR LE DOCTEUR PELLETAN. 75 ' ■ ■ ■ " ■ ■ I ii »■■■ III I I I'll I ■ T 90 Les concierges renseignent lout le monde, mettent chacun en avanl, etM.de Girardin seul prend sur lui de conseiller de m'envoyer a la Salp^trifere, en indiquant la m^decin qui pourrait s'en charger. Tout s'est donp passe entre la loge de^ concierges de la maison que j'habitais et les bureaux de la Presse, n ne faut que quatre jours d'activit6 pour mener tout k point. Du 26 au 30 aout, tout est tdcUy la fa- mille appel^e, grace k des portiers bien styles... et de ce inoment je.puis aUer, vBnir, renter, sfxciir^ rentrer, jeuner ou manger ; nul ne s'en occufiie, luaMm^oiu* me dire s^questree chez xnoi. M^HOIREy D'UNt: ALlF,h£[£. dutranton ; plBoement, BnregiBtTeiDent, translBrt. M. le docteor Pelletan fcrit Jl M. C.-D. Rouy la lettre suivante, sans date, raais contepant un certiQcat dat^ du 6 septembre 1854 : Mon cher Uonsieur, Oblige de partir a I'instant pour alter voir une malade lain de Paris, je vous envois le cerlificat que j'ai fait pour faire entrer Mademoiselle votre s - L'ordre de translation, sollicit6le 11, arriva le 30 no- vembre de la prefecture de police. , Sauf le retard du a la gen^reuse intervention de M°*« Lafitte, les choses s'^taient bien passees ainsi qu'il en avait 6t6 convenu entre M. Pelletan et ses manda- taires. M. Pelletan ecrivait a M. Rouy, dans une lettre sans « date, eommuniqu^ par ce dernier k mon rapporteur, ef. qni me parajt avoir 6t6 6crlte en octobre : r 84 « MEMOIRES D*UNE AUENKE. L*administration d\e la SalpStri^re fiecherche la ikmille legale de's malades qa'elle revolt, et lorsqu*elle les trouve en position de payer les journees, elle Texige ; raaisdans ce cas, vous n'avez pas paru : moi seal ai et^ mis en avant. J'ai pay^ jusqu'ici a Charenton; je ne le veux plus. Voici ce que je r^pondrai a radministration, si elle veut me relancer, et tout sera dit, La famille legale, ce sont les ascendants ou descen- dants du malade; les collat6raux ne doivent rien,^t le docteur Pelletan devgiit le savoir mieux que personne. Mais en recherchant ma famille legale, on aurait trouv6 ma famille r^elle, et c'est ce qu'il ne fallait pas, pour pouvoir me dire Chevalier, de parents inconnus, et me faire passer sous ce nom aux indigentes. Sous ce rapport, Charenton 6tait pr6cieux, car, ainsi que le dit encore le m^me docteur Pelletan, dans une note adress^e k Ville-d'Avray, et dat6e du !•' aoui 1854, surcharge de septembre : Un certificat d'un m^decin connu, constatant T^tat mental de la malade, suflfit pour faire mener a Charenton la personne qu'il faut soigner. 1" aout (septembre) 1854. Et mon neveu Henri 6crivait k son p6re, toujours sans date, mais la veille ou Tavant-veille de mon enle- vement : Le mieux, a son id^e (il s'agit du docteur Pelletan)' et quoi qu'on en decide, s^erait d'envoyer Hersilie a Charenton, de payer l«-r CHAP. Y. CHARENTON. 85 le premier in($is, soit 90 fr. S'il ne te convient pas de continuer le paiement, elle serait transport^e d'office k la Salpdtri^re) sans aucune formality ddgradante. Ge serait done, au bedoin, un moyen de la faire entrer a la Salp^tri^re sans ces formalit^s premieres. Les formalit^s d^gradantes sont celles pr^cis^ment qui out lieu dans le transfer! d'^tablissement k ^tablis- sement, transport en voiture cellulaire, etc., tandis que de Chez moi on m'eilit conduite en fiacre k la Salp^- tri^ve ; mais on voit assez, par les lettres que je viens de citer, quelles sont celles de ces formalit^s qu'il impor- tait k la famille Rouy d'^viter. A cette dpoque pr^cis^ment, radministration de Charenton se trouvait dans I'embarras k mon si:get, m'ayant accept^e d'une fagon irr^guli^re, sans autre pi§ce que le certificat du m^decin effectuant le place- ment, et on ^tait aussi d^sireux de me dire guerie pour me renvoyer, qu'on avait 6t6 press^ de me dire folle pour me recevoir. On me fit proposer la place demusicienne, si je vou- lais accepter un certificat de gu^rison mettant chacun k convert. On disait que tout avait 6t6 saisi, vendu chez moi, et qiie je n'avaisplus rien au monde; cette d^tresse devait me rendre de facile composition. Ne pouvant accepter d'avoir 6t6 folle, de me recon- naitre guerie, et par consequent d'abandonner toute poursuite; croyant mon argent et mes papiers au bu- . ' ^ * - / ■ 86 MEMOIRES D'UNE ALIENEE.. reau; sachant que je trouverais a la Salp^trifere ua agent sp6cialeinent charge des affaires desinalades; ayant » pris d'autre part )a pr^cautron d^ cacher une somme de 900 fr. en billets de banque dans une petite bottine d'^toffe claire qui ne me quittait pas et dont j'avais fait nil sac ^ ouvrage, je fas presque contente de me voir transferee dariscette maison. ,f CHAP. VI. — DE CHARENTON A LA SALPfiTRIERE. 87' CHAPITRE VI De Charenton k la Salpdtri^re. — La Prefecture de police. Aiissil6t Tordrede mon transfert arriv6 a Charenton, le 30 novembre, aprfes le dejeiiner, on me fit descendre' dans la cour,.ou se trouvait une voiture cellulaire dans laquelle on me fit monter. Une religieuse, que je n'avais vue (Ju'une seule fois, m'a accompagn6e jusque-l^ et m'a souhait4 bon voyage et bon courage. J'aurais 6te excessivement saisie, si mes pauvres com- pagnes ne m'avaient pas fait connattre le vehicule qui devait me conduire k la Salp^triere. Depiiis quelques jours, je ne faisais plus un pas s?ins avoir mon double chdle sur mes ^paules et mon petit panidlr k mon bras, en prevision de mon depart. On sait que ce petit panier ne renfermait plus que mes papiers d'affaires et les notes de ce qui m'^tait dfi poitr lemons, musique, etc. J'avais aussi une petite cor- beille chinoise dans ce panier. Gette corbeille conte- 88 MEMOIRES d'UNE ALIENEE. nait quelques bijoux en or massif et m'avail 616 remise avec le ling^e qu'on m'avait envoys it la fin de sep- tembre. J'6tais inqui^te de tout cela, parce qu'on m'avait dit qu'on prenait absolument tout ce que les malades avaient, et que le d^sorSre 6tait extreme dans cette maison de sant6 du pauvre et de I'abaridonn^. , En arrivant k la prefecture de policoj on m'a intro- duite dans un horrible cabanon dont les murs 6taient outrageusement converts d'ordures. A une certaine hauteur se trouvait une lucarne bar- dee de fer, au-dessous de laquelle se dressait un -enorme tuyau sans couvercle, destine aux usages par- ticuliers. C'etait naus6abond. Le mobilier se composait de detix paillasses aussi d^goiitantes que les murs, et sur ces paillasses 6taient tamponn^es deux couvertures de laine grise. La porte de ce logis n'avait pas de serrure; eUe se fermait au moyen de deux gros verrous places dehors. En entrant dans ce repaire, j'y trouvai, k ma grande surprise, M">« R..., une gentille petite femme qui avail 6t6 ma compagne k Gharenton pendaiit un mois, et qui s'y 6tait prise d'une sorte d'adoration pour moi. Aussitdt qu'elle me vit, elle s'exclama, s'indigna, comprenant fort bien, a son avis, qu'on piit la conduire CHAP. VI. — DE CHAR^NTON A LA SALPfiTRIERE. 89 a la Salp^tri^re, mais moil ii\oi I! Et a ceite id^e, la pauvre petite fpndit en larmes, tant la chose lui parut abominable^ inouie, etc., etc.... Je ne savais plus que faire pour la consoler... de mes malheurs, et je pris, pour atteindre ce^ but, un petit air indifF«§rent sur mon sort, qui, je I'assure, n'^tait pas vrai du tout, car j'avoue que le cabanon me faisait voir les ' choses en laid, et m^me en tr^s- laid. Cette jeime femme, apres avoir dit tout ce que Tindi- gnation pouvait lui sugg^rer, finit par se calmer un peu en ne me voyant pas trop chagrine, et elle me raconta que c'6tait la seconde fois qu'elle passait par la prefec- ture de police, parce qu'elle 6tait pauvre, avait de fre- quentes rechutes; que sa maladie durait assez longtemps, et que son mari aurait ^t^ oblige de payer ou de faire des d-marches extr^mement p^nibles s*il ne I'avait plac^ pour un mois k Gharenton, qui, n'^tant plus pay^, la transfi^rait comme indigente k la SalpMri^re, ne gardant les gens que tant qu'il y avait de I'argent pour eux. Je ne savais pas encore comment on s'^tait arrange a mon sujet ; mais j'avais vu plusieurs personnes k Gha- renton a qui semblable chose 6tait arriv6e, 'et qui me Tavaient racont^e, comme etant un moyen trfes-com- mode de^ se faire soigner pour rien. On m'avait bien dit qu^on 6tait moins bien a la Salp^tridre qu'a Gharenton ; que Targenterie 6tait 90 M^MOIRE* D*UNE ALIlgNfiE. remplac^e par F^taift, mais' aufim... of^ ni& payait ptzs ! II y avait environ unebeuve que nous^ioii^I&toutefi et referma brusquement ces papiers. Puis, s'adressant k ma compagne, il lui demanda son nom, et quand il le sut, il compulsa de nouveau son petit dossier et dit a son suivant : c II n'y a qu'^ mettre le pied sm* la p6dale pour celle-ci ; quant a Tautre !... » II fit un geste qui disait : < Ce n'est pas facile. » B jeta un regard autour de lui, sortit, et k porte se referma sur nous. Quel ^tait le beau jeune homme qui accompagnait M. le docteur ? £tait-ce un 6teve de ce grand maitre de la science, ou par hasard le commissaire de police / < 92 M^MOIRES D'UNE ALIENEE. I ^ - I II, J ■■ ■ ■ ■ ' _ - ^ ■ ■ T^ « I \ dont le proces-^erhal est merdionne dans Varritey mais dont il n'existe pas trace ? — Je le demande au lecleur, qui en salt la-dessus tout autant que moi. — Toujours est-il que la visite etait faite, notre sort d6- •cid6.....' Voici ies pieces moyennant lesquelies je suis devenue pensionnaire du d^partement de la Seine, sous la res- ponsabilit^ de son pr^fet : Gertificat du docteur Calmeil appuyant la demdnde de transfert : Nous, soussign^, etc., certiiions que W^^ Chevalier-Rouy est atteinte de d^Iire partiel; qu*eUe peut encore soutenir, dans certains moments, une conversation a moitie suivie, mais qu'elle est le reste du temps en proie aux id^es Ies plus fausses, aux conceptions Ies plus d^raisonnables ; qu^elle s*abandonne aux actions Ies plus extravagantes ; qu*il y aurait du danger ^I'aban- donner a Tentrainement de sa folie ; qu'il est k desirer qu'elle soit maintenue i^^questr^e. 11 novembre 1854. Signe : Calbieil. Note du m^decin pr^pos^ k la visite des ali^n^s. Paris, 30 novembre 1854. Je, soussign^, etc., declare que la nommee Rouy-Chevalier, sortant de Charenton, ou elle est en traitement depuis septem- bre 1854, est atteinte de d^Ure partiel, actes incoh^rents', manque de direction dans sa conduite, forme chronique constatee par le docteur Calmeil, et reclamant plus long examen. Signe : Lasi&GUE. T?-^ ■ CHAP. VI. — DE CUARENTON A LA SALPfiTRIERK. 93 N'est-il pas effrayant de voir comment se font les certificats qui (incident, cependant, du sort et de la liberty des gens contre lesquels ils sont dresses? Ainsi done, voil^ le docteur Las^gue, qui a pourtant un air de superiority, d'inconteslable intelligence, de franchise et de bienveillance presque joviale... 11 me trouve secourant, consolant, nourrissant mes com- pagnes... et il m'accuse d'actes incohirents ! II ne m'a vue qu'une minute ou deux, ne m'a dit que ce que j'ai rapporl6 plus haut, et ilme condamne sur la foi du docteur Calmeil, qui m'a condamn^e sur la foi d'un m^decin ne m'ayant jamais vue, lequel m'a enle- vee, par complaisance, sur la foi d'autrui ! II est vrai que M. le docteur Lasagne ajoute que mon etat reclame un plus long examen Qu'on lui donne alors k lui-m6me les moyens et le temps de s'assurer personnellement de cet 6tat, avant de prendre sur lui la responsabilit^ d'une sequestration aussi terrible, qui d^truit tout une existence humaine ! Que signifie son certificat, aprfes tout ? T6moigne-t-il de ce qu'il a vu lui-m^me ? Non, certesl Et c'est pourtant sur sa signature que Tarr^te suivant a ^t^ pris : I 94 MEMOIRES D UNE ALIENEE. 1" DIVISION PREFECTURE DE POLICE. 5e BUREAU. !'« Section. isr« 36,0.18. Paris, le 30 novetnbre i854. Placement d'oflQce. ALlfeNfiS. AMPLIATION. CHEVALIER- ROUY. Nous, pr^fet de police, Vu rarticle 18 de la loi du 30 juin i«38 ; ' Consid^rant que fa N^« Hersvlie^Cwndlle^ Josephine Chevalier-Rouy, maiiresse de pianOy dgee de 40 ans, nee a Milan^ derrieu" rant rue de Penthievre, n° i9, sortant de la maison de CharerUon, oil elle ne pou- vait plus payer la pensiouy est dans un etat d^alienation mentale qui compromet Tordre public ou la si!iret^ des personnes, ainsi qu*il est constat^ p^r uu proces-vepbal du com- missaire de police de la section du Palais" de- Justice y £t certifi^ par MM. les docteurs Calmeil eiJMsegue, Avons arrSt^ et arrdtons ce qui suit : M. le directeur de Vhospice de la vieiU lesse (femmee) recevra du porteur da pre* sent et placera dans ledit ^tablissement : Ladite Chevalier-Rouy, pour y Stre trait^e de la xnaladie dont elle est atteinte, laquelle s^est manifestee par des actes extrafagants. Le Prefet de police, Signe : Pietri. Pour ampliation, . Le Secretaire general, Signe: (illisible). ^ 1 / CHAP. VI. — 1>EJGHARENT0N A LA SM^PfiXRI^RE. 95 Tout ce qui n'est pas en italiques est imprirn^ sur le cerdficat. L'appr^ciation mddicale est tionc ia m^me pour ious. Nous restdmes enferm^es dans le cabanon jusqu'a quatre hetires. Alors on nous fit monter de nouveau dans la voiture cellulaire, et nous arrivdmes, toutes a reculons, a la SalpStri^re. J'^iais a bout de forces, ayant 6t6 obligee de me tenir accroupie, les coudes sw la banquette, parce qu'il m'est impossible d'aller k reculons, et je me demande encore pourquoi on fait subir cette douleur inutile a de pauvres gens qui ne peuvent rien voir, puisqu'on y est absolu- ment dans une boite ? . . . . On nous fit entrer dans une pi^ce ou etaient deux individus assis chacun devant un bureau, et trois ou quatre gardiennes qui riaient avec eux. Mffl» R... fut a peine entr6e qu'elle disparut, celui qui nous conduisait ayant remis ses papiers en arri- vant, et une des gardiennes Tayant reconnue. Ce mot dezifkaaide une explication ; la voici : H y a plusieurs seetions et plusieurs m^decins a k Salp^tri^e. Chaque section est un asile complet, tout k fait etran- ger a la section voisine. Chaque m^decin a son service particulier. Quand une malade a ^t4 dans un service, elle rentre dans ce m^me service, de droit. On ne pent la changer de section que sur la de- f \ 96 MEMomEs d'une alienee. - — — - - ■-■-■■-■- ^ - , I -— I ..I. ■ ■ ■ mande, soil de la malade, soil du m^decin, et avec rautorisation du directeur, sur un ordre du bureau, absolument comme si on la changeait de d^partement 6u d'asile. L'epileptiq[ue fut envoy^e je ne sais ou. Restaient les deux idiotes, aussi sales, aussi abruties Turie que Tautre. Grand e.tait I'embarras des employes cbarg^ de leur assigner un gite, car ilfallait au moins savoir leur nom pour les inscrire. Aucune des deux ne repondait ^ Tappel. Alors on leur appliqua les noms au hasard, et justed ment on se trompa. On voulut envoyer Tune^ sous le nom de I'autre. Le surveillant de la prefecture de police, en les fai- sant entrer dans le cabanon, les ayant annonc^s a haute voix, j'avais retenu les noms et les figures aux- quelles ils s'adaptaient. Je m?empressai done de rectifier I'erreur commise, erreur qui, sans doute, n*aurait 6te d'aucune impor- tance pour ces pauvres femmes, mais qui pourtant n'en aurait pas moins 61^ une substitution de personnes faite officiellement, et aurait pu avoir des cons^uences graves pour les families. II ne restait plus que moi. On prit mes papiers, et omn'inscrivit ; puis, en don- nant ma carte k la gardienne, on iui dit • -^ M"c Chevalier, section Trelat. I ^^ • J CHAP. VI. — DE GHARENTON A LA SALPfiTRlERE. 97 Je regardai'autour de moi, sansbouger de machaise, ne me doutant pas que c'^tait moi qui ^tais M^i« Che- valier. €Yenez-vous, mademoiselle Chevalier? me r^ p^ta la domestique. — Qui done ? Ce n'est pas moi, sans doute ; je suis MW« RouY, et non Chevalier. — Aliens, bon I fit le chef de bureau. — Venez tout de mdme, me dit la fille. — Allez , mademoiselle Chevalier-Rguy, me dit notre condueteur. — Mais je ne suis pas M^« Chevalier ; il y a erreur. — Vous expliquerez cela ^ M. le docteur et k I'em- ploy6 qui ira vous interroger ; nous ne pouvons vous donner que le nom sous lequel on vous am^ne, i> con- clut le chef de bureaa. lis se regard^rent les uns les autres ; mais M. Cons- tant (le condueteur) leur fit un signe qui voulait dire : a II y a quelque chose. :f) J'avais protests, et comme je ne pouvais faire plus, je suivis la gardienne, qui n'eut, bien entendu, rien de plus press^ que de raconter les choses. Comme, au r6sum6, j'avais deux noms, les unes m'appei^rent Chevalier, les autres* Rouy, et depuis ce moment ces deux malheureux noms, qui n'^taient pas plus justifies I'un que Tautre pour Tadministration, furent un sujet de reclamations, de discussions, de doute qui embrouilla si bim tout le monde^ qu'on finit -/' 5S ^ ilfiMOIRES p'UNE iUUIEKEE. ,'--'■■■'■ ' " ' ■ par ne plus savoir du tout qui je pouvais' ^tre, ni quel 4Uit mon vrai nom. Ge que je dis 1^ doit certainement paraitre tout a fiait invraisemblable £t imaginaire, car eato nous dtions it Paris ; je ne tombais pas des nues. La seule chose a 4^e^taitde m'iitterroger^d'aUerou j'indiquais prendre des renseignements, des pireuves et des t^moins..... Malheureusement, U comme a Charenton, xm ne t4ent aucun compte de ce que disent les recluses. Quinze jours ou irois semaines apr^s mon arriv^, 11 vint bien un jeune homme medemander c qui j'^t^.oi Je lui dis que radministrafion avait mes papiers. Je croyais quails m'avaient suivie, et c'est par eet employ^ que j'appris qu'ils ^talent. restes a Gbarenton. Je le |H*iai done de les yaller r6clamer. Le fit'il? Je n'en sais rien. car je n'entendis plus parler de lui du tout, tant que je restai dans le service du docieur Tr^lat. La loi (avec laquelle il y a des accommodemenis), exige que le m^decin qui re^oit les malades 4 Paris, dans an ^tablissement public ou priv^, envoie au prefet de police son certiOcat immMiat dans les vingt-quatre heures, et un autre quinze jours plus lard. Les ?oici tons les deux : CERTIFICi^T IMM&DIAT. ler decembt-e 1854. Je, soussigne, xn^ecin, chaf de service a Tasile de la Salpe-> ^'. \ I ) CHAP. VI. . — DE CHARENTON A LA SALPfiTRlfiRE. 99 trifere, certifle que la nommee Chevauer-Rouy, 4g4e de qua- rante ans, profession de maitresse de piano, n^e k Milan, d^partement de (Italia), entree le 30 novembre 1854, au traite* ment des ali^n^es, Est affectee. de d^lire partiel . Signe : Tk^lht. Comme on le voit, M. Trelat n'a fait que prendre un mot, ddlire partiel, sur le certificat du docteur Cal- meil pour constater mon entree. Son certificat de quinzaine ajoute : Est afifeet^e de d^lire multiforme en voie de d^mence ; en oet 6tat, est dangereuse pour elle-mSme et pour les autres. ISigne : Tr^lat. Le 6 d^cembre, M. le directeur de Charenton avisait M. le docteur Pelletan de mon transfert a la Salpe- trifeve, faute de garantie de paiement. Enfin, on y 6tait parvenu ; c'6tait entendu, fini : j'6tais installeei pour le reste de ma vie, comme pension- naire indigente du departement de la Seine, dans les maisons de Vtltat, « d'ou on ne sortait jamais, (d'aprfes ce que mon fr^re m'avait dit en 4848), ou on ne manquait de rien, Tadministration fournissant le n6cessaire; ou nul n'allait vous voir, defense 6tant faite de p6n6trer dans Fint^rieur et de deranger les ma- lades quand on n'etait pas de la famille. :» 100 M^MOIRES D'UNE AXIEN16E. CHAPITRE VII Lb. Salpdtii6re. -^ Premiere mise en Ubertd. — Mon arrestation. Malheureuseraent, ce n'^tait pas, comme on I'avait cru, dans la section de M. le docteur Falret, 6u je de- vais etre si hien recommand^ey que j'avais 6t6 placee, M. le directeur de Charenton ayant omis de le de- mander. M, le docteur^Tr^lat n'ayant aucun renseignement sur moi, aucun papier me concernant, personne ne venant me voir, trouva au bout de trois mois que je n'6tai8 pas k ma place chez lui, et ne pouvant me ren- voyer, faute de savoir a qui s'adresser, se d^cida k me passer k la deuxi^me section, dite des Grandes Loges, au service de son collogue, M. Metivi6, ou j'entrai le 4 mars 1855. D6s le premier jour, M. le docteur M6tivi6, avec lequel j'eus immMiatement une explication, me declara qu'on ne gardait pas aux aU6n6s une personne dans mon ^tat, et me dit qu'il allait signer ma sortie. Je le priai de n'en rien faire avant de m'avoir fait I CHAP. VII. — LA. SALPeXRIERE. 401 "■ I. ■■■ ■■ '/' ■■ii*ii' ..■■^. ■ rendre les papiers el Targent que j*avais k Charenton, et mes papiers d'affaires qu'on m'avait pris et gard6s au bureau k mon arriv^e k la Salp^tri^re. M. le docteur M6livi6 fut fort 6tonn6 lorsque je lui dis qu'il n*y avail sur mon compte aucun papier admi- nistralif, aucun r^pondanl, ni renseignement officiel ; il voulut avoir le» coeur net de celte affaire et savoir le nom reel eiVindividualite d'une malade bien ^lev^e, quoique n'ayanl ni tenants ni aboutissanls. 11 alia done en parler s6rieusement au bureau. On lui remit mes papiers d'affaires, que le bon docteur m'apporta lui-m^me le lendemain. Mais dans quel 6tat ! On les avail fouill^s, chiffonnes, mis en d^sordre, au point de n'y rien reconnaitre. II me fallut deux jours pour d6brouiller ce paquet et montrer a.u docteur 6bahi vingt-cinq lettres convenables et intactes. Je les gardai, en attendant le r^sultat des d-marches de I'employ^ de radminislration. Elles furent loin d'etre satisfaisantes. On lui r^pondit a Gharenton que je n'avais de Var- gentj des papiers civils et de famille que dans mon imagination malade; que je ne pouvais savoir qui j'^tais^ puisque nul ne le savait, radminislration elle- mSme n'ayant aucune pi^ce, el le docteur Pelletan, baron de Kinkelin, ne m'ayant plac6e a ses frais que parce que je n'avais ni parents ^ ni famille, ni repon- danty et que ma triste postilion lui avail fait pilie, ainsi qu a plusieurs personnes charitables. 6. . 102 MEMOIRES D*UNE khit^tE. Rien n'et^iit plus d^courageant qu'une r^ponse sem- blable. On comprit cependant qu*& quarante ans, fl 6taJt impossible de ne pas avoir une individuality qael- conque et des meubles, au moins pour coucher chez sol. L'employ6 avail pris la chose k coeur. II alia; chez M. Rouy, qui I'envoya promener en lui disant « qu'il ne savait ce qu'on lui demandait, ni de quels papiers on voulait parler. » II alia chez des musiciens qui, fort 6tonn^s d'Mre questionnes sur ma filiation et me^ affaires, s'amusferent a le faire courir de Fun chez I'autre; enfin chez le docteurPelletan,auquel il dit (pxe j'allais porter plainte et r^clamer ma sortie que le doc- teur M6livi6 d6sirait signer, le d^faut de domicile seul s'opposant k ma mise en liberty. M. le docteur Pelletan accourut a la SalpStri^re apr^s Theure de la visite, s'adressa a M^^* Beloeuf, la surveillante en chef, qui me Tamena k Tinfirmerie, ou j'ilais depuis mon arriv^e. M^® Beloeuf, femme aussi sup6rieure que bienfai- sante, m'avait regue avec la plus gralide sympathie; me trouvant faible et 6puis6e, elle avait pour moi d'affec- tueuses attentions. M. le baron qui, en m'enlevant sans me connaitre, ne m'avait m^me pas regard^e, a ce qu'il parait, fut trfes-6tonn6 en trouvant en moi une femme du monde Je recevant avec dignity et sachant s'exprimer de fagon CllAV. YII. -— LA *SALPfiTUlb:RE. 103 a ne lui laisser aucun doute siir ses intentioni^ hi i§ur son etat mental. II se confondit alors en excuses, avoua son impru- dence et d^clara a M"® Beloeuf qu'il n'^tait jias venu constater mon ^tat pair .lui-m^me. II s'^tait contents d*6couter les tappoHs de ceux qiii n'6taient renseign^s que par les del^gu^s des concierges, et, sans fentrer chez moi, s*6tait 6galemen{ adress6 k ceux-ci, afln d'ob- tenir deplus amples explications. II deplora ce qu'il appela son itourderiey promit de tout r^parer, mit sa bourse k ma disposition, me pria de ne pas porter plainte, d'attendre son retoiir, me demanda pardon, etc. Je promis d'attendre quelques jours; je refusal avec hauteur Foffre de sa bourse, en lui faisant savoir toutes les bontes de M"« Beloeuf pour moi et en lui ddlclarant simplement « qu*en fait de reparation, je ne r^clamais rien, que mon domicile et son contenu. j> Mon domicile et son contenu !!!... C'est seulement alors qu'il coniprit, je crois, la portee de son etourderiej car il resta un moment silencieux et interdit; puis il partit en me tendant la' main et en me promettant de se hater de tout arranger pour le mieux. Je ne lui donnai pas la main ; mais je Tassurai que j'etais prdte k concilier si chacun y mettait du sien, de fagoii k ce que je puisse reprendre ma vie artistique, laborieuse et mondaine, sans faire aucuh scandale .104 MEMOIRES D*UNE ALIENEE. d'une absence dequelques mois, facilement explicable ' du moment oii je rentrais chez moi comme si je reve- nais d'un simple voyage. J'ignorais alors absolument comment les choses « s'^taient pass^es. Je ne pouvais croire, malgr^ ce qu'on m'avait dit, qu'on avait pu v^dre ce que je possedais, sans que j'eusse 6t6 ni inform^e de ce fait, ni mSme interrog6e par personne ; et comme M. Pelletan 6vita de citer un autre nom que celui des concierges, j*6tais persuade qu'il n'existait r^ellement qu'un malentendu f^cheux, mais reparable. M. le baron de Kinkelin, tout au contraire, sachant que j'^tais complMement d^pouill^e, comprenait toute la gravity de la situation et dc la responsabiliti qui pesait sur lui, car rien de tout cela ne serait arrive sans sa complaisance, sans son certificate ses conseils, ses d-marches personnelles. C'est done sur lui, sur lui seul, que toutle poids de cette triste affaire devait retomber. Ce n'^tait plus pour ^tre agr^able aux autresqu'il me devenait adverse; son propre int^r^t lui ordonnaif de se sauvegarder avant tout. II courut raconter le cas k M. le directeur de I'assis- tance publique, lui faire comprendre TafTreux scandale qui r^sulterait d'une reclamation de ce genre, faite centre Tadministration, centre des personnages aussi 'connus que les m^decins qui m'avaient gard^e, que M. Rouy, qui Tavait charge de me placer k Gbarenton. I-' CHAP. VII. — LA SALP£tRl£RE. 105 " I ■ < ■! ■ . Il.l II., I ».. I I I I ■■ I. ^ M.Je directeur, 6pouvant6, d6fendit a son commis de s'occuper de moi, en parla k M. Basse, alors directeur a la Salpetri^re. II fut entendu que, si je sortais de U, j'en sortirais avec un certificat de guerisouj sous la seule responsahilite du mSdecin, sans que radnainis- tration me vint en aide sous aucun pr^texte, car cela aurait eu Fair de convenir d'un tort. Le pauvre jeune commis, qui y avait mis lout son zMe, vint me dire cela lui-m^me, n'y comprenant rien, parce qu'il avait 6t6 charg6 d'autres affaires k peu prfes pareilles qui s'^taient arrang6es du consentement de chaque partie. Quelques jours apr^s, on me fit savoir du bureau que la somme de 15 fr. y avait' ete d6pos6e de la part de Af«* la baronne de Kinkelin. m On n'entendit plus parler du docteur Pelletan, et Vadministration resta dans une ignorance d'autant plus profonde de mon nom et de mon identity, qu'il avait r6p6t6 ce qu'il avait dit k Charenton, affirm^ qu'il ti'avait agi qu'i la demande de personnes tres-haut placees, qui me portaient un vif int6rM et qui ne vou- laient pas 6tre nomm^es; que je n'avais absolument aucune ressource ; que ma folie 6tait des plus caract6- ris^es, etc, Ceci s'accordant avec le desir de Tadminislration d'^touffer cette affaire, on donna raison au docteur Pelletan, ^t les bureaux ne s'occupferent plus de moii / / 106 MEMOIRES D'UNE AJLI^N^E. Cepen(fe^fkt, ce qui venait de se passer aftira I'atten- tion sur moi. Le besoin qu'on setnblait avoir de me faire ispa- raitre, tout en disant me porter int6r6t ; le soin qtf oh meltait k taife mon identity, h ne procurer, aucun pa- pier, aucun renseignement ; le silence de radministra- tion charg^e de ma (utelle ; la manffere dont j'avais ,it6 6lev6e; uno certaine ressemblance qu'on me trouvait avec M>ae la ducbesse de Berry ; le nom de Chevalier, se rapportant k celui d'une femme qui, m'avait-on dii,^tait accouch6e aux Tuileriesle 29 septembre 1820, rappelferent les bruits r^pandus depuis cette 6poque sur la naissance du due de Bordeaux j et firent dire queje pourrais Men 6tre la fille dela princesse. Chacun fit son commentaire. Cela devinf d'autant plus s^rieux <^'on 6tait en pleines n^gociations pour amener li. fusion des deux branches des Bourbons, et qu'on savait que la Salp6lri6re servait souvent d'oubliette pour engloatii* des victimes, sous pr6texte d'ali6nation mentale. Je r^clamais mon nom, reparation, justice. M. le docteur, constern^, me fit comprendre qu'il ne pouvait me rendre libre que par un certificat de gue- risohy et, en I'absence de tout moyen d'existence,puiS" que je n'avais plus rien, m'offrit de rester dans sa sec- tion, ou on t^cherait de rendre mon sort le plus^ doux qu'on pourrait. fitait-ce possible? £tre d6pouill6e de tout ce que r CHAP. til. — LA. SALP£;TRlE;itE. 107 / ■ ■■■—-■. ^ m ■— ^ ■ ■ ■■»■■■■-■. -■■—■ ■ ■ ■ ■■^ ■ ■■ ■ <■ - — pi^^— ^^^^i—i^^^^— wi—i^p^ t ' j'avais et accepter ia sequestration, la degradation mteUfictuelle, ia perte de tous mes droits civils?... Vivre au milieu de pauvres insens^es, dans le centre le plus miserable, leplus ^nervant, le plus effroyable.... alors que^ dans toute la force de T^e, du talent, de rintelligence, je pouvais reprendre laa place avec d'au- tant plus de succ^s, qu'un scandale pareil devait 6inou- voir la foule, faire courir it mes concerts, mcttre toute la presse en ^moi, me procurer des dommages^int^ets conaid^fales? Non, certes!... Mais que faire? Le pauvre docteur ne pouvait que ce qu'il ofDrait. Mes lettres ne partaient pas, et le chef de bureau m'avait assure que la justice, si elle intervenait, se bor- nerait k me Isiire mettre a la porte, sans s'occuper autrement de mes affaires, des ennemis qui pour- raient me faire enfermer de nouveau, ni de savoir o^ i'irais, sans papiers, sans ai^ent, sans domicile et sans protection. Les mois s'ecoulaient, et je commensals k d^sesp^rer, tout en sentant crottre mon indignation et ma resolu- tion d'en finir par un coup d'§clat. Sur ces entreMtes, des ouvriers .vinrent travailler dans la section. J'eus I'id^e de frapper leur imagination en me ser- vant du myst^re qui m'entourait et de la ressemblance qu*on me >trouvait avec la duchesse de Berry, J'avais vu tant de proems de vrais ou faux Louis XVH V I 108 MEMOIRES D'UNE ALIENEE. impressionner la foule, que j'eus fci en moi-m^me pour la remuer a mon tour et pour arriver, au moins, k faire un peu de bruit. J'dcrivis done k ces ouvriers en les priant de se charger de lettres pour la justice, la prefecture de police et quelques joumalistes. Ces lettres disaient : c Qu'une inconnue ^tait arbitrairement s^questr^e k la Salp^triere ; qu'il ^tait impossible de se procurer aucuns papiers la concernant ; que c'etait la fiUe de la duchesse de Berry, k laquelle on avait substitu^ un gargon^ etc. » Les ouvriers connaissaient cette histoire. lis prirent feu. Je leur remis un mot pou^r aller chercher quelques portraits de moi et des romances chez un marchand de musique. Cela leur donna coniiance ; ils firent ma com- mission, m'^crivirent, en parlfereht, vinrent me saluer k Finfirraerie pendant une courte absence de Tinfir- mi^re. L'effet ne se fit pas attendre; mais il fut autre que celui que j'en esperais avant ces demonstrations inat- tendues. Les visites farent interdites ; on me d6clara archi- folle; et, au lieu de me rendre les papiers, les effets, Fargent que j'avais a Charenton... comme tout cela avait cause un assez grand mouvement, on me mit en cellule, ainsi que les malades qui me servaientj afin de couper court k tout rapport ext^rieur. I I GIIAP. VII. — LA SALP^TRIKRK. 109 ■ 11 ■ . ■ ■ I I I ^^mmm^mmmmmm in ■■ i I / L'ouvrag;e des ouvriers fut interrompu. Aucune sorte de papier ne put plus p^n^trer dans la section. On fouillait les malades, le service, Jusqu'aux parents des malades. On enlevait le papier qui recouvrait le cho- colat...., etc. G'^tait un veritable 6tat de si^e. Mais ces mesures rigoureuses ne firent qu'aggraver les choses^ \ La section fut de plus en plus agit^e. Le quartier des fr^n^tiques, ou on m'avait plac^e, n'^tait s6par^ du quartier g6n^ral qu^ par une grille donnant sur une grande allee ou on ne se promenait jamais, les folles furieuses faisant peuretpiti6. Mais d^sque jefus U, les malades s*y pr6cipitferent, surtout aux heures de r^cr^a- tion ; toute la largeur de la grille fut obstru^e par des femmes m'appelant, voulant au moins m'apercevoir a travers les barreaux de ma cellule. On employait les imib^iles, qui trouvaient assez d'esprit pour faire la commission, k me porter des fruits, des douceurs, et mdme du papier et des billets ecrits au crayon, pen- dant que les gardiennes mangeaient ou avaient le dos tourn^. Ces malheureuses femmes 6taient sur les dents. Jamais encore chose pareille ne leur ^tait arriv6e, et, ne sachant plus que faire pour Eloigner la foule encombrant la grille, elles montaient la garde avec leur balai de bouleau sur T^paule, de fa^on k en presenter la verge k la figure de celle qui avangait la t^te. Cela aurait fait rire, si cette sequestration n'avait 7 110 MEMO^RES D'UNE ALIEN^IE. I ■ ■■ ■ 4 ■ ■ .1 ■■ ■ ■■ ■ ■ ■ ■ ^ ^t^ atroce et I'lndignation trop grande. C'eat ainai que j'appris que le dehors se remuait et qu'on voulait m'en- lever la nuit par la buanderie. J'6tais d^ol^. Ge n'^tait pas eo cachette et par force qua la liberty pouvait m'Mre rendue. M. le docteur M^tivi6 etait parti en vacaneea afni^s avoir donn^ ses ordres. Voila cemment il troava les t^tes mont^es k son retour. H comprit qu'il ne pottvait plus me garder et me signifia que ma pbee dtsdt a Cayenne^ mais non dans un a&ile d'ali6nas« Puisque j'avais des gens prenant fajt et cause pour joaoi k Paris, je n'avais qu'i alle^ les trouv^. Sur c^ il signa naa sortie dans les termes suivants : 11 octobre 1855. Je, soussigne, chef de service de service de Tasile de la Salpd- tri6re, certifle que la nommSe Ghevali6r'Rouy, &g^e de quarante anfl, profefistoft de maitresse de piano, n^ a Miian (Italie), en- tree le 30 novembre 1854 au traitemexit des alien^s, est caime, r^guli^re, peut travailler, et que, quoiqu'elle conserve encore quelques sdieirations, j'esUme qu'eUe pent sortir de Tasile pour essai. Signe: MiTivit. L'arr^t6 du pr^fet de police, pris en vertu de cet strange certificat, disait : M. le directeur de Fhospice de la Vieillesse (femmes) laissera immediatenaent sortir ladite Ghevalier-Rouy, et nous informera dujour ou eette sortie aura lieu. Le Pr^fet de police : Sig^ie : Piiim. CHAP. VU. '— LA SAtFi^MtlRE. , ill - - - ^ ■ ■ ^ I — Cest le 19 octebre que Tarr^U du pr^Iet de poHee fat es?oy^, bien que datd du 11. D^ que eette pitee indi^kensable fut arriv^e, on ferma les portes pour emp^cher les malades de m'en* tourer, et je sortis de ma cellule aUx a^t^es, eseort^ de deux suFveUlantee qui me eonduisirentau bureau, ou on devait me rendre mee bijoux et meg pawners d'af- faires. NL^is il s'y ^leva une discussion. D'abord, il manquait aux bijeux une petite eliaiae de Veniae munie d'uii f^rmoir ^aill6, et deux boutone d'oMiUes pareita au fermoir ; de plus, il fallait signer 8ur le regiatra la r6eeption dea bijoux. — ^g&er? — Oui. . -<^ Ei quel nom ? — Parbleu I le ^tre : Chevalier. «<^ Je ae auis pas Cfaevalier et ne aigpiiesai pac un £eiux. , -^ Vous n*aurez rien eans signer. Voyens, fioiasona. # Je pris la plume et fis ^jr^ * Mais ma main fut aniline par le bpreaucraie, qui s'^ftofia : < Yous abi- naez men regiatm S » me le ferma au nez et remit ie pattier aux bijoux dant le tiroir» Restaimit mea papieM, eemme je i'ai dit. M. le doc-* teur M^tivi^ me les avait fait rendre. Depuis I'affaire dea ou^riers, on me les avait raprta, croyant y troa^r qaelqpe elieae retaitif k men nom^ k nea idank^, etc. ' / il2 MEMOIRES D'UNE ALIISN^E. Mais, comme'on le sail, mes papiers de famille 6taient rest^s k Gharenlon. Ceux que M. le docteur M6tivi6 m'avait fait rendre ne contenaient que des avis de re- ception d'albums, de billets de concerts, la note des sommes me restant dues sur leur placement, etc. Ges lettres-]^ ^taient done fort importantes pour moi, car elles mettaient de Targent comptant k ma dispo- sition, donnaient le nom et I'adresse des personnes qui s'int^ressaient k moi, pouvaient renseigner sur mon compte et peut-^tre me venir en aide dans ma d^tresse* Messieurs du bureau me dirent ne pas les avoir vues depuis qu'ils me les avaient renvoy^es. Le docteur M6- tivie, qui n'habitait pas la Salp^tri^re, ne devait venir que le lendemain matin, si bien qu'on me fit monter dans un fiacre qu'on accompagna jusqu'^ € la porte des Champs, » et on la referma derri^re moi... Voilk exactement comment les choses se sont pas- sees et comment cette version : € fille de la duchesse de Berry^ y> se trouve d'un bout k I'autre dans les rapports et certificats de MM. les docteurs, inspecteurs g^neraux, hauts fonctionnaires minist^riels, qui, sans savoir a quel propos est venue cette filiation retenr tissantey en ont fait leur grand cheval de bataille, parce qu'e^Ze fait effet; comme moi, de mon c6te, je me suis servie de cette l^gende invraisemblable dans le m^me but. J'^tais dans la position la plus difficile, Je n'avais plus rien au monde, pas d'amis : les pauvres et les ' ' . 'V/ / CHAP. VII. — LA SALPfiTRlfeBE. 143 ■ ■II ■ . . ■ ■ . ■ .' I fous font peur. D'ailleurs, k cette ^poque, toutes mes connaissances ^talent k la campagne. Je ne savaia done ou aller. On etait bien venii k I'appel que j'avais fait par les ouvriers ; mais la porte avait 6t§ ferm6e k tons, et je ne savais qui avait cherch6 k me voir. Je ne pouvais mSme pas aller m'en informer a ceux qui m'avaient 'servie, la moindre imprudence pouvant leur faire perdre leur ouvrage, les cbmpromeltre gravement, et moi ne vou- lant pas, bien entendu, donner suite k cette aven- ture. On m'avait mise k la porte dans Taccoutrement que j'avais le matin du 30 novembre 1854, lorsqu'on m'avait emmen^e de Gharenton, c'est-^-^ire en robe de chambre k manches ouvertes, gamies de dentelles et de rubans cerise, t^te nue, en pantouftes. Je n'avais ni argent, ni domicile, nipapiers H Mait six heures du soir. Je me fis conduire directement k la prefecture de police. J'allai, en arrivant, droit au bureau du pr6fet. II n'y dtait plus. Son secretaire m'adressa au chef du bureau des ali^n^s. C'6tait alors M. Leroy. ' II m'envoya au commissaire de police du Palais-de- Justice. Je dSclarai k ce maglstrat que je sortais de la Salp6- tri^re ; que je n'avais ni papiers, ni argent, ni domi- ^ I «4 !tffiMOm«l D*trNE ALTJ^NftE. <^}e. Je le pri^< ft t^moifi de ia tetttie dans laquelle cm m'avait renvoy§6 eft qui fte in^ petiSiettait m^me pas de me presenter nuUe part. Je lui dis que je me nommg^s Hehsilic tlOtJT. Je )Qi dotinai tous les renseYgnements desirables pour qu'il p^t s'mfortner des faits, s'assurer de mes felations, de moti nom^ de mafamille, et le priai de m'accottler TiiospitaHtS jusqu'A ce qu'on m'eUt, all moins, r^tidu les papi«fs^ l^s effets et I'argeut que j'avais k Charentoti et i la galp^tfi^c. C'cst escoil6e par tr*ds serg«^ dei viHe, qui m'ont fait traverser toute la prefecture de police sou$ leur garde et qui oftt 6t6 fort bietweillants pour moi, que je suis arriv^e tsans eacombre JUsqti'au bureau de M. le commissaiie, au PalaisMle-JttstJce. Quaiid il fut gut le point d^ iiftdiger sou pfocfes*' veAal, le brigadier lui dit (de lui-tn^m^ ou par ordre de M. Leroy ?...): — On ne peut pourtant pas mettre madame ayec les autres. Les autreSf c'est-4-clire au dep6t de la prefec- ture de police ; on salt... . ou on devine hn. quelle com- pagnle. Sur cette observation, M. le comraissaire fedigea la note suivante ^ Le 19 octobre 1855, une femme disant se nommer HersiUe Rouy, ne paraissant pas jouir .de ses facult^s mentales, s'est presentee a mon bureau, en se disant « sans asile, sans res- sources, sans nom. » - / CHAP. VIT. — LA. SALPfiTRlftRE. 115 Apr^ hyoit port6 le mot que M. ie commissaire de ]^ice remit aiix agents qui m'accompagnaient dans deux ou trois autres bureaux, j'obtins enfin, gr&ce ^la mention : < ne paraft pas jouir de ses facultSs^ » la laveur d*ttn cabanon, oii je pus ^tre seul6. Lelendemain, 20 octobre, M. Ie docteui* Lasfegue Tint m*y voir, et je lui dis ma position avec la m^me ft^nchise qu'au commissaire de police. H en parut toQcM et me sembia Ir^s-d^sireux de m*aider. ; cepen- dant les moyens de le faire lui manquaient. n ti'y avait pas d'argent pour me mettre k la malson Dubois. Souffrante comme je T^tais, ayant des transpi- rations qui exigeaient un changement frequent de linge, il m'^tait impossible de coucher pendant plu- sieurs nuits, sans draps, sur une paillasse malpropre. II monta done voir au bureau ce qui pourrait 6tre fait pour me procurer un gite provisoire, sinon d^fi- nitif. Les r6sultats n^galifs de sa d-marche furent cons- tats par la note ci-apr&s : La nominee HouY, quarante-un ans, sartant de la Salpdtriire. AiT^t6e en 6tat de vagabondage. — Lettres d61ii*anteg. Impos- sibility de trouver un domicile (sortie le 19 octobre). Signe: Las^Gue. d Arretee ! dit le docteur, arretee en Hat de vaga^ bondage! » JEffectivement, si une femme, dans mon accoutre- / ') 116 m6moires d'dne auieni6e. - - ----- — - ^ - - .,■■■, menty d piad, sans papiers, sans argent, sans domi- cile/ avait ^te trouvee dans la rue, ne sachant que deyenir, il est certain qu'on Taurait arr^tee. Mais loin de la. J'^tais arriv^e en voUure bien fermee, que j'avais pay6e moi-m^me de mon dernier argent. J'avais fait personnellement toutes les d-- marches necessaires pour prendre la prefecture de police a temoin de la malveillance dont I'administration avait fait preuve envers moi en me renvoyant dans le plus complet d^niiment, dans une tenue impossible, aprfes avoir refus6 de me faire rendre ce que j'avais apport(§ en entrant.., J'avais d6clar6 ces faits au doc- teur, comptant sur sa bienveillance, plagant moi- m^me mon sort entre ses mains Et voil^ la note qu'il donnait ! • Ce n'est pas tout ; il avait ajout6 : « Lettres deli- rantes! » Assur6ment, je n' avals pas 6crit dans le fiacre ; si je Tavais fait, j'aurais jet6 mes lettres a la poste, et je ne les aurais pasport6es k la prefecture. G'est done d'apr^s celles qu'il a trouv6es au bureau (lettres dont les ou- vriers etaient charges au mois de juiliet,. c'est-^-dire troU mois avant ma sortie) que le docteur Las^gue certifiait au mois d'octobre, de fagon a me faire s^questrer de nouveau, n'ayant aucun fait recent h citer. Lettres delirantes ! Et pourquoi d^lirantes? Est-ce que c'est parce qu'elles rappelaient une substi- V (JHAP. VII. — LA SALPfiTRlfiRE. 117 tution dont tout le laonde parlait depuis trente-cinq ans? Du moment ou un people intelligent se fait I'^cho d'nne semblable l^ende, on doit s^attendre k voir, t6t ou tard, surgir la femme 16gendaire, que cette femme soi^ r^ellement la victime immol^e au repos de TEtat, ou une aventuri^re voulant exploiter la cr^dulit^ publique. ' ' Que sont, apr^s tout, ces lettres dont on se fait une arme centre moi? Un appel h Tautorit^ responsable, une mani^re de lui faire comprendre le danger (Tune negligence administrative livrant les ^tablissements publics k des commentaires compromettants en rece- lant une ^trangere inconnvSj n'ayant pour tout Hat civil qu'un enregistrement officiel fantaisistey sous deux noms, dont pas une pi^ce ne constate la r^u- larit^. , Qu'avais-je done fait pour ^tre enferm6e comme alienee ? J'avais eu foi en Thonneur des fonctionnaires char- g6s de maintenir Tordce et la paix. Je m'6tais adress6e, dans une position aussi difficile pour une femme accou-- tumee aux convenances et au respect de soi-m^me, au commissaire de police, au m^decin, au lieu d'en appe- ler aux partis qui m'auraient tendu les bras et on m'enfermait comme foUe ! En aurait-on fait plus, si au lieu d'agir avec tant de prudence et de moderation, j'avais 6t6 courir de cdt6 et 7. ■ - V" I — — ■ ■ I ■ — - - . -'■ I - I - - -- ■ - --■ ■■ ■■—.■■ ■- 4'autre^ trouver Jes ottv*rier»9 r^lamer desmillumB et ma royale filiation 9 II est efifrftyftnt da petiser^ que la libei^td individuelle est livree k la tnerci de semblables ce^tificats en plein Paris^ en plein XIX* BiMe ! L'arr^i6 du pr6fet dd police me reiivoyant k la Salp^ri^re (^iait con^U dans lea mtoee termes que le premier : ' La demoiselle HersiHe'Camille-Jofiephme Chevalier-Rouyf ^tant dans un ^tat d'ali^nation m^ntale qtti compromet Tordre public oa k s^et^ des personties, aitisi ^'il est C6tistat^ par an prdc^verbftl du cofnmisjaire ds pQlioe de la^oation du Palais-^ de-^ustioet ■ Et certifie par M. le docteur Lasegue^ Rentrerait dans ledit etahlissement pour y ^tre tralt^6 dft la malddid drnit elle dst atte^Ate, kfUdll^ ft'dSt manifest^ par den aetes extravagants. -«-E- / CHAP. VIII. — MA RENTRl^E. — ASILE DE FAINS. 110 CHAPITRE VIII Mm t^ntrH & ia S«lpMriM«* — Pr«itti«r traaafert on proYlsot. — L'asile de Fains. Lorsqu'nne folle rentre dans un asile, Tusage ou les r^lements veulent qu'on la r^int^gre di^ns lo service dtt m§decia qui a sign6 sa sortie. Gependant, k mon arriv6e, le bureau m'envoya k RamhuteauJiaBis on refusa de m'y recevoir. II en fut de rndme aux Incu^ raMes. On ne voulait de anpi nuUe part. Force fui done de me renvoyer ou j'avais droit d'entrer, c'est^-fti^ ditne aux Chrtndes Loges, Gela ne fit pas da tout Taffaire du docteur M^vi^. C'^tait un bon, faonndte et eKceUent hommey juste et d^ireux de rendre service, mais extr^mement vif, petulant et occupy, U ae m'avait jamais trouv^ aucun d^Hre ; avant moH renvoi, nous avions souvent caus6 de spiritisitte^ de magnetkme, dont lui<-mi^me s!occu« pait au point de vue scientiCque. II me soutenail, avec toute la vivacity de sa bonne nature, quHl ^toU impos- $&ile qu^on m'eut dite folle k propos de spiritisnae, \ 120 MEMOIRES D'UNE AUENEE. \ # — Alors, pourquoi? — Mais vous n'Mes pas foUel Ge sont des affaires ; d'ailleurs il n'est pas admissible qu'une famille pos^e comiue la famille Rouy ait agi ainsi.... II faut une raison.... « Je croyais alors, comme lui, ma famille abus^e sur mon compte et n'ayant pris qu'une part trfes-indirecte k ce qui s'^tait pass6. Je racontai au bon docteur tout ce que j e savais, les avertissements re^us^ les precautions prises, ce que contenaient mes troispaquets depapiers; enfin je lui parlai des actes sous seing priv^. II comprit 1^ une seule chose : c'est que les bruits qui avaient couru sur la substitution d'Henri V pou- vaient ^tre fond^s.... et me voici devenue fiUe legitime des rois de France ! Ce que c'est que d'etre Chevalier, de parents in- connus, d'avoir ^t^ ^levee par la famille Rouy qui vous 6te son nom, et d'etre enferm^e dans tin asile sans 6tre folle! On sait le parti que j'avais tir^ de cette iUustre parents. Quand le docteur M^tivi^ m'avait jet^ dans la rue, je lui avals prMit que je rentrerais k I'asile, a moins que je ne rencontrasse des protecteurs inesp^r^s chez les agents de I'autorit^ auxquels j'allais m'adresser, et je lui tenais parole. Partiele vendredi, je rentrais auxgrandes logos le samedi, k quatre heures apr&s midi. D^s qu'on me sut de rietour, les malades voulurent me voir ; Tagitation fut. e^^trfime, On ferma et on gard^ »•- ■ I \ • CHkV, VIII. — MA. RBNtREE. — ASII.E DE FAINS. 121 / ■ nm i^i— wi «ll» >!■ 11 , m I ii» iim^-i-^m^m—^-mm^^^i^mmm^-mm^mmm-mi i ^•m^mmtm les portes; on mit en cellule lesplus turbulentes; mais onueput omp^cher le dimanche ce qu'on avait em- pdch^ la veille. Les malades appel^s au parloir pas- saient devant la reception (on appelle ainsi Tendroit ou couchent les arrivantes et o^ j'^tais provisoirement) ; elles entraient • bon gr^, mal gr^, m'apportant des friandises et du papier pour 6crire. Ceci n'^tait pas fait pour ^tre agr^alile au docteur ; aussi lorsqu'ii arriva, le lundi matin, fut-il furieux. U ne voulait pas meparler ; mais comme je le saluai amicalement, il ne put se contenir et me reprocha vivemient ma conduite, en me disant ^ qu'il n'avait pas a s'occuper de savoir si j'^tais Chevalier ou Bourbon, Rouy ou Capet ; que ce n'^tait pas du tout du ressort medical; qu'il y avait des tribunaux pour les questions civiles, et que je pouvais bien Mre le diable en personne, sans qu'il ait k s'en occuper; que je n'^tais qu'une ent^^e, voulant tout bouleverser; qu'il ne pouvait pluft contenir sa section depuis que j'y ^tais; qu'il ne pouvait" pas non plus me garder en cellule et qu'il allait me mettre de nouveau k la porte. ]» — Envoyez-moi k Bambuteau. -^ Je ne fais pas de semblables cadeaux k mes con- freres. — Que voulez-vous done que je devienne? OA vou- lez-vous que j'aille? Je ne puis pas rester sur une borne ! Allf5?; cbw vps ouvriers. » ^ ( / i22 miSmoires d'une alienee. ■ ■■ ■ ■ ■ ■■ ■■ I ^ ■ I 11 I ^ ■■1.^ ^'m- I m> . m • ■ — »— n ■■i... fc ■■■■■.■ ■■ ■■■■*> ■ ■■ ■ — — ... ■^ ^^» ■■■■ --* Noii, mottsieu!* le doctear, non ! C'est chet voue que j'irai. — Chez moi? ^ Oui, tnonsieur, il me ^ut un r^pondafit; 66dettt, un homftie pouvant att^ter que j« KUis UAe vieiime 6t non une ftveuturi^re^ et depute huit moi6 qu6 je suis entre vos mains (je n*AVttid 6t(d libre qu^ Ting1>quatre heures), vous savez k qu6i vous eu teuir, AUfisi bien sur ma faison que sui* m^s jh§okLknatio&iS, que Bur le mau^- vais vouloir de radmiuistl'ation ei da la JUBtioe, qui ne s'occupe pas des ali^tt^s. Ge que je di$ais 1^ i&tait la ^4fit4&. Je sei'ai^ all^ d'autant plus Chez le doct^ur M^ivi4 qu'il 4tait k la tke d'utife grande taais^n d'all^u6« A Ivry ; que c'^tait uti honn^te homme et qu'il aurait eu pitid de moi, une fois que j'aurais ^\^ plac^e t$oua «a atule protectioii et responsabilltt^. II me savait femmeli ^ite ce que je disaiB. Je ue pouvais rester au& Grafides Legee, c'Mait certain. 11 me passa d'autorit^ k Rambuteau, et jtisfjifia men maintien ^ I'asile par la nele mMicale euivante s ft Monomanie ambitieuse ; se dit Capet, n4e de la duchesse de Berry, au lieu et place du due de Bordeaux, qui lui a ^t^ subs- titu6 au moment de sa naissance. — EUe reclame le h'dne de FVance. Je fus re^ue h Ilambuteau pat M. le 4oetett^ Tr61at, < A • \ _ ; ■ . chap: VIII. — MA REN'TH^^E. — ASILE DE FAlNS. 1^ — r faisant rint^rim de M. le docteur Falret, chef d6 ce service, Tami auquel le docteur Pelletatt m'avait r^ommand^e. M. le docteur Tr^lat «ie nfeprocha iifia rentr^e, sem- blant fort 6tonn6 que j'^Uftiie 6t6 tne plaijidre iSi la pi^- fecture de police. Je nepus nd'empdchef de lut f^pottdre avec Uue certaine vivacity, car,eti vferU6,je nepuis ettcord m'fex- pHquer comment des hommes s^HeiTx pdttvateht trailer une position comme celle oA je me troutrais avec une semblable l^gferet^. Dig que M. le docteur Falret fut de retour, il me d^clara qu'il ne s'occuperait en aucune fagon de mfes afFaires, qui tie le regardaient pas ; que je pouvais en charger mes amis et connaissaiiceS, et qu'il me garde- rait tant que je ne serais pas r^tJlam^d, la le^on que je venais de dourer i son confrere iui faisant savoir k quoi on s*exposait en me i*emettant ett liberty, J*6tais done posilivement prisonnifere. J'6crivis i la justice; -*- k Charentott, pour avoir mes papiers et mes effets. — Personne ne r^pondit. L'ad- minisitration me r6sta ioujours adverse, et les mois s'6coul^rent sane aihener aucun changement. Je finis par m'irriter d'autant plus que le docteur Falret 6tait parfaitemeht bon pour moi, me traitalt en enfant g^t^ auquel tout est permls, et qu'U m*6tait impossible de Tester fdch^e contre Iui, car ii 6tait bien- faisant et g6n6reux pour tons et pour toutes. • r 124 ,MEMOI|lES D'UNE AUJEN^E. » ■ Je mis done des ouvriers de nouveau en mouvement. L'administration donna jdrdre de me mettre aux Chalets, C'est le quartier des a^^t^es. — 11 est s^par^ des autres par un grand mur> douze petits chalets y tien- nei^t lieu de cellules, car on ne garde la que les furieuses qu'on est oblige d^isoler. La section «nti^re fut agitte, et cette agitation amena des consequences auxquelles on n'avait pas songe. Les malades m'aimaieilt. G'^tait leur bonheur de me ■ voir, et on ^tait oblige de garder la portje de la reception ou j*6tais rest^e depuis ma rentr6e, c'est-i-dire depuis dix mois. Quand elles me surent aux Chalets, «lles se firent punir pour y Mre envoy^es ; de cette fagon, la punition devenait une recompense, et on ne pouvait plus venir k bout de personne. II fallut prendre un parti. Je m'entendis avec M. Blondel, Tinteme; il fit comprendre que c'etait d'abord un veritable crime de me tenir dans un endroit semblable; ensuite qu'on s'y prenait fort mal en privant les malades de me voir. Le meilleur moyen de les calmer etait de promettre k celles qui seraient bien sages de les laisser venir m'apporter quelque chose et causer avec moi. On essaya, et on s^en trouva bien imm^diatement. De son cdte, M. le docteur Falret, que je ne voulais plus voir, demanda mon passage dans une autre mai-^ son. CHAP. Vin. — MA RENTREE. — A8ILK DE FAINS. 1% ■ I ■ I ■< . ■ . II . » Tout est relaiif dans le monde, et la femme la plus ordinaire dans un certain cercle de soci^t^ passera pour remarquable dans un cercle infi§rieur. Combien plus vif est ce contraste quand une femme bien dev^, accoutum^e au meilleur monde, ayant de I'instruction, un talent d'artiste, tombe par mi de pau- vres ins^ns^es indigentes ! EUe est d'abord leur point de mire, Tobjet de leur haine, est traits d'aristocrate ; puis, si elle se montre bienveillante, si une superiority r^elle la place au- dessus de Tenvie, elle devient pour ces esprits faibles et malades un dtre sup^rieur, ayant pris les haillons, de la mis^re pour porter secours et consolation aux afflig^, une sorte de fetiche qu*on adorerait volontiers. Ce r61e m'a 6t4 d^volu partout, et je Tai accepts. Je pouvais le rempKr en arr^tant par ma seule presence les actes de violence auxquels se livrait le service, trop souvent grossier et brutal, car on savait que je les ferais connaitre aux chefs. Ceux-ci ^taient attires k moi par la superiority ^vidente que j'avais sur mon entou- rage, tenaient compte de ce que je leur disais et me traitaient avec 6gard. Mon transfert k Fains donna un exemple de la singuli^re fascination que j'exer^ais sur les gens de condition inf(§rieure. Conduite k la gare avec plui|ieurs autres malades que leur depart mettait au d^sespoir, et qu'on avait 126 MfiMOlRES D'UNE ALI^NftE. I \ V ' *™i»^» - I ■ T I II » 11 ■■ »^^ ■» ^» ■■■■■■»■■ II I — . ■—■ ■--^^— Pi»^^ I 1 I ^^•^-mm^ camisol6aSj ffia presence produisit une hnmense sen* sation^ aussi Men sui* les sefgents de vitte, qui inaiiite* naient la fould curieuse se preds^i^t atitouf de nous, que sur cette foule elle-miSme, qui m'aceueillit par un murmurede compassion. J'avais la fenue avec iaqueUe j'avais fait man expWi- tion a la prefecture de police; M"*« Latour, notre ^imable surveilianle, m'avait seulement pr6t6 une fanchon de mousselinej gr&ce k iaquelle je n*etais plus me nue. Chacun voulait s'approcher de moi, me parler, tant la piti6 6tait grande. Malgr6 la resolution de ma nature assex ^ergiqiie, j'^tais ^mue, eft ma p^leur naturelle en 4tail augments. Je me soutenais a peine; il fallut placer prfes de ttioi une gardienne qui me donna le bras. Les hommes d'^uipe du chen^in de fer 6protivferent la m^me impression, et tandis que notre condncteur, M. Pecheux, faisait entrer les malades agit^es dans les wagons qui leur avaient ^6 reserves, un surveillant en chef du chemin de fer s'elan^a si ma rencontre et me dit : — Vous ne pouvez pas entrer 1ft, madame ; c'est trop affreux I Venez ! II me conduisit vivement dans un wagon occup6 par des voyageurs; ils firent un accueil des plus sympa- thique k la pauvre foUe qui attirait en ce moment tons les regards. CHAP. VIII- — MA RENTRfiE. — ASI|.E DE FAINS. 127 < ., . : . 1 L^onii, mn gsrdieniie, n'eutque le temps de.se pt^- cipiter dans ce wagon qui allait se fermer Sans sa promptitude, je croid qii'on m'aurftit d^gais^ et cach6e parmi led voyageases. Au motnefnt aix le convoi allait partir, !es hommes d'^quipd, teiif chef eft t^te, vinrent arec Amotion me dire adieu, au revoir, me souhaitef un ban voyage, un heufeux reftcmr; toutee les mains se tendirent vers moi. Je pas^ par la portiere les deux miennes k ces braves gens, qui me les serrferent tour a tour, k la grande stupefaction de M. P^heux et de M. Basse, directeur de la Salp^triftre, qui m*avaient perdue de vue dans kyut* le mouvement que leur avaient donn6 les agitees. Je restai^ pench^ k la fen6tre taut que je pus voir mes ncruveaux amis, auxquels je fis signe de la main pour la demi^re fbis, avant de regarder L^onie, qui me dit en riant : — II n'y a pas k dire, ils y passeront tous, jusqu'aux gendarmes! J'arrivai k Fains toalade, brisi^e, et fus immediate- « ment conduite k rinfirmerie, ou une jeune soeur me fit fftte, oharm^e de liV)Uver au milieu de ce convoi de fr^tiltiques iiiie petite Parisienne lui* r^jouissant la vue. J'avais quarante-deux ans, tous Icts iticonv^nients de r%e critique aggravfe ^£ir les emotions incessantes 128 MEMOIRES d'UNE ALI£n£b. . '■■;... I > I I I I . , .1 ■ ■ I ■ I ■ ■■ II d'une maison de folles; des sueurs nocturnes m'^pui- saient. J'Stais au lit le lendemain matin, lors de la visite de M. le docteur Auzouy, auquel je dis mon 6tat, le priant de me prescrire un r^ime alimentaire fortifiant et de me faire donner du linge pour me changer. Surpris de rarriv^e comme ali^n^e indigente d'une personne paraissant avoir re^u une Education dis- tingu^e, il interrogea la gardienne qui m'avait amende. Cetie fille lui dit c que j'^tais la seduction incarn^e; que je ]eur avais donn^ plus de peine Ji moi seule que toute la section ; raconta mes exploits de la Salp^tri^re, ce qui s'^tait pass6 au chemin de fer, et pr6dit k Fains tous les tracas dont Paris avait enfin le bonheur d'etre d61ivr6. » Le docteur, epouvant^, d^clara que je ne s^duirais personne k Fains, me fit enlever tous mes ckarmes (c'^st ainsi qu'il appoint mes efifets). La sup^rieure d^fendit aux jeunes soeurs de m'approcher, et le doc- teur me dit en pleine salle : — Vous allez ^tre s^par^e de fagon a ne voir que M°»c lasup^rieure et moi; et ce n'est pas moi que vous s^duirez 1 J'ai done 6t6 mise au secret le filus absolu dans une petite chambre de pensionnaire et ma fen^tre cade- nass6e, d6s les premiers jours de mon entree a Fains, presque sans interruption jusqu'4 celui de ma sortie de I'asile, c'est-^-dire pendant quatorze mois. CHAP. VJII. —MA HENTRlgE. — ASILE DE FAINS. 129 • ■■III I « ■ 1 1 1 1 ^1 [ . I Huit jours apr^s, cependant, le docteur avail permis d'ouvrir ma fen^tre, m'avait rendu mes effets, cher- chait k m'^tre agreable, tout en me tenant strictement enferm^. Mais il s'occupait beaucoup de moi, de mes affaires.... J'^tais sa captive; il ^tait meridional ; j'eus peur.... Je saisis Toccasion de cette p^riode de bieh- veillance pour lui 6crire et lui demander, dans I'int^* ret de la tranquillity g^n^rale, de signer ma sortie, sans chercbev k d^brouiller ce chaos. Gette lettre le mit hors de lui; il me fit aussitdt enlever encre et pa- pier; sa fureur, son agitation ^taient inconcevables. J'eus la nuit suivanteune transpiration si abondante que je dus quitter men linge mouill^. N*en ayant pas d'autre k ma disposition, je me couvris de deux jupons, d'une ^charpe de laine et d'un chale qu'on m'avait laiss^s. Quand Tinfirmi^re m'apporta mon d^jeiiner, je lui remis mon linge hors de service, qu'elle porta k la soeur d'ofQce p6ur en avoir de recbange. Malheureusement, la sup6rieure, M"»« G..., qui dfes mon arriv6e m'avait 6t6 hostile et avait mont^ le doc- teur contre moi, 6tait aussi viv6, aussi emport^e que lui. Yoyant eette fille ma chemise k la main, elle cou- rut dire k M; Auzouy que j'eiais sans chiemise dans ma chambre, ce qui lui fit penser que j^^tais nue et me conduisais sans doute scandaleusement. J'^tais bien, par le fiait, sans chemise, tout en ^tant fort d^oemment couverte, et d^jeunais tranquiUe- ment, quand la porte s'ouvrit avec violence. M. le doc- \ ^ 130 , M^llOIRES B'UNE AUtHtE. teur entra eomme une bombe avec la {sup^rieure^ et, sans rien examiner, la soeur d'office et deux infirnii^res saut^rent 8ur moi, m'arrach^rent mon ch^le et mon trkot^ me mirent nue jusqti'a la ceinture devant le docte.ur et me garoU^entdans la camisole de force, an moi»s de t^mps que je n'en mets k d^crire cette sctoe, q«ii pouvait me rendre folle de saisissement. On s'empara de mes elfets, dee petites l^ottines d'6toffe qu'on m'avait d^jk prises une fois, et que la domestique m'avait rendues en secret. On mit tout en pi.^ces; on coupa ma pauvre robe de cbaiaibre ; on en arracba les garnitures et les dentelles, pouir mel punir, disaitp^Q, de mon orgueil et de ma. coqueU^rie. On jeta au feu ce qui semblait trop beau pour une indigente, m^me une petite tabati^re d'^caille contenant de la poudre de quinquina. Mes bottines eurent le ^m^me sort, q«oique j'eusse imm^diatement d^ckr^ lea 900 fr. qu'elles contenaient.... Mes 900 ir. furent Hamb^s ! Le lendemain, a la visite, je demanddi froidement du papier pour ^erire auxmdnistres. Le docteur, eifray^ des cons<§quences que pouvait avoir la scene du 13 oe- tobre, courut dire au directeur que je voulais le pour- sufvre en ^ attentat k )a pud^r. > M. Barroux viat me voir auflsit6t; ii me parta avec douctur et b^veiilance^ et me fit donner ce que je demandais. Gomme ce n'^tait pas le docteur Au;g(Miy qui avait port^ k main sur 'moi, mais une retigieui^ et deux servanteS) sous les yeux de M^^ k suj^rieure eft ies >7: • _ CHAP. \nu — SfA. lUSNTaJSE* r^ AMUR DE FAINS. 131 -^ i siens ; qa'on VaTsiit poiuis^ k eette violefice par de fbux rapports, je me bomai k raooater la sc^ne, sans en Jeter sur lui toute la gravity. C^pendant, ausftU6t mes lettres parvenues k la pre- fecture, M. Chadenay, pr^fet d6 la Meuse, fit aecompa^ gaeac et surveiller lavisite par un de ses employes. Cela n'a duri que irois jours, et naturellemeiit, pendant ees trois jours, M. le docteur Auzouy a ^6 fort conve- nable. Qudques jours plus tard, M. le prefet est venu lui- m^me me iToir, et je kui ai raootite la se^ne du 13 octo- b^, eu lui montraut que je n'avais |^U9 rien qu'ua jupon et line petite ^cbarpe en tricot de hiine, ce qui 6tait isisuffisduiit, aussi bi^i pour me leter que pour la saison qui s'avan^t* M. le prefel fit dea obciervations, et le eb41e qui m'ayait ete arrack|§ de dessus les ^paules me ^ rendu. Le reste fut jug6 inutile, puisque je ne bougeais pas de ma efaamltfe et pouvais, k la rigueur, rester au lit. Ge a'est qu'aprfes la visile du procureur imperial' qu'en me rendit ma m^eureme robe, toute d^ousue et d<^ir^. Pourt^fit, trois jeure avant isa venue, ne voulant sans doute pas me laisser parsdtre devant lui en chemise dafts moB lit, on m'e&voya un petit caraco. Depuis le depart de mes ^ttres, on m^entourait de soins. J'en fus touchi^e; je cms au repentir, et lorsque M. le procureur Impidrial vint pour recevorr ma plainte, je I'aban- 1 / / 132 MJ^MOIRES D'UNE AUENEE. donnai, me bornant ^ lui exposer les fails, k demander mon passage da^s.une autre maison et k reclamer mes papiers de Charenton. M. Leroy, le substitute les fit demander par lejuge de paix de Saint-Maurice. On r^pondit k la justice ce qu'on avait r^pondu a radministration de la Seine : qu'il n'y avait rien k moi dans cette maison. Je m'adressai alors k M. I'abb^ Rauix, aum6nier de Fains, en le priant d'^crire lui-m^me et directement a 4 M»ne la sup6rieure. 11 le fitavec une grandeobligeance, apr^s s'en 6lre entendu avec le directeur. M™« la supe- rieure lui r^pondit, courrier par courrier, qu'elle avait retrouve les papiers au secretariat^ (ou il est prouv6 qu'on ne les avait jamais eus), et qu'elle mettait ce fa^ tras, ainsi que mes effets, k sa disposition, s'il voulait bien les envoyer chercher en remboursant 7 ou 8 fr« qui restaient dus. Cette l6ttre fit sensation. Mais on ne donna aucune suite k cette affaire, parce que le docteur Auzouy, ^tant all^ a Paris, y regut tout k point des offres d'ai^ent faites en ma faveur par un pere anonyme^ voulant me procurer un peu de bien-^tre, un piano, de la mu- sique, etc. Exasp^r^e par ces faux renseignements venant du dehors compliqiier encore le myst^re qui m'entourait, je refusal ces offres et r^clamai mon acte de naissance, en d^laranl ^nergiquement que M. Tastronome Charles- ,^JJ. F CHAP. VIII. — MA RENTR6e. — ASILB DE FAINS. 133 ■ ' ■ - I.I . . ,1 , I ,— .,'■.,... , Rouy, mon p^re, ^^tait mort k Paris en 1848, c'est-i- dire depius neuf ans, ce que M. Auzouy prit pour folie et consigna dans son rappprt en ces termes : « Elle se prend enfm pour la pile de je ne sais quel M. Rouy ! » Chaque fois que je voulais insister sur ce point et reclamer ihes papiers civils et de famille, il me disait c: que je racontais toigours la m^me chose et qu4l fallait varier. :» Je le fis de grand coeur, et de faigon k ce qu'on ne put m'abcuser d'avoir une id6e fixe. Fottrquoi n'aurais-je pas racont^ les versions les plus contradictoires, alors qu'on me disait folle de me croire la fille de M. Rquy, et qu'on m'imposait un p6re inconnu? Je fis §clat de tout ce qui avait 6t6 d^bit^ sur mon compte, de ce qui m'avait ^t^ dit, montr^, t^\^\6y des divers noms qui m'avaient ^t6 attribu^s, sans oublier celui de fille de la duchesse de Berry y qui depuis raffaire des ouvriers revenait comme un glas. G'^tait un d^lire complet, d'autant plus dange- reux et incurable. que je parlais comme une personne ayant toute sa raison , et parfois m'accusais moi- m^me. Pourquoi ne me serais-je pas dite criminelle, en effet, puisqu'on me pers6cutait innocente, et qu'on refusait de s'assurer de mon honorabilit^ et de mes antecedents ? Les criminels ne sont-ils pas plus pro- t4g6s que les fous^ puisqu'on leur permet de produire i ^ -1 ' / ■ 134 MilMOlRES D'UNE ALI^^E. leurs preuves, leurs t^moiBS k d^charg^e^ de se d6-» fendre, de se justifierj qu'on leur donae \m avoca*? Et comment me traitait-ou? Je passai to«t Tblv^ 9ans feu et sems lumiere^ n'ayant pour me preserver du froid que ma robe en lambeaux et le petk caraco dpnt j'ai parl4! Au printemps, on me mit dans une obambre plus grande, situi^e juste au^iesfltts du calo- Fifere de la cuisine, qui 6tait allum^ de six heures du matin a six heures du soir. Gelte chambre dtait de plus en plein midi, et je n'en soriais jams^is.... Je ne sais comment je n'y suis pas morte. Tout k coup, ma porte fiit ouvertc, ma fi^^tre. d^chain^e, et jepus me promener dans le comd<)r, qui ^it ferm^ k d^ aux deux extrtoiit^s. ■ J'appris bient6t que je devais le bonheur de pouvoir prendre un peu d'exercice solitaire k Tapproche de M. I'inspecteur g6n6ral, le doeteur Ferrus, qu'on redOutait excessiveraent. Aussi tout fut-il mis en ordre, la maison nettoy6e sane perdre de temps, car il arrivait souvent inopin^- ment et dans le momei^ ou on te croyait dirig^ sur un antre d^partement. Je me tins done pour avertie, et je me preparai k lui soumettre ma position. Mais M. le doeteur Ferrus, qui songeait k prendre sa retraite, Atait accempagn^ de M. le doeteur Gonstans, nouvelkment nomm^ inspeeteur gdn^ral, qui faisait sa premise toum^ sous f ^gide de ee grand maftne. ^ . } nHAP. VIII. — . UK nSNTR^E. -^ A9ILE DE FAINS. 135 Bhs qu'on apprit ceUe circonstance k I'asile^ on s'arrangea de fagon k Eloigner 1e docteur Ferrus du quirtiBr oil je me trouTais. M^ le ditecteur le mena voir les eonstructions nau- Telies^ la buanderi^y le jardin, etc., tandis que M. le doeteuf Anzotiy, s'emparant du docteur Constans, le pr^enaH conto^e moi, toot en lui parlant de la inani^re 6fXoeptiolin«He dont j'^tais plae^ dans une chamhre de pensionnairey et me Tamenait, en riant^ dans cette chainbre dont la parte ^U grande ouverte. Mes plaintes sur la rignetir de ma g^uestration pro- daiairent leplus f^cheux eiTet, puisqtie ma porte n'^tait pas ferta^e^ et je fus regard^ comme une ingrate et une iblle bien orgueilleuse, car, au lieu d'etre recon- naissante envers un pere qui, tout en gardant Vano^ nyme, vdulait adoucir mon sfort, je repoussais ses offres en me disant Ghriat. -^Ohl BOByiiaiia voua en prions! Voua na aavez pas oombien eeU effiraie ! — Dites k ceux qui ont peur de veniv me voir, at on sera fassuvd. >trr Qui I maia eaux qui no voua varront paa at qui voFront voire ^If n^iiuve iont eapablos d'en devenir ibus de teri>our. — Alora, vite, donneinmoi mea papiora, et je aignerai sacNii nom. — Je vous en pria ! .^>-0 VoyoQa done, meaaieura, c'eat pour rire que doux honriBiQs oomme voua viennant prist une^ pauvre petite feipmo comn^e moi, qui auia au. lit, aans force.. » 9-R Pour rire? Noua ^omnoa dea hommea airioux, raapoBsablda do la tranquillity de la maisgn, at c'eat au nom de eotte raaponaabilitd quo noua voua lo deinan- dons. rvp- Maia I jo aagn^ rAnt^Chriat eommo je aifpcioritis PoLiQHimLL^ ! pour prQteator oontre un dteordro qui brise men existence. -rrr Sigaos PotiehiAollo. T^ C'e^t VQUM, monaiaur lo diraoteur, qui mo deman- dez 4f aignar... Poughinellb ? H6 bien, aoit I jo ai* gnerai FoliohineUo. Mil, Henaudin et Tapm a^on ailte«it fiirt oontenta i ••I 148 miImoibes . d'une alii^nee. t x* ' ' ' ■ I ■■ I ' ■ !■ ■ ^ d'avoir obtenu une si grande victoire, sans coiyipreadre combien ce mot de Polichinelle, sign6 sur leur demaiide, les condatnnait, alors que les r^glemeats et la loi exigent que Tidentit^ et le nom des personnes enfer- m^es soient ^tablis. Je fus done pendant cinq ans M«o Polighinelle. Personne ne me connaissait sous un autre nom. Les ma- lades aimaient leur dame Polichinelle, appelaient Poli- chinelle a leur secours, lorsqu'elles ^taient menacees ou qu'elles voyaient faire une mauvaise action. On sautait par dessus les palissades pour voir Poli- chinelle. On criait : « Vive Polichinelle ! » Eh bien ! ce nom de Polichinelle, sous lequel j'ai ^te I'idole de mes pauvres compagnes, je me suis prise k I'aimer, et je me plais a I'ecrire ; car, bien que je sois accus^e de folic vaniteusey dHdees de grandeur ce nom de marionnette, le plus petit de tous ceux qui'on m'a donnas, m'a appris que j'etais aim^e des pauvres, des afflig^es, des abandonn^es, non pas pour mon nom, mais pour moi-m^me. Quelques mois apr^s mon arriv^e, les docteurs Mi- rier et L6on Reber furent changes et remplac6s par les docteurs Teilleux et... Auzouy I J'6crivis au minis tfere pour demander qu'on m'en- voy^t dans une autre maison. En attendant, et pour me soustraire aux persecutions du docteur Auzouy, le directeur oblint du pr6fet Tautorisation de modifier Tor- ganisation du service medical. Au lieu de laisser les . » CHAP, IX. — ASILE DE MAWEVILLE. ' 149 > I. deux docteurs s'occuper concurremment des malades des deux sexes, on s^para le service, et le docteur Auzouy fut charge de celui des hommes, avec d6fenSe expresse de pen6trer dans le quartier des femmes. J'6tais done pr^servee de ce c6t6 ; mais le nom ^e Poliehinelle devait m'6tre fatal, et I'ignorance ot Ton 6tait sur mon 6tat civil m'attirer d*autres m^prises cruelles, mon transfert m'ayant 6l6 refus6. J'avais ^t^, d^s mon arriv^e, plac^e au pensionnat, et, quoique indigente , on m'en donnait le regime. J'occu- pais un lit h rinfirmerie, et j'y 6tais entour6e de soins et de gracieuset^s. Mais on ne me donnait pas mes papiers. Au mois de novembre 186Q, en Tabsence du m^decin des femmes, en cong^, M. le docteur Renaud du Motey, m^decin des hommes, faisait Tinterim. II dit aux in- ternes : « Faites parlir toutes les lettres, excepts celles ou on se plaindra de la maison. » line malade de premi&re classe ayant §t^ battue par sa bonne, I'^crivit k son mari. ^M. les internes d6chi- rferent sept fois ses lettres. Elle me le fit savoir k rinfirmerie des indigentes, en m'appelant k son se- cours. J'^crivis k son mari et au procureur imperial. M. le procureur imperial, selon I'aimable coutume de ces magistrats, envoya ma lettre k I'administra- tion, qui la remit au docteur X... i son retour. Ce- lui-ci ne trouva rien de mieux que de me declarer V 150 ' MGfiMOIRBS I>*IINE AUfe^fijE. qne y^tais (l fori dax^ereuse i et de me faire passer aux gdteusai^. Nous itions en plebxe discussion sur mes uoms et surnoms. CSette discussion avail commence anssitdt ma sequestration. Ayant ^t^ enferm^e sous pr6texte reli- gieux et spirite, j'avais refos^ un certiAcat de gu^rison que k sup^rieure de Gharenton me suppUait d'aceep- ter. Garrison de quoi ?... Dela voix de DieUy parlant k ma conscience comme a celle de tons les hommes* Cast alors que j'avais d^clarS que je signerais TAnte- Christy c'est-^-dire celle qui crqit en un ordre de choses existant avant le Christ, et par cons^uent en la voix de Dieu, principe fondamental de toutes les reli- gions; et je mettais ce nom en avant quand j'etais pouss^e k bout, Cette explication n'avait pas plus ^ti admise k Mar^- ville q\j!k Gharenton. MM. les docteurs, sana a'informer des raisons qui avaient amen6 ce mot^ m'ont accusSe d-orgueil, d'ambition; on m^a cite des proph^ties, TApocalypsei etc. J'ai fini par m'impatienler ; j'ai tout accepts, et j'ai fait de cela un petit volume de choix dont on voulut tirer parti en 1868 pour m'ac- cabler, Ges feuilles etaient plac6es dans une enveloppe ca- chet^e que j'avais mise, avec d'autres petits papiers moins int^ressantSy dans une malle fermSe k cie qu'on m'avait donn^e a I'asile. Aprfes m'avoir pass^e aux gftteuses, le docteur X... CHAP. iX. ^— A8ILE DS MAKKVILLE. 151 prit ma cl^, oumt ma malle, s'empara de mes papiers et refusa de me les rendre. Gependant il ne s'impres- sioanait pas de mes grands mots; 11 riait avec moi « des betises ]» qui faisaient m belle pear auz auires, et pfoor lesquelles il trouvait cependaut urgent de me s^^-' questrer. On verra dans le chapitre xxi comment fut res- pect^e par leis . docteurs eette * enveloppe scellde sur laquelle j'avais ^r it : Secret de ma confession, lequel ne relevait pas, il me semble, de la m^ecine ali^* niste, , Je trouve cependaut, dans Touvrage public sur les ali^n^s par le docteur Achille Foville, la phrase sui- vante : On a pf^tendu qu'ane fois sSquestr^s, a tort ou k raison, les aii^n^s sont tictimeB de Tarbitraire du m&dedn ; que rindiscr^- tioa de celai-ci va jusqu'ii lire.leurs lettres. Ges accusations sont, h^las ! trop justili^es par ces deux faits. Ne pouvant conserver ie traitement de pensipn- naire, alors que j'^tais indigente, et faire la guerre a oeux dont je recevaLs les bienfaits, je d^clarai ne plus Youloir rien accepter, et en sortant des giteuses je r^clamai imp6rieusement mon droit de rentrer aux indigentes. J'y fus plac^ dans une cfaambre attenante k I'infirmerie, de sorte qu'ayant le regime alimeataire desrm^lades, je ne m'y irouvais pas trop mal, si tant / / I 152 M^MOIRES D'UNE Ail^N^E. I' ■ • I.I ... est qu'on puisse ne pas 6tre affreusement mal auls: folles. La maison fut, un beau jour de cette ann^e 1860, dans un tohu-bohu g^n^ral : on allait, on venait, on ^tait sens dessus dessous on levait les bras, on chu- chotait. M. le docteur Gerard de Cayeux, inspecteur g^n^ral desali6n6s de la Seine, venait d'arr^ver comme une bombe, sans en pr^venir, et la maison n'^tait pas en tenue 1 Elle n'6tait ni nettoy^e k fond, ni pavoisee I Eile I si mont^e sur le respect dH aux puissances, si pourvue de tout ce qu'il fallait pour recevoir avec pompe les autorit^s la visitant ! Et encore notez bien que M. I'inspecteur g^n^ral 6tait rami intime, le bras droit, I'oracle de M. le ba- ron Haussmann ; qu'il ^tait le fondateur de Tasile d'Auxerre, cit6 comme un modMe ; que M. le baron Haussmann, devenu pr^fet de la Seine, avait emmeli^ son inseparable k Paris, oii il lui avait confi^ la charge de Tasile de Sainte-Anne, tandis qu'il trans- formait, de son c6t§, ce vieux Paris, que nul ne pent plus reconnaltre. Et on sait que S. M. I'empereur Napoleon III ne pouvait vivre sans son baron, toujours flanqu^ de sou docteur. Et voila Mar6ville pris au d6pourvu ! Quelle affaire 1 presque quelle honte ! Mar^ville est k une assez grande distance de Nancy, fit quand on y Tient, surtout pour une inspection, on est obligS d'y coucher. — Oblig^!... c'est-S-dire qu'on I i« plaisir d'y couulier, car touty est organist defa?on ^ recevoir princiSrement les yisiteurs. M. le docteur Gerard de Cayeux, connaissant la mai- SOD, faisait-il dedain de toutce qui n'^tait pas alignS, ?^r»alier, ou etait-il presse '! Toujours est-il qu'on ne le ,^nt ni dans les vieux quarliers, ni ft I'infirniene, qui .pwirtant valait la peine d'Stre vue. II fit peut-6tre lion- oeur- de sa presence aux pensionnaires : je n'en eais nen. Je constate simplemenl qn'il resta enl'errn4 pen- ■'«nt trois jours cons&utifs dana la saile du conseil if'a Oncommen^it k rire; mais je ne riaispas, et je regardaLs tout le monde en ouvrant de grands yeux, me demandant si je devenais folle, si j'entendais de travers. M. I'inspecteur, irrit6 de ce silence et de la gsdt6 dont il s'apercevait, r6p6ta : — Inscrivez done qu'elle refuse de r6pondre. L'interne Pellevoisin me dit alors, de sa voix ordi- naire, d'un bout de la table k Tautre : — Parlez plus haut, car il a Toreille un peu dure. — Un peu ! Vous auriez bien dA m'en avertir plus t6t! Puis, rapprochant mon fauteuil de celui de M. Tins- pecteur et me penchant vers lui, je lui dis presque 4 Toreille et un peu haut: — Pardon, monsieur ; le comte Petrucci n'est pas mon pfere : c'est mon parrain. II se recula vivement d'un air effar^, en regardant tout le monde, pour savoir si j'6lais dangereus^ sans doute, et me dit : — Pourquoi done me parlez-vous si haut €t si pr^s? — Parce que vous Mes sourd, monsieur. CHAP. IX. — ' ASILE DE MARfiVILLE. 457 — Mais non, mais non, dit-il i'lih air ahuri et en regardant de nouveau toute la labile, qui ^tait partie d'un grand ^clat de rire et que la contenance de M. I'inspecteur amifsait beaucoup. — Mais si, monsieur ; void une demi-heure que je r^ponds, tant k vous qu!k M. le docteur Foville, et vous faites inscrire que je refuse de r^pondre. Voici des annees que je me d6bats contre un tas de p^res qu'on me trouve de tons c6t6s, et vous en faites adjoindre un nouveau ; puis c'est sur mon compte qu'on met tout ce qu*on ne comprend ou n'entend .pas ; aussi je ne vous parlerai plus que dans Toreille. — Voyons I voyons ! j'avoue que j'^tais distrait. Je suis un peu fatigu6 ; 6crivez-moi, et ne nous fdchons pas. Je sais que vous avez des plaintes a faire. On m'enverra directement ce que vous m'adresserez* Sur ce, nous nous sommes s^pares dans les meilieurs termes. li est parti deux heures plus tard, et je lui ai ecrit, comme je m'y 6tais eng^ee. . Je n'ai jamais eu de r^ponse. J'allais de temps en temps faire de petites visites aux dames pensionnaires, et alors je me mettais au piano. J'y allai un dimanche k deux heures. Ges dames refusferent d'aller k v^pres, pr6f6rant rester avec moi. Voyant que cela contrariait soeur fimilienne, surveil- lante en chef du pensionnat,. je mis mon chapeau de jardin en disant que j'irais aussi k v6pres, Toutes me suivireht. / 158 MGMOIRSS D*UNE Ahlt^EE, \ ■ ■ ■ - I I ■ M .1 ■■ I k , I , ■ ■.- ■ ■ , J'arrivai le dimantche sulvant ^q peu plus tard, peasant lea trouver toutes parties. EUes ne T^taient pas encore, maia ^taient prates. D^ que je parus, oa ne voulut plus l)ouger, et la soaur, furieusei s'elan^, ferma le piano k cUf en me disant qu'cn^n^en jouait pas pen- dant les offices* Je fus bleas^ de son proped^ et ne voulus plus retourner au pensionnat, qui fut dans la desolation. Sur ces entre£aites, un nouveau changement amena k I'asile le docteur Verron. £n general les pauvres malades aiment, craignent ou d^sirent un changement quelconque; car, ainsi que j'en ai fait la triste experience, MM. les docteurs sont peu de la m^me opinion, et souvent Tun trouve fort sense ce que son confrere trouvait fort insense. Cependant, chose inouie, les ooalades du pension-* nat, au lieu dQ songer k elles, n'eurent qu'une penste : M"»* Polichinelle. Elles comploterent done une demande collective pour obtenir du nouveau medecin que, pour sa bien- venue, il d^cid^t M"^® Polichinelle a venir les voir. — Madame Polichinelle ? — Oui, monsieur, Mn»« Polichinelle, qui ne veut plus venir, alors que nous I'aimons tanti II s'en fut et demanda au directeur, au docteur et aux internes ce qu'etait cette dame.... Polichinelle? — On ne sait pas au jusle; les uns disent une chose, les autres une autre : des p^res inconnus, des parents- / CHAP. IX. -^ A$UiE D£ MABl^VILLE. 158 non avou^s; somme tpute, une femme charmaate qui fait toiurner la t^te k tout le moude et met lout k Ten- vers, comme yous voyez, — OCi est-elle? — Aux indigentes. — Ah! ratals aux indigentes, ea efifet, dans une petite cham- bre; on m'y avait rendu le peu de v^tements que j'avais, et en outre' donn^ des effets de succession, les r^Ie- ments de Mar^ville tlU^hant d'adouclr le sort des ma- lades, de les encourager et de relever la maison par une tenue soignee. J'^tais done convenablement v6tue et biea coiff^e, avec mes cheveux boucl^s tout autour de ma tMe. M. le docteur Verron en fut frapp6. — C'est vous qui ^tes madame Polichinelle? — Qui, monsieur. — On vous desire au pensionnat — Ges dames sent bien aimobles. — Yous allez y aller. — C'est un ordre? — Oui. — Alorsi monsieur le docteur, vous me permettrez de refuser, — En quelle quality madame est-elle ici? — Indigente de la Seine. — Et c'est une indigente qui refuse les dames pen- sionnaires? Madame ira leur faire de la musique imme- diatement. t \ 160 MiMOIHES D'UNE ALI^EE. 4 — Non, monsieur. — Non? Alors, on va i*etirer a madame ses v6te- me?[its, sa chambre, son regime et la passer dans un ouvroir. — Je suis malade, monsieur ; comme telle j'ai droit k rinfirmerie. — Je suis 16 m6decin, et je ne vous trouve pas ma- lade; ou vous irez au.pensionnat, ou on vous mettra k Touvroir. — Alors j'irai a I'ouvroir, monsieur. 7- Orgueilleuse ! — L'orgueil est la fortune du pauvre, monsieur le docteur, et le pauvre a le droit de fte pas servir de jouet au riche. — Et si on vous en prie? — Alors, monsieur, ce sera different. Le pauvre, alors qu'ii est riche de sa superiority, pent en faire raum6ne aux riches qui I'implorent. Le docteur Verron se retourna, stup6fait, vers la sup6rieure et lui dit : — Que les portes soient ouvertes k madame. — Vous faites bien, monsieur, car je suis une ter- rible ennemie pour ceux qui me pers6cutent et qui croient me dominer. — Je ne vous crains pas. — Voua 6tes le maitre, c'est vrai ; mais vous ignorez peut-^tre la force du petit et du faible. — Oh I... je viendrai bien k bout de vous. CHAP. rc. — ASILE DE MAR^ILLE, 4fM — Je Be crois pas, et je pense que la paix doit rtgner mtre notie. Ceci I'avait 6mu. II faut dire que M, le docteur ¥er- ^^ IB, 4g6 de quarante-cinq ans, 6lait estrfimement ma- fde. II aoulTrait elTroy able men t, el son teint livide, ses tilCTaut dess^ch^s, son ceil hagard, prouvaient com- m le mal physique, que sou courage et la n^cessite igarder sa position lui faisaient vaincre, altaquait son Mneau et lui donnait des hallucinations. Eo sortant de ma chambre, il d^clara qu'il me re- otLaissail ; que j'^tais une femme marine a un sieur thevalier. bonne musicienne, ayant rouU sur Tor, loe i mes charmes ; ayant 6t^, douze ans aupara- Mil, la maitresse de son ami, le docteur Reboul- tdiebraque de Caballeros ; menant un trSs-grand ayant maison a la ville, maison & la campagne, ; lui ayant donnS h Auteuil rhospita]it6, une aitqull J 6tait arrive avec son ami, etc. On doit comprendre I'indignalion 6prouv6e par moi Be rfcit. Je protestai. II soutint que c'Stail vrai. Je r6- Unai mes papiers, Le directeur s'en mSla, et tout alia lutant plus de mal en pis que M. le docleur Verron, rdant un ^acieus souvenir de cette dame Chevalier laquelle il me prenait, et espferant toujours re- ymer en moi une femme facile, tr&s-flattge de ses entions et de ses prevenances, se d^pSchait de (aire tisile pour venir s'installer chez moi. Cela ne pouvait e fort mal finir. J'dtai^ indign^e d'etre une Chevalier, i 460 m£moires d'une au£n£e. — Non, monsieur. — Non? Alors, on va retirer a madame ses v6te- me^ts, sa chambre, son regime et la passer dans un ouvroir. — Je suis malade, monsieur ; comme telle j'ai droit k rinfirjnerie. — Je suis lei m6decin, et je ne vous trouve pas ma- iade; ou vous irez au.pensionnat, ou on vous mettra k Touvroir. — Alors j'irai k I'ouvroir, monsieur. -r- Orgueilleuse! — L'orgueil est la fortune du pauvre, monsieur le docteur, et le pauvre a le droit de He pas servir de jouet au riche. — Et si on vdus en prie? — Alors, monsieur, ce sera different. Le pauvre, alors qu'ii est riche de sa superiority, peut en faire raum6ne aux riches qui I'implorent. Le docteur Verron se retouma, stup6fait, vers la sup^rieure etlui dit : — Que les portes soient ouvertes k madame. — Vous faites bien, monsieur, car je suis une ter- rible ennemie pour ceux qui me pers6cutent et qui croient me dominer. — Je ne vous crains pas. — Voua 6tes le maitre, c'est vrai ; mais vous ignorez peut-^tre la force du petit et du faible. — Oh I... je viendrai bien k bout de vous. \ CHAP/ nU — ASILK DE MARlgVILLfi, 461 — Je ne crois pas, et je pense que la paix doit r6gner entrenous. Ceci Tavait 6mu. II faut dire que M. le docteur Ver- roD, ^g& de quarante-cinq ans, 6tait extr^mement ma- lade. U soufifrait effroyablement, et son teint livide, ses cheveux dess^ch^s, son oeil hagard, prouvaient com- bien le mal physique, que son courage et la n^cessit^ degarder sa position lui faisaient vaincre, attaquait son cerveau et lui donnait des hallucinations. En sortant de ma chamhre, il d^clara qu'il me re- connaissait ; que j'^tais une femme marine k un sieur Chevalier, bonne musicienne, ayant roul6 sur Tor, grdce k mes charmes ; ayant ^t6, douze ans aupara- vant, la maitresse de son ami, le docteur Reboul- Richebraque de Caballeros; menant un trfes-grand train; ayant maison a la ville, maison k la campagne, voiture ; lui ayant donn^ k Auteuil I'hospitalit^, une nuit qu'il y 6tait arrive avec son ami, etc. On doit comprendre Tindignation 6prouv6e par moi a ce r^cit. Je protestai. II soutint que c'^tait vrai. Je r^- clamai nies papiers. Le directeur s'en mdla, et tout alia d'autant plus de mal en pis que M. le docteur Verron, gardant un gracieux souvenir de cette dame Chevalier pour laquelle il me prenait, et esp^rknt toujours re- trouver en moi une femme facile, trfes-flattee de ses attentions et de ses provenances, se dOpSchait de faire sa visite pour venir s'installer chez moi. Cela ne pouvait que fort mal finir. J'Otais indignOe d'etre une Chevalier. ■i 1 164 MiJ^MOIRES d'UNE ALI^N^E. fois-ci, les lettres inoadferent! Jen'avais pas d'encre, n^ais j'avais du sang ! ^ Sur ces entrefaites, on annonga la visite de M. le doc- teur Parchappe, inspecteur g^n^ral des ali^n^s. Toute la maison, nettoy6e du haut en has, est en liesse; les malades ont leurs habits de f^te; des fiieurs sont plac6es dans Touvroir, et un orchestre, accompagne de choeurs, doit c616brer la bienvenue de M. Tinspec- teur, protecteur et ancien professeur du docteur Verron, qui lui fait les honneurs de Mareville. Apr^s avoir 6t6 conduit dans tout ce bel 6tablisse- ment, M. Parchappe arriva dans le superbe b^timent des giteuses, au-dessus duquel j'6tais enferm^e. Tout en faisant ffete k son ancien maitre, le docteur Verron se gardait bien de lui parler de sa recluse. Mais M. Lherbon de Lussats, le*directeur, n'avait pas les m^mes motifs de se taire, et M. I'inspecteur d6sira me voir. Oh vint me chercher. J'avais une grosse fifevre, une de ces fifevres nerveuses aiixquelles j'6tais si sujette, et qui se terminaient toujours par une sueur exces- sive. Impossible de me sortir du lit en cet ^tat. En sa quality d'inspecteur g6n6ral, M. le docteur Parchappe aurait du monter voir lui-m6me le donjon ou on me faisait jouer le rdle d'une de ces heroines l^gendaires des contes de f§es et des romans de cheva- lerie, et I'^tat dans lequel ^tait ma sant^. ' / , CHAP. IX. — ASILE DE MAR^VILLE. 165 ' ■ \ 11 n*en fit rien et me donna* rendez-vous, pour le lendemain, dans le parloir des soeurs. Je ih'y rendis accompagn^e de la soeur d'ofEce, qui seule avait la cl^ de la chanqJ)re ou j'6tais renferm^e jour et nuit. M. I'inspecteur ne se trouva pas au rendez-vous. La soeur vint me reprendre ; mais comme I'^tablis- sement est immense, que les quartiers^sont s6par6s par des jardins, et que par consequent on a un petit voyage k fairepour aller de Tun kl'autre, elle passapar la communaute et me laissa deux ou trois minutes au parloir, ou il n'y avait qu'une personne attendant sa sceur, et la portifere. — Est-ce bien vous? me dit celle-ci... Oh! que pourrions-nous fiaire pour vous servir? — Me parlez-vous debon coeur? — Groyez-le bien. — Je voudrais faire parvenir & M, I'inspecteur quel- ques lettres que je comptais lui remettre si je I'avais vu. — » Donnez-les-moi. En ma quality de portifere, c'est moi qui faisles commissions ^ Tadministration ; je puis done les mettre imm^diatement dans sa chambre m^me. Je ne connaissais nuUement cette fille; mais toutes me connaissaient, et plusieurs des infirmi^res avaient ^t^ r^voit^es en apprenant les agissements de M. le docteur Verron envers moi. f ^ d60 m£moibes d'une au£nee. * I I III ui II II I I I II — Non, monsieur. — Non? Alors, on va retirer k madame ses v6te- me^ts, sa chambre, son regime et la passer dans un ouvroir. — Je sids malade, monsieur ; comme telle j'ai droit k rinfirjnerie. — Je suis lei m^decin, et je ne vous trouve pas ma- lade; ou vous irez au.pensionnat, ou on vous mettra k Touvroir. — Alors j'irai k Touvroir, monsieur. 7- Orgueilleuse ! — L'orgueil est la fortune du pauvre, monsieur le docteur, et le pauvre a le droit de He pas servir de jouet au riche. — Et si on vOus en prie? — Alors, monsieur, ce sera different. Le pauvre, alors qu'ii est riche de sa superiority, pent en faire raum6ne aux riches qui I'implorent. Le docteur Verron se retouma, stup6fait, vers la sup^rieure et lui dit : — Que les portes soient ouvertes k madame. — Vous faites bien, monsieur, car je suis une ter- rible ennemie pour ceux qui me pers6cutent et qui croient me dominer. — Je ne vous crains pas. — Vous 6tes le maitre, c'est vrai ; mais vous ignorez peut-4tre la force du petit et du faible. — Oh !... je viendrai bien k bout de vous. ' / I I \ CHAP. IX. — ASILK DE MARfiVILLE. ' 461 — Je ne crois pas, et je pensfe que la paix doit r6gner entrenous. Ceci Tavait 6mu, II faut dire que M. le docteur Ver- ron, ^g6 de quarante-cinq ans, 6tait extr^mement ma- ]ade. U souffrait effroyablement, et son teint livide, ses cheveux dess6ch6s, son ceil hagard, prouvaient com- bien le mal physique, que son courage et la n6cessit6 de garder sa position lui faisaient vaincre, attaquait son cerveau et lui donnait des hallucinations. En sortant de ma chambre, il d^clara qu'il me re- connaissait; que j'^tais une femme marine ^ un sieur Chevalier, bonne musicienne, ayant roul6 sur Tor, gralce k mes charmes ; ayant 6t6, douze ans aupara- vant, la maitresse de son ami, le docteur Reboul- Richebraque de Gaballeros; menant un trfes-grand train; ayant maison a la ville, maison k la campagne, voiture; lui ayant donn6 k Auteuil I'hospitalit^, une nuit qu'il y 6tait arriv6 avec son ami, etc. On doit comprendre Tindignation 6prouv6e par moi ace r6cit. Je protestai. II soutint que c'6tait vrai. Je r6- clamai nies papiers. Le directeur s'en mdla, et tout alia d'autant plus de mal en pis que M. le docteur Verron, gardant un gracieux souvenir de cette dame Chevalier pour laquelle il me prenait, et esp6rknt toujours re- trouver en moi une femme facile, trfes-flatt6e de ses attentions et de ses provenances, se dOpSchait de faire sa visite pour venir s'installer cbez moi. Cela ne pouvait que fort mal finir. J'Otais indign6e d'etre une Chevalier. N. I 168 M^MOIRES D'UNE AUEN^. A Sa Majeste VImperatrice EugSnie. Asile de Mardville, pr&s Nancy (Meurthe), 27 mai 1862. De mon donjon. Madame, Avant d'en appeler k la noblesse frangaise, avant que d'ins- truire une famille infortun^e du sort del'une de ses enfantsplus malheureuse encore que sa malheureuse famille, c'est a vous, a TEmpereur, votre auguste epoux, que je m'adresse, Madame, et j^ose esperer, pour moi copame pour tous, que ce ne sera pas en vain. Apres Tassassinat du due de Berry, la duchesse, sa femme, mit au monde un fils et une fille. II n'est pas n^cessaire, Madame, de vous ra^peler la position de la famille royale en ce moment, pour que vous compreniez la n^cessit^ absolue de sacrifier la pauvre fiUe au repos de la France. ^le fut doh6 enlev^e du palais des rois et soustraite a la yue de la nation. Cependant on avait vu emporter un enfant, et ie secret n'en put Stre si bien gard^ que le bruit d'une substitution ne prit la place de la triste v^rit^. Cette enfant fut embarqu4e au H^vre, pour la Russie, fut re- mise entre les mains du grand-maitre de la police a Saint-P^- tersbourg, et apres avoir pass^ quelques ann^es enfouie dans une campagne aux environs de Moscou, elle fut renvoy^ en France avec une famille richemeut r^mun^r^e. Elle passait alors pour un membre de cette famille faisant partie de la bourgeoisie, et par consequent ne pouvait atlirer sur elle Tattention gen^rale. Malheureusement, par une complication de circonstances, Faisance procur^e a cette famille lit bientot place a la gSne, et comme elle ne connaissait pas les parents de Fenfant.... la pau- . vre petite subit toutes les cruelles vicissitudes de ses parents improvises, a I'insu de sa royale famille. r.'r ^' . \ CIIAP. I\'. — \FJIX OE' MMJlTvn.LK. 403 Car I 'cbt en Pji^^ia qn'on a re.vii.s i'en.an! aa ^i-ur Ciiail.s noay, qi i .-'cjI mgi^e a \\ I'mc. f>i>ser p:ur hi i'l.U'. » ' ou Tran- t^Hi-i, til .it'ce^.taut, ain-i q.ie si (i'ii:iiu', co dt'ijot avigilc, uiut ohliger uiie j^t.uiJo "Ja-Me ^•u^^e ou polugii-e. TiitMitot ineme, J 1 t-.ruyaul poir loiijoura abauionneo, cA ::ans auties pail tils et a'»iis quM ceux que sa Uej»liiiee lui avdit d jiines, il la JC^arJi corniiie sitMiue. Gependant Tenfant grandissait. Mu'jjino; ?x irssemui.uire frHj)pi?itc Hvec 1 » d.jiie->e(lo tioiiy ohmiKii! to t le u oinle. et rap^i. la»t m 'Igre bui le 5,«tii\eiiir dt&biu;ta la iieux quiavnciit Ci cu'e liUo de ba i».»i^.!»ani.!t'. SaMo' ia p 'ifcux ! >criS ef una :iat'J>' du luC»J)e jOm', ^.im> l'e<(>hj i ^wah avec uiie ri<..v)Mi'aiss£tr.ce ai' t levce ave • ttiidrssr?, oti i'ru!t%'a ; on la fit dispaiaitie ddrI^ one d ces ba>ti}lea q li ont si.i vvvnai I'Lyinie doclia; on reiifei in.i tldu^ ur.a-ile d'alieAtlion inen'ale, en jf^Aiil a ceux qui en .soul i;liar.;iiit le nom de lJie>afWi\ dj pa-*i->fy inconuus. In.^truilrt dtj son sort et de sa uai.-»-Ance par cob.ii q'ii !'ava»t CVli-iit'iiO" h M n Jr. I*!'t>KO t.i q-it •v.'jit Muvj >;* -It'S iii/'f. \'].i\\}V- t.iiiOe [»i i J l»ij 111.! . i>'i' tl- r.'iii ti uii iii>m ia (i.cliaiu a l.'.i;:i do ir.jt d.tn^t r. (;jt irui';! iscs: i e.t'an>d' m;^ tU' rt'iT. d !'r^i,ir-i: '^0 /.o u' ■•/>'.'-/- heufii; on la jct ; Ln o* din^ les !ie<4\ Ifs : iwi> inif tls x- >. jdus buiyanlr, Ivt p!»i.s h-jri'-bles ; or; m p.i a. .ie no iiTirni''^ ce vete- "ueuU ; on la tr CHAP« IX. -^ ASILE DE MAAtVILLE. i71 ' ' ■' I ■ y 1,11 .1 I I I II. , .1 I ■ ■ I ]ie$ait dans le silence le plus pro£oad : c'6tait de £aire parier da moi au dehors, fut-ce par des exceniricitia. Qui sail si ma lettre, qui certaiuement eat parvenue k son adresse, ne serait pas remise k Ba Majesty 4 cause mSme de la bizarrerie de son contenu? On la disait Idgitimisle ; cette fa(on de rexnettre en causa I'accoU' chemenC si discut6 de la duchesse de Berry devait pi'- quer sa curiosity. Elle voudrait peut<-dtre savoir qui 6iait cette pauvre folle implorant son secours**... et la moiadre enquSte m'eAt sauvee. Mais il n'en devait pas Stre ainsi, et j'^tais encore loin du port* M. le directeur 6tait fort embarrass^ de son r61e et de sa responsabilit6* Son intervention en ma favour .pr6s de M. I'inspecteur g^n^ral ayant eu un si triste d^noiUmenty il m'amena M> le premier president de la cour imp^riala de Nancy t qui n'eut pa9 peur de monter si haut, et qui lui recommanda de parier de tout celt au pr^fet, alors M. de Saint-Paul. Mais il n'aurait probablement pas pris cette initia- tive, si je ne lui avais fait parvenir une lettre pour ce magis^trat, qui, d^squ'il sut cequi m'^tait arrive, donna I'ordre imm^diat de m'ouvrir la porte et de me faire 3ortir de ce quartier, qui n'^tait pas le mien, II fit, en outre, donner du papier a tous le$ ma* lades ^ avec ordre de lui faire parvenir touU% les recla- mations. Je fus done ramen^e dans ma petite chambre, auprfes de I'infirmerie, et il n'^tait que temps, car, depuis onze \ t irl MKMOinr.S r)\:>T, Al.IlvNEE. nvriLl cte pnveo d.; fi.u, inl faii-o imo vsitf: (1ar»;< cot. 6lal>Hjs ^mimmsI '.u il :iVait oJ« ri Lieu rrf;u. M. le (1ir.^cte\ir .-'nnprrs^o »!«-', n-e Tjiro savoir que la toiirn(!'e src lorail a l*inljrrncrie le Jendcmoin, afin que je pub?'v^ (lonuf.T (iire( temtnt a M. rfr^p.^cfcur ce que j'l^vait? '^ in] iv.rTjellrc. h\ m'^ lin.s proto, oJ lorsfpju |,) v\-\\'j ,M?^a dcvanl ma dif^inlii'e jo Touvii*, sal lai M Pa}v!i)(>pG tti lui romis uno sir>q'](* i«.Ilre. Al. le diiecUiur s'empressa '!•? lui ra]>pel"i'la pro- me>se pi'il a-ait h»il«» r.iru.LV (i'.Av;i r;t (i.- .s'occiipor do rnui, t'L M I'^iiNpiiLtcur lui «iil : .— C\.^l (loiic madune i\n'\ a rrfust' de mo voir?^ — Au contraire, uunis'cur ]<.• »jni;t»':»r, je lii «l»">irais rivoTiu?nl; mai^ la pr(}n.airi \on:< jri'ivi z ()ui.lie(.\ (pjoique nrayaut. tloiino I'enliz-voMs; do plu<, j«} m'oia..s f»it r[i'.)nne:jr d • vo-is «}.:nro, el jo a\ii ivi^u ro^onse ^ au- cjne de mos lei Ires. — C'tVail. doQi'. \0'i>? — 0».i. ilit !e dirccU'ur. Ce f.'A touL A'l. Tifispecieur ijon^ral einpo;(a ma Icllre Jonl je CHAP. IX. — ASILE DE MAREVILLE. 173 . , L-^ -_ n'eus aucune nouvelle, en sorte que je ne sais pas s'il I'a lue ou s'il 1^ de nouveau remise a son cher ^16 ve. Le lendemain matin,^ la visite, M. le docteur Verron me dit d'un air trfes-satisfait que <£ rim{^ression pro- duite m'avait 6t6 tr^s-favorab]e. > C'est tout ce que j'ai retire de cetfe tentative, qui me fut aussi infructueuse que toutes les autres. Je me demande k quoi servent les inspections. Celle que j'ai fiaite pendant ma longue captivity, en ^rivant avec mon sang quand Tencre m'6tait enlev6e, a ^tS faite k mes d^pens. Je n'en ai retire que douleur et animosity. Mais je puis affirmer que j'ai entendu plus, de plaintes que MM. les hauts dignitaires qui sont charges de les recueillir, et que j'ai porte au coeur de mes pauvres compagnes plus d'espoir, de consolation^ que tons les m6decins sp^ciaUstes ensemble. J'en ai gu6ri.... Et je dois dire que j'ai trouv6 k Mar^ville une sainte fille qui en a gu^ri de son c6t^, et solidairement avec moi, par ses bonnes paroles et ses soins, plus que ne Font fait ces grands maitres avec leurs douches et4eurs camisoles, qui sont pourtant in- dispensables dans certains cas, non comme moyen de gu6rir ceux k qui on les applique, mais pour preserver les autFes de leurs violenees. J'^fais tomb^e malade de la poitrine par suite du froid dont j'avais souffert dans mon donjon. Le ^octeur Verron 6tant devenu trop malade pour continuer son service, fut mis k la retraite, et le doc- iO. * « « 174 MEmWrE^' D'ONfi* ilLlftNTfiK. ■I I I I ■ , ■ , g I I I ^ M M I. ■ ■ teurRenaudrfu' Mot6yfif encore* tm'e foisPJfttfifi A drf service d& femmes. ii se trouvatit ators k JKarMlle trhe soe\!iT *rtm»6e Lidflvihe, (fui, rf^srgir^^' a^ed' (jTielqti'es atitr^s pottr te asile d'ali6n6s h Rom6, venatt if faSi^e ^ofi fff^e,- i^*^ I'lisage de To^dre de Saint- Cftarl^*, oMik^b^^ri^ s^tet pas charg6eS sans preparation de tes tt/tidSdn^ dffi^ cates. G^^tait une femme inf elRgfefife ei bon*te, et 611^ fit ce que je f^clamais intitilein'e'trt deptrfy fcttit d'^nd&i d^ Tries docteur^ 6t de f adrrifni^f f'tftii/h . Elte cliafgerf une steur de Sori ordr^, fe'fi c^ itfotaietti Jt Pfi^ris^,- d'aller l*6clameV raes jyapief^ a Id supSrietirS d6 Ohsli rentbh. Cofnrhe la r^poiise' tardslit heiiitmp, j'^drii^ * M famille Bendlt d'Azy, si {ilsittatferti^Kt bbnne' pent rii(fl et qui me croyait m6He d^piilir iongteirfj[]fd; cdr,* dihsi qii'oh le v^rra pliis tstrd, mi ihdH aTctit 6t6 kMimi^i peu de temps apt^s moh enl6vettient^ S totil^ m€l6 Mttiift ct connaissances.' M. Benoll d*Azy eut la hohii de tti^ V^potidi^^ : M. Cochin (1) s'est occap^ de tmifHtsr Tbil pslt)iets j Hit irotti sehont rendtts par ane scear que la du(i6riear6 Ue iGhareatim a charg^e de vous les remettre, etc. Comptez toujours sur noire affectueiix souvenir ^ (1) Qendro de M. feribit d'Aiy, it CHAP.- t^^ *^ A4ll%e Dlft ttXR^?ILLE. fft — -" — "— '-^"nri." ^l«^ M^ j^aff' li^ siGfeiir lidhsvifltf et k decteor R0^^ Motey, et Fott reeaMsntvleBdlD quey^lak tten tt^i^ Hear^ ^^ ftaniyy fttte te PaslfMMixitf ChaDriwHottj^ ahtti que M^ il iittttdcpitit besteovip de dtoMi k cet envoi, et j'^«^fi«^ iptiWc hm rMam&r k lli mpMeure ds Qia- f^0filci6^ Void} la Hsie de 6« qu'on mfa f eiidu el de ee ^4tt II g«rdd : ^titue en 0(6$. Uon acte de naissance. Celni de mon frdre T^l^ma- Traduction l^galis^e de ces actes. ittiAmiot aiit6gni|)h« de M. Charles Rovy^ iettres de famille. Papiers concemant Une pen- sidluiaire da S^dr^-Gogur. P^sepun d6 ll« Rouy. Liste de souscription a Milan poor son m^canism^ astrono- mique. IflirlsAtiik*^ de c^e qu'Avait em^ porl4 M. Rouy & Sainte-P4rine» Articles de journaux concfer- naht in^ m&tih^es musicales Iffon resittuS. Invenfaif e des meubles, bi- jottn, lingcf^6ffet9;Tal#atfs,ete., qui te troutraient dtns tton tp- partement, 19, rue de Penthi^- vre. I>eill teedantAHant^n du MonMe-PiM, ramisM par on tiers. iluit lettres fertn^es et scel- Ubs de oinq cachets. Factures toquitt^M. Nombreuses lettres de fa- mine et d'affaires, notamment celles d'une damd L6f^bur6. D^ut billets k ordre, d*en- •emble 600 fr.) payables k Pa- ris, le 19 roars 1855. tin porte-feuille algdrien dn Velburs i^ouge brodd de pftiU lettes d'or, eonti^nant uh billet de 500 fr. dans la doublure in- t^rieure et '2 fr. 4^ dans la pOChe. .< / — 176 MfiMOIRES IX'UNE ALIIENEE. Je n'ai jamais re^u de r6ponse de M"*® la sup^rieure; I'argent et tous*les papiers indiqu^s comme manquant ont ^t^ bien d^finitivement perdus pour moi. Le docteur Renaud du Motey et la soeur Lidutine examin^rent avec moi'les pieces, plus que suffisantes pour prouver qui j'^tais et qnelles ^taient mes relations de famille et de soci^t^. Mais nulle suite n'y futdonnte, soit parce que le docteur jugea i^uperflu de s'engager /lans une affaire fort ^pineuse concernant une ali^n^ ^trang^re au departement, soit parce que je lui signalai les diverses irr^gularit^s de ces actes^ en sollicitant I'examen des magistrats. Et je restai Chevalier -Rouy, de parents inconnus comme devant, malgr6 les nombreuses lettres de mon p^re, de mon fr^re et de mes soeurs, et les articles de joumaux constatant ma notori^te artistique. A cette 6poque expirait le traits pass6 entre la ville de Paris et Tasile de Mar^ville pour le placement des ali^n^s indigents. Ce traits n'ayant pas 6t^ renouvel6, on dut verser dans d'autres asiles d^partementaux les malades de la Seine. — Oh I Polichinelle, Polichinelle! qu*allons-nous devenir lorsque vous ne serez plus li pour nous pro- teger et plaider notre cause?. — disaient les pauvres malades, le jour ou elles ont appris que j'allais ^tre transf^r^e ailleurs. Je n'^tais pas non plus sans inquietude sur ce qu'il m'adviendrait de ce changement, et surtout sur ce mn \ CTTAP. IX. — AS:i-f. liR .MATlLvnLC. 177 — I .-...». fpro)) noiiiTolt (Mire fK'«? rn]jier«? r(nM)Livrt.v^ avec' tant de perne. Je fis sortir de rasile et mettrcen depot chez liu divine cur^ du voisinage touf ce qui ni'avait ^te roirY(^y<» de CharcUon, .et je remis a un interna qui s olait monfre coiisinimneii^. l)ieuv».illaiit \o\\v nioi. M. Octave L'niiilier, !l's Icthrs de !a .suiiui'.'ijM? do Ch.nt>nl«»n, d.^ M. Iiern.it d*Azy. do iM'"*-' do S.i-nt.-Maui*, (U\, qid pi^'oavjiierd. !•-• tenvoi de ces pi^.ioJN s'u- ma jv( laina urn M. Id d'>c(our IJiuiiiior, auqu'^i j^i ^uis houivu-'O de lonit)i^ner jiHljliquoiriOiil. nia Tv<,o!tnrji>.-nnc.', < t (U'.i (?"'. aw-out'd hui elMl)li ft Piiris, ^5, ioulov.wd du T*-iiqi)e, M. ?o do.-l:' u • Ronr'jii diJ vh l.cy (it ( Jioix pour nioi d'Auxcrre, onnn.:e elatit i^iii do^ plus jolis :ihl!<'j< de Franco, el M. !«; d r.:clour' do Mrireviilo. M. Lht'rl)op. «1e L»ii<i^n"l au\ Ijonf; oflico? qiTil niViva^l d''j» r- n lii<; c<*hii c|r» raconl'T Inut co qin ntr coriivnirdt .mi dirci-,- Iv-^nr d'Aiixme, de r.«(j:'.»n a iui biou ptM'.sM.idvT quo ^M av.dl^ en niaius «iae Ijinno foil uiyd.'Tieij.-^'j, ftjri daii- ^•eVeu.se peul-efii? a uii cerLaiii point de yue, du moins n'6tait-ce pas une foUe. I I m M^M^IRES D'VNE ALI^^E. \ CHAPITRE X A&il« d'Kuxan: /■ J'arrivai ^ Auxerre le 3 d6cembre 1862. » CeC asile est en elfet un des mieux organises de France. Tout y brille, tout y est coquet, bien a6r6; par- ^out des galeries k colonnes : on reconnatt que le baron Haussmaifti a pass^ par la. Les jardins n'ont pas de murs, mais un saut de loup cach^ par des buissons de roses, |)ermetlant k la vue de s'etendre jusqu*4 un lointain horizon, amelioration due au docteurPoret, sous la direction duquel j'allais me trouver. J'arrivais avec un certificat du docteur Renaud du Motey, ainsi con^u : W^^ ChevaUier-Rouy, CamiUe-Jos^phine-HersiUe, 6St atteinte de manie chroniqae. Id^es de grandeurs. Se dit fille de la du- chesse de Berry; renie ssi famiUe. Et laquelle, puisqu'on disait que Je n'en avals point? On voudra bien remarquer que le doctenr Renaud de CHAP. X. —^ ASILK d'AUXKRRE. 179 Ikiotey Mail i^ ie e^ux que j'avais le plus touripentes au svijel de moit nom ; qa'i) itait present lorsque soeur Udmiie ra'a^t remUi mes papiers; qu'i) ks avail eontfiiitedtf avae ^le et moi; qu'il s'Mah adsur^ que j'avais bien droit au nom de Rouy, le seul que j'eusae jsmaia f^dam^. Miiis o'eat ainai qu'on certifiait a tort et k tmtevs, pour motiiier le maintien de ma seques- tration. On m*«nai plae^ dans une petite cbambre k trois Ms eu couehail une gajrdienne; j'avais du pain blanc, igm. v^gime aweculenit et abondant. La snrveillante de \sl aeelioOy M<»® P^ns^, ^^^ ^^ <^6 quarante-einq 4 ^quainte aiifi, eomme son amie, M^^ Br^elet, la sur- veillante g^n^rale, qui ^enait la toir toura lea soira et dofit la eoin«f satkm m*6tait fort agreable. S n'y avail pas huit }ours que j'^ais insiaUee, quand M. le doctear Pctf^t me fit yenir dans son cabinet et me propeaa^ de la paart de I'administraiion^ d'entrer au pesaiannat, d'y avoir une chambre^ le droit au piano, a la bibtiolMNfAe, unmeilteur r^ime et les plus grands seiae, ma sami^ n^eeasitant un repos complete B afe«rtait qu'aa bout de trois ou quatre mois, c'est-* a*^dire dans les beaux jours, je sortirais gmrie, et serais bien recamixnattd^e et prot^g^e, mais que c'^tait d la mnditien du silsnee le plus ahsolu aui% tout ce que je vermis el aur le aeruiee, Men qai B!e fi^t k veir et k dire ne s'^ait pass^ de- pusa cnen arrive. Je r^pondis au doeteur que je me / I ISO MEMGIRFS D'TNL ALIiJr.EB. [»'OLJ\yis for'; bi^fi comn^c j'eiais ; '•jijejc ne pouvais pas I r-nclre ie rooiu.ire en^n^x^'fJi^**^- ^^u sujcl dt* :noA ^e- ltUi.ct:^ mais quf^ je. pouv.us aliirm»M' que je n'avais et ii'aurai'5 rirn a cciin*, si los choses elaieiit ioujours de nieme. Quant ^ la question d^ sortir guerie au bout de trois mois, c'est douc que pendant trois mois il me cer- tifierait nliene*? — Sans aucun - sez pour- Te're t.'^hl que vou.-^ e*e? ici.et, aM'cIa graii(ie ([iiaulilu «le cefti!K:il^ fails sur \otre compte, un tie plus ouUe nioiu.s x\c fera pus ^rarufi ho?e. CVtyit jusU, el j'lHais liop souffrante pour dipcultr. A Auxene le service est puronu»nL lai^ue, tie-s- compli U chacjU'i section a une survcilluuleoo c:hef, une sui'vL'iiiaulc on sou--orc«re ot (]\ i»'s lu ■!.:» n'.'s. 'oii! iMj ! t.'/i>uil. Hf I:i maJM'a it) \''s! a le loiiijil'l, si c; 'i •'•u!' (.>!. iuios>a!io, out. \l' (.iiC'i -lij _:' r 1 .'! I', -i • j} '.-f r 1 -ur-; oi'i".*'.-. ■ ■ p ■■ ■ t £amiUe, Tayant ennuy^e ou reveillee aecideatellexaenl, eUe ne garda plus aucfuie niesure^ et ea moiius de six s^emaines tout fut sens dessus dessous. Les malades ont la permission de garder leurs effeis; Que planche est disposee k la tSte de chaque lit pour c^la.. Lpwse $'empara de tout ce qui lui plaJ^aU»^ et, avec le consentement qu'aucune de ces pauvres femipes n'aurait ose lui refuser, de peur de s'^ faire une emieruie terrible, elle porta tow a touff les ffobes, les A^^tements, les cMles des malai ■ ■■ ■ I port6s k Gharenton m'y avaient 6t6 pris. Ma mort avait et6 annonc6e, et je n*6tais plus enire les mains de VStat qu'une aventuri^re dont I'fitat 6tait naturelle- ment responsable, n'ayant aucun papier ni renseigne- naent me coiicernant. ' , . Je signal : ladite Chevalier^Rouy, M. le procureur imperial fut irfes-surpris. . Depuis quatre mois que j'6tais k Auxerre, personne ne lui avait parl6 de ma situation extraordinaire, et jamais affaire semblable ne s'^tait prSsentde depuis qu'il ^tait magistrat. Peu de jours apr^s, je pe^us la r^ponse du procureur qui, s'en 6tant ent6ndu avec. le pr6fet, avait d6cid6 que mes discussions avec la Seine ne regardaient pas TYonne. Le pr6fet signifiait en m^me temps au directeur que c'^tait une horrible affaire, et qu'ft moins que je ^e fusse folic a lier^ il ne voulait me garder sous aucun pr^texte. M. le directeur vint me dire ce r6sultat, en me de- clarant que je m'en irais, bon gr6, mal gr6; que tout cela commenQait a faire du bruit et qu'il fallait en ' finir; que si je refusals, on allait mie montrer de cer- taines cellules o£i je ne serais pas trou^de et ne trou- blerais pas. — Alors c'est un' crime pr^m^dit^ que vous allez commettre ? ' — AUez-vous-en. ./ CHAP. X. — ASIUS Dy'AXJXERRK. 189 — Je n'ai plus rien au monde. — Vous avez cent francs. On vous conduira k Tad- ministration de la Seine, et, du reste, si vous avez quel- ques reclamations k faire, I'avoud de I'administration est k votre service. Je le vis; mais M. Favour ne s'occupait que de titres, de propri^t^s, et non de reclamations reposant sur des on dit et dont il fau(^rait aller chercher les documents jusqu'i Paris, ou il valait mieux, de toutes &9ons, aller moi-mSme. On me fit voir les cellules dont on m'avait menac^e... Elles sont effiroyables. n y en a cinq ou six. Elles sont carries, un peu plus longues que le lit en bois (lit de g^teuse) qu'elles con- tiennent. Un fauteuil perce est place k cdte. G'est tout le mobilier. Lit et fauteuil sont scelies au mur. Une cour, de la meme largeur que la cellule et deux fois plus longue, en depend. Elle est entouree de hauts murs, en sorte.que la recluse ne pent absolument rien voir, ni etre vue par personne. Elle ne peut qu'en- tendre les cris de frenetique souffrance, de fureur in- dicible de ses malheureuses voisines. Rien n'est plus affreux. Deux de ces cellules sont disposees de fa^on k atta- cher la femme sur^le lit et sur le fauteuil, et & y faire a volonte Tobscurite la plus complete.... II y a de quoi rendre furieuse la personne la plus douce et la plus calme.... de quoi pousser au suicide. 14. ido MfiMOIRfiS l)*U»rfi ALIETNEE. Je n'ai pas ici k examiiiei' I'effet qui pettt Mre produit sur les nidlades par ces diff^rents systfemes de r^prps- siou; jefais senlemeiit rfemarquer que M. le docteur Poret, qui 6tait cerldinement un brave homrae, m'a menac^e de m'y faire enfermer, et je dois ajpUter. qiie c'est g^n^ralement centre les personn^s qui out leur raison et savent se d6feudi*€J on se plaindre qu'on em-^ plofie ces terrlHes Uioyens pour les dompter. Ce n^est pas \& seu) c6te itisie et cach6 de cettd mai* son, eu apparence si bien tenue. Je sois all^e un jour visiter le pensionnat, que j'^ais curieuse de connaitre, apr^s Tavoir l*eftis4. On m'y a fait mouter voir uue mdlade g^teuseet agitde.;. La pau- vre feratne! Pans les autres dtablissements que j'ai vus, l^s g^-^ tenses ont au moins une paillasse. On change de paille ou de paillot, quand la paille est mouill^ ; on est chau^ dement couverte, et en g^n^ral la paille n'est que sous le si^ge; la t#te, le dos, les reins, les piedsi Sont surun matelas coup6. A Auxerre, au pensionnat*... hen ! rienl hen I On est couch^ sur un lit en fer. Une sangle^ un bas- sin dessous, une couverture qui, n'6tantpas bord^e^ puisqu'il n'y a qu'une sangle^ va, vient, selon le mouve- ment de la malheureuse creature, qtd grelotte jour et nuit sur eette sortede hamftc^ Je n'ai Vu cela qu'& Aulerfie. G'est horrible. Si on Economise ainsl paille, draps et peine pour les \ \ CHAlP. X. — ASILE p'AUXERRE. im pensipnnsiir^B, on doit faire moins encore (si c'est pos- sible) pour les indigenteB» Mais revenons k ce qui me coneerne. Le docteur Poret,-au lieu de me faire fouillerj de se livrer centre moi k d'horribles violences, comme ses pr6d6cesseurs, se oontenta de me menacer. I'^tais pourtant a sa dis- cretion iabsolue. Le pouvoir du medeoin devient terrible )orsqu*6tant en m^me temps directeur, il Texerce sans contrdle, se laisse tromper ou ferme le^yeux. Dans les maisons plus importantes, ouce pouvoir estdivise, le ni6decin a la direction des malades, le directeur celui du service, mais avec un certain droit de contr61e r^ci^ proque. S4l y a parfois conflit, ce ne pent Mre qu'au profit des malades. Ces deux pouvoirs sont indispen- sables : indispensahles. Que serais-je devenue k Fains, a Mar^ville, sans Tintervention du directeur qui avait pr6venu le pr6fet? J'y serais morte sans doute, cachee a tous les yeux ; -^ ce qui ei]lt ^pargn^ bien des ennuis & l*admihistration. Sur ces entrefaites, M. Piroux, m6decin adjoint de I'asile, ayant 6t6 a Nancy, en rapporta 100 fr. que M. le comte de Lambel avait d6pos6s chez M. Vagnet, dditeur, pour mettre k ma disposition personnelle. Sit6t que M. le directeur eut cet argent, il me dit que j'avais dttffisamment pour aller a Paris ; que je n'avais pas besoiti « d'Un carrosse a deicx chevaux » pour sortir d'un asile^ 11 me fallut done en prendre "mon parti et compren- /. ' \ \ 192 MEMOIRES D*UNE AXI)&n6e. dre que je n'obtiendrais rien k Auxerre. On m'accorda pourtant quelques jours de r6pit pour me soi^er. , i Le 15 juin 1863, M. le directeur Poret annongait eu ces termes mon renvoi & M. Husson : Quelque mal fondles que soient les plaintes de cette ali^n^e, elles finiraient n^anmoius par faire un tort considerable dans Topinion publique au pensionnat, qui est une des principales ressources de Tasile. Le 26 juin, il &isait signer ma sortie au pr^fet de TYonne, en lui envoyant un certificat de guerison. Je crois devoir citer,4 propos de cette sortie, le pas- sage , d'une lettre de M. le direcleur de Charenton k M. le directeur de Tadministration d^partementale et communale au minist^re de rint6rieur, passage relev6 par M. le president Tailhand dans son enqu^te, en 1872: . . . . Ce que vous ignorez peut-Stre, c/est qu^elle est sortie d'AuxeiTe en vertu d*un certificat de guerison du docteur Poret. Pourquoi M. Poret Fa-t-il declar^e guerie? G'est parce qu*il n'y pouvait plus tenir et voulait a tout prix se d^barrasser d'elle. La voila libre enfin. Elle retoume k Paris et va chez M. Has- son. M. Husson lui donne 200 fr. (1). Elle va dans un hdtel garni. Quelque temps apr^s, on la retrouve a Orleans, dans le ser- vice du docteur Payen. Comment se fait-il qu'elle soit la ? Elle a di^ faire ane dtape avant d'y arriver ; selon toute vraisemblance, elle a pass6 par <1) Trente francsy et non deux cents, dontdix pour m'envoyer a rouvroir de Vaagirard. CHAP. X. — ASILE D'AUXERRE. 193 t la Prefecture de police, n sendt int^ressant de savoir dans qaelles circonstances et k la demande de qui, apr^s avoir ^t^ si bidn gu^rie par le docteur Poref, elle a 4t4 de nouveau s^- qaestr^e dans nne maison d'ali^n^s .... Ce qu'il y a de curieux, c'est que M. le directeur de Charenton^qui icrit des lettres si famili^res k M. le directeur g^n^ral, v!est atUre gue M. BarrouXy ex- directeur de Fains, qui s'^tait constitu6 mon z61e pro- tecteur centre les agissements du docteur Auzouy, avait amen6y comme on salt, M^^ la pr^fette chez moi, en secret J et avait torit en 1857 au minist^re, au sujet de ma fenStre, bouch^e avec une hotte en bois par I'ordre du m^decin. Toujours est-il que mon depart fut d^cid6, comme 11 le dity parce qu'on voulait se d^barrasser de moi ^ tout priXy et que si j'6iais rest^e pacifiquement sans rien dire, sans faire savoir aux chefs imm^diats et respon- bles ce qu'ils devaient savoir ^ on m'aurait tr^s-pr6- deusement gard^e. Done on me renvoyait guMe, parce que ma folie 6tait de plus en plus insupportable, et qu'il devenait urgent de mettre fin k mes plsdntes et k mes rapports. J'ajoute que je suis heureuse de pouvoir produire ces pieces, car on ne me croirait pas si je le disais.moi- m^me. ^ Enfin, tout est bien r6gW, convenu, arrange, et je suis pr^te k partir d^s le lendemain matin, quand.sur- vient une difficult^ inattendue. ( / 194 iK£tfOm)SS B'tlNE" ALliK^B. - II y avait % la cais»e cetit
*ce que eela ftiit, puiiiqUe o'est lui sous lequel vous 6tes enregtstr^e ? — Ce serait faire un faux, et je ne I© puis pbs< — G'est pai* m6chafitet^ que vous retlises. Je prends mon parti,^ elje dis : — Donnei: ; ce n'est vraiment pas la peine de se mal quitter, quand on pent tout ooncilier avec deux petits mots* Je prends la plume, et je signe sur le registni : LiikdVttR Ghevalier'-Rouy; G'^tait fait. II n'y avait plus ^ y revenifi Je ne puis dire Teffidt produit parens deux tnotd, ^i sauvaient la situation et constatatent ma protestaiibh. Le lendemain toatin^ W^ Br^velet, la suirveillante g6n6rale, Itant charg6e de m'accompagner avec une gardienne, Tomnibus du ehemin de fer venait hous prendre avant le lever g^n^ral. Oil atait eu pour moi mille aimables attentions ; j'emportaii det protisions . \ CHAP. X. -»- ASlLfe !>*lt)X«flRE. 495 . t pour trois jours au moins et deux bouteilles de vin fin* Durant tout le cours de mon s^jour dans cet ^tablis- sement, les choses se sont pass^es envers moi avec ce m^me calme, cette m^me bienveillance tranquille. Un seul incident a trouble^ pendant deux heures^ cette quietude. M"* Louise redoutait mes Merits. Elle a vu que j'avais du papier; la peurl'a prise; elle a profits de ce que j'6tais en bas pour grimper dans ma cham- Iwre, briser le cadenas de ma malle, y fouiller, et n'y trouvant rien, de peur d'etre prise sur le fait, s'est saiivde, laissant tout seu^ dessus dessou^ daos tna~ chambre. Je m'en suis plainte at! docteur. On a tnis la chose sur le compted'une malade; le docteur m'a fkit rendre un bon cadenas, et Louise en a 6t6 pour sa peine. Elle xi'avait que dix-neuf ans^ la pauvrette ! Sans cela, elle aurait su que ce n'est pas sous cUy dans un asile, qu'on cac/ie c^ qu'on veut soustraire aux perquisitions. t 1 i9d MiskoiRES d'une axu&m^. CHAPITRE Jl L'hdtel Salnt-KloheL — 1a Pr6feoture de polloe. ' Mes deux surveillantes me conduisirent , aussitot notre arriv6e k Paris, A TAssistance publique, Elles devaient me remettre entre les mains de M. le direc- teur et en tirer regu de ma personne. Mesure assez bizarre, soit dit en passant, et plus arbitraire que le- gale ; mais on avait peur que je ne restasse a Auxerre et que je n'y soulevasse une certaine Amotion. Pendant que W^^ Br^velet etait descendue pour par- ler k M. Husson, j'6tais rest^e dans le cabinet du sous- chef de la division des ali^n^s. Je renonce k dire I'effet que produisit men arriv^: une b^te fi6roce, la foudre, le diable et ses comes n'en auraient pas produit davan- tage; tons les employes y entraient tour k tour pour voir cette malencontreuse curiosity. ' M^c Br^velet remonta avec dix francs que le direc- teur lui avait donnas pour me conduire k I'ouvroir de Vaugirard, oil ces dixfirancs me donneraient le droit de / CHAP. XI. — L'h6tEL 8AINT-MIGHEL. 197 I ■ ■ ■ I I I , .1 , —^^—1 I II 1 1 ^ I .1 rester vingt jours, moyeimant que je paieraie k sur- plus de ma d^pense par mon travail k Ysifwile, On aurait bien voulu me claquemurer avec mon consente- ment, car autrement i) fallait un pr6tette... qu'on ne fut pas longtemps k trouver. Je reiusai d'alier k Yaugirard ; c'^tait trop loin pour que je pusse m'occuper de mes affaires. J'avais re^u, comme je Tai dit, k Mar^ville, une partie des papiers qu'on m'avait soustraits k Charenton; je priai Fadmi- nistration de me faire rendre le reste. — Allez au minist^re; Charenton en depend. — Puisque c'est vous qui vous ^tes m^Us de moi, qui avez renseign^, couru partout, c'estji vous k r^parer le tort que vous m'avez fait par vos &usses d-marches. — Non. Je m'en fus m^contente, avec trente francs qu'on me donna ; W^^ Br^velet et la gardienne me conduisirent k I'hdtel Saint-Michel, quai Saint-Michel, n^ 1, et ne me quitt^rent que quand tous les arrangements furent pris avec mes h6tesses, MM^^^ MoufQette. J'y suis arriv^e avec ma petite malle, sur laquelle 6tait le nom de Josephine Chevalier , et j'ai 6t^ inscrite a rhdtel sous ce nom, avec la qualification de voyageuse. On m'a demands mes papiers ; j'ai dil dire que je n'en avais pas, et on a bien voulu me garder sans cela. Cette position Equivoque ^tant tr^s-dangereuse, je cms devoir la soumettre k I'administration de la Seine et la prier de r6pondre de moi, ce qu'elle refiisa. I \ m $i|]gtt<^ll&S titli^E ALUgl^fE. JWhisa Mi lepiiSfet da l§i BeiAe pour lui detnander Uhe audt^i^d. Oft 116 1'^j^Atiit fiais. N J'allfti aiji parquet. On me dii d'^rim-. J« fia pluisieiir^ et)Ut%eis} pour r^trouv^ d'ltncientito connaissances. Personne n'^tdit & Paris i la flfl de jtilii. J'i§oritls me, Idite ihdi^^ ail b&k^fi d« Klhkdliii (docteur Pelletan)^ pont lui dire la isltuatitftt dans M^ quellie j'^tais^ grftce ^ luL J'allai Chez M. le comt^ 3eiioU d'Azy i^t ehee son gendre, M. Augustin Gotshin. Ik ^taieht 1^ la campagA^. Je leur Mentis* ' La chambre quts j'hablteds me cOiltalt 3 fir. par jour, sans la nOUrriture) Ma bourse i^e vidait. Sanis pa- piers,' sous un nom qui n'^tait pas Je mien, v^tue de vieux effets de succession des asiles, je ne pouv^s me presenter nuUe part pour ehercher une occupation queiconqUO) avec le titre de foll4 gizitie. D'ailleurs, je n'f pensais gu^rei Je Voulais d'abord qu'on me rendit ce qu'on m'avait pris^ ne voulant pas ^tre reconnue ou m6me sdUpt^onni6e k Paris avant d'y Mre remise sur Un pied convenable. YMue aussl simplement que je Totals, on ne se gSnait pas pour parler deVant moi, et j'entendis en quatre ou cinq joUrs un tel concert de plaintes sur le gouvernement^ ifur les impdts, que j'en fUs stup^faite. Ge qui m'^tonnait surtout, c'l^tait le peu de precau- tions qU'on prenait et les paroles menagantes qui 6taient daus toUtes les bouches. I — Ah ! si noiis «lVidfts quelqu'Uft k hoUtt tM^ ! di- sait-on. Une Xo% Vouhint ftll^r vt}ir Notre4)ami« prier l6 mMdCin de Itt teprelidird. T* £h bie& ! din^je^ je Vld« toui^ y cottduir^i Et en Dti^e tempd, Je tirai 2 fir, de »ia jiddiei Je fus & rinstant accdst^e pa)r tin homme eh blouse, car eetle petite so^ne arait attin§ du mottde. tl mit u&« poign^ di$ 00)18 dans la main de la p^uvre^fiej en regardant autour de lai d'un air farouche; puis, preg- nant le bras de cette f^mme et le retirant du mieU) il me dit d'une t^AJL cohit^nti'^e! --^ ^loignez^vous^ madame; votrebonte pour eette psiuvre femme pourrait lui Itre fatale, et eu lieu de lA recevoir au Parvis ou St. Thdpital, on vous Tdterait pour Isi conduire ^ la Pr(lfecture5 de \k au d6p6t.».. ear on arrdte le pauvre ici ; on n'a pas ie droit de le ^ecourir. On chasse de- Thdpital ceuit qui en ont beSdtn; m^d on salt bien y garder ^tii on Det4.... ^ioignefl-voudj ma** dame ; on ne ferA paid attentit^n k noai» • CHAP- XI. — Ij'tfA'rtfiL UlLiNt-ttiCHEL. i98 'l I 1 ) V / t I / "• ,4 ^ NiSMomBs p'UNE ali£n£e. . * ■ ' W.I ■ III 1 / • \ / ' , . Et il ajoi^ta en.s'approchant de moi : — Si nous avions quelqu'un k notre t6ie I Get homme me connaissait-il? £tait^ce un des ouvriers qui m'avaient vue k la Salp^tri^re? On se s^para, et chaoun donna q^elque chose & la pauvre femme, que cet homme conduisait eurla soute- nant. Cette sc^ne m'avait saisie ; je restai 1^ immobile, pensive. En si peu de temps avoir entendu tant de choses, alors que je ne disais rieni Qu'aurait-ce done ^t6) si j'avais dit que depuis neuf ans on me trsdnait d'asile enasile, de d^partement end^partement, faisant des h6pitaux autant de Bastilles, ou le ceiiificat de complaisance 'sign6 par un medecin 6tait une lettre de cachet & la disposition du premier venu? Cette occasion si d^sir^e, ce chef, ne pouvait-ce pas 4tre moi? Qu'avait-il fallu k Rdme? Vne Lucr&ce, une Virginie. Je rentrai k I'hdtel s^s dire un mot. Je voulais rester inoffensive, tenter d'attirer Tattention de Tautorit^ que je croyais abus^e, et que j'avais trouv6e si secourable et si bienveillante en 1857, k ^ Fains, en la personne de M. le baron et de M°^e la baronne Ro^at. J'^crivis done k M°^c la baronne Haussmann, pr6fette de la Seine, pour M. le pr^fet. Mais ma lettre, au lieu d'etre humble et de r^clamer secburs et protection, se ressentit du m^contentement g6n6ral dont j'avais ^t^ tdmoin depuis mon arrive k f I CHAP. XI. — L'HdXEL SAINT-MICHEL. 201 Paris, et de mon m^contentement personnel en voyant toules les portes se fermer devant moi, qui avals cepen- dant des droits incontestables k faire valoir. / Get ^rit fut done un emporte-pi6ce. Le voici dans toute son audace : « A Madame la Prefette de la Seine, Palis, 3 juillet 1863. , Madame la Prefette, La police ne salt rien de ce qui se passe. Elle ignore, ainsi que les administrations, qui elle a sous la main ; elle ne s*occupe de constater ni le nom, ni Tidentit^ des personnes qu^on transfdre de d^partement en d^partement, sur un arrSt4 de M. le Prefet de la Seine et sous sa responsabilit^. VoUa neuf ans qu'on me fait forc^ment jouer, a visage d^cou- vert, sous la garde des autorit^s civiles et judiciaires^ le rdle da Masque de Fer dans les maisons de r£tat. Entree exi France sous le nom de Charlotte Johnson, j*ai ^pous^ sous ce nom le baron del Lago,attach4& Tambassade d'Autriche. — Je me suis marine sous ce nom. au comte Pierre Petrucci. — J'ai ^t4 artiste sous le nom d*Hersilie Rouy. — On me promene ofBciellement de province en province sous celui de Josephine Chevalier (1). Ce que fai vu de d^sordre est horrible « La souffrance du pauvre — que j'ai partag^e — est affireuse. . On fait de vos asiles d'ali^n^s des cavern es de voleurs oix on devalise les gens. ... do vos maisons de sant^, des abattoirs et des oubliettes oil les malades sont livr^s aux insultes, auxcoups, aux violences d'un service brutal et grossier; oula terreur r^gne; (1) Ces personnalit^s m'ont ^t^ attributes par les uns et par les autres, d'apr^s les ressemblances qu'on me trouvait. On m'eii.a doxmd plus de dix. Je n'en cite pas la moitid. ^02 mimofKEs d r^sE mjesek. Ml ou devant Vautorite administrative, si ces mSmes faits ^ient de nature k eompromettre Tordre pu- blic btenu sa libi^Ation ^difinitive an malade echappe d'un asile, et de donn^r a un foncUpnnaire quelconque le droit de Vavoir perpetuellement sous la main. G'est c^eodant ainsi gu^ W^* Houy jsi 4t^ init&^ , L'expHcation eo. nMhs que je mis qu'on 6tait r6solu k me garder, j'6crivis k M. le procuteur impeHal, plagant ma liberty individuelle, arbitrairement atteinte, sous sa protec- tion. Cette fois j'^tais Men la vietime des agissemenfs du Loiret ; il n'y avait plus k me dire dff m'adresser k la Seine. On va voir comment lea ohoses se sont organises, compliquees ; comment je suis f est6e dailfi cette tille, (1) Cette lettre est au dossier de la Prefecture du Loiret, ainsi que la mienne, et Ton trouvera aux archives toutes les piece officieUes en ma pdssedi^io^. \ • ■ ^ I. y . /. 214 lfEHOmE» n.'tTNE ALidNlEfi# ■ i -, ' , , mhhre ; a ^e liTi'ee aics ovttifages^ aiis toxk^, ams ^o- lences d'un service grossier par des mMeemsekar- g6s de rendre au monde un esprit 6gare, par , des I magistrats charges de prot^er la liberty individtielle, -• d'adalir^r Fexdcuiion da la loi I PREMI^BE iHvisiON. — INDIGENTES (1). A mon arrive, favais 616 plae^e, avee d^ttfl o«i trois ' a6:tres, aux indigentes de la premfete division, c'est^J- I (1) Partout ou elle a pass^, W^^ Rouy a beaucoup ^crit; elle tenait note chaque jour, autant qu'e)ile le pouvait, des menus f^its qui Se passaientauttfur d^eHe. ^ ¥. 5i je n'avais pias pu Scrife, dis^i^ell^, ipancher aiftsi le (a trop plein de mon coenr e^ rindignation dont il bouillonnait « souvent, je serais morte ou devenue folle. » ^ Partout aussi on cherchait et on bHiklt soignetisemerit See Merits, raremfent a la louafige, h<u i de ceax qui la gardaient. £il6 en 6tait gen^ralement d^pouill^e chaque fois qu'elle chan- geait d^aslle ou de quartier. Doe partle de son journal de Fasile d*0rl^ans st pu dtre con- serv^e par elle ; 11 ^tait ecrit sur une masse de ptttits fragments de paplers de toat^ series et d^ toutes couWurs, parfois avec de Tencre, avec de la suie d^lay^e, avec un liquide roussatre qui n'^taii autre que du sang. Nous donnons la pbotographie de cdS tristes t^moins de ses doul^rs^ tels qu'ils se scint prdsenf^s en d^nboant le Yieul mouchoir k carreaux dans lequel ils 4tai£n^ renferm^s et qui les a prot^g^s sans doute, car on les aura pris pour un paquet de chiffons. M^*« Rouy a r^digd ceite partis de ses ra^iiioires sui* ces not«s prises au jonr Id jourj c'est oe qui donne, plus qu'k toutle res^^ i. 7 :j ; I .1 ;i."« \ (iire tens {e quartier ie plus epavenable, xm on kumm ofrit, aa ^eoia d'«ifi^ 4les tablas du ciiiiuffi)ir/4i«ii8 4ic la vaftsselleicoalettriioiUause, aoe sorte de' aali»iga«di8 pevrapp^tiaeaiit et na Terre d'^eaa rougie it islve ^neer les dents. £piiis6e, jesortis de finite fi&Ue ooiomaiMK, et ae trou- vaat partoiit que ^s baocs d« bois om d£!6 iabcyurets^ je ma mie an pjad d'luii trbre, dms la eour,ietm'fiQddriiii« ansBitot. Gela fut Tobjet d'un rapftert iaiixftinaQit te kudemakL matin, et pour toute bienvenue M. le d^ieur me soeoa^a lie la douebe. Q^ie menace fiit i\eleyii§(» p^ir ji^i aywc iBidigvialicKQu J'exptiquai ma ftdblaiHse, n^ foUgue, «« position^ «t protestai avec ^nergie contre Tenvoi dsiis liud n^aison au^si fw ho^pilati^ne. Ges explications me ramen^rent fe docteur, 'fui s'^tonna de me voir en pareillQ tcofofiagwie et m^ i»*o- m^ d'l^is^ On vient de voipr ^py^ ^n t^ le nisultat. Ma mani^re i'^B 4U»i trop len disi^0poi'#oi» asec mon a;itQHii9ge pour m p^s §6iii^ le servioe.; mai8 4 un caract^re saisissant, poignant, v^cu, k ce r^cit des souffrances d'tine femne uoteUigente, tuen iAe^&, distrngu^e, rabaicsite & un tel point, plongde dans un si d^gradant, si repugnant iniUidu« ou elle ^tait maintenue par ordre sapdrieur, et d'ou elle e^t enfin sortie, grace, a Tintervention des administrateurs de I'hospice. {Note de Vediteur,) \ - ' / ■ / 5M6 ' MEMOIRES D'UNE ALIENJEE. ' ■ ■ comme il paraissait impossible qu'on me gard&t, on patienta jusqu'au jour ou, k la stupefaction g^n^rale, M. le docteuf Payen d^dara que Paris reclamaU ma sequestration y et qiledes lettres particulieres I'avaient averti que je houleversais tous les etablissemenis. La soeur, ^pouvant^e, eut beau le prier de ne pas prendre cette responsabilit^, de ne pas compromettre son service pour cojpiplaire k des strangers ; tout fut inutile : M. le docteur r^pondit qu'il follait bien que quelqu'un se sacrifiM pour tous. Et je restai. n ne m'en dit rien ; mais du jour ou il re^ut cet ordre, au lieu de passer pr^ de moi et de me dire un petit mot tous les jours, il changea d'itin^raire et m'6vita de son mieux. le ne me tins pas pour satisfaite et Tattendis au passage : — Vous me fuyez done ? II fouilla dans le portefeuille qu'il portait toujours sous son bras et me dit, t^te baiss^e : — Signez-vous toujours Tfitoile-d'Or? — Mais certainement I et encore Polichinelle, Co- quette, la Sylphide, TAnt^-Cbrist, Sathan, le Dia- blo, etc., etc. II n'y a aucune loi qui d^fende les pseudonymes, surtout quand on est officiellement une anonyme. — On m'^crit de jolies choses, de Paris, sur votre compte ! CHAP. XII. — Aii'iLi: d'orleans. 217. ■ . ■ .■■■,,> ; ■ ■ ■ ■ ' \ — Oai. Vous bouleversez, r^volutionnez, semez le trouble et la djscorde paptout, . — Et vous'ave* ^nyie d'en tdter ? — Oh ! vous ne bouleverserez rien ici ! —- II ne faut pas dire : « Fontaine, je ne boirai pas de ton eau. ]i> — Je vous en r6ponds bi«n, et je me dSvoue au salut de mesTJonfrferes. — C'est beau de votre part. Est-ce a la requite du docteur Tr^lat, qui vous a si bien renseign^, que vous vous sacrifiez? — C'est mon ami. — Je vous en fais mon compliment ; mais je vous engage k juger par vous-m6me, k voir par vos yeux et a ne pas faire du don quicholtisime sur la foi (d'autrui ; vous prendriez ainsi Ae^ ailes demoulin pour des grants, dt vous pourfendriez des ombres pour tomber a plat. Ai-je done Tair d'une r6volutionnaire ? U haussa les ^paules, et je lui tournai le dos. II s'en alia en boitant de ses petits pieds fo}irr^s dans des souliers fendus, parce que ses cors lui faisaient mal, et en renfongant sa grosse t^te d^ns sa petite redingote rap^e. II elait en tout si pareil au roi Louis XI, qtfon aurait dit son portrait ambulant. Rien n'y manquait; que les m^dailles de plomb sur le bon- net crasseux. Son clignement d'ceil d^nolait une cer- taine malice; mais sa figure au reposaVait un cachet 2i8 MEMOIRES D'UNE ALIENEE. ^ . , ■ : d'imbecUlite. Du reste, il 6tait si ^e... le pauvre homme(l)! C'est alors que je comprii^ la teiribJe puissance du dossier et de ces renseignements venus de Paris sur mon compte. On savait qu'a cause de moi on avail deplac§ des mSdecins, change I'ordre de soeurs desser- vant I'asile de Fains. J'inspirais une terreur profoiade. Le serwee n'avaft pas plus envie de Hie garder que la sa3ur; maison ne savsdt comment faire,car je nedisais rien k personne, towt en faisant mes remarques. Une c 221 elle ne gagne rien k en changer. La rancune de la gardienne qui lui eu veut la suit pariout, ainsi que la reputation, bojine ou mauyaise, qu'elle s!esf £aite. II n*y a pas d'intei'nes. Le mMecin en chef fait tous. les matins sa visite, -seul. C'est lui qui fail le cahier, .compulse la correspondance, ^oute les malades, qui, du reste, ne lui disent pas grand'chose : le service y met bon ordre. Le m^decin adjoint, le docteur Lepage^ bon vieiUard de quatfe-vingts ans, ne venait que le soir, visiter les infirmeries. Et tant hommes que femmes, Tasile contenait pr^s de six cents malades. Quant aux soeurs, comme il faut qu'uiie bonne soeur sache tout faire, on les passe alternativement de la cui- sine k la buanderie, k la pharmacie, k la lingerie, k I'injSrmerie et aux ali^n^s ; elles y arrivent avec" un apprentissage k bare, Ce sont les domestiques qui se chargent de les mettre au courant, et s'y prennent assez adroitement pour ne les laisser voir que par leurs yeux. M™« la superieure avait voulu essayer de faire cir- culer le service, de m^me que les soeurs. Mais les an^ cienne^s d^clarferent qu'elles s'en iraient plutdt ; qu'il fallait connaitre le caract^re, les habitudes, la maladie des foUes qu'on gardait, si on ne voulait pas ^tre expo- «6eli.des dangers reels ens'y prenant mal. Devstntcette menace de gr^ve, on baissa pavilion. Je devais donner cette explication pour qu'on ptit se ( ^2 . V Bf^CXTRES P'ti^f^ iktlt^M, It , ^ii I X-- tenAre €ompte d€ la In^te (pjte f^i ene h soilieikir.eottire one ligne g^n^rale dont le bul, avaue toat haut, ^ait ^ de me r^doire et de me dompt<^ k tout |Mrhi< Aprfes le dejeuner, je m'assis au chaufFoir^ Julie, la domestiqQe, me dit bi*QtalenieBft i *^ La ChevalibRt all«i-tou»*«n i'lei ; 6n li'y garde pa^ une d9p^ce de ve^re mri^^ ^ toli^e l^ee 6^ titx rebtiti ^ On pense bien que je Bi'avai^ pt^ k r^ptfiidre. Je m^en ^llai au rebut, trouYBsit ^ rebut pareil en t((tttei^ Cboses k la soeiMS de ehoix^ J'attendkt 1& ce qui devak arrWer, el je Ki'atteitdis' pas longtemps. Men indiffi^enGe et men silenee furent prie petir de la crainte. Je fus poussto^ in^ultddy malmefn^e, $dtis que je puisse encore ^ujourd'hui me rendfe eempte des pr^textes motivant une sembkble CKmduite, dar j'aoc^dais k tout ce qu'on voulait, sans souffler mot. Si je faisais la moindre obs^ervation^ on me poessait dehors en m'appelant fumier, pourriture, traineuse (ThdpUauXf caureuse de foireSy fille de THaUvaise vis, enfant trowee, venant on ne sait d*ou, ni de qui, etc. On me fit jeter des pierres p&f les pauvres. femmes qui^ en d^mence complete, ne isavaient ce qu'elles faisaient, me frappaient k coups de sabot, m'^sitignaient, me crachaient ft la fi^re^.... et je ne pouvais fair, ^tant enferm^e avee elles dl»tis le m^me dortoir la nuit et les tfottvant partout le jour. ' "». 1 CHiCP. XII. -— ASILE D'OBtfiANS. , 223 \ ■ ■■ >iiiip«B 111 ii^»iw — ii^^ ■ ■ t '■ ■ — ipi^-^i ■■ ^.i I. I, ■ —I ^i^... ■ » ■ - I gf ^■■■■i» i*«i ■■ y ^ai > ■ ■■ ■ ' I • ^e m'6taisr(^ugi6e au haut de la galerie. Les domes- tiques vinrent att'acher les plus grandea agit^ea prfes de moi Je voultts F^clamer pr&s de la soear* Julie me prit aia eolkt par derri^e, me terraasa en me retirant mon si6ge. Man sabot tomba ; je le ramassai en me relevant ; mais ks trois servantes se ru^rent sur moi en apportant la camkole de £orce^ et criant que je Youlais leur jeter mon sabot & la t^te. La scsur arrivait, nesachanice qui se passait^ j'6tai vivement un petit ch41e que j'avais sur les ^paules el le lui mis entre les mains — II ne faOait pas le rec^oir, cria ' Jnli& ; la cami- sole est large et ne Vetoufferapas assez ! La soeur vint elle-m^me me la retirer an bout d'une henire et me r^idre mon cbMe. ^ — G'est paroe que j'ai voulu vous parler qu'on m'a traitSe ainsi, lui dis-je ; n*e$t-ce pas une honte ? I Elle baissa la tdte et s'en alia sans repondre, car elle h'aurait pas os6 intervenir et me 'd^fendre. C'^taient des taquineries de toutes sortes. On me prit une tasse dan« laquelle je faisais Chauffer de Teau sur le po61e. Si j'en voulais prendre k la fontaine ou ds^ns le saana pour faire ma toilette, les demestiques accouraient, fermaient le robinet et me jetaient le seau a pleine vol6e dans les jambes. Tons les matins, k cinq heures^ on nous'poussait par la gel^e, Fhiver, sous la galerie dans la cour, et nous y attendions en grelottant que ces demokelles nous y )- 224^ X M^MOIRES D'UNE A.H1ENEE. / ■ ■' ' ■ I I I ■ * ■ I II ■ ■ i^ I I.I I I ■ ■! ■ III » servent notre dejeuner, qui consistait en quelques noix oii du fromage. ^ Un jour, on me donna quatre noix ; je fis la re- marque que Tune 6tait vide et Tautre g^t^. h^ ser- vante me prit les bras par derrifere en disant qu/il y avail trop longtemps que je n'avais ^te secotieey et me conduisit en cellule en faisant taper mes coudes Tun contre I'autre* On m'avait enlevS I'encre et le papier qui m'avaient ^t^ rendus en changeant de quartier. Je ne poiivais done pas 6crire, et on faisait cercle autour du docteur quand il passait, pour que je ne pusse pas lui parler; , ce dont, du r^ste, je n'6tais pas tentee, car il m'inspi- rait aversion et m6pris. , Je finis par me procurer, de ci, de 1^, des rognures de papier, telles que marges de joumaux, de livres, ~ comets k tabac. Je les collai Miserable ou je les cousis . au bout les uns des aulres, puis j'6crivis avec mon sang . au pr^pos^ responsable, en lui racontant tout ce qui pr^cfede ; j'ajoutais que les nuits 6laient^ encjore plus cruelles que les jours ; que livr6es k elles-m^mes, les ^nergum^nes qui peuplaient ie dortoir sautaient, dan- saient, chantaient, criaient, renversaient et transvidaient les seaux infects servant aux besoins communs que, prise de sueurs, j'6tais obligee de me lever toute mouill^e; qu'on m'avait refus6 du linge pour me changer et qu'on m'avait menac^e de me retirer ma couverture si je r^clamais de nouveau, cela en plein '.I mois de f^vrier ; qu'il ^lait impossible de dormir dans un dortoir pareil, plus iafecE encore que troid, et ou on , nepouvait ouvrir une fenfire, iu6nae k la deraande gSn^rale, Julie m'ayant menacee de )a camisole si je donnais satisfaction k cette r^clamatipn. Je termi- nal^ en dlsant que je n'^tais pas dans un asile, mais dans un abattoir, et qu'il m'avait fallu venir k Orleans pour voir et souffrir chose pareil! e. Lors de la visite, je remis ce chifTon de papier au doclflur, k la grande surprise du service, qui ne pensail pas a moD sang et q^ui ne m'avait pas vue ^crire, et je lui demandai de me feire donner du papier pour Scrire a YEmpereur responsable, puisque lea ministr^s fer- rnaient fes yeux- II m'en fit donner ! Pendant quatre jours, la scEur et les Irois gardiennes I'attendirent dans le corridor pour TempSeher d'entrer ct de recevoir mes leltres ; mais cela ne pouvait durer longtemps, et elles finirent par lui demander un bain pourmoi: c'Stait le seul moyen d'avoir mes Merits. 11 faisait si froid que les fonUines ne conlaient pas et que les bains '4taient ferm6s ; cependant on en com- mauda un. J'en fus inform^e par une malade. Mon parti ful bienl6t pris. Je pla^i mes lettres entre deux tranches de pain ; je dSchirai la guenille de colon- nade rouge que j'avaiasurle cou; j'atlacliai le painavec, et je Bs sauler le tout sur le chemin de ronde des an- ciens rem parts. ?>.• t' ■' ■ X ' ■ ■. r : ■ -/ /■ I 2^ / MiaiOlRES D'XJNE ALIENEE. t * / La terreur produitfe ^ir cet adt6 fut extreme. Oh s*^langa sur moi ; on me mit la camisole ;/on courut au dehors ; mais la missive avail 6t6 ramass6e (1). Vets deux heures, la scfeur tint me retirer la cami- sole, I)u bain, il tt'eh fut plus question ; k quoi aursiit-il servi? -^ Permettrez-vous au docteur d'entref fair e son ser- vice, lui demandai-je, Inaintenant'quele ministre aura ma lettre sans qu*elle passe par ses mains ? Ledocteur passa. Je ne lui dis rien. ' II me restait du papier. J'^crivis une letlte fort vive k M. le procureur imperial. II viilt aussit6t. Au lieu de me faire appeler ail parloir, comme c'est Thabitude, il p^netra tout seul jusqu'^ liioi, et tout haut, devant le service, range respectueusement sur deux lignes, devant les malades curieus^ment grou- pies aiitouf de nous, il me dit : Qu'il n'avait pas d intervenir dans tes dicisions prises pdr l6s administrations; quHl n'a'Oait pas a me faire donner du papier, ni a emp^cher le service de me Varrdcher, si lesdites administrations ne donnaient pas d'ordres & de snjet, Apres cette majestueusfe harangue, M. le ptocureur imperial sortit rbide, comme il 6tait entt*^, sans dai- gner me saluer. (i) J'ai su depuis que celui qui I'avait trouv^e n^avait pas cru devoir porter a son adresse cette lettre d'une folle 11 en est mal- heure^sement aiusi poiir tput ce c^ui sort 4'ui> asi)e d*aU^Q4s. CHAP. XII. — ASILE D'0RL6aNS. 227 ■ ■ ■ »■ »■ I' ■> 1 ■ ■ ■ I ■ ■ ■ ■■, M^ ■ ■ ^ I 1 I !fitait-ce bien la peine de venii^ lui-m6me pour me dire cela et'ne pas m'interroger ? De cet ultimatum il r^sulta naturellement un re- doublement de grossiferet^ et de provocations de la part du service. ' Mes plaintes en devinrent de plus en plus 6ner- giques. Un fait ajouta la goutte d'eau au vase d^ji trop plein. Une raalade, M™« L..., ayant obtenu la permission d'^crire une lettre, fut enferm^e dans le grand chauf- foirqui 6tait s6par6 de celui d'entr^e, ot!i je me te- nais, par Farcade du po61e. Elle me demanda de sa place Torthographe d'un mot, et jem'approchais du po^le pour la lui dire, quaod les gardiennes vinrent k moi avee fureur. Julie me prit par le collet de ma robe, me poussa devant elle. Mon sabot tomba; elle le ramassa, me conduisit ainsi, en me soulevant, Jusqu'a une cellule ou elle m*en- ferma en me jetant mon sabot a la t^le et en me disant : — Nous vous attendions Id ! Malgr6 I'antipathie que m*i^spirait le docteur(qui ricanait quand ces filles, qui Tappelaient (c vieux chiffon mou, « lui racontaient comment elles me traitaient et le silence que je gardais), j'aurais cru manquer k mon devoir et me mettre moi-m^me dans mon tort en lui Jafesant plus longtemps ignorer ce qui se passait. Je lui » ' \ -228 MEMOIRES D'UNE ALIENEE. / racontai done, le lenxlemain matiii, la scfene de la veille en lui disant que ces sortes d'infamies se passaienf jouynellement, et que^j'avais -le droit de me placer sous une protection quelconque, en dehors de lui, pjiiisque ces actes le faisaient rire au lieu de l^in-* digner. ' II m'accusa d'exag6ration. .J'^ippelai M°^« L..., qui* raconta la chose presque dans les m^mes termes. . II en fut saisi, en parla a M. le prepos6, 6crivit d^ nouveau a Paris. Cette fois, les domestiques, surprises de voir que j 'avals 6tdparler au docteuravec le m^me air tranquille et s6rieux dont je leur parlais a elles-m^mes^ osferent d'autant moins s'en prendre a moi que le docteur avait paru m^content ; mais elles s'en prirent k M"*® L..^, et, sous pr6texte que cette daiiie, etant libre, ne travaillait pas assez, elles Tattachferent sur upe chaise a une des colonnes de la galerie, assez pr6s d'elles pour qu'ellene put parler a personne sans ^tre entendue. Cela se fit si tranquillement que je ne m'en aper- cus pas; mais voyant M™« L... assise roide, sau^s bouger et si loin de sa place ordinaire, je finis par aller . a elle. — Ne m'approchez pas, me dit-elle en me voya'nt venir; ne m*approchez p?ts : on me ferait pis ! — Quoi done ? — Je suis attachee," — Horreur ! CHAP. XII. — ASiLE d'ohl£ans. 229 • Cela durait depuis huit jours, etje ne m'en Atais pas doutte I Cela prouve eorabien la grande terreur inspi- rte aim malades par le» gardieDnes rend la surveillance diCiGcile^ puisque moi, sans cesse en &veil et ne les quittant pas, j'ai pu Stre huit jours sans m'apercevoir d'une pareille chose. -J'^crivis Imm^diatement au pr6pos6; je remis le lendemain ma iettre au docleUr en la lui recomman- dant, sans dire un mot de plus. Deux heures apr&s, la sceur et Julie furent appel^es au bureau M"8 L... fut d^tach^e et laiss^e parFaitement tran- quille et Hbre Huit jours apr^B, la soeur tut changee Je la regrettai. Cette sceur, que les malades appe- laient la sceur a la figure bete, I'fitait r^elletHent A force de bont6 et de faiblesse. Son premier mouvement ^taitbienveillant et afTectueux'; elle se reteuait imm^- 'diatement sous le regard du service et lui ob^issait au doigi et k I'ceil ; mais si elle n'osait pas le contredire, d^fendre un acte malfaisant, elle cberchait a r^parer au plus vite le mal que sa presence passive avail permis, et venait d^faire ce qui avait &i& fait. Ainsi, par deux fois, d^ qu'elle a cru pouvoir I'oser, elle m'a At^ la cam^ole; elle a ouvert la porte des cdliiles cjuand elle a su que j'^tais enferm^e, et elle aurail ^Li^ excel- .lente pour moi si on ne Ten avait empGchfe. Je lui ai vn faire manger dea idiotes et des agilees, les soigner avec une angSlique douceur et une compassion iulinie. v' ' » . _ ■ > itl ■ I ■ "P ■' H ' * ■ * .■ -. ■ , W ■■■■■**.,■■■■■. / Je cf ois faire ' mon devoir en fendant justice k une pauvre femme qui serait impardonnable si, ayant une autorit^ r6elle, elle avait ^t6 Finstigateur des affreux traitemenls qu*on m'a fait subir sous sa respon^abilitd, et qu'e!!© a ignores en grande partie, car e*est en son absence que les domestiques se sont 6verti^ites k m'ac- cabler d'injures. ' - El)e fut rempkc^ par nne petite sceur pointne, aupr&s de laquelle Julie ^tait un ange de paix et de moderation. Gette tiUe, qu'on avait laiss^e dans le service, ayant appris aux veillees que Paris s'6tait d6charg6 de moi sur Orleans, s'6tait promis de m'andantir et de me sou- mettre. Elle s'6tait done, ainsi que ses compagnes, acham6e contre moi ; mais, k part cela, quand on ne lui disait rien, quand elle avait affaire surtout k des imbeciles ou k des femmes tout k fait perdues, elle ne faisait que les maintenir, et sa presence suffisait. Sa force hercul^enne la rendaii pr^cieuse dans un quaf- tier comme celui-1^ ; dfes qu'on la voyait paraitre avec sa haute taille, ses 6paules carrees, sa face color^e, sa t^te baiss^e comme un taureau qui pr^sente les cornes, tout rentrait dans le silence ; les plus furibondes tremblaient, car elle soulevait une femme comme une plume et la retournait comme une omelette, sans dire un mot. La petite soeur n'etait pas de meme. Comme la plu- part d^s petites feittmes, elle 6tait imp6rie\|8e, ra^^euse, elleuse; de pins, grosaifere, dominatrice, et, dfrs le btnain de son arriv^e, il y eut tajtage, cris, punj- JtivoUe, entraTeSj camisoles, jet d'eau k ta On ne s'entendit plus. iUe g'en prit immeUialement, et ceta avec juste lOtt, 3 one mauvalse petite fille de ThApital, nominto 'gioie, dont on ne savait que faire et qu'on 'avail se comme donnestique dans le quartier. Cette petile effrontSe abusait — et ella faisait bian, rtft tout, — de I'auloritS que lea r^glemenlsaccordent iX'domestiques dans cette admin titration. Kile frap- Itles lines, mettait la camisole atix aiitres et cher- ^ toils les moyens de m'glr^ d^sa^r^able, soil en itBerrant i boire dans un gobelet cass6 et sale, soJt f Oe jetant un morceau de pain d^jfi entam^ par vee„. enlln en faisant S chacune des maladea les IsniiE^res possibles dans une maison oi!i les doines- W out le droit, sans permission ni contrdle, de ^Sf lea malhcureusea prIsonni6res i merci. ^■WBur la mit a la porle et en cela merita un bon',. 'pwEtaide ce qu'on n'osait plus si- jcter »ur moi "* 'Aasaer comme un chien, pour attirer I'attention * tear sur la mani&re donl la vaisselle £tait lavAu ^ Cetle division. * que I'eau propre arrivait, au lieii d'wi proliler r**ettojer les verres el les *cue!le« en !«• iliibar- ■^ tout d'abord de ce qui y rcsiait et qu'on devait L / / \ 232 MEMOIRES D'VNE ALlMlNEE, verser dans un seau special, Julie jetait tous ces res- tants dans I'eau propre et y faisait barboter notre vaisselle, sous pr^texte que c'etait meilleur.pour les pores,.,,. Les torchons qui essuyaient cette salet^ etaient ensuite ^tendus sur les bancs et sur les .chaises, oil allaient s'asseoir les femmes qui s'oubliaient sous elles On comprend que^ dans cet ^tat de choses, on ire mangeait qu'avec la plus extreme repugnance, et qu'on ne pouvait souvent pas mettre^ ses levres sur ce qui n'6tait que la bourbe du rebut. La soupe ^tait tremp^e ave& des morceaux de pain tripot6s par des fenunes qui les laissaient suf la table, apr^s les avoir grignot^s et cassis avec des mains pleines d'ordures. ^ . M"»« L... et moi en emportions le plus possible pour le Jeter par dessus le mur ou dans les latrines, afin de pouvoir manger un peu moins a contre-coeur. Un jour, «]le m'appela et me fit voir dans la cuisine des domes- tiques — qui, elles, mangealent proprement et lavaient leur vaisselle k part ; — elle me fit voir, dis-je, la fille Marianne, les deux bras nus, qui remuait k pleines mains notre salade dans un bidon ou elle venait de mettre un filet de vinaigre et de I'eau pour assaison- nement. C'^tait notre seul plat. Nous ne pumes le manger, et nous en Mmes rMuites k notre pain sec. Ia soeur fit rdcurer la vaisselle et defendit la salete - / . CHAP. XII. — ASiLE dMrleans. ' 233 — ^p^^—i^i^,! I y ■^W^»^ ■■■■ ■ .p— — ^^ ■ I I —■■■■■■ Miif ■ - ■ ■ ^ ■■■ I ■ ■■ ■ ■■ ■ ,■■■■■■ ^ » I ■ T ^< I habituelle. Elle me fit donner un gobelet et m'apporta elle-m^me des fruits achet^s avec Fargent' que j'avais au bureau. Quand elle arrivait, elle criait,' d'un bout k I'autre de la galerie : — He! vous, Id^haSy dont je ne sais pas le nom ! J'allais prendreles fruits, dont je^donnais bonne part a M«»« L..., qui, 3e son c6t6, me donnait tons ses cornets de papier a tabac... , ' A propos de tabac, qu'on me pardonne si je djs encore un des degouts que j'ai eus dans ce quartier. Le I abac s'achfete; on n'en donne qu'une certaine quan- tity par jour. Celles qui trouvent qu'elles n'en ont pa« assez grattent leur mouchoir... et remettent ce tabac- ~ld avec Tautre, dans leur tabatifere Mais, dira-t-on, la soeur etait pharmante pour vous ! Oh I certainement ! Elle m'a fait voir ses fleurs, sa petite chapelle, et ne m'a rien dit de d^sagr^able ; elle me porlait m^me mes lettres ; mais, avant de les re- mettre, elle commen^ait par en prendre connaissance, ce dont je me doutais trfes-bien. Cependant j"e dois dire, k sa louange et k la mienne, que nous n'etions . si bonnes amies qu'en attendant^ et en sachant parfai- tement que nous jetions incapables de nous accorder. . Nous savions ^ue le docteur avait 6crit k Paris. La soBur esperait un exeat, Je savais la r^ponse d'ayahce, et je me demandais ce qui adviendrait alors. Comme je m'y attendais, M. Husson, le directeur de \ N 234 MfiMOlRES D'tNE ALBftNfiK. ■ ■ I - - ■ ■ ■ . ■ I, . I I I I ■ I ■ ■ ■ »« - .. FAssfefeance publique, r^pondit le 25 juhi 1864, comoie il avait r^pondu le 13 octobre 1863 a M. le pr^fet, k peu pr6s dans les m^mes termes, toujowrs en r^p^tant ce qu'il avait 6crit au directeur de I'aeile d'Anserre, et M. le doctettr Payen, pres.'ie de mettre sa responsahi^ lit& a convert, eut la singulifere id6e d'enregistrer sur le livre matricule de Tasile : Juin i864, — Malgrd tout mon desir de me d^barrasser de M"« Chevalier, une lettre du directeiir de I'Assistance publique de Paris confirme de nouveau sa sequestration comme indispen- sable, II est trfes-heureux pour moi qu'une telle note ait 6te reglementairement enregistree sur un livre d'hopital, car, sans cette naivete^ de la part du docteur, per- sonne n'aurait jamais pu croire que, de Paris, le directeur de Tadministration pouvait commander les certificats de situation du medecin d'un asile ^loign^, Une^emblable injonction, ecrit encore M. Tailhand a ce sujet, semblera probablement excessive et irreguli6re. La loi -a confix aux m^decins de Tasile ou rah^n^ est detenu, et aux fonctioi^ naires prdpos^s par elle pour surveiller cet ^tal^lissement, le droit de maintenir la sequestration ou de la faire cesser, suivant retat du malade. Comment expliquer et justifier Fintervenlion d'un fonctionnaire ^loign^, d^pourvu de toute espece de juridic* tion sur Tasile, et cependant imposant sa volont^ a ceux qui ont 're^u de la loi le devoir de ne prendre conseil de personne que de leur propre jugement ? Toujours est-il que M. le pr^pos^ fat charge de me ( • A CHAP. XII. — ASILB D'ORLJ&ANS. 2^ ,, ,. ,^. faire ioit la r^ponse et qu'il vkt lui-mdme, avec tine grande pancarte k )a main, pour me prouve^ toute la bonne valont^ du m^decin. C^esi^ coDame pofir M. le ppoctireur ixnp^rialy entre deux files de femmes^ que M. )e pr6fM)s^ passa. Le ser- vice, respeidtueux, se tint debout tout le temps et ne permit It anernie malade de troubler le t^te*a^tMe qui avait lieu au bout de la gakrie. Mon indignation fat. extreme. Je n'etaia pas une mal^de, mftis to prisonnibre du hon plaisir des fenC" tiemnaires publics. Je n'etais pas une femme qu'on chercbait a gudrir ni mentalement, ni pbysiquemeBt, car on ehercbait tons le$ moyens de m'afbrutir, de me rendre perverse et malade. Que faire ? M. le pr6pos6 6tait d^courage. Je Tauirais ^te aussi, si je n'avais pas eu une porte de derri^re, c'est-i^dire mes anciennes connaissances de Paris, aussi bien dans la presse que dan& le monde, connais*- sauces auxquelles je ne voi}Iaii& rien demander dans la position o& j'etais, mais qui neanmoins seraient, a touie extr^mit^, une planche de salut pour moi. J'en etais k Fextr^it^. Tout devait m'Mre permis pour sortir du cloaque ou je me trouv^is plong^e. De satk cM^^ la soeur ne se souciait pas de m'avoir dans son office a perp^tuit^ J'^eritls done k Paris, et e)le porta mes lettres au bureau. Mais avant ht r^ponse k ces lettres, une cir- consts^nce lui permit de se debarrasser de moi. \ I 232 . MEMOIRES D'UNE AU^NISE. verser dans un seau special, Julie jetait tous ces res- tants dans I'eau propre et y faisait barboier notre vaisselle, souspretexie que c'etait meilleur . pour les pores..,,, Les torchons qui essuyaient cette salet^ etaient ensuite ^tendus sur les bancs et sur les chaises, ou allaient s'asseoir les femmes qui s'oubliaient sous elles On comprend qpie, dans cet ^tat de choses, on ne mangeait qu'avec la plus extreme repugnance, et qu'on ne pouvait souvent pas mettrC' ses l^vres sur ce qui n'^tait que la bourbe du rebut. La soupe ^tait tremp^e avec des morceaux de pain tripot^s par des femmes qui les laissaient suf la table, apr&s le^ avoir grignot^s et cassis avec des mains pleines d'ordures. ^ ^ M"»« L... et moi en emportions le plus possible pour le Jeter par dessus le mur ou dans les latrines, aOn de pouvoir manger un peu moins a contre-coeur. Un jour, «Ile m'appela et me fit voir dans la cuisine des domes- tiques — qui, elles, mangealent proprement et lavaient leur vaisselle k part ; — elle me fit voir, dis-je, la fille Marianne, les deux bras nus, qui remuait k pleines mains notre salade dans un bidon ou elle venait de mettre un filet de vinaigre et de Veau pour assaison- nement. G'^tait notre seul plat. Nous ne piimes le manger, et nous en Mmes reduites k notre pain sec. La soeur fit r^curer la vaisselle et defendit la salet^ / \ CHAP. XII. — ASILE D ORLEANS. 233 habituelle. Elle me fit donner un gobelet et m'apporta elle-iH^me dcs fruits achet^s avec Fargent' que j'avais au bureau. Quand elle arrivait, elle criait, d'un bout k I'autre de la galerie : J — He! vous, la~haSy dont je ne sais pas le nom f J'allais prendre *les fruits, dont je donnais bonne part a M™" L..., qui, fle son c6t6, me donnait tous ses cornets de papier a tabac... ' A propos de tabac, qu'on me pardonne si je dis encore un des dugouts que j'ai eus dans ce quartier. Le I abac s'achfete; on n'en donne qu'une certaine quan- tity par jour. Celles qui trouvent qu'elles n'en ont pas assez grattent leur mouchoir,,. et remettent ce tahac- -Id avec Tautre, dans leur tabatifere Mais, dira-t-on, la soeur 6tait qharmante pour vous ! Oh! certainement ! Elle m'a fait voir ses fleurs, sa petite chapelle, et ne m'a rien dit de d^sagr^able ; elle me porlait m^me mes lettres; mais, avant de les re- mettre, elle commen^ait par en prendre connaissance, ce dont je me doutais trfes-bien. Cependant j"e dois dire, k sa louange et k la mienne, que nous n'etions . si bonnes awnies qic'en attendant^ et en sachant parfai- tement que nous etions incapables de nous accorder. . Nous^ saviohs -que le docteur avail 6crit k Paris. La scaur esperait un exeat, Je savais la r6ponse d'ayahce, et je me demandais ce qui adviendrait alors. Comme je m'y attendais, M. Husson, le directeur de 238 M^xomes B'uNE^ALiKirfe. _ - I - - — ■ — ■ ^- — ■ « lues de simples blouses blanches, assez coottes, sans aacun v^temeat qu'unecbemisesoQscette Uoase. Elles etaient pieds nus. Une partie de ees paavres femmes avaient des entraves ; ioates les antres avaieBt ce ^'on appelle des hricoles, c'est-a-dire une ceinture et des bracelets de cuir noir retenus ensemble psar deuK petites lanieres, ne p^mettant aux mains d'alier que jusqu'a la boucbe. Selon que le bracelet est plus om moins serr^, le poignet peut ^tre a Taise ou coup^ jusqu'au sang. Elles etaient seuleset ne faisaient aucun bruit. Deux ou trois d'entre elles m'eniour^rentet mefirenl savoir qu'elles etaient dans cet equipage, Twrn parce qu'elles etaient agitees ou dangereuses, mais i^fople- ment parce qu'elles avaient repondu un pen vivement lit Anne G., la servante maitresse du ipiarlier. Ges lemmes s'exprimaientfort bien, beaucoup mieux qH'aueune de celles que je venais de quitter. Cela m'aurait paru horrible si j'avais et6 k mon debut dans les maisons d'ali^n^s ; mais, en dixans, j 'avals beaucoup vu, ayant parcouru non seulement plusieiirs d^partements et plusieurs asiles, mais en- core, comrae a Orleans, plusieurs divisions, et ayant appris, par experience, que les raalades atteintes d'acces furieux, une fois leur crise passee, avaient toute la lucidite, toute la finesse d'esprit que n'avaient *^ pas. les autres, mais aussi que ces malades, fort dan- gereuses, leurs acces 6tant intermittents, inattendus, CHAP. XII. — ABILE »'0,RLS;A(iS. pauvaient, m^me danB leurs naon>ents Ae calme, sauter sur vous ; tpi'il fallait par consequent des prfcautions, ' surtout El elles avaient conlre vous de raauvais senti- tneots, qu'ellee conservaient quelquefok toajours. ^ Nous reviendrons lout k I'heure'^ur c^ sujet. Je ne vie le personnel du quartier, ainsi que les malades de I'ouvroir, qu'au moment du diner, qui se fit dans eette petite cour et qui fut servi par Anne G. Chacune emportait eon 6cuelle et allait manger oil bon lui semblajt. Anne me dit un mot piquant, auquel je r^pondis aussitdt; au lieu de s'en f&cher, elle s'excusa, «a m'avouant qu'on lui avait dit beaucouj) de mal de moi et en me promettant.de ne plus recommeDcer. Je retrouvai Ik Charlotte (celle qui s'^ait r6voll6e au mois de Janvier), et une autre malade qui s'^tait faite I'amie des domesttques et les influen^it beaii- coup. Elle me prit sous sa protection, me fit plusieurs graci^nse^ee, et d^ le premier jour je compris que cetle seetiim mfemaH, ce terrible Sanitas. scrait un oasis sur ma route douloureuee. La vaisselle y Stait fort propre. C'^tait Anne (.1 . qui' la lavait elle-mSme, On me mit coucher ilans un Uor- . toir de huit lits, parfaitement tranquille, el oii je pus enfin dormir et respirer. Somme touie, on m'avait rendu service en m'envoyant dans cette division dan- gereuse. Laseeurdece quartier ^ tact tme bonne jeunu sccur ' n\ 240 MEMOIR^S D'UNE AUENElE. qui cherchait k etre serviable a tout le monde, mais « qui, comme toutes les autres, subissail rinfliience du service. • Heureusement ce service 6tait, pour le moment du moins, tr^s-convenable. II n'allait pas ^la veillee avec les autrea, ce quartier 6tant trop. sujet a caution pour ^tre laisse s^ul, Les domesliquQs se reunissaient, pour travailler ensemble jusqu'a neuf heures, dans I'ouvroir g6n6ral qui avait vue sur tpu^ les dortoirs. Le danger n'^tait jamais bieri grand, gracp aux pre- cautions prises ; en pareil cas, ^il faut tout pr6voir et ^tre en force, avoir un materiel special. Rien ne manqtiait au Sanitas : cellules avec liens, \ dortoirs de gateuses, loges a paill^; aussi dortoir tran- quille et deux ou trois belles cellules pour les pensiop- naires. La soeur en habitait une, et M^^'' L. T^utre. Les maladies intermittentes ont un caract^re tout particulier. Les plus grandes forcenees sont parfois calmes du matin au aoir^ et le deviennent quelquefois spontanement au milieu d'un acc^s. On crierait au miracle, si un de ces calmes arrivait dans un endroit consacre. Gela pent etre la guerison, apres une souf- france extreme, comme cela pent n'etre qu'un repos de quelque temps ; I'agitation, la fureur peuvent revenir avec la m^me rapidite, la meme spontaneity, sans que rien le fasse pr^voir. II n'en est pas ainsi de ce qu'on appelle manie rai" ^ • « -v • • • • \ / • J > CHAP. XII. - — A.SILE d'ORLEANS. w sonnante. II y a toujours un petit- commencement ; on peut, '— peut-6tre! — pr6venir le mal, rarement le guerir Ces pauvres ^tres sont presque totalement en d^route, raisonnant avec eux«-m6mes, a voix basse ou haute, sans interruption^ faisant des gestes, des gl^imaces ; querellant, chantonnant, ^nervant tout leur entourage par leurs chucholements continuels, leurs paroles, incoh^rentes et incessantes. De celles-la, il y en a partout consid^rablement, Enfin, il y a encore les idies fioces ; et on pourraiE, il me semble, les laisser libres^ quand cette id^ fixe , ne porte le trouble nulle part. Cependant,'' je vais ra- conter le cas particulier de M"® L., dont j'avais beaucoup entendu parler k la premiere division. M"« L. venait de Paris, comme moi. G'etait une grande belle jeune femme de trente-cinq a quarante^ anSy les paraissant k peine, fille naturelle d'un M. L. Son grand-p^re paternel I'avait fait mettre en pension et I'aurait gard^e, k condition ^ue sa m^re ne s'en occuperait pas. La m^re, dans une id^ de speculation, la relira de pension, esp^raht que le grand-pfere donne- rait de Fargent pour la reprendre ; mais ni lui ni le p^re n'ont plus voulu entendre parler de Tenfant depuis ce moment. La mfere a continue sa vie d^r^gl^e, et la fille est entree en apprentissage avec une demi-6du- cation. Fort jolie, ayant chez sa m^re un entourage d'bom- , mes, It pautre malheureuse a ^td entrain^ jus({Ue 14 242 MM&IRES D'GNE AUllNKE. dans des maisoas de pa899, 04k e!k % connu des officios qui I'oni eminent en Alg^rie. L^, elie s'ei^ ^st donne ^i^ceur joie, parcourant le pays k chaval, a la grande r(§jouissance des Arabes, qui ia regardaient avec admi- ration, disait-eile. De reiour k Paris, elle y apprit Ilk mort de son p^re et de son grand-p^re. Le p&re s'6tait «iari^, avait eu plnsieurs enfants. Ayant ^U reconnue par lui avant son maiiage^ la pauYre fille avait peut-^tre droit a une part d'h^ritage ; mais ce n'est pas cela qui lui tourna la t4te. Elle se crut frustr^ de Th^tage de S(on grand-p^e, qui, disait- elle, avait test^ en sa faveur, et au lieu d'aller trourver avoue, avocat ou notaire, alia center ses a^aires aux officiiers qui Tenvoyferent promener, et rossa d'impar- tance un chef de bureau de la pr6fect«re de police qui, au lieu d'^couter €es discours, lui dit qu'^He ^tait bdle et voiilttt Tembrasser. L'agent ross^ la lit enfermer. Son exasperation devint de la rage; elle voulut baUre m^deoln «t internes k la Salpdtrifere. On Tenvoya k Od^ans, 06 elle agita si bien les quartieri? k propos de son testa- ment, qu'on la passa au Sanitas, o^ je la trouvai fai- sant ses pribres avec ardeuVy disant le chapelet^ donnant des lemons de lecture et d'^riture aux jeunes servantes, sans parler des bonnets de coton et des cale^ 90ns qu'elle oonfectionnait aux heures-de travail. ie 4tti fis compliment de sa dev0(6on. Ellefne ^it que : caitP. XII; — ASIUS D'ORtfi.\?iS. 3W e^6tait pour ae fairi inen venir, m'engageant h es turn Aulant et 4 dire que j'appsrtenais k k police, poar loe ~ faire craindre et respecter. ' Assur^ment tout cela 6tait ub aiufllfaine de roRSS plutAt que de fotie, et ssaa \es extraTagxnces et les Tkrlences dont elle s'£tait reodoe oonpable enrers tes agents de la police, je pense qu'on n'aurait jamais eu I'idte de la dire folle. C'^ut phitAt une intr^ante. Je reviens k moi. On te trotivait fort embarrass^ a mon aujet. Je do ponvais ni rester dms lii Cour arec ces pauvres femmea, ni k I'oavroir, parco que je rffitais pas lie force k trsvailler toute la journ^e, et que d'ailleurs cela aurait gSn6 tout le monde. II fatlait ponrtant me mettre quelque part et me mettre en silret^. On eut I'id^e de m'instalter dans line petite cotir ofi it n'y avait personne et qui donnait derri^re les dortoirs. Je n'al- lais, comme les ouvriftres et la seniee, qu'aux heures de repas dans la cour commune, alin de n'^lre pas espos6e k une attaque Impr^vue. Cependant, aucune de cea panvres malades ne pensa k me rien feire pendant mon s6jour au Sanilas. Au CODtraire, plusieurs me parl^rent, et ce ful pour me remercier de ne pas les bcUtrif I -^ De tie pas vous battre ? — Oui, car lout le moftde noas bat ici, m^me M"« L. Je n'insistai pas, ne toulant pa8 tne meter, sans I 244 ' ,/ a(£moire& d'une alienee. y 6tre absolument provoqu6e, de rien de ce qui se pas^ sail hors de ma vue, et puisqu'on' m'avait mise a part, i'en profitai pour fermer. les yeux sur ce que je ne pou-. vais pas faire changer. Je vis une nomm^e^Ang^lique, qui avail ^t4 k la troisieme et qui avait, je dirais presque, toute sa rai- raison, sauf la manie de contrarier, en se cachant pour faire croire k sa fuite et se faire chercher. Manie vraiment bien folle, car elle» en dtait la premiere vic- time, ce& plaisanteries exasp^rant le service. J'ai vu lui enfoncer la t^te dans un baquet d'eau sans lui donner le moyen de respirer, lui serrer la camisole, la dou- cher, rattacher; dfes qu'elle en trouvait le moyen, elle , recommengait et riait. Ce jour-1^ elje avait les hricoles, et ses poignets 6taient tellement serr6s que les mains en ^taient tiimefi^es et la peau des bras couple. 1— Qu'avez-vous done fait, rfialheureuse?lui deman- dai-je. ^ / — Mais rien, me r6pondit-elle avec simplicity ; c'est vous qui rri'avez fait mettre les brjcoles. — Moi I — Oui ; vous vous 6tes plainte que j'avais parl6 haut avant le lever et que cela vous avait 6veill^e. ' — Oh ! ma pauvre Ang61ique 1 s'il n'y avait que moi pour vous faire punir, vous ne le seriez jamais. Mais comment avez-vous oubli^ que la domestique couche k c6t6 de nous et a pu vous entendre? .^VJ I I CHAP. XU. — ASILE D'ORLEANS. 245 *™ Mmmtm, m ^•'^^m^^mittt mi mm 9 I i^ 1^^— i^p^^i^M iP p■■^■ ■ — ■■<■ ^^^■.■■■■ — .—^^ ■ ■■■■■ ■■■■■» i» ii ■ ■■ — ' C'est vrai, me r6pondit-elle naivement ; mais comme je ne parlais que pour vous eveiller et vous contrarier, je n'ai pas pense a elle. Elle a eu I'air touch6 de ce que je lui ai dit que je n^ la ferdis jamais ,puDir, et depuis ce moment, au lieu de chercher k m'^tre d6sagr6able, elle m'a fait des avances et des politesses. J'avais trois chaises dans la petite cour dont on me laissait la disposition, et on avait ouvert un dortoir pout* que je pusse m'y retirer en cas de pluie. Je m'occupais k dessiner ou a d^couper pour les petites chapelles des soeur8;'je pouvais done dormir, me reposer, lire et faire soci^t^ deux fois par jour. Je jouissais d'un calme dont j'avais grand besoin. Mais il ne dura pas long- temp$, et Vavertissement donn6 par Tadministration de la Seine devait 6lre vrai d'un bout k Tautre, J'avais d6j2i porte le trouble, bien^ malgr6 moi, aussi bien a la premiere qn'k la troisi^me division ; il 6tait dans ma destin^e de le porter encore, avec la discorde^ dans la quatri^me et la cinqui^me. Une grille seulement s^parait ma petite cour de celle de Tinfirmerie. Le service de ce quartier, sachant tout ce qui ^tait advenu ailleurs k mon sujet, fut revolts de me ivoir install^e juste en face, k m^me de faire mes odieux rapports sur ce qui s'y passait. Pour me forcer k m'en aller, on ne trouva rien de roieux que de me faire envoyer une gr^le de pierres par les pauvres imbe- ciles qui sont 1^, 14. • I . ' ' ' .1 - .< * ■ / ' / ■ \- 246 M^MOlRES D^UNE ALIlfiNEE. , ■ < p ■ ••• ^mmi^rm La soeur de rinfirmerie fit aes plaintes^ d^clai'a qu'elle He voulait pas voir sa section surveill6e par la eection voisine, et voila deux camps en presence. Goname^c'etait Anne G. qui m'avait fait assignef la cour et son do»toir, elle prit fait et cause poiir moi, et tout ce tapage alia jusqu'si radministration. Le docteur comm^ngait r^ellement k ne pas se f^li- citer de sa condescendance pour ses collogues de Paris et ne savait plus oii me mettre, quand M. le pr^pos^, k qui j'avais fait remettre des lettres aprfes sa visite 4 la ^roisieme, et qui les avait envoyees a tout hasard, regut repohse a une qu'il avait 6crite lui m^me, tout en- croyant que toutes mes relations de famiUe et de soci6te n'existaient que dans ma i^te. • On offrait de Targent pour queje fusae pepsioa>- naire ; mais M . le pr6pos6 ne voulait pas r^pondre avant d'etre sur que j'accepterais, ^11 mfe dit seu- lement que c'^tait un incohnu, qui ne voulait pas ^tre nomm^. J'^tgiis certainement bien malheureuse k I'asile d'Or- leans ; cependant je ne voulns rien prendre sur Inoi dans cette circonstance, et je lui dis qu'ayant agi sans me demander avis, la d6cision k prendre ne regardait que lui. II s'arrangea done a son id6e, et il fut conyenu qu'un supplement serait pay6 pour me placer au pensionnat. On m'annqn^a que je quittterais le Sanitas le 1" oo tobre, ce qui, je le crois, contenta tout le monde/ car s. 1 CHAP. Xll. — ASILE D'ontfiANS. 247 ; ' ■■" *■ ■ ■ ■ w ■ — -■ • • I vraiment je g^nais et j'6tais fort mal, malgr^ le bdn 9 vouloir qu'oir m'y t6moignait, et bien que je n*aie pas eil une seule fois & me plaindre du service de ce qUar- tier. Anne G. me dit uii jour qu'ella avail rencontre M. le docteur Lepage, m^decin adjoiiit de l*asile, bon vieil- lard qui, ne venant jamais dans les quartiers, ne me eonnaissait que de reputation ; il lui avait adress6 la parole pour la plaitidre sincferement de m'avoir dans son service. — Mais pourquoi done, monsieur le docteur? lui avait-elle r^pondu ; M"^ Chevalier ne feit aiicun mal, aucun bruit, et nous serious trop heureuses si nous n'avion^ que des malades semblabtes chez nCus. Mesdames les domestiques des autres quartiers sent done bien gdtdes par les leurs, si elles en sont a de- daigher celle-13i ! M. le docteur 6tait tout inlerdit. — Cependant, dit-il, elle trouble chez vous, puisque la soeur de ritifirmerie he veut pas y rester a cause d'elle et qu'on vient de la homrher au pensionnat. — G'est qu'elle ecout^ des mensonges au lieu de juger par elle-m6me. En eflfet, n*ayant pu me faire renvoyer de la petite tour, la soeur de rinfirmerie avait demand^ son chah- geihent et, preuve qu'on ne pent 6viter 6a destin^e, venait d'etre plac6e a la premiere division, huit jours avant 1^ copclusioi^ deg; arrangements avec le bienfai- ^y' / 248 MEMOIRES D'uNE ALIENEE. ■x^ / teUr inconnu qui m'y faisait entrfer de droit comme pensionnaire. • * J'ai quitt6 le Sanitas apr&s des adieux tr^s-affectueuiL et suis all^e revoir depuis, dans son service a i'h^pital • g6n6ral, la bonne jeune soeur que j'y avais connue. ~ Charlotte D. est partie pour Bonneval, pr^ de Char- tres. Quant a M^i® L., elle s'est sauv6e, fort heureusemeut pour elle, quatre ans plus tard, au moment ou tqutes les petites privaut^s qu'elle avait allaient lui ^tre reti- rees. II parait qu'aprfes mon depart, celui de Charlotte et le changement de la soeur, elle s'^tait exasper6e, mal- gr6 la bonne amiti6 des domestiques, et s'en 6tait prise, avec une autre malade, a radministration, si bi^nt ' qu'un des administrateurs ^tant vehu au Sanitas, elles Font attendu a la porte, se sont fiancees sur lui et I'ont renvers6, autant de saisissement que de Tehran- lement donne k son gros corps. Elles voulaient le tuer. On leur a mis la camisole ; on les a enfermees en cel- lules ; on devait leur donner la douche le lendemain... Mais le lendemain la belle M"® L. n'y 6tait plus, et on n'a jamais pu savoir comment elle 6tait partie... J'ai vu dernierement dans les journaux .qu*une re- compense avait 6t6 accord^e a Anne G. par le conseil municipal...??? - LE PEN6I0NNAT. CHAPITRE XIII Aalle d'OrUan*. — Doax[iima i>artls. — !•« pmaloimELt. Oa sera sans doute bien aise de savbir quel ^tait cet inconnu genereux qui offrait pour moi un supplement de pension, < que, m'^crivait M. le pr6pos6, M"« Che- t valier aurait tort de d^daigner ; I'inconnu n'est pour >«: rien dans le fait de sa E^questration ; c'est pour lui c un fait accompli qu'il cherche k rendre moins dou- « loureux ; !a dignity de M"* Chevalier n'a pas a en . « souffrlr, au contraire; il est honorable pour elle « d'avoir m^rit^ I'lnt^rfit de personnes bien poshes, » " Ce personnage bien pos^ n'etait autre que mon fr^re, M. Claude-Daniel Rouy,auquel M. le preposS, dans une pens^e d'humanil4, avail ^crit pour lui demander de me venir au moins en aide, s'il ne voufait jias rei;laniiT > ma sortie, tout en lui laissant pressfniir iiue ciiiif sortie pourrait bien m'fitre accord^e pai' le pit^fet ilu Loiret, et I'aurait dSji 6t4 par le m^decin en clief sans A ST/) K^MOIHES d'UNE AtlENifi. « I I . I . ■ ■ .1 .1 mi III ■ ^iwi 11 ■■ I »i i» < rintervenlion de M. le directeur de I'Assistance pu- blique. Je donne en entier la rfeponse de M. Rouy, qui avait et6 class^e parmi les pieces de mon dossier a Fasile : Ville-d'Avray, 13 aout 186*. Confidentielle. \ . Monsieur, J*ai fardS que/lque temps k ifoixs f^pondffef, p«fce qcre j*ai voulu, auparavant, communiquer votre lettre a M. le docteur baron Pelletan de Kinkelin qui, d'apr^s la notori^t^ publique, les reclamations tr^-Tives de soft propri6taire et de ies ]f>f opres amies, Vinstance de son propre m^deein, M. Audiat, et le con- cours du commissaire de police de son quartier, avait du, pour 6viter des malheurs, faire inscrire M"* Hersilie parmi les ali^n^es. Yoici sa reponse, quant a la question de I^ sortie probable de la pauvre folle ; « Je n'h^site pas, dit-il, a declarer que ce serait, pour elle (f d'abord, un veritable malheur, et pour tcfute -votre famille une « suite tncessaute des plus violentes tracasseries. Je m'^tonne d m^me que le medecin en chef de Tetablissement puisse en ?, avoir eu la pensee, car il doit 6tre bien convaincu de Tetat « d'ali6nalion de cette pauvre femme. II est certain, d*ailleurs, « qu'ici M. le directeur ^^n^ral la ferait reprendre de nouveau, (( car dans sa derni^re sortie, elle lui a donn^ des preuves de a son aberration d' esprit tellement fortes, et j'ajouterai mena- ce gant de devenir dangereuses, qu'il n'a pas h^sit^, de lui m^me, fl a la faire r^int^grer a la Salpetri^re. m Ainsi done, vous pouvez dcrire a ce m^ecin dans ce^sens, tt ou meme lui envoyer ma lettre, en ayant soin toutefois de Ic f prier de ne pas me nommer devant la pauvre folle, csCr j'ai 6te / — CIIA1>. Xm. — LE PENSIONNAT. 251 (L ieiJ^tfae^t Awu'xnfai^ pa^* ses divagaitian^ et fies recriminations, ($. que je d^sirerais qu'elle n'eut pas de motifs pour se rappejier~ « mon nojn. )) En' effet, e!le ne parlait de rien moins que de nous assassiner ions, en commengant par lui, M. P.elletan. i'diX crn 4^vQi^, Mc\nsieur, commdncsr par vou^ AT. 253 du pr^pos^ responsable, qui me prdsenta^ M. I'inspec- -teur, en lui disant : a Voici Ml'" Chevalier qui desire changer de maison. — Ah ! Mais c'eat M"* Rouy 1... J'ai demands de vos nouvelles k Marfeville de la part d'une personne qui - s'int^resse beaucoup Jk vous, et on m'a dit que vous ■ ^tiez "k Auxerre. » ■ , Je restai ^bahie devant cet individu qui paraissait si hien me connaltre, et que je ne me rappelais pas avoir vu. II se nomma. Je fus assez mal apprise pour avouer k M, le docteur Constans que je ne I'aurai* jamais reconnu, lui ayanl vu des cKeveux noirs en 1857, et, huit ans plus tard, ses cheveux ^tant devenus cha- tains. II pr6lendit que c'dtait I'age. Etjevoulus bien le croire. — Comment et pourquoi Stes-vous done venue d' Auxerre a Orleans? — On m'a renvoyfe d' Auxerre, et j'ai forit k M"" la baronne Haussmann une leitr'e un peu roide, sign^e : Sceur du rot Henri V. — Ah ! oui, c'est vrai ; vous vous croyez (ills de la duchesse de Berry. — Ceci est une vieille histoire qui date de la Salpg- trifere, oil le docteur M^tivie parlait de la sub'tlilul.ion d'un garfon a une fiUe, landis qu'i Mar^ville le Joc- teur Reber a dit qa'on me tenait renfermee parcf que j'eiais sveur du rot Henri V, et je me suis servie de / f 254 MEMOIRES D'UNE ALIENEE. cette royale fraternity en 1863, comme jie m'6tais ser- yie de ma royale filiation en 1855. — Tout cela vient de vous? — Non ! Mais quand m^me cela serait ? Qaand m^rae je me servirais de versions populaires pour attirer Tattention sur ma position ^qilivoque, sur votne igno- rance coupable, en quoi y aurait-il eu lieu de m'enfer- mer a propos d'affaires, de noms de famille, qui tie regardent que les tribunaux ? — ^ Mais vous n*6tes contente nulle part. ' — SeiSez-vous content §[ ma place ? H riait en me parlant ; mais il ce^sa de rire k cette question. — "Non^ certes! repondit-il en me tendant la main.. . Puis, se tournant vers M. le pr6pos6, il lui demaoida dans quelles conditions j'^tais la. — Un tiers est intervenu et pale un suppl^mept qui la fait pensionnaire. — ]Eh bien I dis-je eij prenant la main qu'll me tendait, venez voir ou je me r6fugie dans ce pen- sionnat. — Et je le fis entrer dans le taudis dont j*ai parl6 plus haut. C'^tait un cabinet de toilette et de d6bai*ras oli ise trouvaient, sens dessus dessous, des seaux k vaisselle, des sabots, du bois, des cheveux, des essuie-mains, du fromage, etc., etc. II fut indign^, ne comprenant pas comment TAssistance publique ie la Seine, qui avail tantde maisons a cboisir, m'avait envoy^ejustement ou 4 1. f CHA?, sXiif. — IB Yvssmxm^Kt, 255- ■ ■ ■ ■ I ll III I ■. !■ ■ ■ I ,« ■ ■ - ■ , . ' t 6He saVait q[«« j*a«rai« k plu9 i» me plaindrie, el il me pf omit lie me faiare ehMger ^u pk^ t6t. Je le i^sm^clai ^e 8a kromie voIoieI^^ lui diHiiii que j^^l«»s )i€«r6ti«e d^a^i^ refieootir^ obes MM. ks admi- illdtratdfiPB une protoetioii ei une bidnveiltertce qui me manqueraient peut-Mre ailleurs, et epta je nd deman-' \ dak que jiK^llee et Ifti^tiy la doBkuf de la capiifit^ ^taitt partotit la m^e. Jeii^tfti entendk plan pavler et ne )e r&m plus^ tant que jd ftis emferm^ei A la suite de la visite de M. le docteur Cksoiiltaiie, je lui ai adre«96, par M^ Durangel^ une lettre qu'on trou- verift & man dossier, car apr^ ma mopt tatts les dtmu- tb&oi% ohidels me concemant tseroiit d^pos^, par ts^sm ex^coteuF tei^meiitaire, aux archives dn d^partemenrt dii Loire!, €ft permettront 4 totes ceux qui voudroilt biea me lir^ de eofitrdier mes assei^tioiis. Gette lettre d^montre qu'il n'a ^6 question entre sous que de mon m>m, de ma filiatioii ; elle est la meilleure prenve que ma sequestration a eu lieu pour des causes qui ne segardaient ni les m^decins^ ni les idspecteurs g^n^raux, ni les bureaux des ali^ndis, et que certaine^ meirt elle li'aurait pas et^ maintenue s'il- y ayait au service des malades un awcai d'officQ, comme au ser^- vice des prisonnierE^; ou un iuteur les prot^geant et connaissant ies lois. Un avocat nous aun^ ittimediatement dit, aux uns et aux auftres, q^'une 4i9esti&n l^afe ft citnle dipsn- / 256 MEUOIRES D UNE ALIEI^EB^ dait des trilJunaux; et devant un homme de loi.MM. ]es docteurs n'auraient pu se permettre de me s^queatrer k propos de futilit^s. On aurait pris dels mesures qui m^auraient rendue libre d^s le lendemain de mon enle* vement, et j'aurais pu rentrer chez moi aVant d'^ref* tout k fait d^pouill^e. . M. le docteur Gonstaas ^tait done, — et il Test tou- jours, — ignoraiit de ce qui est 16gal ; il Test de bonne fbi et se croit, j'en suis stire, le droit de decider du nom, de la l^timit^, et d'apr6s cela, de la liberty de ses semblables. J'avais trouv^ beureusement d'autres appuis. Par un bonheur inesper^, M. le comte de Pibrac avait 6te n'omm^ administrateur des hospices d'OrlSani^ peu avant mon entree au pensionnat, et M. Yilneau, president de chambre honoraire, le fut bientot apresl Ces messieurs eurent la bont^ de me remarquer, de parler de moi k leurs collogues, qui s'int^ress^rent a ma situation et, apr6s la visite du docteur Constans, ils attir6rent sur moi Tattention sp^ciale de M. Bureau, pr6fet du* Loiret, et de M. le procureur g^n^ra], Grand- perret, qui r6solurent de me voir. Ces deux hauls fonctionnaires vinrent ensemble aux hospices le 21 d^cembre 1865, et furent regus par MM. Vilneau et Lesourd, administrateurs, qui les cpn- duisirent directement au parioir des aii^n^s ou je leur fus pr^sent^e. lis me t^moign^rent une bienveillance qui me mit imm^diatemenl k I'aise at m'encouragea a % CHAP. XIII. — LE PBNSIONNAT. 257 leur dire tout ce qu'avait d'afFreusement ^ruel une si- questration parmi les alienees. lis itaient tellement ignorants de ce qui me concer- nait^ que M. le procureur ginirai se mit aussit6t k • m'interroger sur Vesprit frappeur! Ma surprise fut extreme. J'avais 6t6 arr^tte, envoyde k la Salpdtrifere et de \k ^ Orl^ns, k la suite de ma lettre a la baronne Hauss- mann. Je n'y parlais nuUement de spiritisme, mais du disordre administratif, de la fa^on dont on xjae faisait parcourir la France incognito, sans savoir qui j'etais, sous la responsabiliti du prefet de la Seine ; enOn du m^contentement du peuple qui n'attendait qu'un chef. J'avais signi : (n Sceur du roi Henri V. t^ Mon certiHeat d'envoi portait : c se croit fiUe de la duchesse de Berry et prete a monter sur le trdne. y> Et apr^s deux ans de s^uestration dans Tasile de lear dipartement dont ils avaient la haute' surveillance, les chefs de la justice et de Fadministration supineure du Loiret venaient eux- m^mes m'interroger sur les tables tournantes !1! lis venaient sender ma pensie, ma croyance, pour voir s'il y avait lieu de me ditenir a perpituit6 1... Etais-je done devant de grands inquisiteurs ? Je leur demandai alors avec une certaine vivacity s'ils n'avaient pas eonnaissance de cette lettre, unique cause de mon envoi k Orleans. Ils n'en avaient pas entendu parler et ne savaient pas du tout pourquoi j'avaii^ iti enfermie ni ce qu'on I 358 UimHBJBB O'XJME AlilEN]^. loe reproehaity setuf ee que leur ftvait. ^rit M. Hiiseoo, Je leur dis que je savais qu'oQ me gardait par ordre, et d^^aodai & M. le pv^tetcicwment nn homme a^ssi supiSrieur qa'il semblait T^ira {M>u^yaU bfiser I'dvoBtf* d'une femTne, perjoaeUj^ d'ait^er k sa liberte, mue pr^tei^te € qu'elle porte la tete katde^ ns «^ trouve pas dank son cenire, ee plaint de la gr)»e$ierete du service et de son eniourage; a la pretentum de pauvoir vivre de sen talent dtdesa plume,' » — Etcommeat savez-vQu$ toui eela?' ' — Parce que H* le doetetir Payea a cm devoir s'excuser de sa eoadesGe&daaiee en me fekattl cor- naitre sa r^ponae Ges mesafeurs ^toieiil; c^ifo&dusl Kvidemment ils ne s'attendaieat|Mt6 i appreoAf e de teUes choaes. Je priat M. ie pr^t de r^daffler copie da ua ietti^e k M*"* Haussmann, ne diseimulani pas ma surprke qu'on Teut si bien caeh^e, et ja rtj^ndis A M. le procureur g^^ai, qui bm questionna aWrs shf ma faipilie : Que fitais fille Ugitime, d*un seaend Utj de M. I'astroneme Charles Rouy; que f avals it6 elevee a Paris, ou se treuvait toute fna famille paterneUe ; quefy avais toujours tenu une plaee dee plus hono^ rabies dans la soeiete, et que mon sejeur aux aiienis, qui ne pouvait etre justifid en aucune fu^on, Stait si douleureuxy si inervant^ queje ne savais pas earn* ment ma raison y avait rieist&, ♦ « 4 I CHAP. XIII. — LE PENSIONNAT. ' 259 >- r-^-^ , ^ > ■ ■ ljp,terrQg6e f^ lui sur le persoimage qui payait un sujpple^jent pour ma pensio», je dis ne pas le coa- oaitre, (c'6tait vrai alors ; je n'ai su qu'en 1868 xjue 9'6tait mon frfere), M.- le pr6pos6 etant entr^, h mon sujet, en porresp.ondance avec des inconnus^ et ce per- somxage ne youlant pas ^tre Bomm6. En me quittant, M. le pr6fet, qui me semblait fort 6mu dj^ ces e:xplioations, me tendit spputan^ment la maija eja me donnant hautement et d'un air bieu r6golu, sa parole d'honneur ^qu^il allait imm^Satement s'oc- cuper de moi. . M. le procureur general, qui m'avait parl^ avec mille pr6cautiouis, comme s'il avait peur d'effaroucher une enfant o.u de metltre uiie pauvre ali^n^e aux abois, fut moins expansif, et tout en m'assuranjt de sa hienveil- lance, r^e pie fit aucune proinesse, se reservant de voir ce que les 6v6nements am^neraient. Dfes le lendemainjesus, par MM. les administrateurs presses de me I'apprendre, que Fimpression de ces hauts dignitaires m'avait et^ tr^s-favorable, et qu'on allait enfin prendre des mesuf es aussit6t que M. le prefet serait de retour de Paris. De retour de Paris ! C'etait encore a Paris qu*on allait s'inforraer, demander permission ! le d^sillusiontiai ces messieurs en les assurant que c*6tait une par tie perdue, la Seine ayant trop de torts envers moi pour ne pas chercher k m'enterrer vive. , M. le procureur general fit a la Chancellerie un rap- 260 M^MOIRES d'UNE ALI^YfEE. \ ^ _i . ■ - _ _ - . m ■ -— *■ . ■ ^ port sur mon compfe, le 17 mars 1866, seulement. Je lui avais adress^, ce jour-1^ mdme, une lettre r^su- mant ma situation depuis que j'6tais enferm6e, et ou je si^ais les difif^rents noms qui m'avaient ^te attribui§Sy en le mettant au d^fi de choisir entre eux, puisque ni pr^fets, ni magistrats n'avaient jamais pu ou voulu s'assurer de mon identity. Sa prudente reserve lui permit de ne pas agir contre Tadministrati^ sup^rieure, qui voulait faire silence sur une affaire passablement compromettante pour tons. Peut-^tre, cependant, ce premier rapport m'6tait*il favorable, car ii a disparu, comme disparaissaient g^n^ ralement toutes les pieces qui appuyaient mes rovendi- cations. Ceci r^sulte d'une lettre du procureur. g^n^ral adressant au garde des sceaux, qui en ^vait fait la demande en 1875, copie des diverses correspondances ^chang^s a mon sujet : c La minute du rapport de mon predecesseury en d€Ue du il mars, n'a pas ete retrouveey > y est-il dil. Mais il y avait eu un second rapport que nous don- nons dans son entier : / • - CHAP. XIII. — LE PENSIONNAT. 261 ''■'" 'V COUR D'APPEL D'ORLl&AMS. Orleansy le 23 mai 4^66. PAI^QUETf DU PROCUREUR GtNtRAL Direction des affaifes criminelles et des graces. i" Bureau. R^ponse au ii» 7,503, A, 2. Monsieur le Garde des sceaux, Votre Excellence a faien .voulu me com- muniquer la lettre ci-jointe par laquelle la nominee Chevalier se plaint d'etre arbi- trairernent s^questr^e dans Fasile d'alien^s d'OrMahs. La r^clamante est la personne dont j'ai entretenu Votre Excellence dans mon rap- port du 17 mars derniei«» Nous Tavons in- terrogee, M. le Pr6fet du Loiret et moi, et lous dfeux avons acquis la conviction que son ^tat mental justice la mesure prise contre elle. Seuleinent, il nous a paru que la nomm^e Chevalier avait le sentiment tres-douloureux de la vie en commun avec d'autres ali^n^s, et qu'il conviendrait ^e la placer dans des conditions meilleures de sequestration. M. le Pr^fet a fait, dans ce but, une d-marche a Paris ; mais elle est rest^e jusqu'a present sans succcs. La reclamante, ainsi que j'ai eu I'honneur de T^crire a Votre Excellence, demeurait a Paris, ou elle exergait la profession d^artiste musicienne; elle serait, dit-elle, soeur naturelle de M^ Rouy, g^rant du journal La Presse. Ce dernier paie en sa faveur une faible pension, dont il a refuse d'^lever le chiffre. II invest revenu que, post^rteurement a la visite que nous avons faite, M. le Prefet et'moi, k Tasile des ali^n^s, la nomm^e Chevalier a obtenu d'etre conduite, je ne sals en vertu de quelle autorisation, devant Msr Vfiv^que d'Orl^ans, qui n'a pas cru, apr^s un entretien avec elle, devoir s'occuper de sa situation. Je suis avec respect... Le Procureur general, Signe : Gramdperret. 45. .' <■ ■ •-, - • .:; , 202 MtHOiafifi b'UM£ ALIlElNfiE. y- »' 1 1,1 II ■ II II I ■■ PI ■ III II 1 1 ■ , . 11 II ■ 1 1» m laji . pi»i ■ i^ I » ■ II M \ On voit que ce rajiport ne dit rien du tout. C'est le moyen de r6pondre sans mentir, et la folie nan spici^ fiee est vraiment pr6cieuse ; on n'a qu'4 articuJer ce mot pour tout r^gUlariser. Le fait de ma visite k M^ I'Sv^que d'Ofi^an«, que M. le procureur g^n^ral croit pouvoir avslncer comme m'^tant conlraire, piovient de Textr^me bont6 iont M. le president Vilneau m'a donn6 tant de pfeuves. Ayant parl6 d^ moi i Msf Dupanloup, lui ayant dit que leg families Benoit d'Azy, Cochin, de Saint-Maur, s'interessaient k moi, Monseigneur, qui Ifes connaissait fort bien, dit qu'il me verrait avec plaisir. J'ai done eu Vhonneur d'etre conduite a r£v6che, grdee a une aulorisation du conseil d* administration . M. Vilaeau m'avait pri^e de ne rien r^clamer de M^r Dupanloup, qui n'avait pae quality poUir me rendire libre. II fut done convenu que je ne lui parlerais que des personnes que nous connaissioite et de mes' chagrins. Monseigneur avait du monde quand je suis arrtv6e ; il en venait derrifere moi, et il a quitt4 le salon pour me donner quelques instants en particulier. Je n'ai pas voulu abuser de eette obligeance, et ^^rks i'avoir prie de vouloir blen Mre I'interprftte de ma reconnaissance prfes des faptilles qui m'6taient restees bienveillantes et qui me venaient en aide, je I'ai quitt6 en lui exprimant ma profonde gratitude. Mi^r Dupanloup n'a done pas eu a s'occuper do ma positioQ en 1866. II ne m'a rien refuse, puisq[ue je ne N V CHAP. XIII. — US PENSIONNAT. 263 lui ai ri^ demand^. Mais quand il a et6 nomm^ a I'Assemblee rationale, il a eu la bont^ de me recom - mauder viyem«njk, soit aux ministres pour me faire ac- . corder des secours, soitaux rapporteurs de ma petition. Malgri6 Tiasucc^ de rintervention de Tautorit^ judi- ciaire et civile, MM. les administrateurs continu^rent k me t^moigner un int^r^t peut-6tre encore augments j^r ce malheur persistant. Sur ma prifere, M. le comte de Pibrac se mit en cprrespondaace avec M. le comte Benoit d'Azy et en apprit q^'il ne m*avait jamais connue que sous le nom d'HERSiLiE- RouY, dont on lui avait fait annoncer la mort, ainsi qu'a toute sa famille que j'aimais beaucoup. M°^e j^douard de Saint-Maur, sa fille ainee, mon an-^ cienne 61feve, ajouta un supplement de 200 £r. par an pour me laire avoir une chambre particuli&re ; on me donna une cl6 de cette chambre pour que je pusse, en ni'y enfermant, me mettre a I'abri des invasions ^ des pauvres alienees dont j'^tais entouree. Bientot on aJQuta k ce petit blen-(&tre un piano qui, plac^ dans UQe chambre voisine, fut mis k ma disposition. On I'avait apporte pour une pensionnaire et on le rempor- tait apffes son depart, lorsqu'en voyant passer dans la eour cet ii^stpupieht, qui me rappelait une existence si diff6rente de celle a laquelle je me yoyais reduite, mon Amotion fut si vive que de grosses larmes parurent dans mes yeux, sans qije j'psasse rien dire. M. Lesourd 1^ y\\^ P^ fut to^<^4 6t PfdQRDa de laisser le piano. » I ^4 H^MOIRES D'UNE ALI£n£E< \ Entour6e de tanl de bienveillance,j'auiraisdii trouver • un peu de tranquillity, si on pouvait 6tre Iranquille avec des ali^n^es, et si le service ne s'6tait pas d'autant plas acharn^ centre moi que les 6gards dont j'etais robjet rirritaient ; ils n^etaient pas dus k une indigente^ pen- sionnaire en chambre comme une mendiantey par la charite des uns et des autres. • Ma position 6tait done toujours tr6s-douloureuse, et J*eut-elle <^t6 moins, aurais-je pu etre heureuse sans la libert6, sans I'honneur? heureuse sous la degradation dont j'6tais stigmatis6e, degradation quimepla^ait sous la surveillance de tons et de toUtes, comme un etre in- capable et hors du bon sens le plus ordinaire ? II faut avoir pass6 par cette douleur pour en con- naitre toute Tamertume ! Je redamais done toujours, cherchant a ramener k moi M. le docteur Payen, qui s*etait laisse influencer par les ordres venus de Paris, mais qui, m'ayant certi- fiee non alienee k mon arriv6e, n'ayant aucun acte de folie k^ me reprocher depuis que j*etais sous sa direc- tion, aurait du se joindre k mes protecteurs. Void c^ que je lui ecrivis : 15 juillet 1867. Asile d'Orieans. Monsieur le docteur, Vous n»etes pourtant pas m6chant I D'ou vient done, alors que je suis enlour^e de la bienveillance de tous ceux qui m'appro- phenl, c|u^ vous seul me restiez contraire et arrStiezle bon you- ' ■% t ^ M CHAP. XIII. — LE PENSIONNAT. 265 kir de tous par votre attestation de foUe? Que yous ai-je d\X ^d*inseiis^, docteur, qu'ai-je fait qui puisse m^riter line aussi ^pouvantable sequestration. SpScifiez, Yous ne me direzpasque vous me croyez comme MM"** B..., T..., etc., en d^mence, lorsque je signe : VEtoile d'Or, Poli- chinelle, Sathan, VAnUchtHst, la SylphidCy La Sirkne, La Baltimbanque, etc., etc. Vous ne me direz pas queje me croia tout cela^ ni <}ue je me crois iille de la duchesse de Berry, soBur du roi Henri V, etc. Non, dbcteur, non J vous savez fort bien qu'en cela je n*ai pas la moindre divagation. Vous savez fort bien que je signe la Sirhie parce que voiwm'avez appeMe ainsi ; soeur du roi- Henri V, gr&ce au docteur Heber; fille de la duchesse de Berry, parce que j'ai voulu mettre en Evidence le dire des doc- teurs de la Salpdtri^re ; puis ici Josephine Chevalier, parce que je suis enregistr^e ainsi; de pias'Hersilie Rouy, parce que j'ai publiquement port^ ce nom et que vous avez, ici m^me, des pa- piers me Toctroyant. Done, qu*on resume :jen'ai rien dit de moi- mdme et que je n'ai fait que r^p^ter le dire de tous, aussi bien le vdtre que c^lui des autres. En outre, tout cela se signe sur papier libre, au bas de lettres particulUres, et vous savez aussi bien que moi que cela est permis. Vous devez mdme vous rappeler une discussion survenue entre la soeur Placide et moi, discussion ou tous m'avez donn^ raison. Voici la chose : la soeur Placide m'a dit : — Vous Stes foUe de vous croire FAntechrist. — Je ne me crois pas, je me dis; tout comme vous vous dites la Providence (1). — Vous signez Sathan? — Oui, tout comme vous signez Placide, et comme la soeur Saint-Jean-de-la-Croix signe ce nom. — C'est le votre? — Non. — Oui! — Non. Lk dessus, docteur, vous lui avez dit : — Vous ne le signez pas sur un acte? — Si fait, s'est ^cri^e la soeur Placide ; j'ai le droit de le signer, et je n*ai plus d'autre nom. (1) Les sceurs qui desservent Thdpital d'Orl^ans portent le |t;itre de Sosurs de la Providence, 206 M^MOIRBS O'UNE AU£N]^ Noi|s notts sommes regard^s ea ria^t, doateur, et j'ai ijoutil en la saluant : ^~ Vous joi^^ez au qaoins votre nom de ()aL^ miile, car sans cela votre jicXa serait nuL Elle a rougi. J'ai dit encore : — Ooaj^i a mm, je ne signe point 4'acte aans avoir de papiers en regie, et quant a TAnt^cbrist, e'est ma profession de foi, coinme vous la votre de vaus dire c^^tiennii. -n Yens avez approuv^, docteur. Votre premier certificat a M foit apres cette discnssioa. D'ou vient done que vons n&e dites fcUe maintenant? Qu'ai-je £iit? Vous ne me parlez jamais de mes affaires ni de mon nom ; je ne vous en parle pas non plus. II n'est done question entre nous quede ma sant^, de v^sicatoires, medecines, ate. ; de recla- mations au sujet de la nourriture, des soios, de la lumi^re, etc. Vous me donnez raison, puis vous m'aecablezl £st-ce bien? Pourquoi 'cette prevention? Pourquoi vous etes-vous fait une cfaimere de rooi? Pourquoi avez-vons ^coate la Seine et votre cher Trelat? Ne vous croyez-vous done pas assez d'iatelUg^ice pour me juger veus-mSme et poiir les renseigner, que voue vous adressez a eux? Vous m'avez dit qu'on m'accMsait de boule- verser; qu*ai-je. done boulevers^ ici? Les cceurs des honn^tes gens, docteur, ici comme 1^-bas, comme partout. Et c'eat a mon honneur. Voyons, revenez done aux bons et vrais sentiments que vous aviez alors que vous agissiez par vous-mdme, sans etre sous rinfluence de mes ennemis et du service de la Providence. - Me voye^-vous agit^e, en delire? Nonl vous me trouvez tou- jours calme, vous recevant bien , causant de tout ce qu*on vent soui£rant a meurir I Et vous me diffamez 1 vous dites qu'il faut' que je me promene, que je.me distraie; mais vous ne donnez aucun ordre a ce sujet, de sorte que, oomme la Providence est si pen providentielle qu'il faut toujours que je me d^batte contre elle, il s'en suit que la Providence ne se croit pas obligee de prendre par elle-mdme des mesures pour que je puisse circuler. Au contrairel car je vous ai Aijk dit que les r^ligieuses et les domestiques d^fendaient aux autres domes* tique§ de me donner mSme des nouveUes de M"* h-t {[uand CHAP. Xfli- — I-E PBNSlOtJNiT. 267 j'en 'demande. Oh I dsCI«urt auvrei done les jeitr, et vous verrez que je suis r^elteraent une.... sirinet . P.-S. — La loi defend de siipposer une folie pour perdre une cr*alur6"bumaine. II feut de* fails, uii dSiire. Quel est ie mien? Specifier, el Je nt'eipliquerai. La loi defend les certificata •■ de complaisance et punil la sequestration. Le docteur ne tint pas compte de ma lettre, bien entendu. MM. les administrateurs ne furent pas rebuts par mes plaintes incessantes, et leur bienfaisante bontS les engagea a prier M. le docteur Lepage, m^decin adjoint de I'asile, de s'occuper de moi. La premiere chose que fit ce bon vieillard fut d'aller au plus press6. Ne fallait-il pas savoir, avant tout, qui 4tait ceite demoiselle Cbevaiier — oU Rouy — qui avail de ci, deli, deux noms qu'aucune pi^cene justifiait; qui se dounait une filiation, tandis qu'il 6tait officielle- ment constate qu'elle n'avait ni tei^nts ni aboutia- sants? Sur mes indications, 11 fit done venir de. Milan des actes qui lui furent envoy^s par I'officieuse inter* vention de Mb' I'Archeveque. Ces actes, bien et dilment signfis, contre-si^^B, l^a- lis^s, 6taient I'extrait de bapt&me de mon IVore, Jean- Cbaries-Tt^lemaque, et le mien. lis nous declaraient nfe de Charles Rouy et de HanriaUe Chevalier, epoux ligitimes. Cette fois, ce n'^taient plus de vaines paroles, des raeontars : ^^ai^nt de* aetes. 268 MEMOIRES D'UNE iULI^NEE. M. le comte de Pibrac les fit traduire, les centre- signa. L'administration, la prefecture, le parquet en furent instruits. Ce fut un saisissement. M. le procureur imperial fit dire & M. le docteur Le- page d'aller le Voir, lui demanda un rapport et lepria de lui confier les actes, lettreSy papiers, etc., car M. le docteur Lepage avait fait une veritable enquMe de tous c6t6s. II les remit et fit son rapport. M. le procureur g^n^ral ayant appris cette circons- tance inattendue, voulut s'en occuper lui-m6rae; il m'envoya M. Grattery, son substitut, pour m'assurer de sa bienveillance et pour m'inteiToger. II y avait alors deux arts que je I'avais pri6 d'etre assez bon pour faire venir mes papiers et pour s'assu- rer de ma v6racit6, et les pifeces que justice et prefec- ture devaient avoir ne m'6taient arriv^es que pai' rinitiative particuli^re.... Mais enfin, il fallait se rendre k revidence, et je pouvais commencer a esperer de nouveau..'.. quand... M. le procureur general. Grand- perret fut subitement nomme k Paris. II emmena^ eomme chef de son cabinet, M. Grattery, qui devait venir me revoir, et tout en resta \k. M. le procureur imperisd refusa de s' occuper de cette affaire, sous pr6texte que M. le procureur ge- neral se retant reserv6e, j'appartenais de droit k son sup^rieur. II fallait done attendre le successeur de M. Grand- CHAP. XIII. — LE PENSIONNAT. 269 \ perret, lui donner le temps de s'installer, de prendre connaissance de toutes les affaires de son parquet, etc, M. le docteur Lepage voulut alors reprendre son dos- sier, si p^niblement form^, afinque je pusse I'adresser a M. le procur^ur g^n^ral avec les explications n^essaires. • Actes, lettre», papiers, tout avail disparu du pai*- quet!..., Aucune trace ne pouvait plus en 6tre trouvee ! . Je retombais ainsi sans preuves, sans aucune pi^ce k Tappui de mes paroles. Un fait aussi grave, a\issi extraordinaire, a besoin, pour fitre cru, d'etre appuy^d'une autre autoril6 que la mienne. Voici le passage d*une lettrede M. le docteur Lepage h M. le Normant des Varannes, receveur des hospices d'Orleai\s, qui affirme cette disparition : Orleans, 12 fgvrier 1870. .... An cours de 1867, je fus appel^ au parquet de M. le procu- reur imperial, pour donner des renseignements sur I'^tat men* tal de W^^ Rouy (alors Josephine Chevalier) et sur le resultat des d-marches que j avals f^tes dans Fint^rdt de son ^tat civil. ' Apres avoir eu une longue conference, ces messieurs me pri^reQt de leur adresser un rapport sur Tetat mental de notre pensionnaire, et de leur confier tous les papiers que j'avais ap- port^s, afin de les examiner a leur temps, me promettant de me les faire remettre lorsqu'ils en auraient pris une connaissance plus approfondie. J'ai envoys le rapport que Ton me demandait ; mais j'ai vaine- ment aitendu le retour des papiers et actes que j'avais laisses an parquet. Je m'y suis pr^sent^ plusieurs fois sans resultat.... Docteur Lepage p6re. '/^ ^ ■: J^' I ■ L ■ ■ I ' I ' ' _ H '-' r I ■ I ■ I ■ ^i; ■ . I ' - - ) ■ ^ ' / I La fataUt^ qui s'attachait k moi .et faisait dispaiFaitrie tous les dQCuments cles dossiers admioislratiCs %i jiad^ ciaires"; T^ige avanc^ du venerable docteur qui doonait la craijote, si jamais on arrivait & s'oecuper de man affaire, d'^re priv^e d'un l^moignage si iD9f)o^tanty me fit, cinq ans plus tard, ii4 demander c<^ie de son rap- port. II me Tenvoya et ajioa;ita au bas : Je soussigne, docteur-m^decin en second du quartier d'ali^n^s d'0rl6ans, reconnais que la lettre ci-dessus est la copie cpn- forme et axacte de ceUe qua j*ai ^rite, le.^ oetobre WoU^ a M. le procureur imperial, qui m'avait pri^ d*envoyer un rapport k sou parquet' sur I'etat mental de M"« Hersilie Rouy, inscrite a Fasile d'Orl^ans sous les noms de Josephine Chevalier, ISlle de.... et de.... * * J'atteste enoutre^etle ddelare b^si/tement devant qui de droil, que cette demoiselle nem^a jamais sembl^ atteinte d'ali^nation mentale, comme Tout prouv^ d'ailleurs tous ses actes depuis qu'elle est sortie de I'asile, soit k Paris, ou elle a sejourne quel- que temps, soit a Orleans, ou elle demeure encore maintenant, 5, rue de la Grille. Orleans, 17 f^vrier 1872. Docteur Lepage p^i^. Le 25d^cembre 1837, nous eumes la visite de M. le docteur Lunier, inspecteur g6n6ral. ' n parait qu*il etait fort presse et n'avait pas un iristanl 4 perdre, devant retpurner Paris le soir m^me, ensorle que, sans s'apercevoir que MM. les administrateurs, n'ayant plus son ^ge ni sa force, pouvaient a peine le , suivre, il jies mena, tpujour^ j&ourant, h traver^ Les quartiers, ne fit que jeter un coup d'oeil dans les dor- CHhP. XIII. — LE PENSlONtJAT. 271 loirs el Lis chauffoirs, troijva qu'U fallait donner de petUs bpKS aux malades pour mettre sous leurs pieds 9^ lieu 4fl tabourets, puis il enQla les chaonbres des pensionpaires avec la m^qie rapidity. C'eet ainsi qu'il entra dans m^ cbam^re comnne un . ' tourbillon ; et vojant que je voulais lui parler, il me dit qu'il n'avalt pas le temps, que mon nam suffirait, et il ' me le demanda. Quand i) sut que f^tais € MU« Chevalier, » il me dit qu'il dtait prScis^trtent charge de m'interroger et qtfjl me ferait appeler ; et iJ s'empreSisa de laire la tourn^ d98 ohambrcs videg. Un moment aprfe, je fus appelte aa bure&H, M. le" doeleur Lunier ferma un registre qu'il compulsait et me demaoda a eomment il sa fmsait qua fitais fille de Id duchesae de Berry. > Je r^pondis que M. le docteur Falret, m^ecin de la Salpgtri&re, ayait mis cela k tort sur son certificat, parce que ^e ne m'^is servie de cette filiation et de plusieurs autres que pour attirer I'attention sur I'igDO- rance ou I'on 6tait k mon sujet, et pour fjire lecher- cher les papiers me conf^rant une oid^ne re^uli^re. — Ahlbien, je comprends, etje suis fixij but votre 6tat menial ; p'est tout ee qu'il me faut . Ecrivez-moi les dates et I'historique de vos sorties, rentr^es, Iran^ferls ; envojez-moi cela dfe ce soir, parce qu'il fiiut que mon rapport soitfait demain et envoye au ministere. Vonn p&uvez compter sur moi. 272 m6M0IRES D'UNE iXIE^^E. ^ Sur ce, il partit pour le chemin de fer. Je me Mtai de lui envoyer ce qu'il me demandait, convaincue que c'6tait peine perdue. Aussi ne fus-jepas surprise lorsque •je regus de lui la lettre suivante : je savais qu'oD refu- serait sortie ou transfert. Paris, 5 £gvrier 1868. Mademoiselle, J'ai lu attentivemeut votre dossier et toutes les pieces que vous m*avez remises, et j*ai exprim^ en toute sinc^rit^ a Son Ez. M. le Ministre de rint^rieur ce que je pensais de voire Stat mental et de TopportunitS de votre sSjour dans nn asile d'ali6- nSs. Attendez done patiemment la decision qui sera prise a votre Sgard, et surtout gardez-vous bien de toutes r^rimina- tions, de toutes menaces; elles seraient a la fois injustes et im- prudentes. Toutes les personnes avec lesquelles j*ai paYlS de vous vous portent un affectueux intSr^t, et si elles ne font pas toujours ce que vous demandez, c'est que leur conscience leur commande de ne pas le faire. Veuillez croire, Mademoiselle, a tuute ma consideration. LUNIER, ' Inspecteur generaL Quelle Stait au fond la pens^e de M. le docteur Lunier en m'Scrivant cette lettre 6nigmalique, que j'aurais in- terprSt^e dans le sens de mes espSrances, si j'avais et4 moins exp6riment6e ? Me croyait-il folle, comme il Ta affirm^ depuis? Je laisse au lecteur k le decider. ' I ^ ■ I , CHAP. j:i\. — ARRIVEE DE MES PAPlER8. 273 CHAPITRE XIV ▲alle d'Orl6^n8. — Troisi&me partie. •**- l^'wrriv^ de mes papiers. e: Aux petites causes les grands effets, > dit le pro- verbe. En allant un jour k la chapelle, j'aper^us M°»«leNor- mant des Varannes, femme du Receveur des hospices, et on me dit qu'elle 6tait trfes-aimable el trfes-obli- geante. J'^tais justement dans un grand embarras au sujet d'une robe qu'il fallait .me faire a Tpuvroir; on n'avait pas de modfele, et les ouvri^res du dehors ne p6n6- traient pas dans les quartiers. J'^crivis done un mot k cette dame, la priant d'etre assez bonne pour me prater un patron, et je remis ma ' lettre k MM. Vilneau et de Pibrac qui s'empressferent de la lui porter, de me recoramander k elle et de la prier de me venir voir. Elle m'ehvoya aussit6t des journaux de modes, des illustrations, me procura sa couturi^re, entra en cor- ) I • \ 274 , MKMOIRfiS D'tlNE ALIENEE. respondance avec moi, vint ioae voir, me fit uh peu de musique, et je pus m'assurer que j'avais eu le bonheur de m'adresser, non pas k une femme bonne ,et aixnable comme tant d'autres, mais a une femme essentiellement sup^rieure, pleine de co^ur, d'initiative, avec laquelle on pouvait parler serieusement des choses les plus'graves. Je la priai d'etre mon intefprMe pnfes de quelques personnes k Paris. Elle le fit imm^diatement. M. leRecevefur, de son edt^, prit des r^^fisei^nemeiits sur mes indications, a la pri^rp de MM. les adminis- trateurs, heupeux d'avoir trouv6, au moment le plus inattendu et k propo^ de chiffons, de puissanta atixi- liaires, d6sireux de leur venir en aide dans leifr OBiiVre de redemption, de me rendre service et de p^n^trefr tia aussi singulier mystfere. M. et M°»e le Normant regurent r^ponse k toutes leurs lettres. On s'^tonnait de mesavoir vivante, cach^e sous un nom inconnu, car ma mort avait et6 annonc^e par- tout. MoQ cousin germain, M. Laurency Roiiy, chef de division des Haras^ maison de TEmpereur, auqtiel j*6crivis des que je fus sure que mes lettres luipar- viendraient, r6pondit aussitot, le iO juillel 1868', par un envoi d'argent, et en exprimanl sa douloureuse sur- prise de me savoir vivante et malheureuse, car dix ans auparavant, une ancienne servante de mon frere etait venue lui dire que j'etais morte, et il Favait 6crit k sa mere et a ses soeurs (ma tante et mes cousines)* .-/ . I I ■ I CHAP. VII. — ARRFVfe Ufe MES l»'APIERS. 275 Cete fit un efltet enorme. De radministration, cette noravelle surprenante amva a la prefecture et au parquet. C'^tait encore plus grave que les actes et paplers du pauvre bon docteur Lepage, et le 16 juiflet 1868, M. le procureur g^n^ral Tenaille d'Estais tint pour la pre- miere teis visiter I'asile. Aprfes avoir fait le tour de lal division des pensionnaires, il s'arrdta dans la charhbre du piano qui me servait ^e salori, II etait accompagn6 de M. le proctrretir imperial du BoHan et de M. le docteur Payen, qui lui fajsait les honneufs de son service. II s'assit et m'interrogea longuement sur ma fanjille, sur mon cousin, Sur ma position dans le monde. Je lui donnai sur tous ces points les renseignements les plus d^taill^s, lui faisant comprendre toute: Thor- reur d'une sequestration durant depais- quatorze ans , sequestration m'ayant supprimee du monde, pfiv^e de mes droits civils, d6pouin6e de mon nom, de tout ce que je poss^dafs ; ayant brise mon existence eniti^re sans qu'oh pM dii*e pourquoi.... et je portai plarnte contre M. le docteur Payen, present, qui se faisait le complice complaisant d'un crime aussi abominable* * Mi le docteur se r6cria en disant qu'il faisait toutes mes^ volont6s, toutes mes commissions, me prescrivant tout ce^ que je lui demandais. — C'est vrai,dis-je; vous Mes unparfait cotnmission- naire, un asse« bon maitre d'h6tel , mais surtottt xm .^ ►. 276 MEMOIRES d'UNJB ALI6n6e. ' 1 — excellent ge^lier. Aussi u'est-ce ni de :votre complai- saiice, ni de vos soins aduels que je me plains; &e8tdu crime que vous cofnmettez depuis cinq ans en me sequestrant par ordre et par camaraderie. M. le procureur general parut tres-touch6, non pas de mon sort, mais de Tembarras de M. le docteur, qui se d^fendait en all^guant ses bons precedes presents et ses soins. Nous nous s6parames tres-froidement.*Je reconduisis ces messieurs jusqu'a la porte de ma chambre, que je fermai en leur faisant une profonde reverence ; il 6tait evident que je ne devais pas compter sur eux. Gependant, M. et M"^ le Normant continuaient leur enqu^te, encourages par les resullats obtenus. De plus en plus confiante en eux, je leux* remis une lettre pour M. I'abbe X..., et peu de jours aprfes, ce qui restait des papiers que j'avais portes^a Gharenton en 1854, arriva au pavilion des Hospices, chez nies nouveaux amis, le 20 aoiit 1868. Mnie le Normant me les apporta aussit6t. Je me hatais de les staler sur la table de la cbambre du piano, afin de les relire et de les classer,' quand je fus tir^e de cette occupation par Tarrivee de M. le pr6- fet, accompagn^ de M. Lesourd. II venait aussi me parler de ce cousin qui, au boUt de quatorze ans, et contre toute attente, surgissait pour {aire d'une pauvre fiUe abandonn^, de parents inconnus, la proche parente d'un dignitaire de FEm- -\" ■ i '■ .- ■ » ' I I CHAP. XIV. — ARRIVJ&E DE MES PAPIERS. 277 *' ■' ■ ■— ■■■! ■■WillW at^M ^ >■! ■ — — M 1^ ^. ... 1,. ■■■,^, .M.^.l...... ,, / ' \ pire. C'^iait k n'y pas croire, a n'y rien comprendre, et surtout a rendre la situation de mes gardiens, — incre- dules, mais respansahlesj — fort delicate, car ce cousin paraissait porter un vif int^r^t k sa malheureuse eou- sine. Je lui r^p6tai alors k peu pr^s ce que je lui avais dit le, 21 d^cembre 1865,»lors de sa visite avec M. Grand- perret^ et prenant sur la table ou ils ^taient ^pars nos actes de naissance, je les mis sous ses yeux, ainsi que des lettres de mon pfere et de ma belle-sdeur, lettres et actes qui avaient ^chapp^ a la perte de tout le reste. II ^tait atterre.- II prit un petit carton surlequel j'avais coll^^ la h^te, eh 1854, quelques articles de journaux parlaiit de mes concerts et de mes matinees, et se tournaiit vers M. Le- sourd', plus confondu encore que lui, il demanda com- ment ces papiers ^taient edtre mes mains et non a I'administration. Je me h^tai de lui dire que M°^^ le Normant les avait regus le niatin m^me et que je les mettais en ordre, afin qu'on pi!tt s'assurer que mes reclamations avaient toujours 6t6 fondles et qu'une grande et cruelle injustice avait ^16 commise envers moi. II recommanda vivement a M. Lesourd de faire exa- miner ces pieces et de lui en rendre compte, puis.... i^ me parla de mes pseudohymes. -t-T Oh! monsieur le Pr6£et! allez-vous faire de noms da faniaisie, de sobriqueti^, une question d'ali^nation * 1« / 278 If^MOIRfiS D'€NE ALIi^N^E. f » •' • — ' : '■ 1 " Ce fierait indigne de vous, et vous sav^z biai q^t'on pent prendre et signer ies pseudonynies ies plus fantasques, lesr {(ubiier, pourvu q'u'on ne prenne pas eeiui d'un autre anonyme ; tandis qu'uD ckaiigement de Bom, un faux enregistrement sur des livres publics, inscrits pour an^antir u&e individuality, soat des mmds« l\ se tut . . . . Qu^aumt^il pu ri^poadre ? ie lui fis voir ma chathbrette, ea remen^nt Tadmi*- nistration de i^ protection, et j^ r econduisis x^es meS'- sieurs jusqu'ft la porte de sortie. M. le pr^fet me tendit aote^r^ la mam,comm^ ea 1865; mais, malgr^ tous ses efforts, sa physfoBomie expressive et blenvallante ii^bissait ^ne si^rjease preoccupation, et M. Lesourd eomnaenfait a ne plus savoirau juste le r^le qu'il allait avoir k jouer ai ^ce^e affaire, le dois dire, k m« !a pr6- fette de. la Seine ce qu'6tait ma position, et depuid cinq ans j'expiais cette t6m6rite a I'asile d'Orleans, ou on avait esper6 que je resterais engloutie k jamais. Si je rentrais une r^roislteie fois, e'en ^Ulit fitit de moi ! Je serais eonsidir^e comme use folle inibi»rable^ incapable de se conduire et ne pouvant rester lii»re.un seul jour. On savait que la Seine m'^tott ^Averse^ C|ue la justice et la prefecture du Loiret desiraient Id ^ V^'- i 9 chap: XIV. — ABRI^fiE J>E MES PAPIERB. ^383 ^^•^^■^T" l6ii0e. Jfalade et sans ressources, je Sjerais'bien tovd^ de me faire reprendre, et OB ferait £«tomb^ toii^t le poids 4e ceite rechute sur ceux qui me prot^eaient, aiTssi bien que «uf les ati^<6s, do&t on rendrait la clo- ture plus rigoureuse^ mon exemple d^moairant que 1& vue et les conseiis des peneonnes du dehors leur montaieot la t^e en les nottrrissamt de r^ves impos- sibles. Mais je n'eiais pas de nature a me laisser ^eraser sans Itttte. G'^tait done ia guerre, et k guerre k ou- trance. M. le docteur Payen avait-il agi de lui-mtoe ou en- core par ordre ? C'est ce que j'ignore, ra^me aujour- d'liui. Mais 11 fallait savoir qui ^tait pour moi ou contre moi dans la situation uouvelle qui m'6tait faiie. MM. Vilneau et de Pibrac convoqu^rent imm^diate- ment leurs coll^ues en stance ^xtraordinsdre ; eUe fut prdsid^e par M. Vignat, maire d'0rl6ans. lis y mandfe- reni le docteur Payen^ auquel ih repr^senierent Tim- puissance absolue ou ils alla«ent se trouver, d^ormais, d'afir judieiairement en ma £aveur ainsi qu'iis avaient arSsdu de le faire^^et le pri^ent de suspendre son cer- tiAcalt jiiisqu'4 ce q^e ie parquet, dont la rentrie aliait avoir lieu dans quelques jours, eut staiuiS sur la de- mande en rectification d'Btat d^ii que M. Vilneau aliait pr^enter, au nom de la commission, i M. Le pf:ocurear general. |i. te 4oote»r Payien s'y re£asigi . Mi^ G/ietxz^e^r 0'etant V 1 » \ - 1 • 1 , ( V ' * \ t % ■ • * « 284 M^MOIRES d'une alienee. • plus assez alienee pour Mre s6questr6e, sa conscience s'opposait a ce qu'il la maintint k Tasile. L'administration se trouvait done dans Tobligation d'envoyer le certiGcat k la pr^f^cture.Le m^decin 6tant absolument maitre de ses appreciations^ la letlre d'en- voi. 6tait une simple mesure d'ordre. M. le Normant des Varannes, pr6voyant quel parti on pourrait vouloir tirer contre lui du r5le honprable et g6n6reux qu'il avait jou6 dans cette affaire,. demanda alors aux administrateurs de vouloir bien reconnaiire, par une lettre inscrite au procfes-verbaf, qu'il avait agi sur leur demande. ' — Un tel document serait trfes-dangereux ! dit a demi-voix le docteur Payen h Tun des administrateurs. — Dangereux pour vous, docteur, c'est possible, riposla M. le Receveur; mais devant votre antago- nisme, c'est bien le moins que je me mette a cou- vert. ., — Quant a moi, je signerai cette piece des dewo mainSy r6pondit M. le maire. On agita ensuite la question de savoir ou Ton pour- rait me placer provisoirement, lorsque rarr6t6 du pr6fet m'aurait faite sans asile. Comme il ne semblait pas facile d'approprier imm^diatement une chambre conve- nable k Thdpital des vieillards, M. le Normant des Va- rannes offrit de me recevoir cbez lui. M. le maire Ten remercia et ajouta : — Mais nous n'entendons pas, monsieur le Receveur, / - - I / I 1 CHAP. XIV. — - AjmiVjfeE DE MES PAPIERS. 285 ---■■■■ ■ ■ . . - que votre louable initiative vous devienne une charge. Je commence par vous dire que je mets ma bourse k votre disposition, et j'ajouterai, pensant qu'aucua de mes coll&gues ne me d^mentira, que* la leur vous est egalement ouverte. Cette offre g^nereuse fut ratifi^e a Vunanimitey etla stance fut lev^. Le lendemain, j*6crivis aux Ministres de I'int^rieur et de la justice la leltre suivante ; elle leur fut transmise offlciellement par M. le maire, auquel M. Yilneau m'avait conseill6 de la faire remettre : \ Plainte porUe par M^e Hersilie Rouy contre le doc" teur Pa YEN, mededn en chef du quartier des alienes d' Orleans, Pensionnat de Tasile d'ali^nds d*Orl^ans, 25 octobre 1868. A Messieurs les Ministres de Vinterieur et de la justice. Monsieur le Ministre, sAyant ^t^ envoy^e ici par radministration de la Seine, le 29 aoCit 1863, M,Ie docteur Payen m'ayant gard^e rigoureuse- nient sequestree pendant cinq ans, puis m*ayant tout a coup signe ma sortie, le 22 courant ; Ce brusque changement d'id^e, tout spontan^, inexplicable, car rien n'est change dans ma tr.aniere d'etre^ me plongeant dans le pKis grand embarras ; Ma position ^tant trop douloureuse, trop strange pour me permettre d'etre livr^e aux caprices des mMecins, me disant alienee ou non alienee, k leur guise; Ne pouvant, ne voulant pas Stre guerie d'une d^mence, d*Dn / ' f / ) 286 MEM0IR£6 d'UNE ALXl^N^Ei . ; '. \ 1 . , ^garement iBtelleetuel^ mSine proyisoirer, n'ayant jamais exists ; ' je vous prie, Monsieur le Ministre, de m'accorder une enqiidte sur les motifs ayant poufjse M. le docteur Pay eh i mfe S^qu^strer pieiK^ant cinq ans, comme n^ pouvant etrs lihre et sdntt surveil" lance, et sur, ceux Tayant pouss^j sans que personne loi der mandat ma liberty, a signer ma sortie juste au moment ou, . grAce au devoument de Madame et de M. le Normarit des Va- rannes, feceteur des hospides d'drl§ans, thir^^ pAr MM. les' administrateurs, qui m'entourent de leur bieaveiUantli protec- tion, de s'oGcuper de moi, mes affaires aHaient etre examinees, monetat civil regularise, J'.espere en votre justice et en ttttre bontfi, Monsieur le Mi- nistre, pour m^aceorder cette enqn^te et poof me permettre de Tattendre aux alien^s ; libre, puisque le certifieat de M. le doc-. teur Payen me fait libre, ou sous la garde immediate de M. le p'r^fet du Loiret et de MM. les administrateurs. Ma position maladive, equivoque, singuliere, ne me permet- tant pas d^accepterl'hospitaUte gen^reuse que M. et M*e Le Nor- mant des Varannes, auxquels je dois tahi dSja, m'ofTi'ent d&ns mon malheur, et qui ne pourrait Stre' accept^e satns i^s g^ner beaucoup ; c'est done aux autorites du Loiret que je dem^nde hospitalite, le medecin en chef me cfiassdrit. J'attends Thonneur d'une reponse qui, je I'espdre, me sera favorable. Veuillez, Monsieur le Ministre^ agr^er rhomGoage de mon profond respect. L'artiste Hersilie Rouir. Enregistree offlciellement et trainee d'asile en asile par Fad- ministration de la Seine, sous le nom de Josephine Chevalier, de parents inconnus. Voici la copie de la letlre que M. le Narmant rel^ut de radministration ; c'Mait non seulement un aveti, mais un elo^e de sa conduite : • •1. CHAP. XIV. — ARRIVEE DE MES PAPIERS. 287 Orleans, 26 octobre 1868. M tit* mui |>:ii- la Lieiiveillance de MM. les adtnH nlatrateurs dl'S iiospices d'Orleans, afln quails jolgnent ceci ames autres Jettres et declarations, et que chacun pui&se s'assorer cpie du premier au dernier jour, ma maniere d'etre, d'agir, de raisonner n'a pas change. Et comme on me dit un d^mon, je .signe : Le Diable. Ne isachant ce que j'allais devenir, j'ajoutai cette declaration au dossier ou ^taient r^unis tous mes pa- piers : Je conlie s^ M. et M"« le Normant des Varannes tout ce qui est relatif a mes afTaires, et les prie de garder le tout sans le laisser sortir de leurs mains sous aucun pretexte, en quelque lieu que me conduise mon destin, alors meme qu'on me dirait morte. Ceci devient leur propriete, et a leurs enfants apres eux, les priant d*en donner connaissance a qui de droit, afin que cela serve de temoignage a tous et a la posterity de ma reconnais- sance envers eux, et aussi de celle' que je voue en mon coeur a MM. les administrateurs des hospices, ou je suis arrivee indi- gente de la Seine, n'ayant droit qu'a la robe de toile bleue et aux sabots, et qui me font sortir vdtue et protegee. Je desire que les noms de M. le president Vilneau, de M. le comte du Faur de Pibrac, de MM. Lesourd, R»nceray, Leveau; de M. Vignat, maire de la ville d Orleans, qui a si gen^reuse- ment pris ma defense et qui a offert ses propres deniers pour me secourir, restent, avec le nom de le Normant des Varannes et du docteur Lepage p&re, un souvenir de gen^rosit^ et de bienfaisance pour la ville d*Orl^ans.... ou je suis arrivee d^nu^e de tout, m^pris^e, calomni^e, abandonn^e, et ou j'ai trouy^, 17 r 1 • . 2d0 VBMOIRES D'UNS ALIlBNEE. dans mon malheur et dans ma p^^uvretS, tant de nobler* oq^ox^ a qui Dieu tiendra compte de leur bont^.... car qui donne aux pauvres pr6te a Dieu 1 Comme on le voit par ces deux signatures de& post- scriptum, rien n'etait change dans mqi mjaniere (Tetre, ainsi que je le disais dans ma plainte. Je crus devoir adresser en meme temps k M. Husson, qui 6tait en r6alit6 le veritable arbitre de mon sort, una lettre dont voici les principaux passages : 12 novembre 1868. Asile d'OrMans. Monsieur le Directeur, Depuis quelques jours voi» d^vez avoir re^u, par la prefecture du Loiret, un certificat de M. Payen, medecin en chef de Tasile d'Ocl^ans, pouvant servir de certificat de sortie. Je m'abstiens en ce moment de le juger. Je crois devoir vousavertir qu'il continue a vous plonger dans I'erreur et dans Tignorance vQlontaire ou vous vous obstinez a pester en demandant vous-mSme ma sequestration, et en dic^ tatU voire opinion, Les cboses ne sont pas ici ce que vous avez pu les esp^rer.... Je suis arriv^e a n'Mre plus cach^e, et alors, Monsieur, TefTet produit partout s'est produit ici, mais plus vigoureusement encore. .... Ce n'est qu'^ voire administration, Monsieui* le directeuT) qu'au d^sordre qai y r^gne, qu'a la negligence, qu'au mauvais vouloir de vos employes, de ceux de la Salpetri6re, qu*aux ren- seignements . mensongers qui vous ont ete donnas sur mon compte, que je dcis tous mes malheurs et mes longues et epou- vantables peregrinations dans vos immondes bastilles. ^ quel r^- sultat avez-vous cru arriver avec une femme telle que moi? A Itt tuer.... mais pas a la dominer, ni a la faire taire. I I - ARBI'Vte DE MES fWIERS. Void ou en sunt lea cboses: H. Pa;en,tant qu'il a pa, in*ii m- epi&e* a you^. Aujourd'hui ta rumaur pabliquo na U lul pvrntal [du^. t^s actes lam, que je voua priaU d'envoyer I'liorcliiM' vliol la sup^ieure de Charenton, qui les a ca<;li^s, iiin&I ijiio iIb8 tu- leura,.a son adminlslraliuu, sont arrives ici. Dnuxe nulroN nctPI fMnt joints eCsanldgalementapocrjpliea. Tout i* qu* |>1 dlt e( d^clar^ se trouve gtre la plus elliroyabia 'vdrlld, npriA »valr pass£pour k plus deplorable dSmenca. i'ai ici lui dossier ^norme; et de tou3 cdti^ii lot mcntintii ul 'la* Attestations les plus lionorabl«s, les plus «yinpalhlquai M SDC^Adcnt ; Je penae que voua terez bien, Monnieui' U (UraoUuri 'e vous assurer par voas-meme des uhoses, car jo veiw vous mire abus^. Lft oertiScaE de M. le docteiir Pay?ii ii'^tant p»« tipltubl* a M HMinieiit, j'ai adress£ au* MiuiateeH dR U JiuUu* al da riat^eur des petitions pour deiuander line cuiiu^t^, Le jour de moQ arreslation k I'iidlel ilu qua) .Saiiil'Mlntitfl, Is* 1, TODS ra'avez dEniand^, en riant et en voiu (VoMfil la* UinS-'*- * ceqiia jevoolais? * Xetaici: je veiuc 1* que I'vlminbtralioa o'enUiiiU nftik; ta el la prefeclnre pour prendrn d'ufllc« nuin afbira »n lid; 9* Ire rendue libre p*r aal«riU d* Ju*tie« et aoo p»r U Ucat *e IL le tkwteur I^afea. enUr* l«tu*l Js pwt«»l«; 3' 9K I'aidinJtiisttatiMi uit ptaeai» iat omivu* tainiMutU «t d'eiiftence. !tte letlre. qui voat et9 adremi^ dirocleuiinil jrw It pA- '4« 1* Seine, K'a fw «■ r^youae pioniX* «t nslirfliMW*!, Mu i^iiubre*, a la ineMw. de bouleieii>«i'. V«nu iMUict ill, «*«'; oMii]v>eadre qu'time feinme qU tiuule««t>c tea Bl je o^u cetltf fcuB : l.'o*ti»t« HtreilMc iiAUi. tjBjrfirer que cugoAUr «t sue buatteaiuurt «a iMtoDiij't! fat 292 MEMOIRES D*UNE ALIENEE. ' - t r^sultats, ainsi que je Tavais demands, quaod Mi°e le Normant des Varannes vint le 14 novembre, d^ le matin, me chercher pour aller dejeuner chez elle.. Ma sortie avail 6t6 sign^e le 11, et je Tignorais. M. le pro- pose venait d'en avertir M. le Normant en lui disant qu'il comptait me laisser quelques jours pour trouver les moyens de m'installer ailleurs^ mais que M. le pro- cureur imperial en personne 6tait venu, la veille au 8oir, donner Tordre de me faire sortir imm^diatement. La soeur d'office 6tait boulevers^e. Jamais encore on n'avait vu la justice intervenir une fois la sortie sign^. On se pressait de faire ma malle, de tout entasser; on m'emmenait sans presque me donner le temps de m'habiller G'est que les ordres 6taient si rigoureux que M. le procureur g^n^ral envoyait, avant midi, un sergent de ville pour les faire ex^cuter ! Geux des administrateurs qu'on put rencontrer chez eux se r^unirent aussit6t et prirent une deliberation qui m'admeltait comme pensionnaire libre k rh6pital g6n6ral, au prix de 800 fr. par an, et m'autorisait, en vertu de ma situation precaire, a en acquitter le prix mensuellement. Gette deliberation fut ratifiee par toute la commission k la seance du jeudi suiyant, 19 novembre, et signee par MM. le comte de Pibrac, Ronceray, Vilneau, Le- veau et Lesourd. On m'arrangea, le plus commodement possible, une > . • CHAP. XIV. — ARRIVEE })t. ^MES PAWERS. 293 ^ grande chambre attenante k rinfirmefie des femmes, et chacun rivalisa pour moi d'enipressement et de bien- veiillance. II me fallait vivre, tocher de renouer quelques rela- _ lions, me rappeler au souvenir des artistes que j'avais connus, qui me croyaient morte et qui, en presence d'une si grande infortune, allaient s'empresser, j'en 6tais si!lre,'de mevenir en aide. Nous r^dige^mes de concert, M. et M™e le Normant et moi, un article aussi inoffensif que possible, annon- ^ant ma triste situation, sans en accuser personne, et le , propri6taire-g6rant du Journal des Debals, leur cou- sin, rias6ra gratuilement dans le num6ro du 3 d6cem- }»re 4868. Le voici texluellement : Les amateurs de bonne musique n'ont sans doute^pas oubli^ M^^^ Hersilie Rou>, Texcellente pianiste dont les matinees mu- sical es et les concerts avaient nn si brillant succes, 11 y a une quinzaine d'ann^es. Cette artiste avait tout a coup disparu du xnonde parisicn. Un concours de circonstances ^tranges I'avait fait passer pour folle, et on avait annonce sa mort. Nous apprenons qu'elle vient d'Sfre rendue a la liberty, aprds quatorze ann^es de s^jour dans les maisons d*ali^n6s,- ou elle ^fait (^ach^e sous le nom de Josephine Chevalier. La justice est saisie de cette myst^rieuse affaire, sur laquelle nou»- aurons occasion de revenir. « L'efFet produit par ce f ait-divers fut foudroyant... contre moi. II r^veilla des sympathies qui me furent fort utiles, mais irrita profond^ment ma famille et les bureaux sous la pression desquels Tadministration, en , . . . /f ^294 MEM0IRE6 B'UNG ALIEN^. I'absence de MM. Yilaeau et de Pibrac, mes z&l&s protec- teurs, r^voqua la d^lib^ratioa du 19 novembre et ddcida que je quitterais le pensionnat de rh6pital k I'ezf^i- ration de mon mois. Je ne pouvais plus ^compter pour vivre que sur la eharit^ priv^e, Tassistaoce publique ayant refuse de me placer k rh6pital general comme pensioimaire libre. J'^tais pourtant si malade, si lasse d'une lutte dispro- portionnee et que tout semblait devoir rendre inutile, ^ que J'y serais rest§e, si Ton avait voulu m'y accorder la. pension de premiere classe, {k laquelle je venais de pas- ser un mois,) un piano et 500 fr. par an pour ma toilette; et je I'avais fait savoir k M. Husson. Je ne comprends pas que radmiiiistration n'ait pas eu la conscience, la pitie, la prudence de me garder, de m'6viter la douleur de porter plainle centre cette 6pou- vantable et longue detention. Je comprends encore moins le refus que la justice d'0rl6ans a fait de s'occuper, autrement que pour presser ma mise a la rue, d'une affaire qui la regardait particuli^rement, puisque les asiles d'ali6n6s sent places sous sa garde. D6pouill6'e de tout ce que je pos- s^dais, j'avais au moins droit k sa bienveillante inter- vention, qui aurait pu amener une conciliation et me faire obtenir, m^me avant ma sortie de Tasile, une reparation convenable, me permettant de vivre tran- quille, en 6vitant le bruit et le scandale qu'une sem^ blable cause devait in^vitablement produire. ^nsujOffifS ejt-il que le !4 decembre, i sis heUreb du trfi^i je fus somm^ de qliittei- ttii chambre, J'ftil soflis navrte, poUr me r^fugier encore uno foi^ •ptiB de M. ct M""' le Normant, qui hahilaltent «B des (tavtllons de l'h6pilal. Matgr^ ce que letir cceur leuP kispirait, ils n'osaienl pas liraver ouvertement des erdrea siip^rreurs. L'6conome, M. Julien Pi^bourff, touchy de ma d^tresse, leur viirt en aide en leur de- 'Mafidaht, sous sa responealiiiif^, de me recevoir pour taae nuil chez eux. L'administration devant se r^unir teteodemain pour prendre prol>ablement des mesums* mob sujet, et M. Vilncau ajant declare qu'il donnerail sa demission si j'etais jette brutalement dehors ftvont qu'il m'eut trouve un refuge, nous eapfirions loul con- cilier ainsi sans froisser personne. fadnoimstraUon ^lanl debairass^e de moi tie s'en bcciipa pas davanlage, sioon pour me refuser le trctus- au qu'elle m'a\-ail accords un mois auparavant. MM. d« Pibrac, Vilneau et Ronceray acquirent alore 1& preuve douloureuse de la gravity d'une aucueation de iUte; partout on refusa de recevoir, m^me sous leur ti^Hl responsabilil^, une femme sortant dee ali^n^. £t je n'aurais pu trouver un glte, i quelque prix que (fit, si !es proprietaires de I'hOle! du Lolret, M. et * Bois^&re, n'avaient eu pifi6 de rlen el ne m'a- eat jicceplfe, au risque d'effaroucher leur clientele ; d 3ont je )eur reste Fincerement reconnaiaeante. Ces meesieuTB pay&rent H mon preimer tntris. V 296 H^MOIRES d'uke alien^^. ^^^^—^~^-^— • ■ — _ — - , , -^ I - ~- - / M. et M"'^ le Nbrmant m'avaient gardte pendant les trois jouri^ de courses incessantes qu'ils avaient eues k faire avant de me trouver un pied-a-terre. Le 14 no- vembre 1868, je quittais rhdpital g^n^ral sous le nom de Josephine Chevalier. J'entrais k Thdtel du Loiret, le 17, sous celui d'Hersilie Rouy, pour continuer la vie d'^preuves sans tin k laquelle la toute-puissante volenti de Dieu m'a condamn^. . Mon frfere avail 6crit k M. le Normant en offrant de me continuer les 260 fr. de supplement qu'il payait annuellement pour moi, d la condition que je ne quit- terais pas Orleans. Cetle ofifre m'avait touch6e, et dans la lettre ou je Ten remerciais, je lui disais : Dans quelle affreuse affaire sommes-nous done ploughs etque s'est-il pass^ autrefois ? M'avez-vous r^ellement crue folle? Est-ce bien vrai? La let- tre que vous avez adress^e- a M. le Normant me le fait penser, et je me f^licite d'avoir dit que vous etiez abuses. H61as! en r^ponse k celle-ci M. le Normant en re- cevait une autre, pleine d'animosit6 ou, aprfes avoir r66dit6 toutes'les calomnies qui avaient servi ^ expli- quer ma folie et ma sequestration, M. Rouy ajoutait : Je pense que la folie religieuse et mystique, la plus dange- reuse et la plus incurable de toutes^ la possede encore tout en- tidre. La responsabilit^ de ceux qui la laissent libre est done grande, bien grande. Je r6pondis a cette diatribe en refusant avec indigna- tion le secours qu'il m'offrait. CHAP. XIV. -— AHRIVI^ DE MRS PAP1EBS. 997 hs 23 dfeembre, paraisaait dans le journal des Debats la refutation suivante de la note ins^r^e vliigt jours auparavant : Nous avons r^cemment public quWe ancienne artiste avail salfii U JDStice d'une plaiute en sequestration, sous on bux nora, dans une maison d'aliinfe. Nous avians Hi mat inform^, etnos renseignements, puts^s a source certaine, nous ont appris'qae celte peraonne, s'appelle bien Chevalier et non autrittnant, el qu'aucune plainte ne pou- vait Hre portrie, attendu que I'^lal mental de celte personne avail necessity d'urgence rintervenlion du mMecin et de I'aiitorit^ elle-m£me poor son admiasion dam une roaiSon d'ali^nte. ^n m^me temps une letlre de M. le Norniant, des ' Debats, nous avertissait que, menace d'un proefes, il avait cru 'devoir accepter I'insertion' de cette note recli- ficative, qui me donnait droit de r^ponse par la m^me Les Debats du 29 ins^rferent done la letlre sui- vante : Orleans, 27 d£cembre 1868. Monsieur le B^danteur, Pertaettez-moi de rectifier, a mon tour, une profotide erreur conunise dans voire numdro du 33 courant. La source oii vous avez paiti vos renseignemerts m sujet de ceile que vous dites 61re M"* Chevalier, ne vous en a rourui fjue de compl^tement ineiacts. M"' Hersilie Rouj, Slev^e publiqneroent par M. I'astrono'iii? Charles Rouj corame sa Me lisiOnX; M"* Bersilic Rouy, y«i a il. I 298 m£moiiies d'ums alienee. toujours parte le nom de Rouy et non pas cTautres, est la pro- pre soeur de M"* Dorothee-Jeanne-Marie Romj, qui a epous^, sous le nom ,de Rouy, el non pas sous celui de Chevalier, M. Jean-Claude-Laurent Rouy, fits de Claude-Daniel Rouy, ehe- valier de la Legion-d'Honneur, alors administrateor du journal JLo- Presse, comme vous pouvez tous en assurer a la mairie du troisieme arrondissemeixt de Paris, a la date du 15 novembre 1845. W** Hersilie Houy a par devers elle tous les aetes civils, religieuz, ete., lui conferant le nom de Rouy et point d'autre; et nul n'a le droit de toucher a ce nom et de lui en donner on autre, taint qu*un jugement n'en aura pas decide. ^ Je n*aborderai pas ici, Monsieur, une question plus delicate et j>lus gfave encore, concemant nion enlevement et mon etat mental; une grande reserve m'est imposee en ce moment, et vous le comprendrez. Seulement je dois vous dire que ce qui a pr^c^d^ mon enle- vement et les fails qui lui ont servi de pr^texte trouveroM bientdt lenr complete refutations cdmme aojourd*bui, dans un autre ordre, j'^tablis Tauthenticit^ du nom qui pendant quinze ans m*a &i6 enlev^, ayant ^t^ officiellement enregistree sous celui de Josephine Chevalier, fille de.... et de.... Je me suis fait un devoir de soumettre la question aux auto- rit^s. Yeuillez, Monsieur le rMacteur« avoir la bonte d^ns^rer, selon mon droit, cette rectification dans voire prochain numero. Pen prends toute la responsabilit^. Hecevez, je vous prie, monsieur, Texpression de ma haute consideration. Hersilie RouV. Cach^e sous le nom ofticiel de Josephine Chevalier. J'etis soin, pour 6viter toute contestation, de signer avec le tr6ma. Le jour ou paraissait, en termes relativement mo- I CHAP. Xr?. *— ARRIVIEE tlR MKS PAPIERS. ' S&9 \ - 1 . I r I I J ■-! ■ -r I - - - - ■ - d^i*§s, ^a soi-disaiil rfectiflcation au Journal des D^ats, M. Rouy d^chargeait ainsi sa bile sur mes courageux amis : • I VlUe-d'A^ray, 23 dScembre 1868. Monsieur le Normant, Je n'ai pas Thonneur de connaitre M"« le Normant^ xnais |)eu s'en est fallu que la justice ne fi^t saisie, non pas d'une plainte en sequestration qu'elle avait fait signaler par le Journal d0B B4bats, mats d'une plainte, faite par moi, en calomnie et publi* cation de faussW nouvelles, car, apr^s la d-marche fkite par mon fils ain4, (je vis ici dans une retraite profbnde), il a pu constater que Tarticle calomnieux provenait de M'^^' le Normant dlle- m^me. Je te laisse tomber k plat coinme il le mMte^ La seule r^ponse que je daigne y faire est celle-cl, que je transcris de Tenveloppe qui recouvre chez moi le dossier, car j'ai aussi un dossier, moi, de M"« Josephine Chevalier, fiUe adulterine de mon pSr^, et dont la mere est morte le 6 octo- bre 1831 (1), cinq semaines avant la mienne, femme legitime^ morte k son pays, le 11 novembre 1831, ou elle s'^tait retiree. Yoici done ce qu'on lit sur cette enveloppe de mon dossier : '< Gorrespondance et documents ant^rieurs a 1854, t^moi- gnant : <( 1<» Da chagrin qu'elle a cause a sonpere, a sa soeur et a nous- mSme; « 2o De rinteret, da devoument que nous lui avons toujours temoigne; « S^* De Tihgratitude par laquelle elle y a toujours r^- pondu (2). » (1) II y a la uneerreur, i'epetee dans le memoire a M. Tail- htmd : c'est le 6 oetobt'e 18^ tju'est morte Henriette Chevalier. (2) Je citerai k ce sajel dear seulement des nombreux lemoi^ I i . 300 MEMOIRES D^VNE AUENl^E. Etpuis, soulign^, comme recommandation a mes h^rittersj « Aucune piece de ce fatras ne doit etre aneantie^ » Ces pieces sent nombreuses, car j'ai depuis soixante ans la manie de tout conserver. Je ne vous citerai que celle-ci de son pere, parmi toutes les autres qui proviennent de lui : lauclie-t-il? Comroent vaus trouvez-vous calomni^, ou xa(tme seulement d^- jtign^, dans ud article qui ne parle que du talent de pianisle de M"" Rouy, de safolie et de sa morl. vraiea ou diusBeB'.' Qu'eat-oe "que sa ripiilalion ou sa conduite priv^e onl a faire dans celle «Bure, el comment eipliquer votre achamernenl conlre une naliieureuse femme inoffensive, qui, remise enfin en liberty, malade, bi'is^ par qoatorze ann^es de sequestration, ne de- .nmnde que repos et conciliation? Que signilie cetle maladroite tentative d 'intimidation contre ma femme et contre moi, doot les bonnes intentions a regard de M"* Hersilie sont connuesV lentalive qui pent vous comprs- ^ f \ ■ [ 302 M^OJRES D'tJNE ALI]^£fi« mettre gravement, car elle trahit une grande apprehension de ce que la mise en liberty de votre soeur peut amener. L'affaire de M*i« Hersilie est aussl erablrouill^e, aussi teh6- breuse que possible ; nous ne souhaitous qu'une chose : la lu- miere, et nous I'avons denland^e a tous, qu'elle se fasse pour elle ou contre elle, qui seule ne parait pas la redouter. Mais il faudra, vous en conviendrez, d'autres preuv^s qUe Id siiscrip- Hon de votre dossier pour lui retirer le nom d'Hersille fioUy que lui conferent : 1« Son acte de naissance, qui la dit fille de Charles Rouy ; 2° Son acte de baptSme, qui la dit fille du m^me, de legitime mciriage ; * B^ Enfin le jugement du tribunal de la Seine du 29 ootobve 1845^ ou elle n'est pas norom^e, il est vrai, mais ou il n'est fait mention d'aucun manage ant^rieur de Charles Rouy. Si M^^^ Hersilie est fille adulterine, sa soBur cadette, tioro- thee, Test an m^me titre, puisqu'elle est n^e en 1818 et qiie ee n'est qu'en 1831, dites-vous, qu'est morte votre mfete, Marie- Joseph Stevens, dont un acte de notoriety joint a votre acte de manage, en 1815, constate Tabsence sans nouvelles depuis 1798. Mile Hersilie Rouy a done droit de porter le nom de son p^re, puisque c'est sous ce nom queM"« Dorothea Rouy epouse un de vos fils, M. Jean-Claude-Laurent Rouy, en 1845; ii.moins qu'un second jugement, dont nous n'avons pas connaissance, ne soit venu de nouveau rectifier des en^eurs. , Enfin, Monsieuir, le bizarre passage que vous citez d'une let-- ire de M. votre pere^ du 18 avril 1841, s'il s'applique a M^e Her- silie, est endesaccord complet avec les ranseignements que neas avons recueillis sur son devoument filial et fraternel; il n'arti- cule aiicun fait precis, il emana d'un homme qui peu d'annees apres meurt fou, et je puis lui opposer une serie de lettres de M"« Desiree Rouy, votre epouse, dont la premiere est de 1842, qui temoignent de la vive affection, de Testime complete qu'elle portait a M^i* Hersilie et des bons ra^pports qui existaient entre cette derniere et toute votre famille. VousHoaeBld, Mdnsieur, / CHAP. XIV. — ARRIV1SE DE MES PAPIEKS. 303' avez ete loger cjiez elle; paiy une lettre du 18 ffivrier '1843, M«e Desir^e lui en adresse ses remerciments et les votres; et s'il y a, dans ces lettres, une appreciation s^v^re de la conduite d'une des deux soeurs, permettez-moi de vous le dire, ce n'esl point a Mi^« Hersilie qu'elle s'adresse. II y a dans I'histoire de votre famille, Monsieur, des faits dont vous n*Stes sans doute pas responsable, mais quMl vous serait certainement p^nible de voir mis an jour. J'ai horreur du scan- dale ; pourquoi semblez-vous prendre a tllche de provoq[uer voire soeur a en faire, en la dilTamant ainsi aupres des amis que son infortune lui a acquis ? Sachez-le bien, je ne me prMerai jamais, ni par peur, ni autrement, a me faire complice d'une injustice, ni a accabler une infortun^e abandonn^e par ceux qui devraient lui venir en aide, et qui n'a trouv^ de secours que dans la sympathie que sou malheur a excite Chez des etrangers, au nombre desquels je m'honore de me trouver. Recevez, Monsieur, mes sinceres salutations. £. LE NORMANX DES YaRANKES. M. Rouy ne fit aucune r6ponse i.cette lettre^ pas plus qu'a cette que j'avais fait publier dans Jes DehatSy et je portal d^sormais sans contestation mon nom de Rouy . Sitot qu'on apprit au ministfere que je n'6tais pas une inconnue, n^e a Milan de parents inconnus, mais que j'appartenais a une famille tr6s-honorablement plac^e dans le monde, quej'avais la possession d'etat incon- testable du nom d*Hersilie Rouy, que j'6tais reconnue etavou^e par un parent baut fonctionnaire, on s'emut, et on demanda mon acte de naissance. U en r^sultait que j'avais ^te frauduleusement introduite a Charenton, ou Ton avait fait pour me cacber des faux en ecriture 304 \ • ■ ■«■ ' -- > ''^ N MEMOIRES D*UNE AU^NEE. puhlique et de fausses d^clslrations, faux mainf etiuj?.' pendant quatorze ans par la Prefecture de police, les administrations et m^me le parquet d'Orl^ans, qui avaient fait disparaitre tons les papiers me concemanL A plusieurs reprises, M. le pr6fet du Loiret avait de- mande, soit au pr^fet de la Seine^ soit au minist^re, des renseigfiements sur mon ^tat civil, sans en pouvoir ohtenir, Aujourd'huile ministfere en demayidait k son tour, et malgr6 la venue de mes papiers, en. 4867 et 1868, les t^moignages nombreiix recueiilis >a ce sujet, on persislait encore officiellement a ignorer qui j'6tais ! Seulement, du jour ou M. le docteur Payen avait su que j'^tais cousine d'un chef de division aux Haras, il avait trouve que j'allais beaucoup mieux; ce mieux s'est accentu6 apr^s la visite de M. le pr^fet.... et il m'a trouv^e gu6rie, quand MM. les administrateurs oat d6cid6 d'en r6f6rer k la justice. N'est-ce pas assez horrible? J'avais k Orleans des partisans nombreux et quelques d6tracteurs ; on %'y occupait beaucoup de moi ; tous les journaux de la locality en avaient parl6,et tous dans un sens favorable. On s'6tonnait de voir la justice indiffe- rente a une serablable affaire, qu'elle devait, pensait-on , trancher dans un sens ou dans I'autre, les faits 6tant trop graves pour qu'on put simplement les laisser tomber. Le 31 Janvier 1869, Ylmpartial du Loiret disait, "■■V / . \ CHAP. Xiv. — ARRIVEE DE MES PAPIERS. 305 ' ■' ■ / dans le long et sympathique article qu'il me consa- crait : Si >!"• Hersilie Rouy a m6rit6 son sort, qu'on le prouve publi- quement. Si elle estvictime d'une deplorable erreur ou d'une odieuse persecution, qu'on lui rende en^ justice. C'6tait le cri de la conscience publique. Le 23 fSvrier suivant, M. Charles Sauvestre, discu- tant dans VOpinion nationale la loi du 30 juin U838, reproduisait dans son entier I'article de VImpartial et ' ajoutait : I Nous laissons, bien entendu, au journal d'Orl^ans , la respon- - sabilite de ses affirmations. Toutefois, nous ferons remarquer qu'elles sont precises et qu'il s'est ^could vingt jours sans qu'au- cun dementi soit venu les combattre, du moins a notre connais- sahce. Si le dementi ne vintpas, ce ne fut pasfaute d'envre. Le Jour mSme, M. * Durangel adressait la lettre sui- vante a M. le directeur de Gharenton : Paris, 23 f^vrier 1869. Mon cher directeur, VOpinion nationale nous attaque an sujet de M"« Hersilie Rouy, dite Chevalier. Le premier placement de cette demoiselle a eu lieu a Gha- renton en 1854. Je suis charge de r^pondre a Tarticle du journal; mais aupa- rarant, pour eclaircir un point reste douteux, j'aurais besoin du dossier de la personne. Veuillez, je vous prie, me le transmettre appuy^ d'un mot. u , ' - T ■ ^ . I - I' 306 ' Mfi*blRES IJ'lJNE ALX^NISE. -- - - - I I - I ■! I I I- I I. . I. _ I I __ .1 ■■ ■_ _. ■■ ^^^^^a^a^^B^^^^^BV^BMHMHHFBM^^i^^a^HBB^^M L6 dossier ftit transmiis Bt iienvoy6 deut jouifih apt^s avec la lettre ci-jointe du Ministre de rial6rieur : f»aris, ^ f^wier 1869. Monsieov le di^p^cteur, Je m'empresse de vous renvjoyer le dossier relatif a la demoi- selle Chevalier*Hoa^, ancienne {>ensibtlna^r6 'de !a maisbi^ ittp^ riale de sant^. L'examen des diverses pieces de ce dossier m'a donn^ lieu de reconnaitre que la malade avait ^te admise sur la simple pro- duction d'un certificat m^dical^ et a la demahde ve^rbsde du m^ decin signataire de ce certificat. Bien que cette irregularity ne puisse engager votre responsa- bilite pe^sonnelle, puisque radinission r^ittiottte \ 1854; }e crois devoii* vous la signaler et vous recomttVAndet dte veiltet* «cnipii- I^usement a ce qu*aucun placement V6loiitMrie tt'^it lieu saisk Time demaiide ecrite r6dig6e dans la fortfafe ^li^scnte par I'arl. 8 de la loi du 30 juin 1838, et accompagn^e desjustific&tidnft enone^es au meme article. *ie n'ai pas besoin de vous faire observer qu'en aucun cas le medecin certificateur ne pouvait Stre en m^me temps le signa- taire de la demande. Recevez, etc. Le Ministre de Vinterieur. Pour le Ministre : Le Conseiller d'J^tat, secretaire genial, Ph. DE BOSREDON. CHAP. XV. — REFUS D'.\SSI8TANCE JtirHCIMRE. CHAPITRE XV Je n'ai eu conn^ssaoce de cette piquante correspon7 dance minist^rielle ijue plusieurs ann^ apr^s, loraque toes rapporteurs me communiquferent les pifeces qu'ila avaienl relev^es, Je vis bien qu'on ns rSpondiat rien 4 I'Opinion nationaU ; mais on ne r^pondait pas davan- tage 4 mes r6damations, et j'ttais loin de croiioiiu'^'i le moment m^me M. Durangel me rendait dijh le doio de Rouy, et que M. le Ministre coostatalt l'in'i!'g:ularite de mon entr^ ainsi que la responsabilit^ personnelle du directeur, qui m'avait accept^e sans les pieces exi- g^es par la loi. Lasse d'attendre, je voulus adresser une plainte au parquet, et j'allai, arm^e de toutes mes pieces, con- suiter un des avocats les plus en renom de la ville. 11 commen^a par m'avertir que, soil criminelle, soit correctionnelle, soit civile, le parquet d'Orliaas n'-AQ- 'I 308 MEMOIRES D«UNE ALIENEE. f > ■ ■ ■ ■ ■■ wi. ■ ■ ■ I cept^rait aueune plainte de moi ; et comme je roe r^criais : . \ — Coimaissez-vous un moyen de faire marcher la justice malgre elle? me demanda-t-il tin peu ^ve- mexit. ' H^las I je savais par une longue experience qu'il ne suffit pas de montrer k la justice un crime a emp^cher ou k punir pour qu'elle s'en occupe. Convaincue que je n'arriveifais a rien a Orleans, je r^solus de partir pour- Paris, quoique ce" fut, selon M. Vilneau, « alter me jeter tete haissee dans le pieg,e qu'on me tendaity et risquer fort de n'y pas con- server longtemps la liberte que fetais si heureuse d' avoir recouvree, ^ Je ne m'y aventurai toutefois qu'en prenant m^ pre- cautions. M. le docteur Constant le Normant des Varannes m'adressa k son ami, M. le docteur Henri Favre, direc« teur du journal la France medicale, M. Cotelle, b4- tonnier de Tordre des avocats d'Orleans, me recora- manda a M. Jules Favre, quiconsentit k s'occuper de mon affaire. J'arrivai k Paris dans les premiers jours de mars, el j*y descendis chez des dames bonnes et compatissantes qui m'accord^rent la plus g^n^reuse hospitality pendant le court s6jour que j'y fis. Des le lendemain, le docteur Henri Favre me pre- senta a son illustre homonyme, qui me re^ut avec unc / chapT XV. — REFUS d'assistang£: judiciaire. 309 • "■ - ~" III ■ - ■- - . ^^^- -^^ - - - — — grande bienveillance, prit une connaissance sommaire de Taffaire, la jugea fort grave et trfes-difficile k suivre,- a cause de la n6cessit6 d'obtenir rautorisation du con- seil d*£tat. II fut convenu que Ton r6clamerait le se- cours de Fassistance judiciaire centre les auteurs de ma sequestration et contre ledirecteurde Charenton. M. Sidne^-Vigneaux, jeune avocat, ami de M. Henri Favre, se chargea, concurremment avec M. Georges Coulon, de r^diger ma demands, qui concluait en 100,000 fr. de dommages-int6r6ts/ d'apres Tappr^cia- tion de M. Jules Favre. Je vis alors mon cousin Laurency. Seconds par le docteur Henri Favre, il s.'efFor^a de m'obtenir une au- dience des chefs de division de la justice et de I'inte- riexir. Toutes les portes me furent rigoureusement fer- m^s. M. Follet, chef du bureau des ali6n6s, vint voir mon cousin, lui.montra une volumineuse liasse de mes ecrits, disant que j'etais trfes-folle, que mes lettres 6taient m^rae dangereuses pour la morale pu- blique, etc. J'eus une longue discussion a soutenir avec mes nou- veaux protecteurs pour expliquer et justifier ce qu'i] y avait de vrai dans ce qu'on me reprochait, entr*autres mes deux rentrees presque imm6diates aprfes avoir 6te mise en liberie, ce qui pouvait passer pour une preuve de folie et d'iricapacit6 intellectuelle. N'etait-ce pas encore la cependant que j'en serais r^duite, si la cha- rite privee se lassait avant qu'on n'eAt fait droit a mes ■ 'I I ■ ' / ' 310 MEBIOIKES d'UNE ALI^N^E. ■ ■ III! I 11 III II I I I ■ . I I. I ■ I « I ■. I I I J I r^tafidatioubs, puisifvk'on ne vouJait me secourir que Gomme folfe? ^ N'ayant plus rien k feiire k Paris, ou aucun de ceux dont moil afifaire d^pendait ne Toulait ni me voir m m'entendre, je revins k Orl^ans^ au bout de trois semaines, munie d'une lettre de M. Henri Favre au docteur le Normant des Varannes ; il y appr6ciait ma situation en ces termes : Mon Cher ami, L'intervention que j*ai prise dans le voyage de M"* Hersil/c Eouy louche a sa fin. II s'agissait de d^pouiller un dossier complique; grace au concours d'un jeune avocat de mes amis, j'ai fait de mon mieux. II fallait voir Jules Favre et constituer avec son concours Iq& bases d'une instance judiciaire. Cette demarche a produit TefTet desir^. t Une requite a 6t^ d^pos^e par Tillustre avocat en personne, le 8 de ce mois. M^^^ Rouy, pleine de raison et de convenance^ remplie de talents et de plus d'une sorte, ne manque, pour le moment du moins, que d*une position mat^rielle acquise, qu'il n'est pas mal- heureusement en mon pouvoir de. lui procurer, etc. Mon cousin m'avait recommandee a M. le gen^raJ Fleury, directeur des Haras, qui avail bien voulu i^e* mettre k I'lmperatrice une lellre de raoi soDicitant une enqu^te. Le 23 mars, le secretaire des commande- ments, M. Damas Hinard, le pr^vint que S. M. Tavait •Ii»fg6de prier M. de Forcade la Rotjuells, irilniMtro , de rint^rieur, de faire di-oil k cGtte ditrnande. J'attendis done I'enqufile; mnit) en attemltuit il fuUiiil [idvre. J'eus I'id^e de faire appel 4 un ancicn ami, If. Atesis Az^vido, en le priantde voir s'il m ncrui '.ms possible d'organiser un concert k inon M.nitHcif t .OrUans, pour le lendemaia de la iftle de Suannv d'Arc. ,11. Az^idoen paria a M. Charter ],amtint leur concours di- ^aM^KBaft. Le 9 mai 1860 eut lieu dana la aatto de dustttul, dev^tnt mne Bombrense «t sympathi'^De ann»- , ce concert oi!i f^irfercnljaTec M, Lamnun™*, K Ko^mj Guibert.aoo ^ie^e; M'»»S^e8le,derO(.^r». BoBuque; U. Soto, de I'Atheaie. M"* CaRtin, premier ~[ dn Cooaervataine, a^ait bien von] a acMpl«r Ia ■HIb vadeate ii'aoeiMaf3iirBatna». Qnatre artisleii otUa' fifes, MM. Gack, B-iauvatlet, Dabier «t G«nrH nc^c»' it &'na>!> inutM nv pbao. B ecfeadaat obTigte , pnttP 312 M^MOIRES D'UNE ALIENEE. veillance et fit ovation aux artistes qui ' me venaient si gen6reusement en aide. On rendit compte dans les journaux de ce concert, qui r^veillait Tattenlion sur la ben^ficiaire . M. Charley Sauvestre, ins6ra tout au long, dans un article intitule Une resurrection, publie par V Opinion nationale,.lsi lettre que lui ^crivait a ce sujet M. Az6v6do. J'appris sur ces entrefaites que M. Rouy avait et6 mand^ k la Prefecture de police, laquelle allait faire son rapport et conclure contre moi sur les dires de mes ennemis. J'6crivis de nouveau a rimp6ratrice, toujours par Tentremise de mon cousin et du general Fleury : •v Hotel du Loiret, 15 mai 1869. Madaoie, Voire Majeste a ordonne une enqu^te. Celle enquete n'a pas ete faite, et aujourd'hui comme depuis le premier jour de men enlevement, on m'a jug^e et condamn^e sans m' entendre, sans voir mes pieces, malgrevos ordres. Douleur extreme I on me perd pr^s de vous I C'est encore a Yotre Majesty que je m'adresse, en la suppliant d'avoir la bonte de prendre elle-mSme connaissance de la lettre suivante. C'est grave : on trompe les souverains. £n voici la preuve. Daignez agr^er, Madame, etc. Hersilie Houv. La lettre incluse dans celle-ci etait adressee k M. Du- rangel ^t resumait ma situation. On s*en tSmut k la Prefecture de police, et M. Jeuf- CHAP. XV. •— REFUS d' ASSISTANCE JUDICIAIRE. 313 frey, chef de la premiere division, 6crivit a M. le direc- teur de Charenton : /• Paris, 16 nnii 1869. M>i« Rouy, dont nous nous sommesd^ja fort occup^s, va nous donner du fil a retordre ; vous connaissez les personnes qui pa- raissent la prendre sous leur patronage. Pourriez-vous me cominuniquer le dossier? Je Toudrais causer avec vous de cette- affaire. M. Jeuffrey, trouvant dans ce dossier la lettre de bl4me du Ministre de Tinterieur que j'ai Cit^e k la fin du chap. XIV, se tint coi et laissa les journaux parler de moi tant qu'ils voulurent. Je ne puis m'emp^cher de remarquer que jamais je ne suis traiiee de folle ni nomm^e Chevalier dans toutes les correspondances ^changees a mon sujet, bien entendu quand elles ne doivent point passer sous mes yeux. Le 5 juin, le secretaire des commandements ^crivait a queysuivant le desir exprimepar Sa Majeste^le Mi- nistre de rint6rieur avait present une nouvelle enqudte dans laquelle je serais entendue^ et qu'on joindrait au dossier de Tinformation les pieces les plus caract^ris- tiques de ma correspondance. :i> M. le pr6fet du Loiret me fit connaitre qu'un secours de 500 fr. m'avait ^t6 accord^ et me serait remis par sommes de 100 fr., de mois en mois. Mais on me fit bien remarquer qu'on venait a mon 18 344 XEXCrOUES B'rSE AUtslS. aifte stfr la reconimandcUiou de S. M^y ei nan rninisterielle^ment. L«> miaistere, ne ToolaBl se lecoa- naitre aucjn tort, a-xrait eu pear de paraltre consentir a. UTte re^rztl'yn en medonnant de loi-meoie un seoours. On me prevint ea outre qn'oa arreteraii imiBUttite- raent le:« tond^, si je me liai^ais voirou si on pariait de moi. M. Rabut, commissaire aux delegations jadiciaires, me fut dep^che et vint i Thotel du Loiret demander if"« Chevalier. — Nous ne la eonnaissons pas. — Mais si. — Mais non. — lin^Rouy? — Cesl diffe- rent ; vous allea la voir, M, Rabut causa quelqaes instants avec moi, ne^ com- prit rien a une affaire incomprehensible , demanda a mes bdtesses si y avals lecerveau solide.... et s'en fut, .sans ^tre all 6 voir aucun de ceux qui s'occupaient de moi. M. le docteur Constans, inspecteur general des ali^n^s, ]e suivit de pres. On lui r^pondit, comme a M. Rabut, ne pas connaitre W^ Ghe¥alier. — Mais si^ une folle. — Nous n'avons pas de folle ici. II fut oblige de demander M"« Rouy pour pouvoir 6tre introduit. M. le docteur Constans fit une tr^-longue pause chez moi. II examina tous mes actes, lut mes lettres de famille, nc comprit pas comment des relations de pa- rents si bien ^tablies pouvaient Mre ni6es. II m'apprit alors, et cela me fut confirm^ plus tard au ministire et GHAP. XV. — REFUd D'ASSISTAi^CE JUDIGIAIRE. 315 ' '■ ■ ' ' -« — . k la Prefecture de poiice, que M. le docteUr baron Pel- leli^de Kihkelm, ayant Thabitudede se d6barrasser de ceux qui le g^naient au moyen d'un certificat de folle, oil pettsait que j'^iais \ine ancieiine maitresse I'ayant iTttportun6 de mes poursuites, k laquelle il avait pro- pose une promenade sentimentale qui avail aboutl k ChArenton. H ajouta qu'un jugement m'interdisait le nom de Rouy. \oi\k comment il 6tait renseign6. J'eus beaucoup de peine k lui faire comprendre que tout cela 6tait feux, que je n'avais jamais vu le docteur Pelletan avant ^mon enlevement. Je lui montrai le jugement, qui ne concerne que ma soeur et qui, lorn de lui 6ter le nom de Rouy, le lui confirme. II me dit alors, comme tout §triB raisonnable, que s'il y avail des doutes sur la regularity de mes actes, c'etait a la jus- tice St en decider, et non a des strangers a trahcber la question d'aulorite, mais qu'on ne reconnaitrait jamais avoir eu des torts envers rrioi, ce que m'avail d6ja dit M. le pr6fet du Loiret. Lui-mSme se f«''''*^*;~ mon journal, meg impressions, mes m&noires.... quy verra-t- on? D^voftment, travail, honn^url '3., L'honneur, Monsieur Vinspecteur, a la place du deshonneur affkiel dont on m'a abreuv6e depuis qumze ans. , Et vou. me dites de me Uire. de rester dans mon coin, d'attendre le. sacours de la bienveiUance qui m entoure .... De queue bienveillance? Quelle -f ^^ ^'i^l-^'T .^J^! secourue depuis six mois que je suis libre? Estw:e U bien SnL officielle, ministirielle? - Voulez-vons savour ce ."'S Unormant et Greftler out refuse de me voir. Ceci est '"mJ^ScI et Follet m'onl ferm. leur porte. Ceci est pour '"Q^nt^au. autre..... MM. les P-^ "^ ^^'^^et'St; tendre. M. le pr^fet du Loireta«e l"***'""*" /^^^ ^im bon et aimable; mais lui et M- Dureau VonX 616 «>««»* ^"^ pies particuliers. M. le maire dbrl&ins m'^ J«^« ^ '» P^'** ^ rhdpitel;8es amisontrefUs6de prendre des bOlets pour mon concert.... Que me reste-t-il? — L'lmp^ratrice ! Oui, gr&ce au g6n6ral Fleury. Mais on fait en son nomce que ron veul; et rimp6ratrice ne m*a encore doitfi* que m fr.... 18. ■ ,'■■ ' I .' 3i8 ifiSiiomss B*ifKB lUdNtft. . Ce iTest pas- tant qu'ane petite bourgeois^ san^ eplkiidti qui, touchee ^ij tel malheur,~m'a log^e, nourrie, v^tue aPavib et a pay^d«ux mois de mon hotel iei. Vous mt dites de me taire ! Est-^e la votre justice, Monsieur ? Accepter ki hontej le d^shonnaur, un nom equivoque, una reputation fletrie.... faible, miserable, matade^ trainer .une vie de mendicity, de mi&pris.. . Pourquoi? Pour qui? — Que dois- je apersonne? qui done m'atendu la main a^ec courage, bont^, justice?.... £n admettant que je me taise, le terrible ofi se tairai*t-il T ■ \ On avait en etfet beaucoup parl6 de rapi dans la presse et ailleurs; ni la Prefecture de police, ni It mi* nist^re n'avaient rien trouv6 i r6pondre, et on s'iridi- gnait hautement du silence et de Tinaction de la justice. Fort inquifete de la fepon dont M. Rabut etM. le doc- teur Consta'ns allaient s'y. prendre pour justilier Tad- ministration, et craignant, avec juste raison, que ce ne tax ^ mes, d^pens, je vis bien qu'il fallait me decider ^ retoumer k Paris, si je ne voulais pas qu*il en fAt d© cettd aeconde ^nqu^te comme da la premiere ordonn^ par rimp6ra trice. Me trouvant un peu moins accaW^e et moins malade, quoique ma sant^ fiHt tou|<»ur» dana wi ^4 deplorable, je partis le 3 juillet e^ m'installai til pijkisioii dans u^e faoiille^ 68, rue de Malte. Je me risquai de nouveau a Caire une visite ifttii|^^taii k SOB bureau. Devaxit la chemin6e, CHAP, xW -^ R6FUS D'ASSIST^NCE JUDICUIRE. 519 » €T)gk>uti dans un fauteuil, ^tait un homme plus ^ge que lui, d^Cord, me regardant en dessous, sans bouger Hi saluer. Personne ne me parlant, je finis par dem«nder fequel des deux 6taitM. Durangel. Gelui-ci s*inclina, en mlassurant de toute la bienveillance du minist^re,«avec des yeux qui d^mentaient ses paroles; puis il me complimenta d'^re gu6rie d'u^e aussi longue maladie. -^ Gu6rie? Vous 6tes dans la plus grande erreur, monsieur.; je suis plus malade que jamais, de toute , fa^on", et ceci me prouve ^ Enfin, vous Mes gu6rie, puisque vous ^s libre? — En 6tes-vous done 1^, messieurs ? Me pourrez- V \ \ 320 Ml&MOIRES d'une auen^e. I , I ■ • vous faire croire que vous ^tes aussi candides que cela, , que vous croyez aiissi profond6tnent aux certificals de MM. ]es alienistes? Yous connaissez assez mon horrible position pour savoir que ce n'est pas a cause de ma folie qu'on me s^questrait, mais par Tim possibility ou ron's'6tait mis soi-m^me de me rendre libre, eu me d^pouillant de mon nom, de tout ce que je poss6dais, aussi bien dans vos mai^ons que chez moi. — Nous sommes en rfegle : vous ^tes iascrite Cbe- valier-Rouy. — D'abord, je ne suis pas Chevalier-Rouyj mais Hersilie R'ouy. ; ensuite vous savez fort bien qu'il n*y a aucuns papiers me concernant nuUe part, et que c'est parce que j'ai reclame le nom de Rouy qu'on I'a ajout6 au nom de Chevalier, qui est celui de Tenregis- trement. Et la preuve, c'est que je suis sortie Cheva- lier, et que le commissaire de police et M. le docteur Constans ont demand^ M"" Chevalier et non M"« Rouy. Vous plaidez une mauvaise cause, messieurs ; mieux vaudrait avouer tout simplement qu'on a eu tort, et r^parer ce tort en me prot^geant. — Cela est impossible ! On vous a gard^e parce que vous 6tiez folle, et mise en liberty parce que vous 6tiez gu6rie. — De quoi ? — C'est Taffaire des medecins. — Mors ne r^pondez done pas pour eux, et restez neutre I \ . CHAP. XV. — REFUS d' ASSISTANCE JUDICTAIRE. 321 — Avez-vous Vu M. Mettetal ? — Non. — ^.Allez le voir de ma part, madame ; dites-lui que je vous recommande k lui ; priez-le de faire TenquSte ordonn^e le plus t6t possible, et soyez assur^e de toute notre bienveillance. — Si vous ecriviez un root a M. Mettetal ? II vous croirait mieux que moi ; on ne croit pas les fogies. ' — Vous ne I'^tes plus, — Erreur ! je suis plus folle et plus enrajj^e que jamais, cs^r je suis d^cid^e k publier ce que je n'6cri- vais qu'en secret. Je saluai profond^ment ces messieurs qui, s'^tant un peu d6rid6s, m'accompagn&rent jusqu'& leur porte. £n rentrant chez moi, j'adressai les vers suivants k M. Durangel : t Antechristianiame, '^Fatalitef Oui I la n^cessit^^des vertus et des vices^ B'un astre impdrieux doit suivre les caprices, Et rhomme sur soi-m§me a si peu de credit Qa*il devient sc^ldrat quand Delphes Fa pr^dit. L'ame est done tout esclave; une loi souveraine Vers le bien ou le mal incessamment rentralne, Et vous ne recevez ni crainte ni d^sir De cette li^rt^ qui n'a rien a choisir. Attaches sans rel^che a cet ordre sublime, Yertueux sans nitrite et vicieuxsans crime, Qu'on massacre les rois, qu'on brise les.autels, C*est la faute des dieux et non pas des mortels. 322 Ml^OIRfiS b'UNE ALlfeN^E. De toute la vertu sur la terre ^pandue, Tout le prix, a ces dienx, toute la g^loire est due ; lis agissent sn vous quand vous cro^ez agir ; Alors qu'on d^Iibere, on no fait qu*ob6ir, Et notr6 tolontd n'airae, hait, cherche, erile, • Que selo« que d'iBBhaut Itur bras la prtoipilie. Sign* : L'Antechrist, et suivi de : Att crime, inalgr^ moi, Tbrdre du ciel m*attac!h6; Pour y faire tomber, a moi-m^me il me cachli;. II oiTre, en ateuglant, tout ce qu'il a predit. II m'^leve, il m'abaisse, en tous lieux me conduit. H^las 1 il test bien vrai qU'en vain I'on s'imaglne D^rober notre vie a ce qu'il nous destine ; Lo soin de T^titer fait 09urir aii devan^ Si radreaad a le fair y pousse plus avant I ToUjour« signd : L*ANTBCHRiS'r \ D^cid^ment, j'^tais plus que folle, car 1^ je Tie par- lais plus vaguement d'une inexorable fatality ; je me posaift moi-mime en pierre d'aehoppementj devant faire tomber chaci^in dans un crime quelconque, afin que cette terrible parole: c II devient crimmel. quand Delphes Ta pi^dit, t fdt vraie. Je tirais parti de ma position pour me dire inconnue a moi-meme. Eii fal- lait-il davantaf e k messieurs du. minist^re ? J'attendia en vain m^decin ou gendarme. On se eonttsnta de dire que j'6tais folle. Apr^s avoir laiss6 le lecteur juge de cette folie, Je lui da, me demanda ce qu'^tajent < Quand il sut que j'avais ^t^ avertie de ce qui allait m'arriver, il Voulut savoir qui ^tait ce personnage si Men ran- seign^. — Je ne le connais paar. — Allons done ! c'est que vous ne voulez pas le nom- mer. Et il me dit tout net « que j'^tais Chevalier, qu'un jugement me d^fendait tout autre nom, et que M. le docteur baron de Kihkelin s'etait d^barrass^ de moi parce que Je I'imporlunais de mon amour. II parlait avec une telle assurance, une telle vivacity, que je suis restee un moment interdite, ne sachant pas si en efifi^t un jugement avait pu ^tre rendu centre moi ou centre mon nom k mon insu. — Ou est ce jugement ? demandai-je enfin ; comment n'a-t-il pas ^te signifie k moi ou aux administrations ? — On se le procurera. — Vous ne I'avez done pas ? — Non ; mais on me I'a dit, et cela est. — Oh ! si ce n'est que cela, je crois bien que vous en parlez comme de M. Pelletan. — Eh bien ! vous direz peut-^tre qu'il n'^tait pas votre amant ? — Gertainement. A quoi pensez-vous done ? Je ne Tavais jamais vu avant le jour ou il m'a enlev6e de la part de mon frfere. — p ^,^^ nommez pas Chevalier? ^ — Pas plus que vous. 1] sonna ; oa Gt teuir M. JeuOrey, ch«f du burean cles alidn^s, qui aniva, droit comme un 1, pour dire d'tin air peremptoire que j'^tais enregistree Ceievalier- ItouY, ei que par consequent tout ^lait parlait. Quant iux parents inconnua, il n'en etail plus question de- puis qu'on s'^tait camp£ sur I'adult^re. Je me rSeriai, — Comment pouvez-vous avancer de telles clioses. sans preuves ? — C'est boti; on Jes aura, les preuves ! II ordonna de continuer ]'enqu&te. On ne, put loiu'- nir, nalurellement, aucun jugemenl. Je produisis, au contraire, celui qui confirmait a ma sceur le nom Je ' Rouy. On voulut batailler sur ma l^ilimit^. .le mis lin ^ 4 cela en dlsant qu'Il n'^tait pas question de l^gitimttd ,()u del)£Ltardise. inais simplemement d'un no>n civil, etLregislre el ne pouvant &tre quilts sans un juyeinont. -J'eus beau dire: a Jeneauis pas la Qlle del'astrononie; je suis Vinconnue dont vous ne savez rien..,. b Ju fus irrfiaistilileuienl entrainee a defendre mon nom, mes droits, ma possession d'etat, mon pauvre p&re, ma mire, sur lesquels mon fr6re — !e propre fils de mon • pftre, qui avait fait epouser ina steur A son file aiiiii — ijelatt & pleines mains le scandale pour m'accabler et expliquer ce nom de Chevalier, qui avait 8urgi on ne ,Mdt d'oi^ pour faire chuter toua les coupables. ]'£(7ivis de nouveau ^ M. Meltetal, k M. Durangcl, df'Ild IfEMOIRES D'UNE ALIEKEE. pour bien pr^ciser les faits^ donner snr ma famille tons les details que je poss^ais, envoyercopie des acies, etc. Je retoumai voir M. Jeufirey, qui m'a francbem^it en- gags6e a ne pas persister ^ r^clamer reuqudte, attendu qu'elle me serait eontraire ; que je devais biett penser qu'on ne 86 eondamA^ait pas soi-m^me ; qu'an a'en- tendrait pour m'ecraser et que je tie poovaiB avair la pretention de I'emporter sur tous. J'allai k la Prefecture de police et y vis un neuveau commissaire aux delegations judiciaires, M. Juliet, M. Rabut ayant ete change. Mais il avait fait ton rap- port, et voici ce qu'en dit M. le vicomte d'Abe^lle : Tout lecteur de bonne foi, qui lira le rapport Rabut da 2 juin 1869, recopnaitra que Ton y traite avec la meme impor- tance, et habilement m^leS) les faits i&emes de la cause, qui interessaient seuls la justice, et des hifitoirea myst^rieuses (1) >:ia'une imagination de femme amie du merveilleu^ avait eu rimprudence d'y joindre. £n donnant de tout cela une analyse bien s^che, sans explication, sans lien dans les idees, M. Rabut a fait des reponses de W^^ Rouy un fatras incomprehensible, bien propre a faire douter de sa raison, a repoque mSme ou elle est le mieux attest^e par les mailres de I'hotel ou elle de- meurait et les nombreuses personnes qui la voyaient journelle- ment k Orleans. ^ Quant a M. Juliet, ayant oru, d'apres^ certaines depositions que nous discuterons plus loii), que le commissaire de police avait pret6 un concours ofticieux au pla- cement de M"e Rouy a Charenton, il conclut, a tort selon moi, qu*il n*y avait pas eu sequestration arbitraire. Ges conclusions firent rejeter la demands de M^^^ Rouy (1) Gelles dc la di^parition de mes freres Ulysse et Tei^- maqae. i^ Ji;Xi y \ - ■ 1 /■ ' / - ■ / i 1 / ^ ' ' CHAP. XV. > — BEU^US O'ASSiSTANCE JUDICIAIRE. \ - 1. — . 327 1 A moins d'agir comme bomme privi po^ ua parent ou UQ ami, le cox^H^ur* d'uu eoimawaire dd police ne peut jamais ^fare officieuK, mais offkid^ et comme tel €t)nsigai^ jBur $es ragistr^s ; or, ceu^i^ do M. St^rpppi^ ne porteat xiea mo eoaoaraaat^ car il i^'amt pa$ i y iQ$- Qrjre la £au8ge 46marche qua Itti avaumt fait laire mes coneieiig^ea, puisqu'^dlo u'avaU pas i^ ^ivio d'e&t, moi lui aya&t x)iuv^t ma porta a^i i^immp hmk. U se* rait vraimont trap cQiamade 4o pouvoir 4iro ; < I'^^tais 00 r^g^e; j'6taH; accampagA^ 4ii commAdaair^ de po* lice, i> et d'i^re cru ;sur parole, tandis que la vjictime do Tenl^vement claadestia paasera pour fioUo ot ne sera mdme jid3 orue en apportaut loa prou^^ de €o qu'elle dit. Quo! xfu^il en fioit« M« Jeuffrey avaU r^o^ : I'eiv- qu^te avait touro^ contre vm* Jo Ihs avia^e^ le 13 juiUet 1869, quo Taa^iata^ce judiciair^ m'<^tait re- fus^e. , QueJEairo? R^x^lamor vne oouifeUe ooquSte, recom- mencer sur nouveaux frais ? C'est a quoi Je me d^cidai^ ne pouva^t croiro que m&a boii droit x^ iiott ^i:^a par Temporter. Je &$ de nombreuse? rechorches pour re- trouver Jes porsoimes qui av^at 4t^^ m^^s 4 mes afTaires; plusieors ^tai^t abitonte«« m$a:*t£^, di^parues. Paris, k moiti^ domoli ot recooslruit^ ^tait change de fond en cpmble ; jo joe m'y rocoooai$^ai/s plus ; mon tristo ^tat do m&t^ m/^ttait aout^ Ah^t^^ k /mo^i d^- loarabes. 328 MEMOIRES D'UNE ALIENEE. ^i«^»^— — ^» ■■■■^B . m ^ ^ ■■■^■■^■■■J ■ ■■«■■■■■ 111 ■ ■ ^^ I I ■! » ■■ I ■—^^iM I III — ^^^»^^ Heureusement j'avais i Orleans, en M. et M™® le Normant des Varannes, des amis d6voues S ma cause. De leur c6t6 les recherches 6laient actives et aboutis-- saient g^n^ralement k des r^sultats, aussi concluants qu'inattendus. Notre correspondance 6tait r6guli6re et m6rite d'etre class6e s6par6ment, afin qu'on puisse se rendre eompTfce des difficult6s surgissant de. tous c6tes, de la perseverance extraordinaire d^ploy^e par cette ' famille exceptionnelle, s'unissant k moi pour me suivre dans mon infortune, dans ma lutte ; ne m'abandonnani pas, alors que chacun se trouvait rebuts par une pour- suite aussi longue que vaine. J'ai toujours re^'u cepen- dant des preuves de bienveillante sympathie de tous ceux auxquels mes malheurs ont et6 connus ; *ne pou- vant entrer dans ce detail et voulant leur laisser un temoignage de ma gratitude, je donne k la fin de cet ouvrage la liste de ceux qui ont eu pitie d'une aban- donnee ; on verra parmi eux . beaucoup de fonction- naires pour lesquels la pitie n'etait peut-etre pas sans danger. M. Georges Coulon, secretaire de Jules Favre, eiant absent, M. de la Taille, avoeat k Orleans, m'adressa k un jeune confr.ere de talent, M, Helbronner, qui vou- lut bien faire des demarches k la Prefecture de police pour obtenir une enquete veritablement serieuse et, si possible, une conciliation. J'aurais volontiers renonce k poursuivre les auteurs de ma sequestration, si Tadpai- nistration avait bien voulu reconnaitre qu'elle avait 6te ^ V ^ » CHAP. XV. — REFUS D'A^ISTANCE JUDiaAIRE. 329 ' • t V abus^e, que j'avais 6t6 victitiae d'une errcwr, me r6- habiliter ainsi moi^alement et m'assurer des moyens d'ejustence, en d^dommagement (de ce que m'avait fait perdre le d^faut de tutelle administrative. La nouvelle enqu^te se poursuivait. J'allai plusieurs^ fois,& la Prefecture de police^ oii je fus longuement inter- rog6e par M. Juliet, qui s'obstinait k vouloir rechercher le motif m'ayant fait s^questrer, examinait mes actes, se. perdait. dans ce labyrinthe, mais y mettait une grande bienveillance et me disait qu'il y passerait un mois, s'il le fallait, pour tirer tout cela au clair. D'au- ires etaient plus .presses, sans doute, et moins cons- x^ijencieux, car M. Jeuifrey me dit un beau jour « que I'enqu^te etait termin^e. » A .ces mots, je bondis : — Comment I est-ce la une enqu^te ? -^ Courez vite voir M. Juliet, me ditril ; je trouve que ceux qui commettent des crimes m6ritent d'etre punis, quand m^me ils seraient rois. Si par hasard le procfes-verbal est remis k M. Mettetal, courez au mi- nist^rel, protestez, demandez un supplement d'enqu^te. J'allai aussitdt au commissariat ; M. Juliet n'y etait p^s. Je lui laissai un mot et me rendis chez M. Mette- tal, qui m'envoya son secretaire pour me dire que M. Helbronner etait venu, qu'ils avaient pris rendez- vous et que j'eusse a causer avec lui auparavant. N'ayant pas trouve M. Helbronner cbez lui, je lui ecri- vis, et il vint me voir k sept heures du soir. \ /■ / V 330 MtMOIRBS D'UNB AXiliNiE. II paraisfittit na pea d^eourag^^ et je crois Micora qu'il ne m'ft pas tout dit. II avait vu Fesiqudte, qui ^ii bien ea qud je devais aU«B^*ASS1STXN(1E JITDICIAIRE. 335 »■ ■ ■ ■ I » !■■ «« ■ - ■■» ■ III ■ , ■ .■■... .-....— inent i'endez-vous pour qu6 je pussfe lui cottimutiiquer xaqn dossier. * J*6tais eucouragde et secoiid^e alors pdt rexcellettt M. Eugfeh6 Garsoniiet, dont J6 d6Vats Isi cbnnaissatted iH hies b6n§ amis d'OrlSans, et qui, poUfsuiVant aVec passion k rfefdflne d^ la lot de 4898, itail diipoJs^ 4' s'occuper de toutes les plaintes en sequestfatidii, qliatld ' inAm$ son bon coBUr tie I^autait pas si fcrtfefiient inelin6 du cAt6 des opprimfis. M^ gecohde demands etl asi^ietdne^ ^lididStit'e fut d^pos^e le 6 avril 4870; je mfe basalt, pour la i-etimi-^ veler, sur la production de pifeces qui li'iAtai^i pa^ 6ti ma possession lors de ma premifere demaiide, 'fet ^tii prouv^lent les illiSgalitds dotlt j'avai^ 6f6 vi6tim6. * Je fud triandte pour le 29 devatit le bureau; ctdjktd qu'il s'agissait de m'interroger, ^e ih*6taia( tfiuixid det(J- pies de pikes, d*actes et d^ diflterenti^ p^pJ^s qucrje , pensars remettre a M, Paul Lesage, i qui f sltfeig ddttft^ rendtez-vous au palais. On me^ fit etitref datts te cabinet de M. le rapporteur, et ttia isurpris6 M ^lidfr eti ftie trouvant eti presence des deux flfe Rcmy, de Mv Bauei*, aiicien avou^, beau-pfere d'Henri, et de Favcm^ du d6ii- teur Pelletaii. M. Paul Lesage m'avdt pr^verrue qn6 . ^assistances me serait refus^e^ la ju^ce Aafit coifrfre fes* ali^nes, et j'en eus presque la certitude en me? tdyaht' coiivoquteainsf pourl^jugefneftt' k I'endfe, i^ft^ rttes conseils et seule contre ces hommes de loi.* D'autre part, M. Barroujt; ^nd^^tedlgttf'S^tms, ■mmHMI^ TT" ^"m" V -,' / T-T 336 Mlfe^OlRES d'UNE AL1]BN6E, alors directeur de Charenton, se pr^sentait aussi eomme partie adverse, et M. Lebloftd, le rapporteur, * lui fit uiie masse de politesses, 6vitant de me parler,-de m'6- couter et m6me de me regarder. M. Barroui pourtaat, loin de m'^tre hostile, se montra tr^s-sympathique ; du ^loins k cette stance, ou il n'6tait pas persorinelle- m6nt en cause. ' , - • M. Leblond ayant lu Facte d'accusation, le trouva grave, k cause de la declaration faite par M. le presi- dent Vilneau que « f avals ete placee sous un faux nomj et que ma mort avait ete annoncee sous mon nom civit et connu. "» Mais il ajouta qu'il n'avait en main qu'une copie, et que par consequent la pifece 6tait douteuse. Je demandai vingt-quatre beures pour la foumir de la main m^me de son auteur. EUes ne m^ furent pas accordees. , Jean Rouy, interroge, d^clara que sa grand'm^re s'etait separee amiablement de son grand- p6re, qui avait des maitresses de tons les cdtes ; que Tune I'avait gratifie de deux filles, moi et une autre ; que par con- sequent j'etais fille adulterine et n'avais aucun droit au nom de Rouy. J'ai voulu mettre nds actes sous lee yeux du rapporteur ; il m'a dit d'attendre, que le bu- reau allait se reunir et que nous nous expliquerions devant lui. Je les lis voir alors k Jean Rouy, ainsi que le juge- ment. II dit : — Justement I }ustement 1 // ^- , -'^ ■ / r ' CHAP. XV'. — REFUs d'assistance jtjdiciaire. 337 — Justeraent quoi ? Ne save^-vous done pas que vous avez ^pousd |ili^« Rouy ? 11 courut k la fen^tre d'un air effar^, pour bien voir . probabienrent quel 6tait le nom de sa femme. II revint Toreille basse et me remit le jugeioa^nt en silence. X'avou6 du docteur Pelletan dit alors que I'assistance m'avait 6t6 refugee en 1869. ' — Comment? s'^cria M. Leblond en sonnant vive- ix^ent el; demandant le dossier indiqu^. — De plus, ajouta Tavouifej madiime a 6t6 enferm^e par le fait de Tautorit^. — Mais alors, M. le docteur Pelletan est hors de • cause? -- Tout k fait.^ , — H n'y a eu aucune intervention de Tautorit^, dis-je. . ' — ^ Si fait, me r^pondit imp6rieusement Tavou^. II montra des lettres sign^es : Sathan, TAntechrist, la filleule de Pierre, M"« Frangois, etc., en disant : -*- Vous voyez par ces signatures qu'elle est foUe. — Ge qui n'a pas emp^ch^ le docteur Pelletan de les bien comprendre, dis-je indign^e ; donnez-en done lecture. II les remit dans sa serviette en me regardant ironi- quement, et donna ^ lire une lettre de quatre pages adressee par mon fr^re k M. Pelletan, et une de ce dernier. M. BarrouXy curieux de les connaitre, se leva etalla 338 ' MEltfOlRES D'tmE AUlB&JjfiE. — ., — ., , ^-^_^ les lire tout featit, en sorte qu6 j'entendis des inferhies pires encore que celles qui avaient 6te ^crites a M. et M™« le Normant des VaranneS et k M. Boi«bourdiia. Gela datait d'e 1869. Man frSr^' cherchait a me feirft dfeilarer de nouveau folle et donnait ttfi docteui? Peltetan les ren- seignem^nts sur lesqueb il poutaifc s'apptfjer pour se defendre, lui disant que j'6tais m tPftilement eotome follfe lorsqu^on avait ptis le p?trti de m'^elifeffmer, aprfes" des alternatives de mie«x et de plus maL Le doctetw* Pelletan, de son cM^, 6cmait in^avofir s^igrtie hit- m^me pendant plus de six semaine^. Ghacfue Ibie qufi je voulais parlef*, oft me diftaJI : « Attettde». > M. Bar- roux t^moigna qu*il n'y avait a Gharenton ni demande d'admission^ ni trace d'aucune autorit6 ; qae m^me le minist^re Tdvait fortement r^prtmand^ k ce arujet, mais qu'il n'y 6tait pas alors et que ce n'6tait pas de sa faute; On lui a demand^ 6e *qu'et^ient les cer^c^U ; M a r6- pondu € qix'iU etaieftt au d^lire. » Nous soi-times du cabinet de M. Id rapporteur, et peii( apt^s uti huisster nous introduiaii derant le bureau. M. LfebloM 6t un rapport fort malveillaDt pour moi, acceptant toutes les affirmations de mes adversaires, et conclut en disant que mon instance avait' d6j^ 6U re- {Jouss§e Fannie pr^c^dente. — Alors pourquol nous la j^r^enter ? dit le pre- sident. t'assistance judiciaii^ m^ fut reftts^ s^aiioe tenante, .._ii » • \ ^ CHAP. XV. "- liEFtS Df' ASSISTANCE .rtUHClAIRE. 330 ^i— l^fc— ■^^■^■^^^■^■M ■■!■■■■ ■■■,■ ■ mmmm. ■ , ■ - |- 1 - i .i L . . _■ €t notification me M feitef de ce reftis le 10 niai sui- vant, bi^n que M. Vilneati etlt 6crit le 2 une lettre dont oh avait fait legalii^6fr la sigiiature, et qui co^firmait et compil^tait ceile dont j'avais donti<§ la copie. — 'Votiig poUrsuivreK? tne dit en sartant M* Bar- — Certes ! je n'ai essay6 de la conciliation que pour n*avoir rien a me reprocher. Je vais porter plainte cri- mineilement. — De quoi vis-tu V me dit Jeani — De charit^s. — Cela ne peut durer toujours ; si j'avais de Targent, je t'aiderais. ' — Cfela serait gracieiiS^, apr§s ce que vous avez tons fait! — Ne 8uis-jfe pas ton beau-frfere ? ■^ P.eut-^tre ; il n'est pas bien stkr que je sois la soeur de ta femme. — Qu'est-ce que cela veut dire ? — Qu'il y a eu beaucoup de versions sur inoi et qu'il faudra savoir ce qu'elles signifient. Mais en ce moment, peu importe de qui je suis fiUe ou soeur ; c'est la raison pour laquelle j'ai 6t6 enlev6e de chez moi, enferm6e, d6valis6e, qui est importante. La se- questration est tout. Quant au nom; c'est une affaire civile, et pour peu que vous teniez k ce que je ne sois pas Rouy, on pourra avoir un procfef , apr^s I'affaire de la sequestration vid^e. ,'/' S40 MIEMOIRES D'UNE ALI^N^E. II nous quilta assez penaud. M. Barroux me recon'- duisit jusqu'en dehors du palais, me rappelant le pass^^ se^ bon& offices, etc. Je Ten remerciai et, en rentrant chez moi, j'^crivis k mon frfere une lettre ou d6bor- dait toute mon indignation et que je terminais ainsi, apr^s lui avoir retract les faits tels^ qu'ils s'^taient ^ passes : Alors que je vivais de mon travail, vous m'avez jet^e dans un ^me de douleurs ; vous avez sem^ sur nous tous, le scandale et le trouble.... R6coltez le trouble et le scandale! Couvrez. votre fils, qui respecte taut Thonneur de la m^re de sa femme, de I'honneur de la voire I Quant a moi, je suis Hersilie. — C'est le seulnom qui me soit n^cessaire. Mais jusqu'a ce que Topinion publique, la: justice divine et humaine aient decide entrenous, je serai V6tre victime, Hersilie R0UY» / ■/ CHAP. XVI. — I>fiTITION AUX CHAMBRES. ' 341 CHAPITRE XVI Petition aux Chambres* •*- La dMaration de guerre. Retoor & Orltana. Que devenir ? J'6crivis au comte de Chambord, lui racontant mes tristes avenlures, lui demandant de m'accorder la place de pianiste de Sa Majesty d^chue, dc qu'on avail dit Mre mon fr^re, et qui T^tait en effet par Dieu etpar le malbeur. » Le 16 m^i, j'adressal une p^ition aux Cliambres ; celle du S^nat resta dans les cartons. « II n'y a rien k attendre de cette assemblSe de ramollis, > m'6crivait un ami qui en avait fait Texp^rience. « Ne savez-vous plus quel est le genre de dements qu'on appelle la division du SSnat a Cha^enton ? » , Ma petition a la Chambre des d^put^s eut un meil- leur sort. M. Dr^oUe fut charg6 du rapport «t s'en occupa avec autant d'activit^ que de bienveillance. M. Paul Lesage, bien au courant de mes affaires, avait fait un tri des pieces qui devsdent lui Stre soumises et le vit, avec M. Garsonnet. Gelui-ci se donnait 6nor- 34^ " iCfeMOIRES D*CNE ALi6n£E. mement de mouvement et, a force de stitnuler les uns et les autres, avait fmi par int^resser a la question des ali6n6s MM. Gambetta et Magnin, qui avaient d6- pos6, depuis trois mois d6ja, un projet de loi sur la mati^re. M. Gambetta ^tait malade ; mais MM. Magnin et Glais-Bizoin avaient repris chaudement cette propo- sition, avaient obteifu un tAppoti favorable, et les bu- reaux avaient nomme une commission sp^ciale pour s^en occuper, De plus-, la commission des ali^n6s, dont rimp^ratrice Eugenie 6tait pr^sidente d'honneur, avait entendu M. Garsonnet, lequel avait eu 6galoment une audience d6 M. le gardft des sceaunc, et en plaidant la^ question g^n^fale il n*atait pas otrblifi la mienne. M. Dr^olle aVait ^u la bcmt6 de m^ rtic6voir un joui' au Corps I6gidlatif pendaftt lal s(6attce, et de m'^outef avec la plus encourageante 3 j^pathie. J'^ais en rapport avee M. l6 doctenr Thuti^, avec MM. Jules Claretie, SauvestrS, Az^ddo, Duvewioy, mon ancien professeur an Conservatoire, qui eut la gra- • cieuset^ de m'appoft^r sea nouvelles compodititrti* ; avec bien d'autre^ encore, avocats, jotiflisiliaites, tfi§* decins, hauts fonctionnaires, etc. Parmi left? pefsonnes que je revk alor» se troutait M. le ddcteur Octave LbuiHier, qui m'avait rendu diver* petits services lorsqti^ j'^ais k Mar^vllle, entre aiiiresr de garder de^ lettre« pr^euses pout m6i et dont je craignais justement d*Hre dfipotdll^. II tne les slvait rendue* ausjftitdt ma miise en Hbdrt*. II Aait venil me CHAP. :tvi. ^— PBT roir ft pi usieufg reprises depuis mon sSjour ii Pnris, A'HVciit pr^eolee k sa mere et eut ratnatiiLiti!' iaisir la Cham- iMi el, outre l«« H^put^s da Loiret, j'Ctais aH^un-e de l)U)Ui d'uii cert^D nomlire de leun colie^ues. II ]r urait plusieurs autres petJiioQs analogues k In mlenne ; ■n dehOTE de la (jne^lion At ^^({UfWl rftlion apbl- II y avail d.ins mon fllTdtr^, »ln«i qu« wifl tkVail fcfil M, Lanjiiinaii, < nn fait J'tjna cxtri^irM vitA; rHni d'une s^ueftrdlion wun nn autre nom 6 )e mieti. > t :J> 1ft juiltet 1870 huix I': ,,i»nT fiit/- par M. Itr^ll", 342 MflMOTRES D'UNE ALIENEE. memGnt de mouvement et, a force de stimuler lea uns et les autres, avait fini par int6resser a la questioti des ali^nes MM. Gambetta et Magnin, qui avaient d6- pos6, depuis trois mois d6ja, un projet de loi sur ^*" mati^re. M. Gambetta 6tait malade ; mais MM. Magn-i^. et Glais-Bizoin avaient repris chaudement cette propo - sition, avaient obtenu un rapport favorable, et les b "■-*"■ reaux avaient nomme une commission sp^ciale poi-X^^ s'en occuper. De plus, la commission des ali6n6s, do^^^ rimperalrice Eugc^nie 6tait pr6sidente d'honneur, avoti* enlendu M. Garsonnet, iequel avait eu 6galcment u«^^ audience de M. le garde des sceaux, et en plaidaxit la question g6n6rale il n'avait pas oubli^ la mienme- M. Dreolle avait eu la bont6 de me recevoir un jour au corps I6gislatif pendant la s6ance, et de m'^coutei* avec la plus encourageante sympalhie. J'6tais en rapport avec M. le docteur Thuli^, avec MM. Jules Glaretie, Sauvestre, Az^v6do, Buvemoj, mon ancien professcur au Conservatoire, qui eut Ja gn- cieuset6 de m'apporter ses nouvelles compoditionfl; aveci bien d'autres encore, avocats, journalistes, m6- decins, hauts fonctionnaires, etc. Parmi les personnes que je revis alors se trouTait M. le docteur Octave Lhuillier, qui m'avait rendu divers pctits services lorsque j'6tai!= a Mar^ville, entre autres de garder des lettres pr^cieuses pour moi et dont je craignais justement d'etre depouill6e. II me les aiait renducs aussit6t ma mise en liberty. II Aail venu me ' k p)u8leurs reprises depuis mon ?(tjour h Paris, b>Bit pr^nl^ a sa mfere et eut ramabilitfi He m'in- ^iisa messe de manage. G'^tait en jitin 1870. Je >^retidis etne fus pas peu ^tnnn^e en me Erouvatit * i face avec \e doeleur Peiletan. L'impresBion que pt (na pr^aance ne peul fetre mieux rendue que e d'une leltre de M. it doct^nr Lhuillier : hkfWerd Mzarre vouIdI qne j'eDsse pour pramier Idmain de K COIaE qui rut la caosa premiere tie Tatid in;irtyre. Qua de U n)tpe1ai ce fait & mn rcmmel En vehant me Mre voa pteents a la aacrtstie apr^s la messe dc nocett, vous appa- ttont i coup a Pelielan, qui Tut lelleffi'eiit emu qj'il devlKt ^ jfflmme im citi-on et S'empftra dans la queue da la roba I'iMrlfe ati point que je eras le voir tocubei' par terra ; Q M»4ongteicp3 pout remeltre ses esprits traubles, Rien que bt ftit prome comlAen it elail cnupaLte. I Stent trap prta de la fin de la session pour que je Kefipgrer une mlnrbn de moo affaire; cependant BltCoilB tenait eSsDntieUpmetit k en saisir la Cham- 1^, outre les deputes da Loiret, j'etais assuree de ■ ^i d'un certain nombre de leurs i!oll&},'ties. II y 1 plusieurs aulres peli'ions analojfues a la mieiiiiB; ) en dehors de la (juestion de sequestration ai'lbi- », it y avail duns mon affaire, ainsi que me ^ ^Crit M. Lanjiiinais. a un fait d'uno extreme (tfl; ret'ii (I'line s^queslCalion sous un antre nom it mien, i S 16jiiillet-1870 ^tnil le joar fixo par M. Ur6olte, I 1^ 344 ' M^MOiREs d'une ali£n£e. - II . I. II ■ I ^ ll . ■ ■■ I I I I ■ ■ »■ I I la session finissant le jeudi suivant. fea declaration de guerre avec la Prusse occupait tons les esprits. M. le garde des sceaux, demandant la parole pour une mo- tion d'ordre, dit que les rapports de petitions n'avaient aucun caract^re d'urgence, et demanda de reprendre immediatement la discussion du budget. M. Pelletan r^pondit au fninistre : Nous ne devons pas interrompre nos travaux; le droit de peti- tion est ecrit dans la constitution nouvelle. n doit Stre respects. Les . questions les plus graves peuvei^t Stre soulev^es par les petitions. II pent en venir qui r^clament le redressement d'un abus. Aigourd'hui m^me, peut-dtre, va Tenir le rapport sur une petition relative aux incarcerations de personnes qu*on dit alienees.... L'ordre du jour porte des rapports de petitions ; on ne pent changer Tordre du jour sur la demande d'ui^ mi- nistre. M. le president de Talhouet r^ponditque la Ghatnbre etait toujours maitresse de son ordre du jour. En vain M. Dr^olle insista en faisant valoir qu'il y avait egalement des petitions d'ouvriers, et d'entrepre- neurs demandant la reprise des travaux , la Chambre passa outre. , ^ Tout etait done ind^finiment. ajourn^ ; ce n'^tait pas seulement pour moi une question de temps, mais uHe question de vie. Jusque-1^, grdce aux gen^rosites des uns et des autres esp6rant voir ])ientdt un secours r^- gulier mettre fin k ma d^tresse, j'6lais arriv6e k me soutenir k Paris, ou ma pension etait de 180 /r. par . V r > ; ■s * ■ ' .' ^ f 1 \ t \ "• ■ \ , t \ V " -v CHAP. XVI. — PETITION AUX CHAMB^ES. 34! s mois. Je n'avais pu, le l®*" juillet, donner que 80 fr. k compte a ma propridtaire, en lui dieant, ce qui ^tait vrai, que ma tante d*Aix-la-Ghapelle, la mferetle Lau- rency, m'avait promis de payer ce mois. Le 18, elle itoe reclama le complement, eh disant que Targent de Prusse ne viendrait pas, qu'elle voulait 6tre pay6e tout de suite, et, bien que je lui fisse observer que je ne m'^tais pas engag^e k la payer d'avance, elle ne voulut rien 6couter et cria a me rendre foUe, si j'eusse 6t6 — pour mon bonheur ! — ^ capable de le devenir. ' Je qourus chez Laurency ; sa mfere^ a'u d6sespoir du depart de cinq desespetits-fils pour I'armeeprussienne, ne pensait plus gu^re k moi ; lui-m6me 6tait tiraill^ de tous c6t6s. II me donna 50 fr. et apostilla chaude- ment mes demandes de secours aux rainistferes ; mais je ne pouvais en attendre le r6sultat. II me fallait abso-^ lument completer la somme r^clam^epar mon bdtesse. J'allai inutilement phez M. Pi^tri, puis chez«M. Jeuffrey, demandant k ^ui m'adresser pour me faire rendre compte des b^oux qui m'avaient ^t^ vol^s k la Salpd- trifere, ce qui ne pouvait ^tre contests, caril y avait eu inscription au registre de ce que j'y avals port6, et rieti ne m'avait 616 rendu. II me dit que cela re- gardait un chef de bureau de T Assistance publique, M. Havet. Gelui-ci me re^ut trfes-bien, me dit qu'il me connaissait parfaitement et qu'il ne m'avait jamais crue folle ; qu'il avait lu mes lettres et avait d6clar6 que j'^tais exasp6r6e et n'ecrivais ainsi que pour me moquer \ f^t^ HifMO\Kf» D'C!fE AU^^TEE. du mondt!, \iit\iiA ! pourquoi les medecins ne m^avaient- iU |iaii ju^^f; corame lui? Mais il m'apprit que les alie- n/iii li i'liiititxi piuH du ressort de M. Husson et avaient /^t^ \}\iH'^:ik dans Iouvai8 faire mes reclamations k M. Gobert, diroctfiur de la Sal[>^tri^re, et s'il ne me donnait pas HatiHlkdiou, rn*adr6&Her au prefet de la Seine ou au \n'(^U)i do [lolice. Je rentrai chez moi, ne. pouvanl plus truUiorni ntcH jurnbe^, ni mon corps. Ju {'('partis lo Irndornain et retoumai chez M. Pietri/ qui y M\i cettc foia ot ine re^ut parfaitement, grice au noiu de Lnureiioy, qui lui avait adresse ma.demande de st'ooura. 11 mo dit avoir remis cette demande a M. Pasial, si'crt^tairc de M. Conneau, qui tient tous lei^ stcours. Je nioutui chez M. Pascal ,. qui poussa de;^ 8oupiri^ en diisuat qu'U aurait voulu £ure plus &h& (|u'il avait vu le uoiu de Laurency, mais que jamais ou u^a Ote si nialheureux; que sa caisse ^lait a sec; qu'ii ne pouvait me donner que 50 &., et encore que cette 2$oiume ne i$e duutxait que tuus les ans. 11 a ete ibrt poli, m'u «;ardtMj dans sou bureau jusqu'a ce que rargeat tut pr^t a la caissse Je rentrai vite solder mott hotesse et me truuvai avec 15 fr. en poche, mais assurOe Ju vivre et du convert pour jusqu'a la fua du mois. J'allai voir M. Jolibois, cooiuiissaire du gouveme- m&oL, charge d^s informatioas a prendi-e au ^'^ de II » \ . I- f CHAP. XVI. — PET^ITION AUX CHAMBRES. 347 \ ma p^tion^ at ki deaiaodai de m'eoiendre, lui difiant 4quei pokxt la gOuvernemeBt ^it abus^ par leg bu-^ reaux. li eie r^(widit qu'ilm'^couterait tr^a^vol 4 CHAP. XV. -^ ItEFCS ry'ASSISTAXCR JtlDlClAIRE. 339 0t notification tne fut feitel de ce reftis le 10 niai sui- vant, bi6n que M. Vilneati etit 6crit le 2 une lettre dont oh avait fait 16galiiseff la sigiiature, et qui co^firaiait et complletait celle dont j'avaig dontid la copie^ *^Voud poUi^suivrfez ? ttie dit en sartant M. Bar- roui. ' — Certes ! je n'ai essay 6 de la conciliation que pour n^avoir rien a me reprocher. Je vais porter plainte cri- mineiletnent. — De quoi viis-tu V me dit Jean; — De charit^s. ; — Cela ne peut durer toujours; si j'avais del'argent, je t'aiderais. — Cfela serait gracieus^, apr§s ce que vous avez tons fait I — Ne auis-jfe pas ton beau-frfere ? — Peut-Mre ; il n'est pas bien stkr que je sois la soeur de ta femme. — Qu'est-ce que cela veut dire ? — Qu'il y a eu beaucoup de versions sur inoi et qu'il faudra savoir ce qu'elles signifient. Mais en ce moment, peu importe de qui je suis fille ou soeur ; c'est la raison pour laquelle j'ai 6t6 enlevee de chez moi, enferm6e, d6valis6e, qui est importante. La se- questration est tout. Quant au nom; c'est une affaire civile, et pour peu que vous teniez k ce que je ne sois pas Rouy, on pourra avoir un procfef , apr^s Taffaire de la sequestration vid^e. ' \ 350 MEMOIBES P'UNE ALIENEE. ■ ■■■ ■ ■■■ -— -^^— ■ — — , - - - _». -. Au moment ou je desesp^rais presque, M. Camille Doucet envoyait 100 fr. pour moi k Laurency au nona de la Soci^ie des artistes; mon h6tesse m'oiTrait uae diminution ^e 50 fr. par mois ; j'avais toucb^ I'ipOme reliquat de la vente de mon mobilier, et je recevai3 h lettre suivant^ de M.Je president Vilneau ; Orl6aos, 6 aout 1870. Mademoiselle, le suis profoiid^ment toochd de la trlste situation a laquelle i& ^fou^ vois aujourd'hui r^dviite- Chaque jour s'^vanouissent les esperaiK^es que j'ayais congues dans votre int^ret. La clotare pr^cipitee du corps l^gislatif a ajourn^ indefiniment le rapport de Thonorable M. Dr^oUe sur votre petition et sur celles de persounes qui, comme vous, ont eu a souffrir dess^uestratioii^ arbitrairesi ou tout au moins irr^gulieres. J'esp^rais que ce rapport eclairerait I'autorite sur votre posi- tion sp^iale et c^ue Tadministration, appreciant votre conduite pleine de moderation et de convenance depuis votre sortie de Tasile d'Orl^aus, chercherait aulant que possible a r^parer le prejudice par vous souffert, en vous assurant les moyens d'une existence modeste, ou tout au moins une retraite conve- liable dans un ^ablissement charitable oil les justes gosceptibir Ut^s de votre caractere n'auraient pas trop a souffrir. ,En attendant la realisation de ces esperances, auxquelles je ne renonce pas completement, je vous adresse un nouveau t^moignage de Tint^rdt que ma famiUe et moi-mdme nous vous conservons. J'aurai bientot Toccasion de voir M. le comte de Pibrac, qui vous garde un souvenir toujours aCfectueux et devgu^; je rinviterai a rdveiller les sentiments de bienveillance de M"'* de S^^nt-M...» Recevez, Mademoiselle, en mon nom et au nom de ma Qiy^, • CHAP. XVL *— PtotlON AUX CHAMliRES. 351 -I ■■!■■■■. Ill- .■ ' -- I trop souffrante poor r^pondre k votre lettre, Fassurance de m%» meilleurs sentiments. J VlLNEAU. Le bdfi M. Vilneau s'abusait en conservant qtielque esp^rance en radministration de 1' Assistance publique, M. Huston ayant rSpondu k Laurency ne pouvoir me donner qu'un secours de dix a douze fr'ancs. Gepen- dant j'^tais en mesure de rester encore, de lutter jus- qti'^u dernier moment, jusqu'a celui ou on chasserait de Paris les bouches inu tiles, car on parlait d6j^ de la possibility qu'il Mt assi^gS. En attendant, je courais les th^Mres qu'on avait rouverts, les caf^s-concerts^ les artistes. Piusieurs, Capoul en t^te, voulaient bien cbanter mon Cri die peuple quand il serait imprim6 ; mais oil trouver un Miteur ? Les mieux disposes me promettaifint de le prendre quand on Taurait chante et qu'il aiirait eu du succfes Les 6v6nements se pres- saient de plus en plus terribled... et M. et M™« le Nor- mant, n'esp6rant plus.rien, m'avaient loue une petite chambre a Orl^ns, Tavaient garnie de meubles k eux et m'y pr^paraient un refuge. Voyant qu'il me fallait abandonner et pour longtemps tout espoir d'arriver k quelque chose par ma petition, je me d^cidai, afln de ne pas risquer de me Voir oppo- ser la prescription, k dresser une plainte aU criminel eontre MM. I^ouy et PeHetan. Je I'adressai, avec une lettre, k M. le procureur g^n^ral, le, 22 aoOt 1870. QuelqileS joui*s plUfe tard, je me rendis ati Palais-de- / \ ■ 352 MEMOIRES D'UNE AUEN^E* ^ Justice, et on m'envoya an caj)inet de Mrl'avocat g6n6- ral, qui me regut imra^diatement. 11 avail pris connaissance de la plainte, me nomma lui-m^me les peFsonnages.qu'elle concernait, et me dit • avoir envoy6 cette plainte au parquet du procureur im- perial, en le priant de lui en faire son rapport le plus tdt possible. Les ^v6nements se succedant rapidement, il n*a plus k\k. question de justice, mais de faire ses malles et de quitter Paris. D6sireuse de savoir ce qu'il 6tait advenu. de ma plainte, je priai, en mai 1872, M. Analole Despond, conseiller general du Loiret, qiii m'a ' seconds en toutes choses avec beaucoup de z61e, du commence- ment k la fin de mes revendications, de vouloir bien s'en informer, et voici la reponse du parquet de Paris : M. le procureur general me fait savoir qu'aucune suite n'a 6t6 donnee ; les rens^ignements recueillis n'ont pas demonlr^ la sequestration arbitraire dont se plaint M"« Rouy. — Les pieces de cetle affaire ont ^t^ d^truites dans Vincendie du Palais-de- Justice. II est bien peu probable qu'entre le 22 aoiit et le 4 septembre on ait eu le temps d'examiner la valeur de mes reclamations. Mais les pieces 6taient de- truites, et, selon I'usage, on me condamnait d priori. Les revers se succ^daient : il ne pouvait plus Mre question de moa Cri du peuple, qui parlait de victoire \ • - I / CHAP. XVI. — PETITION AVX CHA^inRES. • 353 V ' I et de cl^mence. Je le donne ici, k titre de curiosite tout au moins ; on y verra que mon idee fixe de me faire rendre justice ne m'emp^chait point de pouvoir m'oc- euper d'autre chose que de moi-m6«ie. M. Tari)6 des Sablons, president du comity de souscription pour* les bless6s^ k qui je I'avais adress^, m'avait 6crit qu'il en appif^ciait le m^rite et m'avait engag^e k i'offrir a \lme cle Flavigny. Yoici done ces strophes, dont je n€ puis ici donner la musique, et qui rappellent d'ailleurs de trop tristes souvenirs : . LE GRI DU PEUPLE I I. - Accourons tous ! L'6tranger nous menace ; Dans son oi^gueil il l^ve un front hautain ; Sur noire France il veut marquer sa place Et nous tenir dans sa puissante main 1 En combattant, appreiions-lui, mes fr6res, A respecter la force de nos bras. Courons, amis ! coiirons k nos fronti^res ; \ ^^ Pour le pays devenons tous soldats I ) ' II. filan^ons-nous dans la luttc sanglante ; Que devant noUs tout fuie 6pouvant4 ; Que le marin, sur la vague ^cumante, A nos accents r^ponde, transports ! Unissons-nous, et que chacun s'6crie En lui donnant jusqu'a son dernier jour.... N'oublions pas que c'est a la patrie | ^^ Que nous devons notre premier amour ! ) 20. / ( I 854 MfiMOlRES D'UNE A^tlENEfe. III. EMU)ltlei*vous ? la gloire ilous appelle ! - A. soil accent volons de toute pari; Que sur les murs d'une cite rebelle Flotte en tons lieux, flotte notre gtendaicdt Que i'etinemi coUrbe sa I6t6 ftltlfere ; • Que de la France il re^oive la loi... Mais ^pargnous et sa fiUe et sa mere; \ . . Ayons piti^ de leur mortel eflroi ! J IV. Ne pleurez pas! L'honneur, c'est I'existence. Pour tout Fran^ais connaissant sa valeur ! Nous reviendrons au lieu de notre enfance; Calmez, mes sceurs, calniez votre terreur ! £coutez bien ! o'est un chant de victoire Qui dans les airs retentit bruyamment...* Vive la France I En celebrant sa f^loire, ) . , Partons, kmist paitons joyeusedaeiltl ) ^^' V. Allons, parto&s I Mais ^uoi 1 mon coBar chanc^Ue, Et je flechis au moment du depart ! Adieu, ma m^re! adiea! Peine cruellc!... II faut partirl... Allons. point de retard ! Du combattant gardez la souvenance, Si pr6s de vous il ne revejiait pas. Dites alors : t II est iport pour la France ' >> i j^- C'cst un bonheur qu'un semUable tr^pa^i ! I D/kHe ti Vannee fran^^ plr H«rs|t$e Aou^- Le i" aout 1870. ,. 'v ■ r • ■» _ I CHAP. XVI. — PETITION AtJX CHAMBRES. * 355 J'avais vaineraent cherch6 un refuge dans lous les etablissements de charit6 publics et prives ; je voulais, en prenant des t^rtioins de la n6cessit6 affreuse qui me r6duisait a cette extr6raite, demanderarentrer daiisun asile- d'ali6n6s, un paradis, disaii-on, auprfes du d6p6t de mendicity, seul abri qui me fAt ouvert... et encore - moyennant quinze jours ou trois semaines de demar- ches, tandis qu'il m'eiit suffi de signer une lettre L'Anteghrist, ou de dire que j'entendais la voix de DieUy pour 6tre aussitot arr6t6e, envoy6e a la Salp^- trifere et transf6r6e en province. Je savais par expe- rience comment cela se passait Mes amis s'y opposferent formellement; cette resolution d^sesp^r^e ' pouvait, malgre toutes mes precautions, etre transfor- m^e officiollement en rechute. lis me rappelaientavec instances. Le d^sastre de Sedan arriva. J'adressai en quiftant Paris une demande d'admission au d6p6t de mendicity, afiii d*avoir un gite k tout 6v6nement, et le 14 sep- tembre je fus installee, 5, rue de la Grille, k Orleans, tout prfes de M. et M"*® le Normant, qui m*envoyaient ma nourriture de chez eux lorsque j*6tais trop malade pour alier m'assebir 4 leur table hospitaliere. Puis Orleans fut envahi, et les ennemis m'ayant chass6e de ehez moi a deux reprises, je fus recueillie par ces devours amis. lis me donn^rent la cbombre de leur iille absente, celle de leurs fils ^tant oecup^Q par des ble}5s6s et leur salon par des Prasmens* I 356 ' MEMOIRES d'UNE ALIl&NEE. CHAPITRE XVII P6tition k I'AsBemblde nationale. Apr^s la chute de FEmpire, M. Dureau avait ^t6 remplac6 k la prefecture d'Orl^aiis par un r^publicain ancien et sincere, M. Alfred Perejra ; d'autres diront son admirable conduite pendant la guerre et ses fun^* rallies, ou I'accompagna toute la ville au plus fort de Toccupation. Lui et M»^ Dupanloup acquirent alqrs k la reconnaissance des Orl^anais des titres que rien n^ fera oublier. J'avais d^ji ^prouv6 la bienfaisance de M. Pereira comme simple particulier. En attendant que les cir- constances lui permissent de s'occuper plus efficace- ment de mon affaire, il 6crivit au Ministre de I'int^- rieur : Orleans, 3 octobre 1870. Monsieur le Ministre, ^ J*ai rhonneur de vous adresser une demande pourM^** Rouy, dans le but d'obtenir un secours sur les fonds de r£tat; en atten- yk I ■ MftMl..... \ I CHAP. XVII. — PBJ-ITION A t'ASSEMBLlSfe NATIONALE. 357 dant que les circonstances lui permettent d'intenter une action enTestitution de valeurs contre radministration de T Assistance publique de Faris. La situation de M^^« Rouy, parfaitement ^tablie dans sa de- mande, merite toute votre bienveiUance, et je ne saurais trop insister pour que Fallocation qu'elle solUcite lui soit accord^e, Je prends la liberty de vous indiquer le chiffre de ^00 fr., comnye qtmntuniy somme ^gale qui a &t& pr^c^demment accord^e sur le bddget des beaux-arts. VeuiUez, etc. Le pr6fet du Loiret, Sign6 : A. Pereira. ♦ ' Cette demande resla provisoirement ^ans effet. Je n'entrerai pas dans le detail des mois douloureux qui suivirent; k chacun suffisait sa propre misfere, et je roe trouvai complfetement a la charge de M. et de M«« le Normant des Varannes, chez lesquels je passai trois mois. Lorsque la paix fut conclue, je rentrai dans ma petite cBambre de la rue de la Grille. M. Pereira 6tait mprt, et ift. L^on Renaud avait 6te nomme pr6fet du Loiret. M. Le Normant alia le voir pour presser Tobtention du secours demand^ pour moi par son pr6d6cesseur, et lui fit en m^me temps Fhistorique de mes malheurs. M. le pr^fet s'en montra tr§s-6mu,' se fit communiquer les pieces, d^clara qu'il allait s^rieusement s'en occuper et quHl me ferait rendre justice. M. Le Normant envoya ces documents, et au bout de six semaines environ se rendit au cabinet daM. le pr^fet, afin de savoir cequ'il comptait faire en ma faveur. Apr^s avoir attendu long- / 358 JfllMOIftfefi b'UNE ALl6!^6fi. f — '— ■ .1 ■ ■ ■ , I t teftfips, fiiit derriander de viniloil' biefi Itii assizer trn Jour et une heure, §i cela d6rangeait M. le pr6fet de le refcevoir ce jouF-1^^ M. le Normanl vit venir a lui le seer^taife particulier, qui lui remit 16 dossi^f . « II.. le pr6fet I'avait charg^ de lui exprimer tous sea regrets de ne pouvoir 8'en , occuper ; en rezami*- nant, il avail reconnu qu'i^ i*agissait^ suHtmt d'uns question particulier e^ et quHl ne poM&it s'en meter t > Et qui done s*Qccupera des questions particiiliferes, sinon les d^I^gii^s du pouVoir ceiitral dans chaque d^partement? J'6crivis pour demander moi-m^me tine audience- La r^ponse se fit attei;idre ; il fallait sans doute^COil-^ sutlef ati ministfere, et je ne devais pas esp6rer qu*oii me laissat discuter ma propre affaire, moi, Vdtienie, devant un homme jeune, intelligent, susceptible d'en- thousiasme, ainsi qu'il I'avait f6moign4 dans son enjre- vue avec M. le Normant. On lui prescrivit de m'Acai'- ter aussi bien que tous mes interm6diaires. Le 18 mai 1871, je recevais la leltre que voici : Le Pr^fei du Loiret s'eifipresse d'adre^ser k W^* Rday Id mfttl- flat de paiement da secours de deuoo cents frtineg qol lui a $1^ accorde par M. le Ministre de Fint^rieur. II iui exprime en meme temps le regret de ne pouvoir lui slcc6rder I'audience qu'elle desire. Ce qu'il y a de bon, c*est qu'on s'empf esse toujoufii JM CHAP. XVll. — PETITION A L^ASSEJlkLEE NATIONALE. 359 avec Qioi, m6me pour m'accorder en mai 200 fr. imr 500 demand^s en octohre. Enfin! le plus clair, c'est (jue j*6tals consignee a la Pr6fectiire et que je n'avais plus qu'une chose a faire : rep^uveler ma p6titioft, La voici telle que je Tadressai k TAssembl^e natie-* nale. EUe reproduisait, en la compl^tant, celle adress6d ^nji Gh^mbres un an auparavant. M^^ Desjardins, fiUe d'un lithographe orl^anais, present au 3 d^cembre, eut la gracieusel6 de Tautographier gratis ; feon pfere en fit le tirage de mftme, et je n'eus k payer que le papier. C^\9l mQ permit d'eu envoyer uj^x deputes, aux aii^is*- tres, aux journalisies, k tdus ceux dont je pouvais esp^ rer quelque appui : drl^ns, 5, rue de la Grille, 30 jailleti874. Monsieur le President, Je 3ais M^** Eouy (HersUie), fiiW de rastronomd Giuirles Ro«y, anort a Paris le 20 octobre 1818. J'ai tous Ifts actes clvils, religieux, publies, ngie coni^miiii ciis litre, ce nom, ainsi que tous les papier^ etabUsj^ant ma poififiti- sioa d'etat, ma position sociale, mon honorabiiite. he ^ septembre 1854, j'ai el^ enlevee de cliez moi, plac^e a Chare^ton 8Qu$ le iiorp de ^os^phiae Chevalier, de pao'aiite inconnus* Celui qui m'a eiilev^e s*est presente sous le nom de bai'on de K..., de la part de mon fr^re. II ^tait accompagn<§ d'un por*- tefaix qu'il a dit ^tre le commissaire de police, auquel 11 a fait donner ma cl^. On $'est introduit dans mpn domicile ; on y a tpjat pjris^ fQUMI^i veruiu. ■ \ \ 360 MEMOIRES d'ONE ALIENEE. On a annonce la mort d'Hersilie Rouy a mes parents et a mes amis. J'ai et^ plac^e, sans qu'aucune des formalit^s exig^^es par la loi aient ^t^ remplies. 11 n'existe ni demande d'admission, ni proces-verbal du conimissaire de police, ni papier me concer- nant, ni r^pondant. . J'^tais une inconnue, aussitot abandonnee que plac^e dans une liiaison de r£tat. J'avais surmoi mes actes civils, des papiers de famille, d'af- . faires, de I'argent. Les religieuses de Charenton s'en soul ^mparees. Ellas ont tout gard^ et cach^. Les hommes officiels, entre les mains des^uels j'ai ^t^ places, m'ont transferee de Charenton a la Salp^triere. De Ik, j*ai M^ pass^e de departement en departement, comme indigente de la Seine, sans qu'on veuille s'assurer de mon nom et de mon identity. Malgr^ mes reclamations, on a refuse de me confronter avee personne, de rien r^clamer aux religieuses de Charenton, qu'an ne pouvait croire capab]es de soustraction de papiers et de valeurs. ' Toutes les lettres pouvant donner des renseignements sur mon compte ont ete enlev^es des dossiers administratifs.... ont mSme disparu, avec des actes milanais, dii parquet d'Orieajas, ou M. le docteur Lepage, medecin-adjoint de I'asile des alien^s de cette ville, les avait portes en 1867. Des inconnus, se disant mon pere, gardant uu strict incognito, ont ecrit des lettres anonymes aux administrateurs des asiles de Fains et de Mareville, offrant de I'argent pour moi en 1857i L'un d'eux a signe : Frangois. Mon pere, M. I'astronome Charles Rouy, etait mort en 1848, neuf ans avant ces offres. On savait si peu qui j'etais, que Tun des m^decins de Tasile de Mar^ville m'a prise pour une dame Chevalier, qu'il avait connue autrefois; que diff^rentes parentis m'ont ete attributes ; que le Ministre de Tinterieur, ainsi que la Prefecture de police, j^ f CHAP. XVII. — PETITION A lVsSEMBLEE NATION ALE. 361 a cru que j'^tais une demoiselle Chevalier (a laquelle um juge- ment interdisait tout autre nom), ancienne maitresse de M. le baron de K..., qui s'en etait d^barrass^e en la disant foHe. Afin d'emp6cher mes plainteis et mes , reclamations) on m'a fouili^e jou^nellement, pour m'oter tout moyen d'^crire; on a HURjg: MA FEN&TRE. Ce n'est qu'en 1868, apres ^tre reside enferm^e cinq ans (snr quatorze) a Tasile des ali^n^s d'Orl^ans, sous le nom de Jos^- phin^ Chevalier, de parents inconnus, que j'ai pu en appeler a mon- cousin germain, M. Laurency Houy, chef de division aux Haras, a qui on avait annonc^ ma mort comme a tons ; faire venir a Tadrainistration des hospices d'Orl^ans, par Tinterme- diaire de M. le Norm ant des Varannes, receveur desdits hos- pices, ce qui reslait des papiers qui m'avaient ^t^ pris a Charen- ton en 1854, et prouver que j'etals Hersilie Rouy, et non Jose- phine Chevalier. , J'esp^rais qu'on allait s'occuper d'une affaire aussi grave.... Mais un certificat de sortie, signe subitement par le m^decin, chef de.Vasile, m'a mise dehors, sans dbri, sans argent, sans' amis, au milieu de Vhiver, et malade. Je serais, dans ces conditions, retomb^e de suite dans une de ces terribles maisons, ou j'aurais M6 plsic^e daiis nn depot d^ mendicite, sans la charite de ceux qui, emus et indign^s, sont venus a mon aide. A peine, etantlibre, ai-je eu reprismon nom et fait connaitre mon existence, que ce nom m'a ete contests par la voie Ue la presse, et que des lettres diffamatoires, tendant a me perdre et a me faire enferm^er de nouveau, ont ete adressees a ceux qui avaient pitie de moi. M. le comte du Faur de Pibrac ; M. Vilneau, president de chambre honoraire a la cour; M. Ronceray, ancien avoue, tous trois- administrateurs des hospices d'Orleans, et M. le Normant, m'ont prise sous leur protection et plac^e, sous mon nom civil d'Hersiiie Bouy, a i'hotel du Loiret. J'ai adresare mes plaintes a la justice, qui n'a pas repondu ; L'ASSISTANCE JDDICIAIRE M'A tut REFUSfeE.... LES FORTES DU MI- 21 .>id \iJtJit»*flEs J r.NEi vLiijtfci:. NiSTKRE if'i'urr STB 7SRMEE3. Zm petition remise an. coTps l^gis- latif i^lfU iui ^'e sduini^e. -{uanii ui ^pierre. en. ecLilaut, nx^a iviettf»e moment m oat naume. me iourTT:<&eiit encore, mais q^i out (Ui loordes charges qui ae .eur perme'.tent pas de caatinuer a le fair^. je rais m.inquer ie pauu «iar ;e aai <{ae c^hl cpi'lls me donnenf. S^r^S EUX. IS SERAIS MORTS DK FAIM. ie n\«i plus rien au monde. Mi. sance est 'ietruite. Tai prte de soixant^ ans; j«* ne iAis que devenir. On refusie de me restitner ce ffoi ma ete pris dans les eiiiA^iibsemeuis puulics places sous la responsabilite minislenelie. ie ne puis poursui¥re cinlemciit, n'^fy^nt pas m»^me de quoi manger. h^nohs^e par to^ut.,^ et da/f^ da maisons de VEUUj par le9 ^r^f^ir^i^ d^ ee» matsom, je ne puis esperer ni secoun^ m J>/i!¥ oh*i^-<»« d'en appeler a la prott^ctioa de FAsaembl^ i\iti'iorm\^. a hi ^faarite, a 1 hnmanite de La presse enliere, poor (f^mander s^n a33b»Unce, poor la prier de faire im appel aa cr^nr de Ci»ux qui aaronU je Tespere, pitie de moi, et protested r/>fvt< en tenant k man aide, eontre un etat de chases livnnl la V*fferft>,. \e nr/rn^ la reputaiion, le bien de ckacun, a la discre- li/rn f^u ffferaier venu obtenant LE COSCOOtS ET LA SI62UT6RE ^^"w n^.r>K/j» CttKLCO^ocE- VmU, Monsieur le President, le malheur que je crots de mjQ^i4enjt a da cour d'Orl^ans, cette suppression d'etat fut d^montr^e, et W^* I\o^y fM^ UEti^e en lib^te. Une ou deux fois, sous TEmpire, elle protesta, par voie de petition; mais, pour dea raisons que f ignore,, laffaire ^t, pour'ainsi dine, eiouffee, AujoiUTd'hui, elle r^vi^ni s&P l'«au; il nom^semble que la<;hose^i assez.gt^ve pour que, d'ofspiee, ^le .pomquet .entMae ^8 fKmnii(ites ,CQ^tre les pecsofimes qui sdnmt d^ifisgpdes.par ^^^Jlouf commit eom-^ pRo^ lie 49H(^4i^qae9tv«lion. Fvanm/li&MSNARn* \ 1 364 MEMOIRES D'UNE ALIEN^Er 29 juUlet 1871. M. DreoUe m'envoie quelques notes au sujet de MU« Rouy. Aussitot le droit de petition restitu^ a la charabre des deputes, %Ile en avait us^ des' premieres. M. Dr^oUe fut charg^ d'exa- miner le dossier, et il allait preparer le rapport quand 6cla- t^rent les ey^nements de juillet 1870. On suspendit alQrs les finances consacr^es aux petitions, et M^^" Rouy dat en rester la. Esperons que, maintenant^ aucun obstacle ne Teinpechera plus de mettre I'opiuion publique au courant de cette myst^ rieuse affaire. . Francis Magnard. Seule, la Liberie^ publia une note d^favorable ; sa forme acrimonieuse indique bien que le fait dont il s'agit la touchait vivement et personnellement. En eflfet, mon fr^re, incrimin^ dans ma petition, ^tait un'ancien adrainistrateur de la Presse, S'il y a a s*6tonner d'une chose, c'est qu'il n'ait trouv6 qu'un seul journal pour accepter la fa^on dont il pr^sentait cette sequestration, lui, homme connu, influent, tandis que sa malheureuse soeur, inconnue la veille encore, recueillait d'unanimes t^moignages de sympathie. Voici la note de la Liberie : Samedi 29 juillet 1871. UAssembl^e nalionale, si nous sommes bien inform^s, doit discuter un rapport sur la petition d'une demoiselle^ Hersilie Rouify dont plusieurs journaux ont racont^ Vhistoire. Betenue comme folle pendant quatorze ans, et rendue depuis deux ans a la liberty, M^* Rouy proteste centre la sequestration dont eUe ? ^*^ "^'•♦'•ne, et d^nonce un nombre indetermine \ CHAP. XYII. — PETITION A L'aSSEMBLEE NATIONALB. '365' cTahiis du mime genre, dont 11 serait urgent ^e pr^vehir le retour. - ' Nous ayons sous les yeux la copie de la petition de M^^* Rouy ; il y r6gne, d*un bout a Vautre, une exaltation extreme^ et la violence des recriminations, tr^s-probablement injustes, auxquelles cette pauvre fiUe s'emporte contre V administration, hontre la medecine, contre les religieuses, nous parait justi- FIER les conclusions, qu*x>n dit tres'severes, du rapport de la eommUslQu. Nous ne serious done pas £tonn£s que TAssembl^ nationale ^cartat, par I'ordre du jour, la petition de W^* Rouy. Je ne sais pas si j'en dois Mre reconnaissante h ses bons offices et si M. de Girardin croyait proph6tiser k coup siir; toujours est-il que, sansparler de M. Met- tetal^ les d^fenseurs de \^ m^decine ali^niste ^taient nomhreux et puissants k I'Assembl^e et que ma p^ti- tion allait ^tre ^cart^e par la question pr6alable, comme uiie chose depuis longtemps jug^e, sans Tintervention de M. Cochery, ancien secretaire de M. Thiers. II alia trouver M. Tailhand, rapporteur de la commission des petitions, et lui affirma que la mienne avait un fonde- ment s^rieux. En m^me temps, M. le docleur Halma- grand, I'un des m6decins les plus en renom d'0rl6ans, qui s'occupait de moi depuis quelques mois dej^, ecrivit k MC Tailhand; M. Qrespin, maire et d6put6 d'Or- l^ans, ancien avou^, auquel M. le dormant av^it com- munique mon dossier, alia trouver son collogue let lui paria cbaudement en ma faveur ; M.d'Aboville, autre depute du Loiret, membre de la commission des peti- tions, s'interposa dgalem^nt, et M. Tailhand Ecrivit k M, Tihieaa ponr avoir de hii des renseignemeDte prfecis, h em reeut i sonhait. de It. Viloean, da If . )b Nor- mant et d« mot: Convaioca de toute )a gravity de cette aflaire, et n'ayaat pas le temps de I'itudier sulGsaqriment avfot la cloture de la seswn. If. TaUhaod retml son rappcHt & la rentrte, et passant, centre I'ordinaire, ses i vacaoces i Versailles, 11 se (it commuDiqner moo dossier au minist^re de I'iDl^rieui'. I Je dois rapporter ici ce qui s'^tait pasE6 h Orleans apr^ renvoi de ma petition et la lai^e publicity qui liii I avait ^t^ accordee dans la presse. I ' Le 25 juillet, deux dames, arrivant de Ifontargts, oik ' elles avaient lu ma petition et y avaient remarqu6 les i noms de Josephine e( de Rouy, vinrent me voir et s'ia- former si je n'^tals pas Ohe Josephine Rouy, amie d'une I personne de leaf connaissance. Nous avons caus6, et j*a) ^t^ ^tonn^e de la fa^on dont ces dames avaient compris la poBition et tout ce qu'il y avail de corapro- mettant ponr le gouvemement dans cette affaire. £lles m'ont dit que mon adresse, mise en haul de ma peti- tion, poorrait bien m'amener un sauveur, mai's aussi des curieux. ■ 3e les rangeai simplement dans cette demi^re cat6- gorie et ne m'en serais plus occup^e, si le leademain je n'avais appris, en rentrant de chez M"' le Normant 01^ i'avais passe ta joufnte, que sergent de ville, gen- darme, individu h cravate blanche, daiiie couvefte de / \ CHAP. XVII. — PeViTKDN X L'ASfeEMBtiE NATIONAL^:. 367 dentelles $ant yenus aux ^ensefgnements suv M^^* Jos^-o phine Chevalier. Uae discussk>n de nom s'lSl^ve, «omme k Th^tet du Lmret. On cherche k persuader k ma propri^taire, M'^* Michaux, que je suis f . /^ CHAP, XVII. — PKTiTibN A l'as8bmbl6e nati6nale. 369 Le sp^ialUte, disait-ll, n'est au demeurant qu*une (iction et im danger pour les autrea comme pour lui-m^me . XJne fiction, parce qu*il suffit du sens commun pour dtre aussi l>on juge que lui. Un danger pour lui'mdme, parce que, pr^pos^ a la th^rapeu- tique de la folie, il arrive, par la nature mSme de ses fonctions, si pr^supposer la folie chez tout sujet qui entre dans son ' asile; c'est-a-dire a devenir foului-m6me,,^tant Fesdave d*une id^e" fixe. Quanc a la liberte individuelle, Texemple que nous venons d'aj outer a tant d'autres montre ce qu'elle a gagnd a ce jeu-la. ' Pour en finir a^c une situ&tion aussi nuislble a notre consi- deration, — et ee sera la notre conclusion, — nous ^mettons d^abord le yoeu que dans T^conomie de la loi n^cessairement appel^e a remplacer le regime actuel, le m^decin soit d^gag^ de toute responsabilit^ affi^rente aux circonstances et conditions qui seront proclam^es indispensables au recrutement des asiles; apr^s cela, que chaque asile ait, comme les hospices, un ou plusieurs m^deeins ordinaires charges, comme dans les hospices, de soigner les maladies ordinaires, a regard desquelles les ali^Des*nejouissent d'aucune immunity. Voila ce que nous avions a dire a propos du fait que nous ve- nons de rapporter, etqu'on ne manquerapas de retourner centre notre profession. Docteur Lapeyrere. Le 12 aout, la France medicale ins^rait une r^ponse jiu docteur Laurent qui, ali^niste lui-m6me, prenait la -defense du corps entier centre M. Lapeyrere, dont il ine contestait pas la bonne foi, mais la competence, et dont il raillait la crMulit^ k mon sujet. II continuait ^insi : Or, le fait en question est on ne peat pAus invraisemblable, et 21. 370 MiSMaiRES D'UNE ALI^Nfe. celai qui a r^fl^chi an tant soit peu au fonctionnement d^s asiles dJalidnes, apr^ lecture . de la loi el des r^glements qui r^tssent les ^tablissemehts, tie peut admettre un seul instant la possibility d'une pareille suite de m^prises et d*erreurs de la part d'hommes honndtes d'abord, cotnpri^tents eusuite en mati^re d^ali^nation mentale. II faudrait supposer la complicity d*un grand nombre de fonctiannaires, tous passibles devant la loi en cas de sequestration arbitraire, suppression de correspon- dances, etc.... ^ « .,. A choque plainte^ on repondait par un redouhlement de ^surveillance ; in la fouilldit pour lui oter tout moyen de cqrrespondre avec Vexterieur;x)nallait jusqu'd murer la fenetre de sa cellule ! ! ! » A celui qui peut accepter corame r^el u^ r^cit semblable^ les rdilexions tie peuvent manquer d'abonder c'ontre I'e retonr d© semblables m^prises. Aussi ]e i)a!f jchroniqueur judiciaira s'6panche-t-ji lon^uement en appreciations ' accusatrices da toutes sortesi etc. -'. . . - ^ .. Le doeteur Laupent ne se pr^oee^paat pas tie savoir si ces fails 6taient prouv6s,et s'61evait forte mentcontre Ifi pr^tentipri emi^e par §o». cpll^ue, ^ue Je ^.ajse^s suffit pour reconnaitre la folie, attestaat « qvfii Went pas de mSdecin d'asile a qui il ne soit arrive de faire sortir des personnes admises sur le certificat de medecins non speciaZistes, qu'ils reconnaissent hientdt ne pas devoir etre soumises au traitement special que reclame la folie^ > et 11 terminait ainsi : On ne saorait trop rehausser le prestige et la dignity da m^- decin ali^niste. Et n'en d^plaise au vulgaire, envieux de noire profession, ce serait aussi TintSrSt de ce mSme vulgaire; car si 4a{nii»)0Bf;iies anntes on avait ^ont^ da^antage les consols de CHAP. JCVII. -- PETITION A l'ASSEMBLjSE NXTIONALE. 371 toutes fortes da corps medical, lasoci^t^ n*enser&it pas arriv^e au point de demoralisation que nous consiatons aujourd^hui avec tant d'atnertbme. Docteur Laurent, Ex-mSddcin en chef ct^asiles d^aliienes. {La fin au prochain numero,) Voici la riSponse que j'adressai imm6diatement au docteur Laurent, par rinterm^diaire de la Fmnceime' dicale, qui Tins^ra daos iscm numero suivant : Orleans, 5; rue de la Grille. — 14 a'oM 1871. Monsieur le docteur^ * Je m'empresse de r^pondre a un article de vous, ins^r^ dans le n® 16 de la France midicale^ en date du 12 aout 1871. Get article me concerne. Je declare qne tout ce que j'ai plac^ sous les yeux de I'As- sembl^e nationale est completement vrai. Je pe me serais pas permis de porter des plaintes semblables aux repr^sentants de la nation, sans Stre en mesure de prouver de la maniere la plus incontestable que tout ce que je dis est exact, et que j'ai plutot att^nu^ qu^augment^ le r^cit tr^s-restreint que j'ai public. $i je -n'ai cit^ ni le nom des coupables, ni celui des asiles dans la petition que j^ai adress^e a MM. les deputes, k la presse, et dont je voUs envoie un.exemplaire, c'est qu6 j'al cru conve- nable de ne rendre compte de ces ndms qu'^ ceux^ qui ont le droit et le devoir de les connaitre. * Je ne veux ^m^Ure aucune opinion personnelle snr le compte de eeux qui ont jou^ un role plus ou moins favorable dans ce triste episode de ma vie. Je dois seulement dird que j*ai rencontre quelques hommes de coeor dont le bon vouloir a ti^ entravfi par des dim«'>ultcs ST2 - M^MOIRES d'UNE AUIiN^E. administratives, et qui n'ont pu qu'adoacir ma c^ptivit^ tout en la maintenant; parce qu^on m'avait placee dans impossibility absolue da rentrer dans le monde, en me depoaiUant de tout ce que je poss^dais, en ne me laissant Til effets, ni argent, ni do- micile, ni papiers, ni nom, et en publiant ma mort. La justice seule pouvait intervenir ; mais c'^tait une caude extrdmement grave, compromettante pour toos. J*^tais Pari- sienne, et les administrations de province se refusaient k re- cliercher le nom et Tideiitit^, a s*occuper des affaires d'une pen- sionnaire dont le pr^tet de la Seine seul ^tait responsable. Voilk jce qui m'a successivement fait passer de d^partement en d^partement, jpersonne ne se souciant de me garder. Vous le dites avec . raison, Monsieur le docteur : une tr^s- grande Mg^ret^ preside aux certificats d'aU^nation mentale. Mais comment sont remis en liberty les individus reconnus avoir 6t6 soumis a tort au regime des ali^n^s, et que tout ali^niste, dites- vous, a rencontr^ dans sa pratique? Heyoivent-ils un certificat de non alienation donnant droit a une rehabilitation? ou, pour manager la susceptibility d*un confrere, sont-ils forces, comma moi, de sortir snbitement gueris d'une maladie mentale n*ayant pas exists? Vous avez, dites-vous, une exp^ience de quinze ann^es de s^jour comme m^decin dans les asiles d'ali^n^. — J'en ai une de quatorze amines comme malade. Vous niez ma correspondance intercept^e, ma fenStre mur^e, parce qu'il ne vous paralt pas possible ni vraisemblable qu'on se soit livre a de pareiUes enormit^s. Permettez-moi de vous dire. Monsieur le docteur, que toiis les mddecins alienistes en sont la. Du moment ou une chose nfc leur parait pas ordinaire, its s'^crient : « Folie ! » et ils certifient. sans plus d'examen. Je vous prends done vous-m^me en t^moignage centre vous. Vous traitez de t naif, le cfaroniqueur jndiciaire qukTSt^^j^chQ longuement en appreciations accosatrices. > Vous citezde$ improbabilit^s.... I 1 ■•■■ .:-■, ■ • . ■, ' - CHAP. XVIh — PETITION H L'ASSEMBLEE NATIONALS. 373 J'ai ^t^ victime pendant quatbrze ans de cette ^nanidre de s'as$urer d'un 4tat civil et mental. Vous niez des faits, sans savoir ni ou ni comment ils se sont ac'complis,*sans me connaitre, sans demander le nom ni.des prefets qui sont intervenus, ni de^ directeurs, ni des doctenrsqui , ont agi. Vous me condamnez d*un ti^it de plume, sans m*en- tendre^ sans enqudte ! Parce qu*il existe des malades qui dans leurs divagations di- sent-des choses analogues a celles que je publie^, s*en suit-il que je sois foUe et'que ces faits n'existent pas? Lam^decine sp^ciAle ne peut-elle distinguer la difference qui existe entre une femme d^nonyant des actes r^eb, de sang-froidf preuves en main, tout incroyables qu'ils puissent Stre* et la pauvre insens^e avec laquelle vous et les vdtres me eonfondez ? Kn vous r^pondant, Monsieur le docteur, je defends a mon tour ceux qui m'ont d^fendue. Je dis avec vous que la science alieniste est clairvoyante/ si ses adeptes peuvent se passer de tout examen ! • ^ ' La question d'alidnation mentale n'est que secondaire pour moi en ee moment. 11 s'agit d*une sequestration criminelle; d*un placement ^effectue contrairem^t aux lois et aux r^gle- ments; de soustraction d'argent, d'actes civils, de papiers de fa* mille et d'affaires, commise par des employed d'administration ; de ma mort annonc^e dans le monde, sous mon nom civil et connu, tandis qu*on me cachait sous un autre nom dans les asiles; et de la spoliation de tout ce que je poss^dais. Voil^ des crimes, des crimes commis sous la garde des prefets, des administrations, des directeurs, des docteurs, sous la sur- veillance et la responsabilite de la justice. Pardonnez-moi, Monsieur le docteur, si je proflte de Tocca- sion que vous m'offrez en ' attaquant ma v^racite, pour me defendre a la fois prds de vous et pr^s des personnes que voire article doit avoir impressionn^es d^favorablement contre nioi. Vous me paraissez, tout en cherchant a disculper vos confreres, etre extrSmement de bonne foi, et j'aime a cpoire que vous ne vous refuserez pas a un examen s^rieux de ce qui itie conceme. n "- \ >'• . 374 M^OIRE& d'une a,lienee. n sufBt d'un honndte homme pour faire rentrer bien des hommes 6gares dans la bonne voie, et j'espd're que vous me permettrez de compter sur vous pour cela. Veuille^, Monsieur le docteur, recevoir. Tassurance de ma haute consideration. Signe : Hersilie Rouif. Le r^dacteur en chef accon;ipagQa ma r^ponse de cette Gonclui^ion : En nous adressan^ la lettre qui nous a vahi ceUe qu*on vient de lire, M Laurent nous en annon^it une autre qai n'est pas arrivde et dont rutilit4, au point ou le d^bat se trouve inopind- ment porte> me semblerait d'ailleurs plus que dottkeuse. J« clo- rai done la discussion avec cet intraitable et Irop matavis^ cor- respondant, sans r^pondre k des pkirases toutes faites « * sur la presse leg^re et sur les journaux de m^decine qui, oubUaxit la gravity traditionn«lle, vpnt puiser a des sources impures. » Je rappellerai seuleoient a M. Laurent qu*un fait est toi^ours un fait, d*ou qu'il vi«nne, ou qu'il se produise, da moins aux yeux> des m^decins ordinaires. Ce n^est pas ma faute si pour les.m^- decrns ali^nistes la' marque de fabrique fait seule la quality des marchandises, ni si cette m^me cat^gorie de m^decins parait» taut tenir a la casuistique dune ecole qui pretend que c pecht': cache est a moUie pardonne. » II est grand temps, h^las 1 de ne plus rien caeher du tout. ' Ddcteur J. L^PEYftftRE. La discussion en resta Ik^ en effet. Matgr6 mon invitation k s'assurer, par lui-.m6me et par Texa- men de mes, pieces, de Texactitude des, fails que j'avanyais, je n'entendis plus jamais parier du dpc-^ teur Laurent. .' M ' I"-/ / CHAP. XVllI. — M. TATLHAMI, PREMIER RAPPORTKUIi. 37;) CHAPITRE XVIIl )|[& petition. — M. Yailhand, premier rapporteur. . M. Tailhand avail 6tudi6 ittoii affaire avec toute la sagacity d'un magistral experiments, et le dSpouille- ment de mon dossier au minislfere de rintSrieur lui avail [apporl6|lapreuve de tous les faits que j*avais ayancSs. J'at pasftii uhie ipartie de isa joum^ k Ure^et a noter tousles 4ocuments qu'il renferme (1), — ecrit-il le 9 octobre iiiTl d M. le I^ormant des Varannes. — Dans leur ensemble ils 6clai- rent cette malheureuse alTaire d'une lumi^re Ires-vive, et per- m^tfenl d6 se fait^ Uh« bptni^dh aussi exadte ^ue possible sur les norpb^eux IncideHls qui .<>Bt signal^ la conduito des divers per- sonna^es qui ont provoqu6 la sequestration dont M"« Rouy a Ste I'objct, etde ceux qui Tont autoris^e et maiiitenue. JTy ai trouve des indications tres-utiles sur la mani^re dotti M)ti et^tev^meAl s*est effect ue, ainsi que sur les circonstances qui Tout accotti- pagne. (1) Je ppssede ces notes si pr^cieusps sur lesquelles Si. Tailhana a dresse son rapport. y I ■ • 376 MEMOIRES b'UNe^AXIENES:. II n'est pas dotiteux aojoard'hui que cett'e grave mesure a ^t^ prise sans enquMe pr^alable, et qu'elle n'a ete constat^e par aucun proc^s-verbal regutier. II n'existe aucun indrce poa-* vant ^tablir que MP* Rouy se soit jamais livree, avant le 8 sep- tembre, k un acte quelcenque de nature a laisser supposer que ^ s^curit^ personnelle ou celle de tiers fut compromise en quoi que ce soit. Deux ou trois t^moins, entendus par le commissaire de police charge de proc^der a Tinformation de 1869, rapportent' bien certaines rumeurs qui se seraient repandues en sens con- traire, mais ils ne pr^cisent rien. M. le docteur Pelletan, qui reconnait ne I'avoir jamais vue ant^rieurement au jour ou it s'est acquittd du mandat a lui donniS par M. Daniel Rouy, declare avoir vu dans la chambre de W^^ Rouy des tentures noires qui en gamissaient les murs, une sorte d^autel orn^ de norabreuses bougies aupres duquel se tpouvaient plusieur^caisses en forme de cercueil, recouvertes de draperies blanches. On sait ce qu'il en 6tait de ces pr6tendus cercu6ils, -oeuvre de rimagination de ma concierge, dont M. PeK letan n'a eu Tid^e de se servir qu'en 1869 ; son cerli- ficat d'entr^e a Charenton eut 6t6 moins vagufe, s'il m'eut trouv^, comme il I'a dit plus tard, en exta$e devant eel attirail bizarre qu'il n'aurait pas manqu^ de signaler. Un point choquait la rectitude d'esprit de mon rap- porteur : c*^tait celui des avertissements que j'avais re^us, et dont les precautions que j'avais prises d6raon- traient la r^lit6. Ces avis officieax — continuait-il — ne lui seraient-ils pas ar- rives de la park de M. Laurency Rouy, son cousin, qui aorait sorpris dans la conversation de M. Claude-Daniel Rouy lapens^e 4e faire enfermer sa parente, dont il consid^rait oa affectait de ' \ CHAP. XVlTl/ — M.. TAILHA.ND, PREMIER RAPPORTEUn. 377 consid^rer la raison comme profond^ment alt^r^e? £t ce don- neur d'avis officieux n*aarait-il pas empkry^ rintervention d'one dame de charity da quartier, M"* de Grozelier, qai ne serait aatre que la dame noire en question? On a cherch^ dans Ten- quSte administrative a se procurer le t^moignage' de M^^* de Gro zelier, retiree a Paris chez les dames du Saint-Sacrement; mais cette dame, parvenue a un Age avanc^, n*a pu foumir aucune donn^e un pen certaine, la m^moire lui faisant d^fauU La letlre de M"« de Grozelier cit6e, chapitre iv, af- firme de la fa^on ia plus precise que jamais \\ li'a 6te fait aucune d-marche aupr^s d'elle, et, aiasi que le dit fort bien M. Tailhand, enl^ve une arme puissante aux n^ains de liies adversaires. Mon z^l^ rapporteur rechercha avec soin, dans.le dossier de I'interieur, quelques-unes de ces lettre's dill- rantes dont j'avais ^t^, disait-on, si prQ.digue. II n'en put trouver aucune ant^rieure k mon incarceration. La premiere mention jelative a cette circonstance tr&s-impor- tante se trouve dans un proc^s-verbal du commissair^ de police - du quariier du Mont-de-Pi^t^, en date du 4 aotit 1855, signalant la remise- a lui faite, par un ouvrier employ^ k la Salp^tri^re, de trois lettres Rentes par M^** Rouy a son adresse, et qui t^moi- gnent de la fa^on la moins Equivoque de son aberration. On a vu, chapitre vii, ce qu'^taient ces lettres; mais devant les nombreux certificats concluant k rali^nalion, M. Tailhand, reconnaissant I'inutilit^ d'une lutte oil on le d^clarerait incompetent pour des faits passes loin de tout contr6le, dans le secret des asiles, pr^tendait s'en faire une arme en ma faveur, et en prouvant ma par- 378 ' MBMOTRES D*UNte ALltlNfiE. faite sanit6 d'^esfprit avant et apres ma sequestration, d^mojatrer tdute rhorreur de cette s^questratiaii, doot k ri^ueur et riojostioe m'avaient exasp^r^e au paint de me troubler momentan6menl Tesprit. Ce n'est point ainsi que je Tenteiidais ; mais uae fois qu'il aurait ^1^ proUfV^ of^eiellement, qua je R'^tais pas folle avant d'etre enferm^e, je me faisais for,t de prouver, selon ropinion des nombreux docteurs avec lesquels j'^lais en relation habituelle, que si je n,'6tais point folle apres^ c'est que je ne i*avais jamais Mon rapporteur trouva dans ce dossier de minutieux details sur mes quatorze ann^es de s6questration ; les letlre^ du directeur de Fains et da pr6fet de la Meuse, constatant les violences dont j'avais 6t6 Tobjet; et des pieces qui lui firent me rendre dfes Vabord le nom de Rouy et dire : oc Je suis tres-fiiiei sur toiU ce qui se rapporte a Vetat civil, » Je ne pouvais mieux demander, et il ne me restait plus qu'a baier de tons mes roeux, a prefiser de tout mon pouvoir \% rapport k FAssembl^e nationa)e. Une ann^e enti^re s'6coula cependant en recberches de toutes sortes, travaux, correspondances, etc. M. et Mme le Normant all^rent successiveraent a Versailles conf6rer avec M. Tailhand, lui montrer les originaiix de mes pieces que je ne voulais k aucun prix confier aux hasards de la poste. Un photographe d'Orl<^aus, M. Richou, avail eu la bont^ de reproduire gratuite- CHAP, XVIII. — n. TAILHAND, PREMIER RAPPORTEUR. 379 I ■ '■ ■■ ^ I I ^" » ■ ■■■ II 1^1 ■■■^■■. I ■■■■■■>■■< ■■■! I I^^Wg ■ ■ *' I ■ ■ ■ ■ I — — — — — ■■■(■■< ment tties actes, ainsi que le portrait de rall)um, et de me pftotographier 6galement telle que j'etais devenue avec les ann6es et la souffrance. Je me plais k recon- naitre ici Textr^me bienveiilairce que j*ai rencontr^e ims toutes les (passes de la soei^i6, ou cbacua m'est fGBVk en aide de sa bourse, cie ses d^arches ou de rme quantiie de dossiers qu'il me fallait envoyer k tons ceux qui s*occupaient de moi. II me vint alors un auxiliaire aussi puissant qu'inat- tendu. M. le procureur g6n6ral d'0rl6ans, auquel le ministre de la justice avail demands un rapport sur mon compte en novembre i868, avait eu le tort ou de signer trop l^gerement I'oeuvre d'un subalterne, ou de ne se renseigner que prfes du dooteur Payen. Ce qu*il avait appris depuis avait bien modifi6 son opinion ; il i^egrettait ifayoir emp^HS le minist^re de donner suite a ma plainte, et en magistral int^re, d6sireux de con- courir a la d6couverte de la v6rit6, il donnait k M. le Normant des Varanhes la declaration suivante, qui cons- tate ma suppression d'etat : Orleans, 3 juin 1872. Le proewrenr general pr^s la coiu* coor d'appel d^Orieans atteste, aux fins quil app^rtiendra, que M"« Hersilie Rouy a ete pjusieurs annees, sous le nom de Chevalier, pensionnaire a Tasile d'Orieans^ et qu'elle en est sortie sur un cerfificat de guerison. Tenaille d'EsTAis. 380 . M^MOIRES d'uNE MJtHtE, I 11 ]'accompagnait de la pri^re a MM. les directeurs de Charenton et de la Salp^tri^re de commuiiiquer a M. le Normant les dossiers me concemant. Gelui-ci ^ciivait le 5 juin : . Je viens de passer 'trois heares aa moins a prendre la copie des curienx documents do dossier de Charenfon, et il abonde en pieces importantes pour Hersilie ; il y a du Durangel, du Mette- tal, et curieux; des rapports, des lettres Pelletan, et enfin This- torique parfaitement constats de la remise des papiers a la soenr, la date; M. Cochin a agi, et beaucoup. Demain j*espere obtenir communication du dossier de la Salpetriere. On comprend de quelle utility ces releves -forent pour mon rapporteur. C'est a M. Tenaille d'Estais Element que je dus la communication de mes certi- ficats d'Auxerre, et de tout ce qui se rapporte k la vente de mon mobilier. Enfin, en juillet 1872, M. Tailhand nous ecrivait : Je Tons promets de faire mon rapport au retour de Vassembl^e et dans nne des premieres seances. . Je note ici une grosse afifaire pour moi : mon d^m^- nagement; la maison de la rue de la Grille §tant re- prise par le propri^taire, il me fallait absolument la quitter. Je m'installai, 29, rue des Charretiers, chez les demoiselles Moufflet, qui purent se charger de ma nourriture, ayant en m^me temps que moi quelques autres dames pensionnaires, et chez lesquelles je suls encore. . , M ■ • ■ « - CHAP. XVIII. — k. TAILHAND, PREMIER RAPPORTEUR. 381 I ' I I ■■ I •■ II II III ■ ■ m ^— ^ I He voyanl enfre les mains d'un rapporteur qui cher- cbait si consciencieusement les moyens de s'^clairer, et que I'ou secondait si bien de tous cdtes, M. CJaude^ Daniel Rouy conipriMa n6cessit^ de se d6fendre et lui envoya, le 24 octobre,un m6mpire ou, apr^s avoir I'^edit^ toutes ses calomnies de 1864, 1868 et 1869, il disait : Jusqu'a present, disciple bien convaincu de mon maitre et ami, M. £inile de Girardin,je M^avais, corume ilme le conseille; r^poDdu que par le m^pris a toutes ces sottises (ma pdtitioh). Peut-Stre ai-je eu tort, puisque leurs 6chos se sont fait entendre dans toute la France et que vous-mSme, Monsieur le president, V6US avez cru devoir vous charger de les examiner et d'en faire un rapport k TAssembl^e nationale. £h bien 1 Monsieur, vous* penserez certainement comme moi^dans votre conscience de raagistrat, qiie I'expression de la v^ritd doit avoir la mdmc publiciti§ que Tassertion du mensonge,«et quMl ne sera que de toUte justice de la proclamer officiellement et bien haut. Je n'en demandais pas davantage; seulement onavait jusqu'ici accepts comme v^rit^s les assertions de mes ennemis, ou tout au moins de mes adversaires, car, excepts mon fr^re dont je ne m'explique pas Tacbar- nement, je n'^tais en butte k aucune animosity person- nelle ; on ne m'^ccablait que pour s'exon^rer, et je demandais k etre jugee sur des preuves. Sauf I'acte de decfes de sa m^re, qui pouvait 6tre Fobjet d*un juge- ment rectificatif de mon ^tat civil, mais qui ne modifiait en rien ma situation presente et acquise, M. Rouy n'apportait que des affirmations dont la fi^usset^ 6tait # 382 MEMoiRES d'une alienee. I depuis longtemps demontree : nombreux t^moias de ma folie r^clamant ma sequestration, ses bont6s m^con- nues, mes prodigal it6s, mes desordres d^conduite, etc. II xke varie que sur un seul point :. jamais il ne m*a conteste le nom de Rouy, au grand jamais (1) ; c'est moi qui ai pris celui de Josephine Chevalier pour nrieux me cacher, apres ^tre sortie ou m'^tre 6vad6e de la Salp^triere ; de \k vient qu'on me Fa attribu^ en m*y r^hitegr^nt. Sans m'attacher k ce qu'il y aurait dB bizarre a ce qu'un 6tablissement inscrivit sur ses re- gislres le nom de guerre pris par une feU^ ea rupture de ban, k la place de celui sous lequel on l^'avait regue, je renverrai le lecleur aux chapitres xiii el x^v, ou se trouven^ l II se troinpait, en comptant sur cet incendie pour r6- duire mon rapporteur aux seuls renseignements de M. Metletal. Le dossier enlier avait 6t6 re mis au mi- nisl^re de Tint^rieur dfes la fin de 1869, et c'est en le compulsant, comme on Ta vu au debut de ce chapitre, que M. Tailhand avait 6tabli son opinion. Cependant M. Rouy et ceux qui s*6taient rendus solidaires de ses agissements envers moi, comptaient si bien avoir convaincu ou intimid6 mon d^fenseur, que I'annexe au feuilleton n° 358, du 21 novembre 1872, portait cette mention : Petitions que la vommiasion, a Tunanimit^, propose d'^carter • / 384 Ml^MOIRES D'U^^E AW^NfiE^ I I ' _ . - ■ I parla question prdalable, conf or moment a Tarticle^da r^gle- ment : no 381, la demoiselle Houy, a Orleans. Cette manoeuvre ^choua ; elle n'aurait pu r^ussir qu'en Tabsence de M. Tailhand^ sur laquelle'on avail compt^ a tort, et dont le rapport etait pr^t. On s*y prit autre- ment. Ici se place un fait tellement singulier qu'on aurait beau jeu pour le mettre sur le compte de mon imagi- nation malade; heureusement j'en ai pour garant M. le Normant des Yarannes, qui le tient de la bouche mSme de M. Tailhand. Gelui-ci avail emporte son rapport a TAssembl^e pour en donner lecture k ses collogues de la commission, apr^s la stance. II trouva son porte- feuille vide : le rapport lui avail ^td suhreptice- ment enleve; nulles recherches ne le purent faire re- trouver. II fallait recommencer ce travail sur nouveaux frais, d'apres les notes ^parses dans tous les dossiers qui lui avaient servi k le faire. Membre de la commission des graces, ainsi que.de celle des petitions, M. Tailhand 6tait accabl^ de besogne, d^couragd peut-^re aussi un pen par cette preuve d'une lutte acham^e qui ne recu- lait devant aucun moyen pour emp^cher la lumiere de se faire. II s^en occupa cependant, et la lettre suivante de M. Dumamay, d^put^ du Finist^re, ^ M. le Nor- mant des Yarannes, prouve que si ce rapt avait re- tard^ le moment oil justice me serait rendue, rien I - ' -. ■ 1 1 \ CHAP. XVIII. — M. TAILMAND, PREMIER RAPPORTEUR. 385 n*6tait venu 6branler les convictions de mon rap- porteur : , , « Versailles, 7 juillet 1873. (( .... J'ai bien regu ta lettre avec les documents qui raccom- « pa^naient, concernant Mii"*Houy. J*en ai pris connaissance, et « je crois rSver en li'sant I'expos^ des fails contenus .dans ton « m^moire au procureur g^n^ral de Paris. E»t-il bien possible « qu'en France, au XIX« si^cle, de pareilles iniquitds aient pu « se perp^tuer pendant plus de dix ans 1 <( Je connais beaucoup mon collegue, M. Tailhand, president « a la cour de Nimes, qui est cbarg^ du rapport de la petition; tt les int^rdts de M^i* Rouy ne pouvaient dtre confi^s a de meil- « leures mains: M. Tailland est un homme tr^s-6clair^ et tr^s- <( ferme, et qui jouit d'une grande estime dans TAasembl^e. jfe « Tai entretenu de cette Strange affaire et me suis assure k qu*il la poss^de admirablement dans tous ses details. Tu peux « Stre certain que son rapport signalera et qualifiera s^v^rement « toutes les ilMgalit^Sidont cette triste affaire abonde ; il conclut « au renvoi au Ministre de la justice, et tu peux dtre certain « que ce renvoi sera prononce sans que personne ose elever la « voiz en faveur des trop nombreux personnages^ plus ou moins « compromis dans cette affaire. . « II parait certain que c'est un fr^re de M^'* Rouy qui a pris (( Itnitiative de cette odieuse persecution; cependant, je ne vois « pas bien son int^r^t. M**« Rouy n'avait pas de fortune p6r- ^ sonnelle, et je ne vois pas qu'elle fCit appelde a recueillir c de succession qui put exciter la convoitise de son fr^re. II (i( y a sans doute des motifs de haine^ou d'interSt que M^^* Rouy « doit connaitre, mais qui, dans aucun cas, ne peuvent mdme c altenuer les actes criminels dont elle a ^t^ si longtemps vic- « time. f ^Gependant, je n'6iaispas seule en jeu'dans cette lutte sans merci ou Ton ne se faisait pas faute de se servir d'armes deloyales; on savaitbien cpiels services m'avait rendusy me rendait journelleoaent M. le Normant, dont on ne pnuvait r^cuser le t^moignage et les travaux aussi facilement qu'on eiii emp^che de lire mes lettres en disant : c Elle est folle ! c'est une affaire deja .dix foisjug^I > A diverses reprises on Tavait averti qu'en conti- nuant a me prater son coQcours, il risquait sa po- sition, dont il avait le plus grand bescdn .cependant. Ne voulant a aucun prix abandonner ce qu'il regar- dait comme un devoir de citoyen et d^honn^te bomme, mais tenant a se mettre, au38i bien que moi, jsous la sauvegarde de Topinion publique et de celle paMi- culi^rement comp6tente des principaux magistrals de la ville, il leur soumit un resume de mon affaire avec pieces a Tappui, les engageant a I'^tudier et a lui en donner leur avis. II s'agisssait la d'un grand int6rdt g^n6ral, de la liberty individuelle mal sau- ¥egard^ par la loi» de rinsufiOsance et des prices du CHAP. XVIII. — M. 1»AILHAN0, PREMflfiR RAPPORTEUR. 387 ' ' J ill I ^ .1 . ■ ■ I ■■■■-.■" .1 1 . regime duquel ^laient scmtnii^ les ali^ftds; Mott ta^ particulier n'Stait que la d^mofk^tr^ton de e«$ trkt^H Deux pr^sidei^ts et sb con^iliers k la Cour d'appei vinrent, par leur appr^iatioi^ motive, donner une grands force k mes revendi^^attotts et former autour de mon d^vou^ d^fen^eor comme une garde d'honneur 1^ garantissant cootre les sourdes nlen^es, les animosit^s inavouables de eertains personnages qui, sans que je susse poHxrquoi, m'^faient devenus hostiles apr^B b'^tre proclam^s bien haut me» prolecteurs. Mais laisson« cela : je ne vmx me souveftir que cie ceux, biea pluls honibreux, qui me sont rest^s bons et decourable$ jus-, qu'au bout. M. le Normant fit quelque tetnps aprfes un nouveau voyage k Versailles; M. Tailhand lui»lut son rapport, auquel il ne restait plus qu'a mettre la derni^re main, et lui promit de ne rien n^gliger pour saisir le moment favorable de le porter k la tribune. U lui ^crivait le 10 fevrier 1874 : Obtenez de IP* Roiiy qu'eUe veuiUe bien patientev encore . un peu; je tiens plus que vous ne pensez a lire mon rapport. Gependant, le rapport n*arnvait toujours pas, et M:**® le Normant se rendit k Versailles pour presder de. nouveau M. Tailhand. Elleletrouvadans les meiUeures dispositions et au moment d'obtenir un supplement d'informations des plus inatte^dues. Orji lui avait pro- 38S i[1s:moire8 d'u^e ali^n^e. mis communication d'un dossier conQdentiel qui exis- tail, dtsat£-on, sur mon affaire. Notre impatience et notre , curiosity de connaitre ces myst^rieux documents ^taient extremes ; nous en fiimes pour nos frais. Nous ne piimes m^me savoir si M. Tailhand les avait vus ou pas vus. Je ne sais si c'est prevention de ma part ; mais k partir de ce moment, et des details que M*"® le Normant- lui avait donnas sur certaines circonstances de ma jeunesse, sur la position exceptionnelle que j'avais eue a Blois, de 1830 k 1833, alors que j'y etais institutrice chez M™« de Galard de Zaleu, scBur de M. de Pradel, chambellan de Louis- '. Philippe, M. Tailhand n'eut plus aucune envie defkire son rapport. J'en tro.uve la confirmation dans une re- ponse qu'il m'adressait le 24 avril 1874 : Mademoiselle, La lettre que vous m'avez fait Thonneur de m*ecrire m'a cause an profoDd sentiment de chagrin.... Vos malheurs pas- ses, votre situation pr^sente vous ont assure mon plus pro- * tbrnd devoiiment, et je vous prie de compter absoLument sur la persistance de mes efforts ppur vous faire accorder en.fin wa dedommcuiement aux souffrances immeritees que vous avez stibies.,. -' Heias I ainsi que je ie pressentais, ce n*etait plus justice, mais assistance que M. Tailhand poursuivrait pour moi, et j'en eus la preuve, aussit6t sa nomi- nation comme garde des sceaux. Son coiiegue de Tin- terieur, M. de Fourtou ecrivit au prefet du Loiret CHAP. XVIII. — M. TAILHAND. PREMIER RAPPORTEUR. 389 t d'en terminer avec mon afTaire et avec moi, en m'of- frant une pension dont le chifTre fut laiss^ en blanc, ainsi que je Tai su depuis. M. le pr^fet mit en mouvement M. Yilneau, manda^ k son cabinet M. le Normant, lui dit que le minist^re , 6tait dispose ^ entrer en arrangement avec moi ; que ma petition allait ^tre recul^e ind^finiment par la n^cessitd de nommer un nouveau rapporteur ; qu'il valalt bien mieux, malade comrae j'^tais, en flnir, m'assurer une existence tranquille pour mes demi&res ann^es ; et il lui demanda quelle pension lui semblait n^cessaire pqurcela. M. 1^ Normant r^pondit "que je tenais avant tout k dtre rehabilitee, k ce que mon affaire fat port6e k la tri- bune, afin que la justice se pronong^t^ qu'on sut ce qu'il avait k\h possible d'accumuler contre moi d'abus de pouvoir et dUtiegalites en quatorze ans de detention arbitraire, et que je recommencerais patiemment avec un nouveau rapporteur le travail qui avait amene la conviction du premier. II demandait done pour moi, en attendant les dommages-interets auxquels j'avais droif;, simplement de quoi vivre, 100 fr. par mois. Le minis- tere en accorda 125 et les fit partir du l^"" Janvier. Je n'etais pas tout k fait de I'avis de mon defenseur. Sachant que la consideration se mesure facilementk Targent dont on dispose, je pensais qu'on aurait eu une -plus haute id6e de mes droits en voyant un chiffre plus ^leve ^ la pension qui me permettrait d'altendre et de 22. I \ 390 Mi&MOiREs d'unk alie? les faire valoir. Mais Tessentiel 6tait de ne pas avoir entrave ma liberty d'action, et c'est ce que je pr^cisai en 6crivant sans tarder i M. Tailhand : < Orleans, 29, rue de3 Gharretiers, 41 join 1874. Monsieur le Ministre, v II se pas$e en ce moment one chose si strange, que, malgr^ mon d^sir de ne pas vous troubler au milieu de vos grandes et multiples occupations, je crois devoir vovs en infomier; oefai 'tou9 feni coinprendre bieii facilement comment et pourqiioi oj^ %. mur4 ma feudtre alors qu on m'avait sous la main et qu'on n*avait qu'un ordre a donner ; pourquoi on a cherche a me faire enfermer de nouveau, a me faire passer pour folle an moment ou j'ai publie ma petition. On ne Fose plus ; on s'y prend autre- meut Je laisse a M. d\M>OYille le soin de tous donner tons les de^ tails *, je me borne a vous dire en h4te que M. le pr^fet du Loire t a dit: 1* que vous ne trooviei pas i propos de fiiire raon rap- port, fiiute de savoir le mobile 4I) ayant ponsse M. Koay a me faire enlever; ^ que M. le Ministre de riuterieor me fait faire par M. Durangel la proposition d*entrer dans un etablissement de bienfaisance aux frais de T Assistance publiqoe, a to covtdtiilioti^ 9He imire tur le pasfe et de retirer ma peliiion^ Cest M. le president Yilneau qui a ete mis en moovement pour arriver a cette iransaction a laquelle j'etais loin de m*at- tendre^ je Tavoue. — Josqu'i present. Monsieur le Ministre, J'ai compt^ sur voos, sar votre pan4e. Yous ^vea lecUme des se- cpurs pour moi de M. le Ministre de rinterieur, et lis m'oot \t) On a th au commencement de ce chapitre (lettre de M. Dumamay) que ce manque de mobile apparent ne lui sea^ blait pas alors de^nwr entrarer Faction de la justice. Si Fob nx trMitait pas 4e nbotif seneax. le crime contie mot n'eii etait pas moins patent, ainsi qite ses desastreuses ix^nsequence^ 8f4cune a/adilioa, iiien qoej'ue piis chaqoe de bien eipliquer que je ne tes rSulamais lant Ie rapport. minUlre.- tloa espoir en vans devienl d'autaal pliu St i ce moment qu'on m'impose le silence el le petition! prends rien ; maU le doute n'est pins possible. Torn parlanl a U. d'AboTille, qui a »a lout U dossier de >yable aveature. oa Ti proc^er a la nominition d'uu nouveau i^- ■ petition, J'ose ^perer. JJunsieiir le Mioislre, que biao 6lre asscz bon pour vous aatendre avcc lui. ^^ uonfler voire ripporl qui, a pail ce nouvel episode, qui ^4 alusni^e. • ' 1 — — — '■ Monsieur le President, Messieurs les Administrateurs, H me ikis ub devoir de vous faire connaitre qu'fr la re^pi^e de M. Tailhand, garde des soeaut, ministre de.k juMtce ; sor bt pressante recommaBdation de hautd'di^aitaiteft, enbre autoes d» M. le comte Benoist d'Azy, vice-president de TAssemUite l^abfcio- nale; de M9<^ Bapainloup, ^vSque d'Or^ea^s; da Censeil g^n^- ral; de MM. les d^p.uti^s et da priifet du Loitet, M. t$ Mini^e de rint^rieur vient de m'aoeorder une p/intsiiedit apnjtelle de 1,500 fr. Ghacun de vous, Messieurs, sait que M. Tailhand ^t»iX le rap- porteur de ma petition a TAssembl^e natiooale ; qa'apres une longue et coBscienciett£ie enquSte, il a r^dig^ uA rapport quo le& afifair^s publiques out seule3 retarde, et qu'il doit re^iettre, avec Les pieces a Tappui, a M. le vicomte d'Al^oviUe,, notre d^put^ choi&i par la comqiission ppur le remplaQer, La puissacnte iaierventiom de M. le garde des seeaux psirle trop haut en favour de cette cause exeeptionnallfi#i^oHr que je oe sois pas fondle a esp^rer une entiere cotlf^ilitation, me fr^r- mettant de reconquerir le respect e| la confiance qu'une aussi longue et cruelle diffamation m'a fait perdre* La part que vous avez prise dans ma lib^ratioUt Mes^ew9, ainsi que hi blenveillante et bienfaisante protection dont • vous avez bien voulu eontinuer i m'entourer jusqu'a ce jour, me font penser que vous reoevrea avec plaisir rannonce que je suis a Tabri des premieres n^cessit^s de la via, jt)6qu'aa jour de la jus*- tice et de la reparation. Veuillez, Monsieur le President, Messieurs les Administra* teurs^ agr^er I'espression de ma reoonnaissanee et 4^ mon res- pect. > Hersilie Rouy. '^J CHAPITBE XtX Mb pficlcion. — H. la Tioomte d'AltoTille. deaxl4m« rapportanr. Je ae fus pas d^courag^ comtne oa I'aurfkit pu croice ea me .voyant revenue pour U aecoode fois k mon point de.d^fkart. D'abord, gr^e i MM. Tailh&ild etde F«untou, moc p&itt tjuotidien ^ait aBBur^, et mes d^vou^ amis ne maaquaieot pas d'ajuuter «{uelque su- perflu & C6 strict n^^aasaire, du via ^nenx et surtout des fruils doat j'Staia avide, car ils rarraldiissaient et adoucissaient ma pauvre poktriae dess^ch^e. Puis M. le vicomte d'AbaviUe, qui s'occupait de moi depuis plusieurs ann6es, iStait presque aussi a« courant que Dou^imdoaes dece qui me oouceroait. M. TailhuniJ lui avait promia oommuoication de see notes, qui ^luci- daient toute uion affaire au point devue 1^^'al, nvec une nettet^ dont on a puju^er, puisquej'en ai cito une gratlde partie, et une competence indiscutable. M.d'AIJO- ville r^solut done de porter ses investigations sur lf?s poiots.cqacwnMtt ma lamiUe et tes motifs qu'alle avait / 396 M^MOIRES DVm ALDBNl^E. / pu avoir de me faire enlever, puisque c'^tait d^cidement elle qui, de son propre aveu, en avail pris rinitialive. II alia pour cela consulter les pieces du dossier de Ville-d'Avray, ainsi que mon frfere y avail invil^ son prM^cesseur. En reproduisanl ici les r^sultals de cetle enqu^te, je ne fais que r^pondre au vobu de M. Rouy, deman- dant qu'ils fussent connus, com me ma p^tilion, tn de toute la France, trouvant juste que I'expression de la verite ait la meme puhlicHe que Vassertion du mensonge, :» Avec ces documents en main, le lecteur pourra juger de quel c6l6 se trouvenl Tun el rautre. M. d'Aboville demanda d'abord k M. Rouy -commu- nication de la letlre de details annoncSe par 4e docteur Pelletan, qui Tenvoyait k Henri Rouy avec priere de la faire parvenir k son p^re apr^ en avoir pris commu- nication ; lettre Verite le lendemain de mon enlevement dont elle rendait compte. II ^lait int^essant de voir si elle concordait avec la declaration de M. Petlelan k FenquMe de 1869, nolammenl au sujet des tentures et des cercueils. M. Rouy r^pondit qu'il Tavail ^gar^e, perdue ;"qu'il la chercherail ; de m^me pour le testament de mon p^re. Quant k ce qui s'^tait pass(^ pour mes cl^s, le d^faul d'invenlaire, de scell^s, 11 ne salt rien de ces details, ^tant k cette ^poque malade k Ville-d'Avray des suites d'une cruelle operation. II ignore Ha m^me k qui a ^16 signiii^ le jugement fTi I CHAP. XIX. — M. d'ABOVILLE, SECOND RAPPORTEUR. 397 ■ du i^ Janvier 1855, ainsi que le commandement et la vente du 12 f^vrier, et par qui j'ai ^i& representee k cette vente. Une lettre de M. Henri Rouy, du 9 novembre 1854, dit que c'est M^« Cor, amie de M. Pelletan, qui est aliee prendre chez moi les effets qu'en m'a envoy^s a Charenton. C'est k peu pr^s le seul renseignement preds que M. d'Aboville retire de sa visite. Interroge sur la personne qui a donn^ le nom de Chevalier k Charenton, M. Rouy, pour tdcher d'ac- eorder les choses avec la nouvelle version de son m^- moire k M. Tailhand, r^pond, m'^crit M. d'Aboville : Qu'il suppose que les employes ont ajoute ce nom aprei coup avant celui de Rouy, pour se reconnaitre lorsqu*il leor arrivait des reclamations ou des plaintes de Mi** Chevalier^ se disant Rouy, ainsi qu*elle ^tait designee dans les autres asiles. Dans one premiere entrevue (car M. d^AJboviUe a eu 14 bont^ de retoumer trois fois a YiUe-d' Array), M. Rouy m*avait r^pondu qu*elle seule pouvait s*dtre nonmi^e ainsi, a son arrivee a Charenton, dans un moment de folie. . Ces r^ponses ne me semblent pas s^rieuses. II est Evident que c*est M. Pelletan qui a donn^ k Tarriv^e k Charenton le nom de Chevalier qui figure sur le registre d*admission a Thospice. M. Rouy est sourd, ce qui facilite de sa parties r^ponses evasivet ou I'absence de r^ponse. Ayant inutilement, a deux reprises, fait la demande du testa- ment de M. Charles Rouy, en ofifrant d*en payer la copie sur timbre et l^galis^e, je r^clamai de nouveau, cette fois par lettre et formellement, le testament et la lettre du docteur Pelletan du 9 l^eptembre 1854. Voici la reponse textuelle de M. Rouy ; 23 f if 594 u^ttOiiRES d'uni> alienee. ■ ' \ ' : Monsieur le President, Messieurs les Administrateurs, S^ me fiais ud deroxr de vous faire connaitre qa*a la r«%ttd^ de M. Taiifaand, garde des seeaut, ministre de.la^usb^e; aur la l^ressante recommaBdation de hauts'dignitaites, enlre autires db^ M. le cornte Benoist d'Azy, vice-president de TAssemUi^e lUiUo* nale; de Mvr Bupainloup, ev^qu« d'Of^a^s; da Gonseil gin^- ral; de MM. les ddpxtt^s et du pr^fet du Loiret, M. H Ministre de rintdrieur vient de ai'aooorder une p/^nsioA anaiaeUe de 1,500 fr. Chacun de vous, Messieurs, sait que M. Tailhapid ^Uit le rap- porteur de ma piStition a TAssemblee natiooale ; qu^apres une longne et coBsctencteu^e enqudte^ il a r^dif^ uA rapport que les aSaic^s publiques out seule3 ret^rde, et qull doit reinettre, avec les pieces a Tappui, a M. le vicomte d^AboviUe, notre 4^put6, ehoisi par la comqiission pour la remplacer. La puissante iaiervefttian de M. le i^de des sceaux ptarle trop haut en favour de cette cause excepUonoeliAfj^oar que je ^e sois pas fbnd^ a espirer une entiere rejlii^ilitation, me p^^- mettant de reconqu^rir le respeet ej; 1^. confiance qu'uue aussi jk>ngue et cruelle diffamation m'a fait perdr^. La part que vous avez prise dans ma liberation, M^9i6ur9, ainsi que la bienveillante et bienfaisante protection dont * vons avez bien voulu eontinuer i m'entourer jusqu'a ce joor, me font penser que vous reoevrea avec plaisir razmonee que 19 sois. a Tabri des premieres n^eesstt^s de la vie, jiisqu'att jour do la ju&^ tice et de la reparation. Yeuillez, Monsieur le President, Messieurs les Admlnistnk teurs, agreer TeJipressioa de ma reoonnalssaneo et de mon res- pect. % Hersilie Rouy. L ....J \ CHA.P. XIX. — M, ©'ABdVlLtE, SECONiR RAPPORTEUR. 385 GHAPiTRE XIX Ma petition. — M. le vioomte d'AboTille, deuzitoi^ rapporteur. Je ne feus pas d^couragee camme on I'aur^il ,pu croice ^v me .voyan4 reveaue pour k seco&de fois k moa polatde. depart. D'abord, grax^e i MM. Taiihismd etde F«untx)u, men paiii q.'uotidieii ^ait assure, et mes d^vou^ amis ne manquaient pas d'ajouter que}que su-^ perdu k ce strict necessaire, du vin vieux et surtout des fruits doat j!6tai€ avide, car i\s rafraichissaient et adoucissaient ma pauvre poitrine dess^ch^e. Puis M. le vicomte d'Abovilde, qui s'occupait de moi depuis plusieurs ann^es, (^tait presque aussi au courant qm Aou^im^n^s dece qui me concernait. M. ^ailhand lui avait promis oommunic»tion de ses notes, qui ^luci^ daient toute mon affaire au point de vue l^gal, avec une nettet^ dont on a pujuger, puisquej'en ai citf^ une, graiklepartie, et une competence indiscutable. M.d'Abo* ville r6solut done de porter ses investigations sur les points cqa(^ernaiit ma famiUe et les moti^ qu'alla avaift I' . * ^ ., ■ ■ r / 400 ' MEMOTRES D'UNE ALIENEE. ■ I I - ' 11 ii I. I, ■• 1 1 ■ ■ ■ I s « I ' ' de douze ans, Mon pere s'en fut a Londres et la, v^cat maritale^ ment avec une jeune AUecnande; Marianne, etc. (1). Q\jte M™« Rouy quitt^t son mari dans de telles circoiistances, si ces faits sont exacts, on le com- prend; mais qu'elle abandonnit son, ills aux soins de ces mattresses de basard dont mon p^l*e 6tait, disait-- on, ent6ur6 I!I C'est pourtant ce qui a eu lieu. Depuis la disparition de sa m^re, en 4798, etnon en 4802, car la date est constat^e par I'acte de notori6t6 joint k son contrat d6 manage, M. Rouy n'a eu aucun rapport avec elle; pas une lettre n'a 6te ecbang^e, et il n'a plus entendu par- ler de Marie Stevens qu'aprfes sa mort, par un oncle qui i'a avertt d'aller recueillir sa succession. Comment cet oncle avait-il pu le retrouver, alors que sa mfere ignorait oil il 6tait ? M. Rouy r6pondit que la maison d'^picerie et sucrerie Rouy etait connue dans le quartief des Lombards. Un almanach du commerce devait donner cette adresse, qu'en trente ans de sd- jour k Bruxelles *M"^e Rouy n'a pas eu la curiosity de connaitre. Elle en voulait si fort k son mari, qu'elle en oubliait son enfant, 61ev6, a Paris, cbez son oncle £tienne, dont plus tard il devint gendre. £n juillet 1870, nous avions demands et obtenu ' (I) Chose bizarre ! mon fr^re avait chez lui le portrait de cette Marianne ; de plus, on disait qu'eUe avait pris soin de lui. Qoand done et ou? A Londres, sans doate, et en 1798. CHAP. XIX. — M. D*AB0VILLE, >SECOND RAPPOkffeiJW. 4(>1 les rehseignements suivants du> minist^re des aiTaires ^trangeres : Marie-Joseph St^v^ns est n^e a Wavre en 1765. £n> 1786, elle est entree en service k Bruxelles. V En lt88, ellea'6pous6» k Paris, Charles Rouy, Spicier. Aban- donn^e par son man, elle a qiiitt^ Paris pour retourner a Braxelles, s'^tablir en quartier (1). £lle y est reside jus- qu'en 1830, ^poque a laquelle, ^tant tomb^e malade, elle est reto,urnde k "Wavre, pr6s de sa ni^ce, la femme Gollier, bouti- quiere dans cette ville. Elle poss^dait une pi^ce de terre, une cr^ance hypotfa^caire et des Economies. Son fils est yenu k Wavre recueillir la succession, faire vendre la terre et la cr^ance hypoth^caire. M« Pastur, notaire & Wavre, m'envoya copiede Facte de d^c&s de Marie-Joseph Stevens et de la declaration des droits de succession, faite k Wavre le 7 jail- let 1832, et sign^e G.-D. Rouy. La pi6ce de terre avait 6t6 vendue 150 fr. par rh6»- ritier, et il n'est pas fait mention de cr^ance hypoth^- .caire. Le maire de Wavre nous ayant ^galement dit que M.-J. St^vBus n'^tait revenue dans le pays qu'un an environ avant sa mort, nous vouMmes rechercher ce qu'elle ^tait devenue pendant plus de trente ans k Bruxelles, et quelle etait la cause de cet oubli complet de tous les siens. (1) Cette locution beige signifie qu*elle n*^tait plus domes* tiqae ni en garni, mais chez «Ue. 4(B ^ HfikOIRBS B.'UNE A.LI&«fiE. •»"■■■«■■■ II fujt «npo.s$ible (J'y trouyey trsw.ji? sm^is^p^^ ?p de recueillir aucune indication sur son cooxgj^^jjgfi^ des nombreuses families Stevens domicili6es k Bruxel- les ; le bourgmestre dfe cette vijle, aiicruei' nqu^ nqus adressames ai|s^i> aous r^ppad^t, \% ^ij^\j^\^3^ : Pes recherclie^ ip^uctMdus^ oixt ^gjatj^mf^ 4K ^^itP& 4f^ les registres. de population etablig 4epi^is, Igjl^ ppuB ^c9iiV4Pif I'inscription de h pydnomme.^ 0^aFJ.eriQ5PP|j; §^eJ% ^Pn^ Charles Rouy). Signe: Y. N^gj^j, II fut done acq^is pmu^ m^ ^pstst VamB, Siaverm n'avait pas demeur6 k Bruxelles, au moins sous son veritable nom. Vers la mtoe epoque, une dame (FOrt^ans, ani ve- nait me vpir quelquefois et qui avait un oncle 3tWavre, le pria d'aller voir la ni^e de M.-J. Sk^ens, ia veuve Gollier, alors 4gee de quatre-Vfngt-sept ans, mais ayant conserve toutes ses facult^s. Celle-ci dit etre rest6e toujours en relations ^vec sa tante et indiqua son adresse k Bruxelles, rue de I'Em- pereur, chez un marchand de fe'ience que M. le bourg- mestre ne put pas retrouver non plus ; 11 ne flguralt ni sur les listes du commerce, ni sur celles de la popu- lation. M™e Gollier n'avait conserve aucune lettrfe de sa tante, et il y avait a peu prfes vingt ans qu'elle ne Tavait vu^ lorsqu'elle revii^t k W^yre, M.-J. Stevens n'avait jam^i^ ^xm^mmr^W^^^ < < \ . 1 CHAP. XIX. — 4f ft*A»P\W^^B;* SECOND fiAPPORTEUR. 403 ."ji W^. \ 9^^Mle§> ^ yi:vaMi4^ ises petits revenus et de^ t^caw^l (i^.sq^ff^mdjie, k^mia k Wiftvrfi «& 1830, elle y ^W' ^M^ 9Sf ^s. ^Qi^^ foaeph et Mtcplas^ et W^' S% ^^^ d^ avski^ tJitaB^oimde par son mari, 9^ii{ M^.WQ.^>VSm6 dfi sa fsmme, i^ve ^galement :- ..r^^. j'arriverair peut-^tre un jour k d6couvrir et k prouver, si Dieu me prfete vie. Quant k hies rapporteurs, tout en partageant mes doutes, ik jugferent'avec raison qu'on ne pouvait sans preuves s'attaquer k un acte r6gulier de F^tat civil ^t que, ainsi que je I'avais dit cent fois lorsqu*on raoa^r ?5ftt I tent propag 1a qut§§t\0i\ ^ n^a aaJasaftae, U ne &'4pssaii pas de savoir sii j'^tats legitime, adulti§rine du bitarde, mais pourquoi on ra'ay^it enferm6e sans fetr.e; ^ \\ «t v<- , 'S <• '> t; ~ .»» j^-. -ft i'>j .- :'• '• * - *" • . '> t: ■^ 1} .. . M® ^ ®R*^ ^ft ft?P^ 8"A ftW,t I«? 1^ ^laiSR- tot 6'«§t cela qu'il ne convenait k personne d'^Qlaircii', " . I 404 M^OIRES O'UNE AU^NEB. Gomme motif de ma folie suppos^e, M. Rouy invo- quait la mort d'une enfant et I'abandon du p^re. 11 disait poss^der des lettres ou je Msais Taveu de ma faute. M. d'Aboville vit ces lettres, et elles lui parurent de moi, ainsi qu'il le dit a mes amis^'qui s'en impres- sionn^rent, malgr^ les dentations que j'avais cons- tamment oppos^eB k cette accusation, consignee cat6- goriquement dans le proc^s-verbal de M. JuUet, du !•' octobre 1869 : . Le 22 aTiil 1848, elle faisait enregistrer a la mairie da deuxi^me arrondissement one fille n6e d'elle, rue Richer, 33, et de p^re non d^nomm^. M. le Normant m' 6crivit m^me un mot assez dup au sujet de mon manque de confiance en eux, qui ne m'auraient pas abandonn^e, m6me en me sachant.cou- pable, car nul n'avait le droit de m'enfermer arbi- trairement pour cela et de punir une faute par un crime. Je fus outree de leur injustice ; je dis q^e, ai j'en ^tais rMuite li, je r^clamerais un examen medical qui confondrait mes calomniateurs (1), et j'^rivis k M. d'Aboville : (1) Chose bizarre ! depuis la xnort de M^^* Rouy, le bruit a couru que cet examen avait eu lieu pendant qu*eUe ^tait internee i Tasile d'Orl^ans, et avait prouv^ qu'elle n^avait jamais eu d*en- fimt. II nous est impossible de savoir ce qu'il y a de vrai dans ceci, llnt^ress^e . et les m^decins de Tasile n*existant pluus. (Note de V4dit6ur.) « } Monsieur, Je Tous remercie profood^meii! de lout cc que vous avei Tdil pool' moi, des importants documents que lous avei ri^unis ol qui prouvent iucontestablfliaent un coiiiplot ourdi de concert avec U LeE^bure Me Taire disparaitre comme on I'a fait ne sufdsail {Ma; il fallait mn fermer li parte du monde, et le scandale ^tait n vrai mujen. Sachant ijue je m'occupais d'an enfanl, il fallail ^B I'altribuer, metlre ma folie sur le cample de sa mort, de . Vabandon du pire. On I'.i fdit. i sa lettre du 28 d^cembre 1868 k M. le Nonnanl, M. Ao'ij e de Taire scandale, ti on veut le poursujvre. 11 lie peut JMloore dire ni l& noiu, ni Vige de renfant ; il dit : « ie ne sain i phrase enlortillee. Maia en 1869 il e^t plu* Teiplioite : il donne le nom, I'ige, rarrondissement ; il d^dnre '■~*-''" ''-' , 11 en salt plus qu'en 18b8, Aujourd'hiii. il ] sais pas, I il donne des leltres de taoi, il iiiq jours j'eluii sur jiied pour earlier ma n beau de ma pari. Monsieur, et j'nvHis taut i a Tauta que je me monlraid partoul, m^me sur t t^moignage des d >i digne de Toi cgue Teiplioite : il dor ^»l'««ca«««e. m dit plus : ' ie ik Ivit gi/au bout de r i/iaae..... C'esibii r de cacber n \Ba barricades de Kvr "en tra^erssnt voire rue. si loulerois It '«;ipU(iu«rA, J^ priucipal pourmai est d'avoir fiiii' (.oxlcjilu, ou lout au inoiii« iin resume dirat on ne pourta pai inattrs k« vdracitd at la bntiiin toi en doute, sj, p^x /ipturii, ces IfUces prcnnieiit ]•: ctiariLln itu tesl3n)C4| el d£S (lil^s qu'on a voulu Boustritiru ii roxnnron. J'altenils doni?, Monsieur, avec autanl d'impaticiicii 'luD ilo conliBnce, uxie lettre de ygua. Vfliu vow)rM biqa L'vilKWar fmver(8 i &J. If tjornitsjU, ivvifi j« D'ABfiB PUS. '^tKOt Irifp outr'a Eontre l^i ira^, c^gt U9p- i> s^t asuei i. quo! tVn lutik our mu« giii me (iiSuAettt et »ur du( ppiv a« pa* Uoulv I'liiiami' J| auis martellemenl ble^g^e. ,, yeflil^i, Monsieur, etc, Voici le compte-renda de la tlemitrrc vMte qu'4 tM flollicitatioD, M. d'AboviUe vonlat bien feire k VBfe- d'Away, le 3 juillet 1876 : ■^ PH Ig IWDf* Hff ne MHKKnr c* one ia lui touudab ; f«ii lettrei, tool en prntestaat qnll time nil*ia «n finir far «n (iro- flte — «iae D'»-i^ bit mmom U U dinjll — aw pin nmw nam *■ l«^ Timtn ga tarri im$ «* ' , 408 M^HOIRES d'uke jo-ien^e. , • ' ' '" ' ' ' ' .1 I I I , I ■ dument. Je ne crois pas qu'une femme puisse aimer sans suc^ comber, Elle n'aimerait pas^ oy. serait de marbre, Tai lutte^ fai cede.. .^-f attends / JHmdnc?^,,,., Plaignei-^iMiy Charles, Voire sosur affectionneey Sign^ : Hersilie. Lettre sans enveloppe et sans date« La signature et le paraphe m'ont paru dtre ceux de M"* Houy a cette ^poque^'seulement elle est ^crite avec une plume plus grosse que le specimen de |1870 que j'avais apport^, et vers la fin, avec une main troubt^e. Quant a la lettre de Son ills, M. Rouy me Fa refus^e. 11 a re* fus^ ^galement toute autre communication et tous renseigne- ments, bien que je lui aie fait observer que, si Taffaire avail una suite, il se nuirait ainsi. le.me suis done retire au bout d'une demi-heure. Sign^ : £. d'AsoyiLLE. Mais M. Rouy connaissait trop bien la puissance. des solidarit^s qu'il avait su ^tablir k son proOt) pour crain- dre d'alier jamais en justice ; sa tail^que ^tait surtout de gagner du temps, et il y r^ussissait de toutes ma- nitres. M. Tailhand n'avait remis k M. d'Aboville que la moindre partie des pieces me concemant ; il avait ^gar^ le reste. Entre son cabinet de "Versailles, de Pri- vas, de Nimes, les nombreux dossiers dont chacun d'eux^tait encombr^, les rechercbes ^taient longues et difQciles ; elles devaient aboutir cependant, mais lors- qu'il serait trop tard pour s'en servir. M. L^D Renaud avait ^t^ nomm^ k la Prefecture de police ; on a vu, chapitre xvn, combien il avait 6L6 im- - / ■■■ .^ r , s ' / . - ■ - . / CHAP. XIX. — M- d'ABOVILLE, SECOND RAPPORTEUR. 409 ■ ■ ■!■! ■ II— I > . ■ ■i ■ f ■■■■■>■■■ ' mum, — ■■ fc« ■■■■■■ I ■ I M.^Bii p ^ ■ ■ <■ I ■■ I ■ pressionn^ de ma triste histoire, alors qu'il 6tait pp6fet du Loiret, bien qu'il n'eAt pas 6t6 maltre de donner suite k ses bonnes Inspirations. M. d'Aboville crut pouvoir $tre renseign^ positivement par lui sur le rdle jou6 par ^ la police dans ma sequestration, et lui ^dressa une de- mande k laquelle M. L^on Renaud rSpondit par Tenvoi d'une ^Note assez longue, destin^e k justifier U fagon dent s'^tait op^r^ mon placement k Charenton. J'y etais dite n^e k Milan, et mon acte de bapt^e qualifiait mes parenti^f d'epoux UgiHmes; mais un jugement ayant fait rectifier I'acte de d6c6s de ma mfere cooime n'ayant pas 6t6 marine, la Note trouve tout • naturel de m'dter mon nom civil, apr^s plus de trente ana de possession, sans autre formality. EUe donne, en le compl^tant un peu, le certificat du docteur Pelletan et fait valoir que ce certificat n'est qu*une superf^tation ; qu'on pouvait, d*apr&s Tarticle 8 de la loi, se dispenser de I'exiger, puisqu'il y avait ' urgence, et cite k Tappui de cette urgence la declara- tion de M. Pelletan k TenquMe de 1869, declaration que nous aivons reproduite chapitre v, page 77. Mais qui Fa constatee, cette urgence? Personne, car la Note est obligee d'en faire ainsi Taveu : M. Strope, commissaire de police, est mort, et il n'a ete trouve k son commissariat aucune trace de son intervention dans ht eirconstance; cela s'expUque d'ailleurs par ce fait que la seques- tration de la demoiselle Chevalier n'a pas et^ faite d'ofQc6. par Tautorite, et qu'elle a eu le caractere d'un placement volontaire. ■ 1 ' :. (■ V / 1 4iQ vPimm »V?fi wMK I . ■ ■ »«'■ ■ I I III. t . • I ■ II I I ■ I ■ I ■■ ■■»■—— I ■ verbal d'urgene*: i^m^^ ^'i^^wm 4'p.f^<^ 4@iri9fid9 objecter l^ mm» ^^ femp, d§ r8QS^^»»tP J Uk dem^A4$ d'^^dni^^ ^4 tr|gr^Mv^^t r^^ig^^ ^ $i§fe^ d^ps l^ h\tf6?lil» ffl^we^ 4 I'^sa^ e^ Oft ^teft le maladf; G'§^t 98tta pi|q§ (m k dq^tf W P«ll«t*ft f ifiit le inalade. On cpmprei^d £aiQJ[lex]ciient que* le commissaire d6 policed apReU a donner son concours pour faire savrlr par un terrorief U ponrta d\\ l«g«ip«nt da W^ Bhe^nlieiv (hxal la sil«nQi ^rolfinfA inqui^tail 1^ Wmh *H Wi^eiH^ f^ 4^e^ir M^«H| WWW ami de 1^ fapiil(^ {U^7) 4^ ppjurvoir ^uf me^i^!e§ d^ (raiieine^^ et de surveillance que r^cfamait d'urgence I'^tat mental de la demoiselle CSheval^r ft V^ii lut oJJniJMiaiDintwt »MMof |As im 4$ ses ^j^Kielfl^^. Deux observations ^talent jointes k cette A-ote lors- ipilles la CuniQe? Est-ce n de son talent de pianiste, a etd enlev^e de soh domicilis par le docteur Pelletan, a la pri^re de son fr^re de ][>^e> M. Claude-Daniel Rou^. £Ue a- ^l^ regae a Charenton en violation formelle de la loi, sans aucnne deraande signee et sur le certificat medical de Thomme mdme qui Tamenait; insci^ite sous un nom qu*elle'n'avait jamais porte; depouill^e k Charenton et priv^e pendant huit ans des papiers ^tal>1issant son ^tat civil; fhistr^e de sotl argent et de ses bijoux'; promen^e ensuite pendant quatorze ans d'asile en asile, pendant qu*on la faisait passer pour raorte a Paris; main- tenue a trois reprises dans ees ^tablissements contre le sentiment des m^decins, sur ordres venus directement de Tadministration g^n^rale de TAssistance publique de Paris. Faote de tu telle administrative, son ' mobilier a ^f4 en grande paptie perdu. Dans ces asiles, elle a subi des traitements indignes;son talent s'est ^vanoui, et avec lui elle a perdu ses moyeus d*exis- tence. Telles ont ^t^ pour elle les consequences terribles de linob- servation des lois: De ce chef, elle a droit a une reparation du goaverfiement. Le mintstre de rinterieur est d^ji entrd dans cette voie en mettant, le 22 juillet 1874^ a nne somme de 1,500 fr. par an a la disposition dn d^partement du Loiret, dans TinterSt de M"» Rouy! » Cette somme est insuffisa^ite pour lui permettre de rendre c» qtt'eUe a ete forc^e d'emprunter pour vivre depuis sa mise en liberty ; insuffisante aussi pour la mettre au-dessus des besolns de la vieiUesse et de sa sante perdue dans les asiles. Sans donfe il est impossible de lui rendre ces vingt ann^es, bris^es d'abord par des tortures morales et physiques, puis par les anxiei^s de lamis^re; mais on doit dii moins, par une pension reguliere, assurer le pain de ses vieux jours contre les vicissitudes de la politique. Elle a le droit aussi de demander au ministre de la justice de rechercher, -par une enquSte plus impartiale que celle de 1869, 4i4 Mfytx^Sm !)'?»[« W^^' Pour ces deux motifs, j'estime <9ip ]» B^|ipo.4£ |$^ En%, et J5^ ^^i;^ B(^ P* Qopx Ij, flj^jUgiji)^ jl|, s^f^ Y/?n},.^p cl'mgo^el^ % ^m eftfe» !^ c le devoir de veiller s^ 9§& ??}iyhfiH''igjai 4§ fVfiBl^^r 4 Vw % ^}^¥,% *? W^^ ^ i^^^^' ^^ ^ ft^ite V^ <«>sHiP. de • leurs biens, de sauveg^der leurs interSts ; de l§f| re^df g, $'jl « §e ByejJdt, ^ la p^gji ^ a ?^^ §a]^t6, n^ i^r d|^^s iu»t 4 »r6- « X^nir tet, jf^i^ri^^^^. $^x^^ s§9??^§!faJipft ii?§ijfi^TOBJMlt «L justifi^e a son origine, ou prolong^e ensuite aU dela 4'W^ eiripruntees au rapport sommaire de M. le coig$§, ^ BfiSSi^ ^ 9^4i^ &s^ m8&^ ^?9f^^ imis»^ ^)msal%. k m^ reyisiom le y^ yemeeciei %uek[ues jouFa apto 6Q c^b termes: ' ^ ' Nous le tenons enfin, cet admirable rapport I Je ne m'^tonne plus, Monsieur, ni du t^mjps ou'i^ vqus a{||lla, ni de la peine oue Vous vous ^tes donii^e poi^ recu^illir tous les documents mdispensables afin de fiaire une oeuvre aussi ma- CHAP. m. — »^.5:450S|f^ u5S9;i)^.]|AppoiiTmJn. ^ croU, unique; c'est-i-dire d'^pifSj; 4. mf djscirtBfif; »;op»flUl- «W»«t qpe ^ 1^ agpi|4ti8!}§ 4q, ^^ ^uprea^, qiy afiftt ^Httftt jlus ifiAifWSiS: qu'ils^ffi^ 4e.li#nt isdfJjEflB^-J'JS.ttf:?, sWefitifflt, ei pjij^. *i i^Uspfifft i'AVv^ M^i. 'ff-"'}^. i^'S'^it. rieures, etnonles induire ea erreur. de marcbepied...,. csF^iD»]^.4i^ Q|^ 4tne «% BMugiAk Ce la^Hil, itni avec une conscience, nne cl4rU, nne pi^ci- sion, una ienaeti douce et polie qui remet chaque chose k sa p\|Cp, lui dpnD^ sa Taleiu; r^le ea aflauci^iit mgpig 1^ tprls Ses cju^Im cm'U accu^^,^ ert, jejoo, mojj im document lei, qi)^ je voudrab le voir pubjl^r, non seiUe^eqt pgur moi^ po^ tous, nais comnit module de style, de bieuveillance el d'Squit^. . Qu'il y a loin de cette douceur, de cet esprit de mod^rationj de eonciliatioD, de calme, n'eiag^raut pas les bits, a ma tougae de soiiante-trois am 1 Combien voire esprit de sagesse aurait il6 n^cessaire \k oft, au lieu de chercher 4 relever le moral abatlu ou eiasp^r^, on ne cherchait qn'k au^pnenter par des commenlairea odieui, par des outrages cruels, un ^tat de sorexcitation si naturel rComme on aorail eu besoin de voua areiF la poor dire : ■ Faites enquSte. >' Uais i qaoi une demande d'enqndte arrive-t-elle ? A vous fidre meltre i la ports,.. gwAne / Je vous sais gr£ de n'avoir pas parl£ des defaillanees intellectueltes que M. Tailhand m'altribue par £gard pour les ali^nistes; j'ai toujours H6 maitresse de ma volenti; je donne les motifs, bons ou mauvais, qui m'unt bit agir a tort ou a rai- son; et I'alifn^ est irrespotisable, tandis que j 'assume parfai- tement toule la responsabilit^ de mes actes. Mertd encore et encore, monsieur, de m'avoir si bien comprise -at sibien d^fendue. Laissez-moi esp^rer que vous n^ laisscirez pas votre ouvrage iuactaevf, et qae jusqu'a la fin vous voudrez r 416 HEMOIRES D^XJNE ALUBNl^. bien rester mon appui^ mon d^fenseur et dtre m^diatear, si one conciliation desirable est possible. Vous, M. et M"^* le Nonnant des Varannes et M. TailHand, for- mez lui groupe invincible, car vous vons appayez stir le droit et sur la T^rit^. II faudra bien qa'on mette des limites k ces ter- ribles ccrtificats qui, grdee k de la. complaisance, a qaelqaes mots techniques, font d*un Stre intelligent et honorable one idiote, une brute dangereuse, une ^hont^e, capable des plus inconvenantes actions (1)1..... Recevez, monsieur, avec I'expression de ma profonde recon- naissance, celle de mon respect le plus absolu. Hersilie Rout. (1) C'est bien ainsi, mais en se gardant de citer ancun fait a Tappui, que me repr^sentaient certains certificats dont mes rapporteurs avaient obtettu communication. CHAP, XX. — COUP D'cEIL R^ROfiPECTIF. 447 CHAPITRE XX Coup d'OBil r6tro«p60til Je n'avais eu aucune nouvelle de ma plainte du 8 oclobre 1868 centre le docteur Payen. Les investi- gations de mes rapporteurs me firent connaitre que le garde des sceaux, impressionn^ de la gravity des faits que je lui signalais, Tavait renvoy6e au procureur g6- n^ral d'Orl^ans^ avec cette lettre : Paris, 5 novembre 1868. Monsieur le procureur g^n^ral, Je vous transmets, avec la reclamation ci-jointe, une lettre de M. le Normant des Yarannes qui appelle moa attention sur la sequestration de quinze annees subie dans les asiles d'alien^s par la demoiselle Hersilie Rouy, actuellement au pensionnat de Tasile d'Orl^ans. Je vous prie de vouloir bien examiner avec soin le merite de la plainte ci-jointe et de m'adresser un rapport sur la suite dont elle vous aura paru susceptible. Le garde des sceausp, minislre de la justice et des cultes. Par autorisation : Le directeur des affaires criminelles et des graces, Babinet. 418 "Ki^MoniES j/mm aki^ni^e. I ■■"W" M. le procureur g^ndral se contenta de demander au docteur Payeii un rapport duquel il conclut que j'at^is grand tort de me plaindre, ayant ^t^, c non pas chass^, mais, sur mes reclamations incessantes, rendue k la liberty. :» II oublie de dire que cette liberty, dans les conditions ou on til6 la i^daity '^tadt pour moi un odieux d^ni de justice^ puisqu'elle emp^diait I'admi- nistration de poursuivre gratuitement ma demande en rectification d'etat civil. Dans sa r^ponse au Ministre, ie 18 du m^me^ mois, M. le procureur g^n^ral^ apr^s avoir ^crit ^i propres termes : La demaiseUe Rouy a ete admise le 29 aout 1863 a Vasile d' Orleans soi^ le nom de Chevalier, , constate nut ^position artistique k Paris et continue ainsi : £lle etait connue alors sous les noms de Hersilie Rouy, Depuis qumze ans, sans qu^on sache a la demande de qaeUe personne et sur Tavis de qn^l ttMeew^ cHe a ^t^ iracces- sivement plac^e dans les asiles de Gharenton, la Salp^tridre^ . Fains, etc Sa situation avait attir^ 'itfon *altenlion ; j'ai ^u qu*etoe ' a^kdl appele de mSme celle de mon pr^d^cesseiir et de M. Ie |)r^^t du Loiret. Intebpell^ par moi, if. le docteur t'ayen n'arftit pas h^i^t6 a m^assurer que, dans sa conviction, 11 y avaft chez M*^*^ Chevalier alienation mentale. M*^* Chevalier' piirte fet ^cHt - beaucoup. J'ai lu avec attention plusieurs de ses lelffes.... Cetfe correspondance m'a paru indiquer effectlverhenf ch'ez son auteiir le (rduhle d^s fa^tflt^s rti^ntal6s. Dans une lettre adres^fte i'M. fe pr^fet le 16 juillet dernier, j*ai rtmarqu^ iiotamment Ie passage* rtiitamt : ' T« ^..^13 d^ fnc^ 'devoir de r^p^ter aujourd*hui qu'ily a deux v,/ . CHAP. XX. — CJdUP D*(EIL 'R*ftl6SPEGTIF. 4^ «.toi%r^^e : vH^ Henilie estdispdlnie da matiii miilKoir j at « trace est introuyable : seule je connais ce secret, et je dois en « avertir tes autorit^ % la i^tlitite iki^me iiie semblis ifidlqtirer ttn iSM '(respiit'<}ai n'est pBar la niton Ifens les 6tpItesitiiott» ^eiite» qtieyaipfo- ▼oqu^es de sa part, M. le docteur Payen dit : c Si nous avons 0Ue, Tt^itL laisseront pas dans le d^nunotettt. ■ • Du iriometit oii 11 6tait aisitirt ^'oti rtie fertitt Tau- mone, M. le ministre se iinf pour satisfait. Quant k ma.plainte au minktre de Tinldrieury les btrreaux tfancihferent ^hfifmettt la question contretnoi, sans m^me faire un s^mblant d'iriformation, et en aver- tirent en ees termesM. le.pr^fei du Loiret : P^iS) '10T»fl^feftlfc*e^iW8. .... Depuis sa premiere sequestration, qui temonte & plus de dix ans, la p^titionnaire a adress^ a mon d^partement d'inces- santes r^elamitions contre le's acfmitti^tfetio'fts ttes dttf^rents asilesdais lesquels* elle a ^t^ tmiMe. SesipiaiiileSvteQieuKflaii^ fondement, t^moignent seulement des gr aires d^ordres de son intelligence. Celle qu'elle vient de m'adresser semble empreinte des m^mes conceptions d^lirantes. Je crois neanmoins utile de vous la communiquer, et je vous- prie de me la renvoyer avec le cerfiftcat 61 le TStpport iA^dical qui ont motire I'ordre de ioftie, etc. Le Ministre de VintSrieur, Par autorisation : Le Conseiller d'etat, secretaire genSral^ Signe : Be So^kedOK. CHAP. )t(. — COCP Ii" . Loroque j'ai r^^itle lapport ludtiical panclu^nt a la mise en i3>ert£ de I'alidn^o Chevalier, le 26 octobre dernier, j'ai icril de UMXVMU u U. le pr^et de la Seine.... Le It de ce mois, n'ayant tas re;u de r^ponse -^— — — — — . . ..- - ■ ^— ^^— ^^— — »— ^— — sa lettre ne peut laisser supposer qu'il me croie in- sens^e. En voici une preuve d6cisive, que je dois k la protec- , tion toute sp^ciale dont M. de Marc^re youlut hum m'honorer lorsqu'il 6tait ministre de rint^rieur, et qui a du determiner sa conviction. C'est le brouillon d'une lettre ou M. Dureau parlait selon sa conscience et dont il a dil Mtonner une partie, car on voulait sans doute en haut lieu que tons les renseignements demaod^s a Orleans conclussent k la folie. Gette pifece est anterieure de jdeteos arts k ma mise en liberty et ^tait adress^ k M. Husson. directeur de FAssistance publique ; les passages en italiques sont ceux supprim^s dans la lettre officielle : Copie du brouillon tel quHl se trouve aux archives de la Prefecture du Loiret, Orleans, 26 mars 1866. Par lettre du 19 octobre 1863, vous avez bien ypuln, sur raa demande. me faire connaitre les actes de d^mence qui ont amen^ i Paris la sequestration de la nomm^e Ghevalier-Rouy, pension- naire du d^partement de la Seine a Fasile d'Orl^ans, et les motifs particuUers qui pouvaient s*opposer k sa mise en li- berty. Ces renseigpiements et les documents qui les accompagnaient ont ete communiques au mddecin de Tasile d'Orl^ans, et les divers certificats de ce fonctionnaire, d^livres depois, sur le compte de la demoiselle Chevalier, ont conclu successivement a son maintien dans Tasile. ^-' ite de diverses drconstances, notamment de lettres I .r \ CHAP. XX. •— COUP d'ceil wetrospegtif. 425 n — - qqe les autoritiis ont reyues k plusieors reprises de )a demoi- selle Chevalier, et ^i rCont paru porter aucune trace de desordre mental, j'ai d j^a^ilBi ta^t de^ «aiiv«ai» i^ Utoifidffatmfr pour fui dei£i2Didbf d'ofdontifier tme* ^conde enqteSfbtnft- ment sdriettse^ et 04 jje serais entendue. £e i2 mdi, M. Mettetal torivait au directeur de Charenton : Son Excellence M. le ministre de rint^rieor desire avoir nn rapport d6e^4 dOr i€& MXs fehitif^ ia: s^xtt iffft dettuiselle Che^rtgJeS^Wi&tit dfcte hr ttifaeiM En eodB^eww, je iroii» |»ri6 d^ rMaiiitir «» npfort a M. le doefenr Calmeil, et de me le transmettre- le plus lot possible. \ / .»/ f CHAP, XX# — COUP P'CEU* RfiTROSPEGTIF. 487 ■ I I ■ I ■>■ I HI wM^^mmm ■ II I ■■ I > 1 ■■■■■■ r , ^ ,1 ■ < I \ Q^e}le avit&rM pev^-on accorder a un pareil rap- porif redige en ^869 sur des faiU qui ae $ont passes 01% i8649 ^ciivalt It. Tailhand au bas de la copie qu'il yehait M iaire de la letire de M. Mettetal. En efFet, ia geule cbose qu'U £&t loyalemeiit possible de faire apr^s tant««l'iHm^& ^coul^es^ a 6tait le simple relev6 des notes m^dicales inscrites au registre pendant mon s^jour h Cbarei^toB^ Le docteur Calmeil, cependant, trouva moyen de faire un rapport de dix pages sur une personne qu'il avait eue, quat&rze dUs actiJ^ravaiif , troii mois dans son service. li avait afoi's pr^ de lui M. Barroux, mon an- 6ien dirtetelur de Vsirmf devenu direfi^ar de Ghareii- ton, 6ft comme m6deCin^adjoint Mi le docteiir Foville, ex-m^decin en cbef du service des femmes a Mar^- ville, . II fallaity en exon6rant le docteur Pellets^, exofl^er* tons ceiix qtif m'aviient g^ard^e k la suite, et Fon donne k ce aujet sur mes antecedents des details essentielle- m^t fantalskltes^ ik»Qt il etkt Me bon d'indiquer au moitis \A prov^eiHatt^e. C^ I'iapport 6Sf si evidemment . compose pour les besoins de la cause, qu*bn n*a pas ose le produire ; mais il n'en existe pas moins k mon dossier et impressionnera defavorablement quiconque k lira sans aveir connaiss&nee des pieces que je pou- vais d^ lors lui opf^ser^ II £f attache a denaturer mes paroles et mes actes, pour prouver la neces6ite de me faire enfeimer paar anite a: d'un eUx^ hUent d'alie^na- 428 MEMOIRES d'UNE ALIl^^. Hon 3). bien ant6rieur k ma sequestration. II ^tablit pourtant qu*a mon entree k Charenton j'ai parl6 de mon pfere, de mon oncle, de mon fr^re, de ma famiUe et de ma position, en des termes ne iaissant aucun doute sur ma filiation ni sur ma parents, qlie plus tard chacun a arrang^es k sa guise, en me pr6tant defi id^es que ce rapport dement. II donne de longs details sur ma sant^, sur ma- ma* hifere de vivre : Qui etait celle de beaucoup d'artistes, taiitot dans la getie, tantot dans Ic luxe. Elle a fatigu^ son systdme nerveux par des * exces de veilles, par son assiduity a T^tude, k la culture de la musique. Ses esp^rances ont souvent 4t6 remplac^es pui* des deceptions ; son existence a dd ^Stre remplie d'emotions. M"* Chevalier-Rouy s'est livr^e avec ardeur a I'^tude des myst^res du somnambuliame ct du magnetisme animal L'activite de son intelligence s^exergait de preference sur ces mati^res dangereuses. Peu a peu, ses sens s'exalterent, et elle commen^a a eprouver^ de^ hallucinations de la vue... Plus tard, elle se persuada qu*elle etait poss^dee par un esprit magn^tique et en butte k des per- secutions secretes.... Vers le I*' septembre, M"« Chevalier-Rouy comraenpa a se montrer tout k fait indifferente a ses iateretii ; elle avait laisse de cdte ses lemons Sa domestique essaya de la raisonner ; mais il parait que la malade Teffraya par son atti- tude et la violence de ses propos. Tout ceci, selon M. le docteur Galmeil, resuUe de rinterrogatoire que M, Vinteme Verjan avait ete charge de me faire subir. ie me sui8 occupee de spiritisme comme tout le MSP. XT. — OOI'P It'fHI. REtlWSPECTir- «& roonile, k nne ^poque oii tout le moade s'en occap-iit, el je pasaais la^me pour un medium assez puisSaBl. e enlrer (tana une discussion a fond sur ce sujet, e.dirai que je ne compreods pas la coapable I^SreW dThommes qui, au lieu d'examiner et d'Slaii'^r .»s iphteom^nei: qu'ils Iraitent d'epidemie cirebrfile, Iran- idieot avec leur imperturbable aplomb, en qaatiGant Ue d£lire tine conviction battte sur des faits r^ls et incun- itestables. le n'avais pas Tait difficulle de causer de ces choses avec M. Verjan, de dire que j'avais une conviction prw- ■Ibiide en rinlenention d'un Mre supreme, en one des- 'Knte irrevocable. J'avais cite des songes m'ayaot avertie des ev^ne- Ements futurs, et dens apparitions en i*ve : Tune en 1S22, ^ Varsovie, au moment de la mort de ma petite CBur Constantine ; I'autre pendant que j'^lais a Lon- ,dres, en 1834, m'aanongant la mort de mon oncle '£tiemie a I'beure mSmeoiiilexpirait. II n' est person ne qui, en cherchant bien dans ses souvenirs, ne puisne citer quelque fait analogue. Seulement on a transform^ leeux-ci en hallucinations que j'aurais dprouvfes en 4854, ce qui change terriblement les choses. Je dois dire que le spiritisme a fait sur moi Irfes-peu iffet, parce que mon pfer* s'oceupait de sciences bccuttes, que j'assistais a toutes les conversalious, i\ loutes les experiences de magu^lismeou autres. el que El ne m'^tonnait pas. 430 M£MO|RES D'UNE AXIEN]^. -»'■'-' ■' ' ■'■ ■ » *''!'■ I ■ ■' I — ■^- I ■ »■!■ ■■■! '■■ ■ I , ■ ' liOrsq^'on* me r^r^^nte' comma totalament absoi^ \m pai: laspmtu»ae> j'^tw fori o^GU94e k xk^t. to^ eautjoQs qu'6Q.m'a¥aiti{idi)q[u^ e^vu^ da ma dinpoH rition pvo^haioa. Oo* 9'^ooiia (|ue j'aia cessd m;^ k$OQP au 1^' sap(iemt)Ba, au pl^^inaft vaeaoo^ ! Ja las avaj^ m^ma eaaa^eSf z&ofmf^ too^ las piroCeissau]r&, w aoiiQ^ ma&ceiHLeiit d'a^^dl). Enfin^ |e <]x)ute qu'o}^ ma eifaip d'humeur k me laisser faire la legou par m^^ daia^flg* tiqu^^ Cte^ a VH, alw^itra n^ ai9ffiiiie»t et po«)^\iai je Taifiaia miiba 4 la p(nrfa^ dis la WLiMaii i[|e ii^ijUkl:, ai eim- oaant ail Wiiiaii {NTafi^ da ae 4pfa ^ 4(ori^ lanta la |oii»» nee pour me dire suicid^e, foUe et a^fpiagfaffe idN^s mca» M. Terj»^ qui m'afHra toi jeiiw at qpe j»r|i;'ai ftta r&m, attnt maiaompm etai'MiBA vfiffiaf^ ee que je lui avaia 'nx&Mt dea feajesR^ 4e saa cemeterga* fl a^rait 4l'aillaiiri» aangBlier (pie 2a mgBoAef cossnia an nt'iff eita^ If t d^mo^ aur dife«a£»a ees ftingiriigrs d^Udla. J'al ^44 fovi £taiinte quaaid/ k IrmJowiiiif 4g ipm «rm^ dils^isiitay M. la doctet^ CdbaaH WKsrmk deiMHi- veau siir I'aflfwit flrappe»r al me dit ; *^ Vaua antimdez dast ^oit dans le murf '^ Bana le m^, noil/... ^ meiAs qu^ ea la^r m adil tine dMflati at ^^l na piffla d^rri^e. ^ Cast ^aixime tout la ma^da, «l0i«{ YacM ctfkn>- deDieu? ' ■ -^ I . .- ■^\ CHAP. X«, •" OOHP n'tEfl, HtTROBPEGTIF. ~ 4Sl — " J0 dte'qtie Ifc TOnt iirt4rietlfe qui nons pSrIe viont de'Dlffiii '6'fl8t4-d}ite -d'un effe mipf^lne ifit non if- la juftti&re. — M6i atfSBi, ilon, j'aiteads k vdx delHeu'I — Assur^ment, bomme tout le monde, k moins que TOus necrojiez que c'est oelle flu diahle. fie tontueet, .M..le > ChcTalier-Rau^ avail teat^ile; pounder un jt^enent sain et d'oMir a In nation du sens comnwB.^De mdme ii £tah fond^ k rapporter la maladie de cetEe habile arlule a la classe des monomanies avec h&Uudnationa de pluaieors seus...; Eile comervait la faculty de caiaamier .d-'iine mani^re suivie at indme sp^deuse snr les mati^rea StrangSres a aes conTictians d^raiwimabUs. M^setitrvicUons iKrAisoimaBlW, C'Atalt SaHs dotite le spiritisfne-; nntis je ri'ftais pas foRe pottr y croire, Men qtie oeki ipuisse rehire fiille et qn'on en Sit vu des exemplea. m.ie (Ideteiir CaMeil daigneconveuir qtie Je tie pt&- setdetHteunsymptSrrte de ptfralj/Sfe ; que ma -Udion eSt'itipnitfe-etcoTTecte. IJ s'^tonne, le kndemain de montrttvfiS, de rae irOuvaf aUrexcUie et parlant avec OncseWrtt aufeicttSe i raoina. ta vdrtt^, messieurs les tftlAaistes SOnf prScieuf f 36 vou'drais bien savoir s'ils 4^2 MEMOIRE'S O'UflB ALIENEE. ^ j_ . seraient joyeui; et featisfaits de s^ voir enfermer parmi des fous, de )passer une nuit blanche dans un dortoir ou des fiysteriques viendraienl se pr^cipiter sur eux et iraient un pen plus loin tomber en convulsions ! La nuit, il lui arrive d' entendre la voix de sa pensee. Cette voi« la tutoie et raisonne avec elle ; cette voix 'lui a dit qu'elle ^tait Satan, mais elle a refus^ de donner son ame a Satan. Alors cette voix lui a dit : Je suis Dieu^ et je Vaime, Elle parle ensuite du vol d'un enfant qui bii avait ^t^ confix par sa mere II nous a i§te absolument impossible de la plier aux exigences du service et de la discipline t Nous ne pouvons qu'approuver la determination qui fut pHse a son ogard le 8 septembre 1854 On pouvait esp6rer d'obte- nir son r^tablissement.'.:.. On )a mettait a Tabri des accidents qui pouvaient surgir d'un instant a I'autre E!nfin on evitait Vinvonvenient de mettre le public dans la confidence du malheur qui venait de Tatteindre, etc. On a si bien 6vit<§ cet inconvenient qu'on m'a esca- molee dechez moi corame une muscade ; chang^e de nom, pour qu'on ne stit pas ou j'etais ; dite morte, pour que personne n'eAt I'idee de chercher ce que j'^ais devenue. Quant k Taffirmation que mon sommeil est trouble par cette voix qui ine dit : Je suis Dieu, et je faime, ou, comme il est dit a un autre endroit, par I'esprit magn^- tique qui prend la forme du due de Parme, de Satan ou de Dieu, ceci pro venait d'une source ou Ton n'aurait pas du puiser et d'un pi6ge que j'avoue avoir tendu -s, pour prouver qu'une fois entre leurs CHAP. XX. — COUP D'tElt RETROSPECTIF. 433 mains Hen n'est respecti§ ; que la nxalheureuse ali^n^e est absolument k leur discretion. On sait qu'on avalt force ma malle k MarSville et qu'on y avait pris une enveloppe cachet^e portant pour suscription : Secret de ma confession, Gette enveloppe fut oiiverte et son eontenu remis k M. Barroux, qui Tenvoya k M. Durangei le 3 mars 1869 ; mais* on en avait, comme on le voit, pris bonne note k Gharenlon. Or, cette enveloppe contenait, avec quelques autres papiers de m^me nature, une declaration d' amour a VAniechrist, et elle est cit^e presque enti^rement, sans qu'on dise, bien entendu, comment on se Test procu- re, dans Tenqu^te de 1869 dont nous parlerons plus loin. Voici ce qu'en dit M. d'Aboville : Ces pages, ou Ton doit reconnaitre dea hearts d'imagination, n^^taient destinees a 6tre lues par personne. On en pourrait trjouver d^aussi ej^alt^es dans certains pontes qui n'ont pas ^te poursuivis pour les avoir publi^es. II faut remarquer, avec M. Tailhand, qu*eUes sont toutes, sans exception, post^rieures a sa sequestration, et si c'est la cer que son s^jour de quatorze ans au milieu des idiots et des fous lui a fait faire de plus extra- vagant, on conclura, avec M. le docteur Halmagrand dans sa lettre d6ja cit6e, qu'elle devait avoir la t,6te solide pour y avoir encore aussi bien r^ist^. Parmi Tinnombrable quantity de leltres d^lirantes qu'on m'accuse d'avoir ecrites, on n' a jamais pum^on- trer que celle-ci. Si elle ia'eut pas presents une appa- fence de folie, on n'en aurait pas parl6, et la violation 25 mSmoibes d'ijne alienee., de ma tnalle et d'une enveloppe qui pouvait conlenir deschoses fort graves pour moi et pour d'autres, d'%- pr^ sa suscriplion, aurait toujours &\.6 ignorSe. C'est pourquoi je n'fitais pas folle en traitant d« ' voleur )e ni^decin que je savais coupable de ce rapt.... Certes,aucinideces messieurs necroyaitalorsqu'une contre-enqudte serait faite ; que j'aurais connaissance de ces bassesses et aurais en ma possession ces pieces qui, en me presentant sous un c6t^ immoral, vaoiteux, dgoiste et iasena^, m'Ataient tout espoir de I'appui de • rimp6ratrice. Enfin j'avais parlS duvol d'un enfant... Esl-ce que, devant une question de cette importance, le devoir du mMecin en chef n'^tait pas d'appeler le procureur im- perial et de provoquer une information? Onne Ea™t rien de moi j je d6non9ais un crime, et j'en apportais des preuv«s sufQsantes pour qu'on pAt ^ilement, en i854, en atteindre lea auteurs. Ces papiers m'ont 616 pris avec leB autres, et ceux qui conoemaient cette en- fknt ne m'ont pas &i6 rendus. Cependant, le rapport de M. )e docteur Calmeil a cela de bon : 1" Qu'il dfelare qu'ii pai;t le spiritisme (dont j? ne parlais jamais) je conservais la faculty de raisomier sar )es mati^res itrang^rea k mes convictimis diraiton~ nables - Et qui done donne le droit de s^uestrerpourilDe ¥ I \ « ■ I , ( < ■ \ CHAP. XX^. — COUP D'CEIL RET|\08PEGTIF. 435 2® Que je me d^clarais simplement ce que j*6tais, une aftiste vivant de son laborieux travail ; 3* Que j'y parlais de ma famille. Et il n'est ques- tion dans ce rapport ni de porte forc^e, ni de commis- saire de police, ni d'autel, de cercueils, d'illumination, d'extase ; ni de d^sespoir amoureux ou matemel ; ni de grands personnages m'ayant affich^e publiquemeht ; il constate que tout est simple et honorable autour de moi, et que si on cherclie dans ma vie, on y trouve un 6xc6s de travail et pas d'autre. Je ne m'^tais jamais expliqu^ pour quel motif M">d la sup^rieure de Charenton avait manqu^ si gravement au r^glement en consarvant mes papiers, au lieu de lesf reraettre au bureau, et comment elle ne m'en avait^ huit ans apr^s, rendu qu'une partie. Elle n'y avait aucun iater^t et s'6tait montr^e avec moi plutdt bien- veillante qu'hostile. II 6tait impossible de croire qu'elle edi agi d'elle-m6me, mais probablement k Tinstigation de ceux qui m'avaient fait r^niermer et qui pouvaient Tavoir charg^e de garder les papiers de famille dont j*^tais nantie, aprfes en avoir distrait ceux dont on vou- }ait me d6pouiller. Le fiait, bien que tr&s-dommageable pour moi, n'au* i*ait eu rien de blftmable, M°^« la sup^rieure n'^tant pas chargde de verifier Tenregistrement des malades et ignorant tr^s-probablement que le mien fut irr^gulier. Ges renseignements pouvaient nous faire d^couvrir le mobile tant cherch^ de ma sequestration. ■ . • • •■■'■. 436 ' MEMOiuEs d'une alienee. - - ■■ ■ ■ » ■ — ■' '<" Je priai done M™® le Normant des Varannes, d'etre assez bonne pour ailer k Charenton, accompagn^e de M. Lr.., et void comment elle rendit compte de celte entrevue : ' Paris, 30 Janvier 1872. « Nous avQns trouv^ une femme impenetrable. Elle a hrtk\€ ses vaisseaux dds les premiers mots, en niant tout, absolument tout, mSme Vexistence des pJapiers. Pais elle s*est souvenue qvCi] y en avait eu ; mais elle pense que c'est M^' Rouy qui les lui avait coniies. J'ai precise les faits; elle s'est un peu rappele La soBur Saint-S... ne sait rien, n'a rien vu, connait bieii M"« Rouy,- mais n'etait pas alors surveillante de ce service. Enfin les pa- piers, pris par elle ou par une autre, ont et(§ remis k la sup^- rieure, qui les a envoyes au bureau ; elles n'en savent pas plus long. Tontes les fois qu'il y a e,u 4es reclamations, M"« la sup^- rieure les envoyait au bureau, et M. Martin "disait ne rien avoir. Ges papiers, qn'elle se souvient d^avoir feoilletes, etaient an tas de paperasses de recfiture de M'>* Rouy poor la {topart,* et que M. Martin aura sans doute briUees. Elle revenait toujcurs sur la question de folie, et nous aviooa beaucoup de peine a la ramener auz papiers. M. L... lui a de- clare tres-positivement qu*il avait vu W^' Rouy, qu'elle n'etaiL pas foUe et ne Tavait jamais ete, et que quant aux papiers ce n*etaient point des chiffons sans valeor, car ils avaient ete ren- dus en partie, et il s'y trouvait un acte de naissance dont ia sup« pression avait permis de faire passer M"* Rouy pour ihorte, et de perpetuer sa sequestration en donnant a ses reclamations Taiq^a- rence de la folie. M^^* la superieure se contenta d^ dire : c C'est bien singulier ! .n Les trois temoignages concordants de M. Benoit d*Azy, 4e soeur Liduvine et de M. Renaud du Motley ne lui font rien, et elle est prete a affirmer en justice qu'elle n^a. jamais renvoy& de papiers, ni mSme vu de sosurs de Saint-Charles. 1 •' " / V GHAT. XX. — COUP D'(EIL RETfioSPECTIF. 437 • ■- : '• \ ^— ^^— ..»»i ■ 11 ■ I 'I i I . «i ' . I « J — Vousaurez sans doute bientdt occasion de le Tkire, lui ai-je 4it> fitje regrette vivement que vos souvenirs vous servent si mal, ear votre responsabilit6 se trouve bien j^lus grande que si vous aviez agi sous rinfluence d'une reclamation de famille pour rendre una partfe des papiers et conserver les autres en d6p6t. Maiselle soutint mordicus qu'elle n'avait jamais vu personne, ni de 1^ famille, ni autrement ; qu'on ne lui a rien dit, rien ^^demande etqu*ellen'a rien fait. EUe m*a demaiide si nousavions qpelque preuve de ce qui manquait. Je lui ai r^pondu que nous iious etlons peu occup^s de ce fait, bien qu'il eut aussi son Importance, ^Fessentiel ^tant de prouver la possession par M"Q Houy de son acte de naissance, de la soustraction et de la restitution de cet acte, et que nous en avions des preuves irr^fu- tables. Elle squtenait bien qae M^^^.Hersilie etait inscrite Rouy au bureau; quant a cela, je lui ai tenu tdte.... La declaration de M Barroux a Tassistance judiciaire a eu Fair de la convaincre ; mais elle a tenu a nous faire voir que sur le cahier ou Ton donne lenom et le tiumero de chaque malade dans les vingt- qfuatre heures de son entr^e^ celle-ci etait bien inscrite Bouy, sans ri^n autre, pas mSme un pr^nom. Cette inscription snr leur Uvre d'ordre est, dit-elle, de la main de M. Martin, le mSme qui, . quelques heures plus tot, Tinscrivait Chevalier au bureau. Mais il a eu la precaution de mourir il y a deux ans, en sorte qu'on est bien sur qu'il ne parlera pas. Cela a dure deux heures trois quarts, et nous y serious en- eore^ je crois, si la nuit n'etait venue, car la superieure semblait pr^adre grand plaisir a notre conversation. Nous I'avons mise a meme, en faisant connaitre c^ qui Favail fait agir, de diminuer sa responsabilite ; ce n'est pas notre faute si elle ne Ta pas compris. M. L. . . m'a pressee de voir M. Tailhand, ' de lui raconter notre entrevue ; il faut, dit-il, que justice se fasse et que du moins celle de la conscience publique puisse se prononcer en mettant tons ces fails an jour, si Tautre nous fait defaut. \ * 438 m£moires dWe Xli^nee. Le M. L... dont il est ici question est un e^tenr de Park avec lequel je m'^tais entendue pour pubUer une brochure nontenant ma petition, uii r^sum^ des faits, mes principales pifeces et quelques-uns des ar« tides des joumaux qui avaient parl6 de mon affaire. M<>)« le Normant des Varannes ^c^rivait k ce sujet, le 2 Kvrier 1872 : • J'ai vu M. Tailhand, loujours dans d*excellentes dispositions, qui a commence sun rapport et assure qu'il ne d^passera pa$ trois semaines, comme limite extreme, pour le pr^enter. Je lui ai parl^ de la publication, qu*il trouve toute natureUe ; il de- • mande seulement qu*elle ne soit faite qu'apr^s son rapport, ci» que je lui ai promis. On sait comment, le rapport n'ayant jamais 6ti pr6- sent6, la publication n'a pu avoir lieu. Je priai mon d^vou^ d^fehseur, M. le Normant des Varannes, d'adresser un expose de I'histoire de mes papiers a M^^Tarchev^que de Paris, pensant que sa voix serait plus Scout^e que la mienne, marqu^, h^las ! du stigmate ineffa^able de la folie. Get expose fut envoy6 le 28 avril 1873. N'en rece- vant aucunes nouvelles, trois mois apr^, M, le Nor- mant se pr^senta k TArchevAch^ et fut re^u par Mon- seigneur, qui hii dit avoir transmis son m^moire au d^recteur de la communaut6 de Charenton, et que la sup^ieure et la soeur Saint-S... avaient renouveU leurs d^n^gations absolues au sujet des papiers apportSs par moi k mon entree. _j CHAP. XX. ^ COUP 0'CEIL HiTROSPECTIF. 431> V I —^-^—1 "ii I I I II , I |i»i I -»— — I I , I \ J > M. le Normant voulut alors placer sous les yeux de Monseigneur les preuves multiples de Texistence, du rapt et da renvoi des papiers, donnSes dans son in^- moire, qui n'avait peut-6tre pas 6t^ lu ; mais Tarche- v^que s*y refusa^ disant que sa eonvictipn ^tait faite ; que Join de chercher k att^nuer les Qhoses, s'il avait trouvi la supSrieure coupable, il Faurait cass^e ; que s'il y avait une brebis galeuse dans le troupeau, elle devait ^tre retranchSe; mais que devant rinsistance de M. le Normant, il ne pouvait s'empScher de le plaindra et de le croire sous I'empire d^wm idee fixe. M. le Normant s'en revint, sans avoir gagn6 a^tre chose que* de se voir tax6, comme il Tavait d^ji 6t6 par M, le procureur imperial, d'Mre plus fou que moi, parce qu'il voulait prouver la v6rit6. «rai parl^ k diverses reprises du rapport qui fut fait par les bureaux du minist^re de rint(§rieur| en 1869. Je Tai aujourd'hui en ma possession et regrette que Fespace me fasse d6faut pour reproduire en entier ce qu'oh a audacieusement plac6 sous les yeux du ministre et de la souveraine. On le trouvera aux archives du Loiret avec le reste. Sans se soucier du bl&me infligd par la lettre minis* ti&rielle citee chapitre xiv, le rapport regularise mon entree en disant qu'elle a eu lieu sur la demande du docteur Pelletan. Mes deux sequestrations d*o£fice de 1855 et 1863 y sont presentees comme reguli^res. ^ ' 440 M^MOlkES d'UNE ALlfiNlEE. Ghaqiie fois que se manifestait le moindre apaisement, Tad^ ministration s*etnpressait de .d^llvrer un ordre de sortie ; mais de nouveaux falts exigeaient presque aussitot une sequestration nouvelle. , ^ " Lesquels ? Oh n'en cite aucun ; on parle de letlres qu'oh n'a jamais montr^s; on transforme une note m^dicale du docteur Lasfegue en certificat imp^ratif ; on viole la loi a chacune de ces rentr6es, comme ii la pre- ' niifere, ainsi que Ta tr^s-bien demohtr6^M. Tailhand dans le passage cit6 chapitre xi. Voici comment on explique ma folic : W^^ Houy, que Tind^pendance de son caraclere et de ^s habi- \ ' tudes avait deji amenee a rompre avec sa famille, contracta { alors des relations avec une personne tres-haut placee, qui lui I . avait promis de regulariser sa situation, et dont elle se considd- ; rait comme la fiancee. Son espoir, que se$ amis taxaient de folie, ne se r^alisa pas en efTet, et le 22 avril 1848 on enregistrait a la mairie une fiUe de p^re et m^re hon declares. Kniin M^^* Houy perdit cette enfant, et, a partir de cette ^poque, on remarqua — 1,1 II. Ill II I III I I II.. , ^^m^^m^^.^.^mm Les appreciations du docteur Payen ne diffe- rent PAS DES DlfiC^ARAT^ONS DE SES CONFRERES, ET IL SEMBLE INUTILE DE LES REPRODUIRE« Mais ce certificat existait, pouvait 6tremvoqu6 en ma faveur, el il fallait le faire d6mentir par son auteur. Le rapport dit qu'^ la suite de mes reclamations au premier president et au procureur g^n^ral, M. Dureau voulut m'interroger lui-m^me, que je parvins k Tint^- resser, et qu'il demanda Topinioii motiv6e du m6decin» II y a 14 une premiere inexactitude : M. le pr^fet est venu me voir le 12 d^cembre 1865, et la pifece donn5e k sa demande est dat^e du.29 juin 1865, six mois avant r^poque ou il est cens6 Tavoir demand6e. Je crois deyoir la citer en son entier : Monsieur le Pr^fet, J'ai rhonneur de r^pondre a votre letlre concernant M"« Che- valier, pensionnaire du d^partement de la Seine. , Si r^tat de cette malade, parfaitement constats par mes col- logues, a laiss^ un peu d,e doute dans votre esprit par mon certi- ficat de quinzaine, qui ne vous parait pas assez affirmatif, c'est que je me r^servais de I'^tudrer da vantage pour mieux la juger. Une plus longue observation m*a fait reconnaitre en elle, non pas de rincoh^rence dans les id^es, mais un sentiment exag^r^ de sa personne, un amour-propre excessif qui ne voit qu'injus- tice a son ^gard des qu'on accorde quelque attention aux autres, i&levant la moindre inadvertance en hostility, se r^pandant en invectives centre les personnes qui Tentourent, gardiennes, soeurs, m^decin/ses gedliers, ses bourreaux, etc., etc. G'est dans Texag^ration du sentiment personnel, dans cet ^oisme personnifid, ses hautes pretentions, Texaltation de son mOrite, cetle haute id^e d'elle-m§me, que M"« Rouy. Hersilie . \ CHAP. X3(. -^ COUP D'cEIL RfiTROSPECTlF. 443 Chevalier se disait fille de la duohesse de Berry et devant mon- ter sur le trdne ; qu'elle signait ses feuil lemons sons les noms d'£!toile-d'Or,sde Satan, TAntechrist, le Diable, sous celui de Vanagramme Oury. G'est^ans ces dispositions d'esprit qu*6piiisde par une vie trop active, qu*eUe prodigua dans les lettres et les arts ou elle se montra, disait-elle, au premier rang, qii'elie entra k la SalpStri^re ; et ii je consulte son dossier, je trouve que tons les m^decins, MM. Tr6iat, M^tivier, Falret, Lasegue, Calmeil, Husson, I'ont bieu consid^r^e comme foUe ; qUe les directeurs et m^decins de Fains, Mar^ville, Auxerre, MM. Auzouy, Teil- leux, Foville^ etc., etc., ont tons port^ le m^me jugement et se sont tons montr^s d^sireux de voir s'^loigner de lear asite une aossi intraitable pensionnaire, et de la pire esp^ce, par le trouble qu'eUe s^me partout et Ti^subordination diffi6i^e a r^primer quand elle se rattache a une personne aussi intelligente qu^opi- niatre dans ses determinations, r^sumant Torgueil, la vanity et Tehvie, 6t que nou9 consid^rons, comme tous nos coll^nes, comme un type de folie d'orgueil incurable, qui doit ^tre retenue dans un asile d^aliSn^s, que nous verrions avec plaisir n*^trepas c^ui d'Orl^ans. Sign4: Payen. Assur^ment, ce n*est pas tout roses de retenir parmi les folles une personne qui ne Test point ; comme mes autres m^decins, le pauvre docteur Payen avail eu I'occasion de s'en apercevoir, et 11 fait de moi un petit monstre assez r^ussi. Mais oil est la folie la-dedans, sauf le refrain habit uel : Se croit fille de la duchesse de Berry ^ copi6 sur mon certificat de transfert et si bien ddmenti par celui de quinzaine du mSme docteur Payen? II y a une chose plus grave encore : c'est que ce document a 6t6 antidat6, fait aprfes coup,probablement 440 * MfiMOlkES D'UNE ALI^NIEE. Ghaqiie fois que se manifestait le moindre apaisement, rad-> ministration s*ctnpressait de .d^llvrer un ordre de sortie ; mais de nouveaux fails e^cigeaient presque aussitot une s^uestration nouvelle. < ' Lesquels ? Oh n'en cite aucun ; on parle de lettres qu'on n'a jamais montr^es; on transforme tine note m^dicale du docteur Lasfegue en certifical imp^ratif ; on viole la loi k chacune de ces rentr^es, comme ii la pre- ' raifere, ainsi que Ta tres-bien d6mohtr6^M, Tailhand dans le passage cit6 chapitre xi. Vpici comment on explique ma folie : W^^ Houy, que Tind^pendance de son caraclere et de ^s habi- tudes avait deja amende a rompre avec sa famille, contracta alors des relations avec une personne tres-haut placie, qui lui avait promis de regulariser sa situation, et dont elle s^ consid^- rait comme la fiancee. Son espoir, que se& amis taxaient de folie, ne se r^alisa pas en effet) et le 22avril 1848 on enregistrait a la mairie une fiUe de p^re et m^re hon declares. Eniin M>i* Rouy perdit cette enfan^^ et, a partir de, cette ^poque, on remarqua phez elle des signes ^vidents de la maladie qui devait bientot n^cessiter sa sequestration. Tout ce qui est rapports .ci-dessus 6tant complMe- ment faux, j'y donne le dSmenti le plus formel, et j'appuie ce que je dis, non seulement des pieces que j'av port6es k Charenton, mais encore de toutes celles re- cueillies par mes rapporteurs. Le lecteur est assez au courant des faits pour refuter lui-m6me cette s^rie de mensonges ; je lui rappellerai seulement que c'est apr5s < . ■ ■ ■ ■ ^ • ■ - • ' u CHAP. XX. — COUP'D'CEIL RIETROSPEGTIF. 441 la mort de mon pfere, six mois aprfes la naissance de I'enfant, quej'ai cfesse de voir ma famille, ei qu'il ne se trouve nuUe place pour cette vie dHndependmice que j'aurais men6e. Mais il fallait k tout prix me d^consi- d6rer aux yeux de rimp6ratrice. Le rapport 6numfere les certificats qui m'ont 6te donn6s dans les divers asiles, mais n'enumfere que cela. A Fains, ou Ton sait ce qui s'est pas.s6, le docteur Avzouy seul, entre les vingt-cinq docteurs que j'ai con- nus, m'accuse de penchants erotiques ; — en v6rite, il faudrait souvent retourner les certificats conlre ceux qui les font '. — mais il n'est fait nuUe mention de la scfene qui a amen6 le changeuient des soeurs, ni de la lettre du pr6fet de la Meuse au ministfere, pas plus que de celle du directeur de Fains, qui etaient pourtant des pieces officielleis, tout cornmo les certificats. En somme, ces certificats constatent surtout mes plaintes, ma manie d'ecrire, de reolamer mes papiers, de protester contre le nom de Chevalier et de prendre tous les noms imaginables plut6t que celui-1^. Mais de, faits extravagants, on n'en articule pas un seul, pas plus qu'on ne produit mes lettres d61irantes. On cite seule- ment des passages (sans date et sans indication d'ori- gine) de ce que renfermait TenveloppepriseaMar^ville. On lie cite pas, bien entendu, le certificat de non alienation qui m'avait 6te donn6, apr^js quinze jours d'observation k Tasile d'Orl^ans, par le docteur Payen. On dit seulement : 25. / 442 M^MoiRES' d'une alienee. ■ « Les appreciations du docteur Payen ne diffe- rent PAS DBS DEC^^ARATJONS DE SES CONFRERES, ET IL SEMBLE inutile DE LES REPRODUIRE* Mais ce certificat existait, pouvait 6tre rnvoqu^ en ma faveur, el il fallait le faire d6mentir par son auteur. Le rapport dit qu'^ la suite de mes reclamations au premier president et au procureur g6n6ral, M. Dureau voulut m'interroger lui-m6me, que je parvins k rint^- resser, et qu'il demanda I'opinioii motiv6e du m6decin* II y a 14 une premiere inexactitude : M. le pr^fet est venu me voir le 12 d6cembre 1865, et la pi^ce donn^e k sa demande est dat^e du.29 juin 1865, six mois avant r6poque ou il est cens6 Tavoir demand^e. Je crois deyoir la citer en son entier : Monsieur le Pr^fet, J'ai I'honneur de r^pondre k votre letlre concernant M^** Che- valier, pensionnaire du d^partement de la Seine: . Si V6taX de cette malade, parfaitement constats par mes col- l^guesy a laiss^ un peu de doute dans votre esprit par mon certi-* ficat de quinzaine, qui ne vous parait pas assez affirmatif, c*est que je me r^servais de T^tudrer da vantage pour mieux la jnger. Une plus longue observation m*a fait reconnaitre en elle, non pas de rincoh^rence dans les id^es, mais un sentiment exag^rd de sa personne, un amour-propre excess) f qui ne voit qu'injus- tice a son ^gard d^s qu'on accorde quelque attention auz autres, i&levant la moindre inadvertance en hostility, se r^pandant en invectives contre les personnes qui Tentourent, gardiennes, soeurS) mMecin/ses geoliers, ses bourreaux, etc., etc. G'est dans Fexag^ration du sentiment personnel, dans cet ^oisme personnifid, ses hautes pretentions, Pexaltation de son m^rite, cette haute id6e d'elle-m^me, que M"« Rouy. Hersilie CHAP. %:;. — COUP D'OBIL RfiXnOSPECTIF. 443 Chevalier sis disait fiUe de la duohesae da B^rry et devant mon- ter sur le tr6ne ; qu'elle signait ses feuille^ons sons les noms d'£!toile-d'Or,sde Satan, rAntechrist, le Diable, sous celui de ranagramme Oury. G'est^ans ces dispositions d'espiit qu*^piiisee par une vie trop active, qu*eUe prodigua dans les lettres et les , arts ou .elle se montra, disait-elle, au premier rang, qu'elle entra k la SalpStri^re ; et si je consulte son dossier, je trouve que tous les m^decins, MM. Tr61at, M^tivier, Falret, Las^gue, Calmeil, Husson, I'ont bieu consid^r^e comme foUe ; qUe les directeurs et m^decins de Fains, Mar^ville, Auxerre, MM. Auzouy, Teil- leux, Foville, etc., etc., ont tous pdrt^ le mSme jugement et se sont tous montr^s d^sireux de voir s^^loigner de leur asile une aiissi intraitable pensionnaire, et de la pire espece, par le trouble qu^elle s^me partout et rii\subordination difficile a r ^primer quand elle se rattache a une personne aussi Intelligente qu'opi- ' nis^tre dans ses determinations, r^sumant Torgueil, la vatiit^ et Tenvie, fet que nou9 consid^rons, comme tous nos collegues, comme un type de folie d'orgueil incurable, qui doit etre retenue dans un asile d'ali^n^s, que nous verrions avec plaisir n*^trepas celui d'Orl^ans. , Signd: Payen. AssurSment, ce n'est pas tout roses de retenir parmi les foUes une personne qui ne Test point ; comme mes autres m^decins, le pauvre docteur Payen avail eu {'occasion de s'en apercevoir, et il fait de moi un petit monstre assez r^ussi. Mais oil est la folie la-dedans, saiif le refrain habituel : Se croit fille de la duchesse de Berry, copi6 sur mon certificat de trausfert et si bien ddmenti par celui de quinzaine du m6me docteur Payen? II y a une chose plus grave encore : c'est que ce document a 6t6 antidat6, fait aprfes coup, probablement 444. MfiMOIRES d'une aliknee'. en 4869, alors ~qu'on r^unissait tout poar m'accabler irr^vocablerpent. En voici l«s preuves. Toutes les communications enire le m^decinderasile et le prdfet se font par Tinterrnddiaire de radministra- ' tion. II devrait done se trouver k mon dossier de Tasile la Icttre de demande du pr^fet et la minute de la lettre d'envoi du rapport. U n'y existe rien de semWable. La loi exige avec raison que toutes les notes concer- nant un ali^n^ soient inscrites au registre a la suite Tune de Tautre, sans lacune entre ellrs^ et le docteur Payen se conformait tres^exactement k celte prescrip- tion. Or, il n'y a pas trace du rapport ci-dessus enl8G5, et les jBeules notes me concernant, au nornbre (}c quatrCy sont celles-ci : Janvier, — Son caract^re n*a rien gagne ; elle veul sa liberie a tout prix, menace de se faire p4rir, dc fa ire ui^ mauvais coap. On ne cesse d'avoir pour elle les plus grands 6gards. EUe ne comprend pas qu'on la laisse perdre ainsi le fruit de son talent, s'adresse au pr6fet, aux autorit6s, etc. Fevrier et mars. — Mdme 6tat. Avril, — Elle semble plus convenable depuis quelques se- maines; a demand^ k aller aux offices. — Accord^. De mai a decembre, — M4me 6lat. La minute du rapport du docteur Payen se trouvant au dossier de la Prefecture du Loiret, il est evident qu'il I'a 6crit, eomme il est Evident qu'il Taurait inscrit au registre et envoys administralivement, s'il Teiit r6djg6 k la date qu'il porte. CHAP. XX. — COUP D'CEIL RfiTROSPECTIF. 445 — »— ^■»»— « I ■«— — — — »^ 1^1 I — ^^— < I lilt II !■ M. Diireau n'avait, du reste, nul besoin de demander un rapport nouveau k M. Payen, puisqu'au sujei d'urie lettre arrivee de Paris et insistant pour qu'on maintint ma s^uestration, il avait demand^ verbalement au docteiir un rapport qui lui fut envoy6 \e 29 octo- bre 1863, et est rigulierement enregistri sur le livre de Vasile. Tous les rapports et certiQcals 6tant aux bureaux de la Prefecture du Loiret, M. le pr6fet n'avait qu'a se les faire soumettre pour Mre 6difi6 sur mon compte depuis deux ans. J'y relive, en outre, un anachronisme : le docteur Payen m'y appelle Rouyy — Hersilie Chevalier, — alors que j'etais efieore Chevalier tout court. Ce n'est qu'en 186& que. M. de Pibrac s'est mis en rapport avec la famille Benoit d'Azy ; qu'en 1867 et 1868 qu'on a eu mes actes, lesquels ne m'ont pas emp^ch^e de sortir de I'asile Chevalier comme j'y etais entr6e. t)e plus, dans ' aucun de ses certificats il ne souffle mot de la royale filiation qui m'etait attribute par le docteur Falret, sinon dans ce rapport clandestin de 1865, 6crit sans doute et connu seulement en 1869. M. le docteur Payen a 6t6 recompense de son obeis- sance dans la mSme ann^e par sa nomination comme chevalier de la Legion-d*Honneur, en mdme temps que MM. Mettetal et Durangel etaient nomm6s officieyrs, ce ^ quoi, je me hkie de le dire, ils avaient assur^ment d'autres titres que cette honteuse affaire. Je ne releve que la coincidence. 446 M^MOIRES D*UNE AUfiN^E. I ' ■ ' ; ■ ' . "■ ' ■■ Voici enfin comment le rapport s'opposait k ce que je fusse interrog^e dans I'enquMe, suivant que j'ea avals adress6 la demande expresse k rimp6ratrice. Apr&s avoir reconnu qvie fallals mieux, il disait : Ne serait-ce pas compromettre ce r^sultat que d'etposer M^i* Rouy aux Amotions de TenquSte personnelle qu'elle solU- cite? Quelle serait d'aillears Tutilit^ de c6t interrogatoire ? M*^ Rouy demande i se disculper de graves accusations port^es contre elle II ne s*agft pas ici d'une personne coupable qui puisse Stre utilement entendue pour sa defense, mais d*ane personne longtemps malade, dont T^tat s'est am^iord depuis quelque^ mbis a peine et qui a besoin, non pas de justification, mais de protection et d'assistance. Groit-on par hasard, au minist^re, qu*on n'ait pas d'^motions aux ali^n^es? et ne devais-je pas. avoir & coeur de me laver des imputations si graves contre mon honneur par lesquelles on t&chait de justifier ma folie ? Mais c'est cette folie si laborieusement ^chafaud^ k la- quelle on aurait cess6 de croire, si j 'avals 6t6 vue et interrog^e d*une fa^on sSrieuse et loyale ; et c'eet ce qu'on s'efforgait d*6viter sousune apparence de commi- seration. Le 48 juin, M. Rouy avait 6t6 mandS chez le com- missaire charge de I'enqu^te, M. Juliet. El s'excuse de ne pouvoir y aller, k cause de son kge et de I'^t de sa sante, et lui adresse, le surlendemain, la copie d'une lettre destin^eauprocureur imperial, oil, sans produire aucune pi^ce, il renouvelle et accentue tout ce quHl a debite contre moi : CHAP. XX. — COUP D*CEIL RfiTROSPEGTIF. 447 La folie de M^^* Hersilie ou Josephine Chevalier a ^t^ tellement notoire, tellement ^vidente, tellement constat^e, que je ne puis comprendre qae par une recrudescence nouyeUe, si jamais elle a eu des instants de' lucidity, sa demande de me pour- suivre Comment peut-on contester la folie d'une personne qui se dit toe la fiUe de }a duchesse de Berry..... et qui, ,m*a-t-il 6t6 dit, aV^t mSme, dans certains accis, menace la vie de TEmpereor comme usurpateur de ses droits ?.,... G'^tait de plus fort en plus fori. Dans sa lettre de 1864 au pr^pos^ responsable de I'asile d'OrlSans, il disait que je ne parlais de rien moins que de I'assas- siner^ ainsi que le docteur Pellotan. Cette fois-ci, la vie de TEmpereur 6tait en jeu, et c'6tait un bon moyen d^empScher d'examiner de trop prfes I'^tat mental d'une foHe si dangereuse. Cependant, comme on avail en main mes certificats . durant quatorze ans et qu'il n'y avait jamais ^t^ question d'assassiner personne, on me laissa libre ; mais on me refusa Tassistance judiciaire, et on conlinua d'admettre, sur la foi de mon frere, que je ne pouvais porter le nom de Rouy sans proclamer mon pere et le sien bigame et faussaire. Le I*'' octobre suivant, M. Juliet se transporta sans doute i Ville-d'Avray, car on trouve le procfes-verbal de rinterro^atoire qu'ii fit subir k M. Rouy. Get inter- rogatoire est a peu pr^s semblable au m6moire adress^ en 1872 k M. Tailhand et il ne souffle pas mot de mes vell^ites assassines. 448 HEMOIRES d'UNE AUENEE. CHAPITRE XXI CSonafUation. Le pr^fet du Loiret avail encore une fois 6t6 change ; c'^lait alors M. Sazeracde Forges, et M. le eomte d'Har- court voulut bien me promellre siai protection aupr^s de ce haut fonctionnaire, auquel M. le Normant des Va- rannes porta, k la fin de 4876, un dossier complet de mon affaire qu'il promit d'examiner avec soin. n en parla sans doute au minisl^re, car, le 19 Jan- vier suivant, je recevais la visited' un inspecteur g6 - n^ral, accompagn6 du docteur Lepage fils, devenu m6- decin en chef de I'asile d'Orl^ans apr^s la mprt du docteur Payen. Les premieres paroles de M. Tinspecteur furentpour me dire qu'il avait lu le rapport de M. d'Aboville, ainsi que plusieurs autres pieces qu'il avait trouv6es k Ir Prefecture, et qu'il d^sirait beaucoup rendre ma situa- tion meilleure en me procurant les soins, le local e Tespacedont j'avais besoin, me trouvant fort mal dan- ' ma petite chambre de la rue des Gharretiers. 1 CHAP. XXI. — CONCILIATION. 449 - ^ . , ./ • < I ■■ ■ I I I I ■ ■ " . ■ ,-■ I » \ I ■ I ■ I ■■ I pi ■ V II avail Fair si bienveillant en. me parlant ainsi^ que je m'attendais ^une v^ritable.conciliation. Je lui avouai que j'^tais heureuse de sa bonpe vi^ite, visite qud j*6tais, du reste, prSte & r^clamer a M. Durangel, pen- sant ne pouvoir rencontrer un plus sympathique inter- m^diaire. L'inutilit6 d'une troisi^me petition aux ^Chambres m^^tait trop demontr^e par ce qui s'^ait pass6 pour MM. Tailhand et d'Aboville. Aurais-je eu le temps et la force.de recommencer une troisi^me fois ma lutte contre Tarm^e des fonctionnaires et des sp^cialistes liguds contre Inoi? Le triste ^tat de ma sant^ ne m'en laissait gu^re I'espoir, et, en tout cas, je serais arriv6e trop tard; il y aurait eu, il y avail d^ji, disait-on, pres- cription pour la poursuite au criminal. II ne me restait done que Taction civile; je pouvais obtenir le pi^me r^ultat et mettre fin ^ des discussions qui m'^taient extrdmement p^nibles par un arrangement amiable, plus d^irabje pour tons que le sfcandale de si tristes reyendications. M. Tinspecteur g^n^ral me proposa alors... Gharen- ton ou Ville-fivrard, dont il me •vanta le beau pare, ajoutantque M. Durangel s'empresserait de mettre une bourse de premiere classe k ma disposition I Venir m'offrir la sequestration aux alien6s dans une pension ou je vivais libre depuis cinq ans ; justemeot k Orleans, pu cette sequestration avait pris fin il y avait pres de neuf ans ; ou I'indignation avait 6t6 si grande ; '\ •< / 450 MfiMoiREs d'une aui6n6e. * ^ '■■■'■ ' ' ■ ' -■■ — ;■■' ■ ...,,■ I ■. I. I ^ , II oil j'^tais I'objet de la curiositt et de l-mt^pdi g^n^rsil ; 01& chacun Pour le d^faut de tutelle, son explication est plus singuli^re encore : ..... On n'a pris nul soin de ce qu'elle poss6dait? Mais on aurait crie bien plus haul encore, et cette fois avec raison, si, des I'entree a Charenton, on avait vendu sans savoir ^ elle he pourrait bientot sortir gu^rie. — C'est done sagement qu'on a attendu^ — jusqu*au moment sans doute ou on iai dO reconnaitre ou presumer son incurabilite. La demande d'admission qui a manqu^ au dossier ^it an oubli, une omission regrettable ; mais de la a croire qu elle a et^ pr^m^dit^e et le resultat d'un complot, il 7 a loin. .;... Le changement de nom prouve-t-il qu'il h'y a pas identity de persorine?... Un m^decin ne fait pas un certificat pour une toquade, et s'il vous convient d'admettre qu'on ait pu le faire, je n'admets p9S que dix, quinze personnes d'un titre officiel, estim^es, honor^es, dont plusieurs sont justement cities dans le mqnde savant comme des maitres, aient pu faire la meme chos6 et se rendre successivement complices d'une mauvaise action, d'uii crimen . Voila, Monsieur, le veritable objet de cette letlre, parcc que vous et ceux qui concourent au but que vous poursuivez le mettent en oubli. Et veuillez noter encore qde vous n'accusez pas seulement • 26 \ \ 1 V ' y 458 mMibioires h'vue alij^n^e. > I , I I . ■ ■ ■! I «l ■ iV i I .. .1. «» I ■ t f ces hoiiimdE, maia aussi tous les foncUonnaires, magistrats et autres, qui depuis la longue sequestration de votre protegee ont eu a entendre, 4couter et juger ses nombreuses et incessantes r^damations. • ■ ' • • ■ " ' Natu^ellementy M. d'Aboville ne repopdit pas k ceita^ lettre. Que dire, en effet, k un hoinme qoi^ ayafit mis-*^ sion de renseigner rautorit^^ ne salt pas 1^ preimer mot de ce qu'il aflirme, arrange tout k sa fa^n^ ne'fie r^nd pas compte de la pori^e de ce qu'il 6crit et c¥oit que tout est dit quand il parle de convictian^ \k oil U faut certitude et ou on produit des preuves ? Si les choses ^taient ce que ce haut fonctionnaire les dit ; si la loi et les r6glements autorisaient seu- lement une partie de ce qu'il avance^ il y a d^j4 longteraps qu'on aurait fait justice deuces maisons dites de bienfaisance que MM. les sp^cialistes peuplent k leur caprice, de par la cpnfiance illimit6e qu'on leuc accorde. On reste stup^fait devai^t Taplomb imperturbable d'un membre de cette corporation qui, sans avoir exa- mine la moindre pi^ce, veut en remontrer au cooscien^ cieux rapporteur qui les a r^unies et etudi^es ! C'est done moi qui r^pondis k cette lettre, et je le fis en folfe, c'est-a-dire avec toute la liberty et toute la v6racit6 dont les fous ont le privilege. C'est ce qui m'oblige k ne donner que les' passages les plus mo- d^r^s de ma r^ponse : ^ "..«.. Dq moment oi!i il saflit de se presenter aei^in^me, de CHAP. XXI. — CONCILIATION, 459 plftoer BOb'tnimef dfl dearer le nom de la parsonne internee Bpi^'inhnet de mantionner. rurgence toi-m^mis, le tout sang Ufawxif Sana autre' aignature que la tienne, aana la moindra proc^a-verbal constataot cetta urgenca, acMs cuUrea papier» que celuiconfecHonnd par lepersonnage reclamant lasSquestrom tion, on n'a pas basoin da ae gtoer; et le premier venn peat se d^^e de aoa voiaiB oa de oelai i^iii reimui«eii sb posant en •mi bianfaiaant, ^ ..... £n me changeant de nom officiellement, nVt-on paa ehattg^ mop identity d'ofilce ? La-ntort d'Hersilie Rouy n*a-t-elle pas M annonc^ pendant qu*on me tralnait de d^partement en d^parten^ant f ous la nom de Josephine Chevalier, de parents inconnus?..,. Ne sait*on pas que mes actes ont ^t^ examines depuia 1868 par das magistrata des plus autoria^ ; que ina possession d'etat est incontestable; que je suis Rouy de par la loi? , ' -'..«;, AC. rin^pecteijir g^n^ral, qui s*appuie si haut sur la magis* tfiti^v, publift pourtant que, du jpur ou des magistrata ayant mission de s^assurer et de surveiller ont bien voulu m'entendre, la conllance en la science sp6ciale a ^t^ ^branl^e, le doute s'est preduit, et c'est pricis^ent quand des magistrats se sont ch^rg^ade soumettre la question a M. le procureur g^niral que j*ai 6\j^ mise a la porte de Fasile d'Orl^suos par un certificat de sortie; ce sont des magistratSy admihistrateurs des Hospices, Tun president de chambre k la cour d'appel, qui m*ont plac^e^ I'hdtel du Loiret, apres I'examen de mes papiers, sous man nom civil d'Hersilie Rouy ; enfin c'est M. Tailhand, president a la cour d*appel de Nimes, garde des sceaux, qui est intervenu pr^s de M. Durangel pour me faire obtenir une pension. ..... N'avons-nous pas lapreuve a Auxerre, & Orleans, que les m^decins ne soot pas librea d'agir a leur gr^; qu'on me gardait par ordre; que le directeur d'Auxerre a recu une semonce pour m'avoir faite litre 9 Et M. JeufTrey et tant d'autres ne m'ont-ils pas dit: Nous ne pouvons nous condamner nous* memes en avouant une erreuTf et noa chefs nous soutiendront. Tajoute, puisque M. Tinspecteur g^ndral refuse d'intervenir 454 M^MOiRBS d'une alienee. charity qui vous a fait agir, voos, Monsiear, ainsi que les autres protecteurs de M^^'^ Eooy. Je jne vols oblige cependant k faiF« quelques reserves au sujet deM. le Normant des Varannes, dont la position aorait peut-dtre dti interdire Taction directe, et qui peut*dtre n*a plus augourd'hui le in^rite d'Un parfkit ddsint^ ressement ..... Je ue nie pas qu'une irr^gularite n'ait ete commise aa moment de la sequestration Pour le mobilier, je n'ai jamais su ce qu'il ^tait devenu, comme la somme provenant de la vente..... Vous voyez, Monsieur, que, quel que soit mpn d^sir de vous Stre agr^able, je ne puis coop^rer avec vous a faire obtenir a M^i" Rouy ce qu'eUe appelle la reparation qui lui est due, Ainsi, le seul de tous mes d^fenseurs qui eUt foit, pour mpi, de r^els sacrifices 6tait aussi 1^ seul dont le d^voument ffit suspects de'vues int6rcss6es; n'ayant pu le r^duire a I'inaction et au silence par la crainte de perdre sa position, on ^sperait y parvenir en le dif- femant aupr&s .d*un iiomme qui, plus que personne, avail pu I'appr^cier. C'6tait.indign^ ! . - , Gette lettre prouvait bien, du reste, que M. I'inspec- teur g^n^ral s'etait dispense d'^tudi^ mon dossier avant de r^pondre, comme avant de faire ses rapports, puisqu'il ne savait rien de mes affaires, ignorait que M. le Normant eiit agi k la demande de radministrar tiou, et traitait une suppression d'etat et de petsonne avec une pareille l^&ret^. D^s le commencement, M. le Normant des Varannes, dont on incriminait si gratuitement la conduite g6n^« reuse et d^vou^e, avait eu autant k cceur d'avertir Tau- litre de M. le Norinant k M. Duiangel et la pr^mi^re (ili'eviie qu'avail eue avec lui M: d'Aboville, qu'il re- Kvait encore le 24 juin, le laissant con^nuer d'i uti- les ddmari^hes auprfe de M, de Fourlou, alois qu'il Irait fail si^jner depuis longtemps A M. Jules Simon ttte ^I^vation du chifTre de ma pension, que M.Welnhe Bson^ait k M. d'Aboville comme ayatiL 616 accordee IT tes instances persojtneUes. Ttpis minisires et huit mois de dSmai'diea [lour 00 £r. d'augmenlation ! le deposai toutes mes pieces, ainsi cpie je Tavais uDonc^ it M, I'inspecteur g^n^i-al, entre les mains de Vacheron, avou6 k Paris, qui pvomit de me Irouver avocat avec luquel il soutiendrait mon alfaire gra- piitenient, sauC a 6tre pa^^ tous deux plus tard, en cas SUGC^^ sur les dommages-iot^r^Ls qu'ils m'auraient Un nouveau changement de rainistfere amena le d^- rl.de M, Durangel et son remplacement |iar M. de hisenoy. Je fus deux moia sans i-ien toui.'!ier. Pro- ilement le nouveau directeur, ^lonn^ de voir uno iMision de celte importance servie sur les fcinds du Dinistfere de I'interieur, avait voulu savoir sur quoi on motivait. On sauva encore une fois la situation dana I bureaux, carle service r^gulier de ma. pension Cut jpStabli par unarr^t^du 22 fevrierlSTS ; man mandat imprenait les avrerages en retard. il n'en etait pas moins vrai que celti; ponsion, \ 456 MEMOIRES D'UNE ALI^N^E. ' 7-^ ^ ^ ' II est certain que, si je n'avais 6t^ retenue par Ja crainte de compromettre mes ddvou^s ami$, j'aurais fait un tel tapage, un tei £candale en voyant qu'il m'^tait impossible d'obtenir justice, que je n'aurais certes pas attendu dix ans une reparation. Si jamais on publie ma correspondance, on verra quelle peine ils onteue souvent k me calmer, k m'emp^cher de faire quelque coup d'^clat. Dans sa rSponse, apr^s avoir lav^y comtne il le convenait, M. le Normant de I'injuste insinuation de M. Finspecieur g^n^ral ; apr^s avoir tr^s-nettement etabli ma situation et la responsabiUt^ de r£tat ; apr^s avoir relate les t^moignages de parfaite sanity d'esprit recueiUis pr^s des personnes m'ayant vue et ayant eu des rapports frequents avec moi, avant et apr^s ma sequestration, M. d-Aboville ajoutait : Tenez pour certain que si W^* Rouy n'obtient pas une repara- tion suffisante, elle la rdcl^mera encore devant le nouveauPar- lement et qu*elle y sera vigoureusement appuy^e. .... Pourmoi, rintemement de Taliene n'est legitime que sisa maladie mentale lui oteses moyens d'existence, ou bien menace soit sa s^curit^, soit celle d'autrui. Ce sentiment, tres-arrSte dans mon esprit, vous expliqaera rint^r^t que je garde a la cause de M"e Rouy, bien que je n'ai© plus a m'en occuper par devoir. M. rinspecteur general r^pondit le 29 aoiit i M. d*Abo- ville, maintenant ses premiers dires, affirmant que, si on avait modifie mon nom, '^'avait ete pour me donner CIIAP. XXI. — CONCILIATION. .457 '« I ■ . 1 1 I I , . I . , ■ , I \ leseul quejepouvais leg aliment porter. D'abord on m'en donnait deux, aussi peu justifies Tun que Taulre; et puis, qu'en savait-il? Apr^s avoir 6l6 quatorze ana sans Youloir savoir qui j'^tais, il est assez curieux de Toir un mMecin venir trancher une queistion d'6tat civil qui, moi libra, ne le regarde plus, en disant : « II paratt ressortir assez clairement de ses papiers qu'elle est fille naturelle iet adulterine. > Pour le d^faut de tutelle, son explication est plus singuli^re encore : ..... On n*a pris nul soin de ce qu'elle poss^ait? Mais on aurait cri^ bien plus haut encore, et cette fois avec raison, si, des Tentr^e a Charenton, on avait vendu sans savoir di elle ne pourrait bientot sortir gu^rie. — C'est done sagement qu'on a attendu^ — jusqu'au moment sans doute ou on isi dii reconnaitre ou presumer son incurabilite. La demande d'admission qui a manqu^ au dossier e)ait un oubli, une omission regrettable ; mais de la a croire qu'elle a et^ pr^m^diUe et le r^sultat d'un complot, il 7 a loin. .:... Le changement de nom prouve-t-il qu'il h'y a pas identity de persorine?... Un m^decin ne fait pas un certificat pour une toquade, et s*il vous convient d'admettre qu'on ait pu le faire, je n'admets pas que dix, quinze personnes d'un titre officiel, estim^es^ honor^es, dont plusieurs sont justement cities danis le monde savant comme des maStres, aient pu faire la mdme chose et se rendre successivement complices d'une mauvaise action, d'uh crime. Voila, Monsieur^ le veritable objet de cette lettre, parce que vous et ceux qui concourent au but que vous poursuivez le meltent en oubli. Et veuillez noter encore que vous n'accusez pas seulement 26 464 MEMpiBES d'UNE ALIEK^E. curieuses mie ces vlsites r^v^l^rent ^ M. le Nofmant. II se borna, sauf en ce qui me concernait, & se ren- seigner aupr^ des principaux employes, dont il fut fort bien accueilli, sur les choses d'admmistraUon g^n^rale et les reformes que Texp^rience leur suggSrait ; -leurs r^ponses confirm&rent son opinion et mesr dires, et donn^ent une autorit^ plus grande \ son travail, qu'il communiqua successivement aux minist^es de la jus- lice et de Tint^rieur, ou il fut tr^s-favorablement ap- ' precis ; on lui annon^ qu'il serait un.des premiers ap- pelSs devant la commission qu'on allait nommer pour la revision de la loi. Tout s'est born^ k ces lettres de politesse, bien qu'on lui eilt m^me donn^ au minist^re (ie la justice Tespoir de voir Miter son ouvrage par rimprimerie nationale. Les fr^uents changements de Diinist&rey les complications politiques out enip^ch^ jusqulci qu'on s'occup^t serieusement des alidn^s. Le moment opportun en viendra-t-il bient6t ? Je souhaite que la-t^nacitS bretonne de mon fiddle .d^enseur at- teigne enfin,ce but si d^irable. J*en reviens & mes affaires. A la Salp^tri^re, oCi j'avais refuse de recevoir mes bijoux, parce qu'il y manquait la chaine de Yenise en or k fermoir ^maill^ et les boucles d'oreilles semblables, et qu'on voulait me faire donner un re9U de la totality, tout avait disparu. II y avait eu des d^tournements successifs; on avaijt renvoy6 des employes, sauvegard6 I'avenir, mais 6touflS I'aflaire, et c'6tait bien irr^vocablement perdu. ■ \ f \ CHAP. XXI. — CONqiLIATlON. 465 I ■ ■ ♦ _^_^_^_ • ■■■ P'' II., ■ ll.l^ ■ ..ll A Qharenton, quelle ne fut pas la surprise de M. le Normatit en d6couvrant que je %urais sur deux re- gistres! J'avais d^abord 6t6 enregistr6e sur le livr6 matricule 6, f«> 382, de la fagon que j'ai indiquee cha- pitre.v. Au verso de cette feuille, apr^s une entree du 12 septembre, est lie visa du proeureur imperial, bien .<§videmment appos6 sans lire, car il eut h\A frapp6 du d^faut de pieces et de Virr^gularit^ de mon enregistre- ment. A quoi tiennent les destinees ! Si ce magistral eiit examine le registre, se fut fait rendre compte de ma situation, j'^tais sauv6e!... quatre jours apr^s men entree.... Mais il sigija ks yejix ferm^s. Cependant, uh autre pouvait ^£re plus clairvoyant. Par prudence, le registre 6, contenant encore dix-sept feuilles blanches, fut abandonn6 ; on se garda bien de faire flgurer ie nom de Chevalier k la table, et on pu- vrit le registre to? 7 en y reportant les quatre entries . - • , • ant^rieures a la mienne, qui fut inscrite a sa date du 8 septembre, le certificat du docteur Pelletan et celui d*entr6e retranscritufsur ce nouveau registre de la main du docteur en chef. On enregistra k la suite Tentr^e du 12 septembre, sans mention du visa qu'elle avait regu. L'article 12 de la loi prescrit d'avoii' un registre cot6 et paraph§ par le maire, sui^ lequel seront imm^diate- ment inscrits les noms, profession et domicile de la personne plac6e ; les noms, profession et domicile de celui qui aura fait la demande. L'article 43 de Tinstruc- tion g6n6rale d^veloppe trfes-judicieusement. I'imp^- :< ; ' ■ » 466 MfiHOIRBS B'UNE AUENl&E. 1 I .111 II II ■■■■■I.P ■ I I ■ ■■, 1 , ■■!■ I ^ . ■■ t \ • rieuse n^ces3it£ de tenir le registre sans aucim blanc, ni rature^ m renvoi. On voit de quelle importance est Pexacta observation de ces prescriptions et combieni pour I'avoir si audacieusement viol^e, 11 iallaii que Tad-* ministration de Charenton se sentit dans son tort Amon syjet. Mais pourquoi, du moment oi^ Ton s*en ^tait aperpUi ne pas r(6gulariser alors mpn entree en se pro* curant la pi&ce indispensable qui manquait, la de*» mande d'admission faite par uii t^rs? Pourquoi oe pas Texiger de M, Pelletan, puisqu'on ne connaissait que lui? Pourquoi rester sous le coupd'^ne d^couyert^ possible dont on avait seulement diminu6 les chances en m'inscrivant sur un npuveau^ registre, et y . conii^i^- tant i peu pr&s mou entree par les indications que j'avais donn6es, mais en m'y laissant Chevalier«Rouy, de parents inconnus ? On avait done des motifs k Gba- ronton pour ne pas vouloir se mettre en rigle et cons-' tater qui j'6tais r6ellement ? C'eSt inexpUc;|ble, Les lettres de M. d'Aboville me knpntraient ,'mon affaire en bonne vole d'arrangement. II ^tait Evident qu'une transaction devait garantir absolument centre mes r^vendications tons les fonctionnaires et employes du gouvemement; mais je n'entendais ni cacher ce que j'avais soufEert et qui contenait un si grand epseigne* ment, ni amnistier eeux qui, aprte m'avpir engloutie dans ces enfers, n'avaient recul^ devant aucune calom* nie pour m'y maintenir quand j'y 6tais et pour me perdre depuis que j'en 6tais sortie. \- CHAP. XXI. ~ CONCILIATION. 467 Je cms devoir en pr^venir loy^ilement M. de Cri- senoy:* Orleans, 25 octobre 1878. Man intention forraelle, Monsieur le directetir, est de poursuivre personnellement la &mille et M. Pelletan, qui se sent entendtts, comma vous en avez les'preuves. Mon intention est ^us»i de poarsuivf e \t sUc'E ALIENEE. r ^ pendent. Ce n'6tait pas tout ^ fait ce que j'avais es- pere; cependant c'etait deji un si grand tour de force de Tavoir obtenti que y d*apr6s le conseil de ceux qui m'avaient si bien second6e, je crus devoir Taccepter et oie rendis au cabinet de M. ie pr6fet pour le lui dire. M. d'Aboville ^crivit 4 M. le Normant, en le f6li- citant de « I'heureux resultal de sa perseverance, » qu'ii avait 6t6 averti, par une lettre fort gracieuse de M. de Crisenoy, de cette decision ilaquolle il avait lui- m6me tant contribue. ]\f. Michon n^'accueillit fort bien et me dit que je devais 6crire au Ministre mon acceptation, ce que je fis comme 11 suit : Orl^ns, 20 novembre 1878. Monsieur le Ministre, Vous avez eu la bonte de decider qu^il me serait accord^ : « 12,000 fr. argent comptant; (c 3,600 fr. pension annuelle ; « A la condition que je ne r^clamerai plus rien k r£tat, ni aux fonctionnaires qui en dependent. ». J'accepte ces conditions, et j'ai Thonneur de vous le faire sa- voir par rentremise de M. Joseph Michon, pr6fet du Loiret. Veuillez me permeltre de vous exprimer ma profonde recon- naissance pour I'interSt que vous. voulez bien me t^moigner, poar la justice, la bienveillance et la promptitude avec laquelle vous cherchez a r^parer, a Tamiable, le tort irreparable qui m'a ete fait peni^ant tant d'ann^e?. Je ne 1 oublierai jamais. . Daignez agreer. Monsieur le Ministre^ Texi^ression de mon profond respect. Signc: Hersilie Rody. ; . CHAP. XXI. — CONCIUATIOK. 469 p ■ ■ , I . ■ > ., ■■■ . <■ ■■■-■- 1. - ■ I. Oit jours apr^s, M. le pr^fet du Loiret recevait Tar- rtl^ suivant : Le' Miiiistre d'e Tint^rieur, Vu la demande de la demoiselle Hersilie Rouy, tendaht a ob- tenir ^ne augmentation de rallocaiion annuelle qui lui a ^t^ pr^c^demment accord^e et une somme unefois payde, destin^^s a rinderaniser des partes qu*elle peut avoir ^prouv^es par suite de rinobservation par Tadministration des prescriptions de la Ioidu30iuin1838; Yu le rapport dc M. le conseiller d'fitat, directear de radmlnis-, tration d^partementale et communale, et les documents k Tappui, Arr^te : Article \*r. ti est accord^ a la demoiselle Hersilie Rouy \ine allocation de doQze mille francs (12,000 fr.), imputable sur le chapi- . tre' XXVII du budget du ministere de Tint^rleur. Article 2. L'allocation annudle de dix-huit cents francs (1,800 fr.) accord^e par les decisions pr^c^dentes est 41ev^e a trois mlUe . six cents francs (3,600 fr.) k partir du 1" oclobre 1878. Celte somme sera ^galement impulse sur le chapitre xxvii du budget du ministere de Tint^rieur. Article 3. Xe directeur du secretariat et dela coraptabilit^, et le directenr de I'administration d^partementale et commuiiale, sont charges, chacun en ce qui les concerne,-de I'ex^cution du present arrSt^. Fait a Paris, le 30 novembre 1878. Signe ? de Marc^re. Pour ampliation, Le directeur de V administration ttepartementale et communale, Signe : R. de Crisenoy. Pourcopie con forme: Le conseiller de prefecture, Sign 4 : P. de VERNEtnL. 27 ^ / 470 MJ&M0IRE8 d'UNE ALIENEE. J'en remerciai de nouveau M. le Ministre quelques jours apr^s avoir touchy les fonds annonc6s ; j'^tais trop maladepour lefaire au moment m^me. Getter^pars^tioa m'arrivdit trop tard : le mal dtait fiadi, et je sentais gu'^ moins d'un miracle, ma saBt6 ne me permettrait pas de jouir de la satisfaction morale et du bien-^tre phy- sique que sa justice m'accordait Mais si je ne pou<» vais vivre, je pourrais du moins mourir en paix. Gelte certitude m*aida k surmonier la p6nible crise dans laquelle j'avais failli succomber et dont je reparlerai plus loin. Je d^sirais'vivement connaltre le rapport de M. de Crisenoy, et je Tobtins k force d'instances. Je le donne ici presque en entier, bien qu'il reproduise des faits d^j4 connus, parce qu'il est la premiere reconnaissance ofO- cielle de mes droits, et que, sans toucher k la question mentale^ il la r^sout implicilement en ma faveur. RAPPORT Adre$8e a M.le Ministre de Vinterieur^ aur la sequesttntion de la demoiselle Hersilie RouT. Monsieur le Ministre, Le 8 septembre 1854, la demoiselle Hersilie Rouy, professeur de musique, demeurant rue de Penthi^vre, n^ 19, a Paris, fut en- lev^e de son domicile par M. le docteur Pelletan, m^decin en chef ide Thopital de la Riboissidre, et conduite k Tasile de Cha- renton, sur la presentation d'un certificat ainsi con^u : c Je soussign^, m^decin de I'hdpital de la Riboissi^re,. che- valier de la L^gion-d'Honneur, certifie que W^* Rouy (Hersilie), demeurant rue de Penthievre, n« 19, est atteinte d'une mono- I • • 1 CHAP. XXI. — CONCILIATION. 471 manle algue avec hallucinations. Cetle affection la rendant dangereuse pour elle-m^me et pour les personnes qui Tentou- rent, exige son admission immediate daas un etabliss^ment special. » Cette admission a eu lieu contrairement aux prescriptions d!e Uloldu 30^'uin 1838. {Suit le texte de Vart. 8 de la loi sur les aliens.) La plupart de ces ptescriptions n'ont pas '^te remplies en ce qui conceme la demoiselle Rouy, admise sur la demande de M. le baron Pelletan de Kintc^lin, ami de la malade 1 1 La copie du certificat ci-dessus reproduit est sign^e du mSm€ docteur, alors qu^e la loi intercKt de demander le placement au m^de^in qui certifie la maladie. , M. le docteur Pelletan n'etait pas Fami de la malade, qu'il ne connaissait pas; tout au plus Tavait-il vue une fois lorsqu'il vint Tenlever pour la conduire a Charenton . I^ n'6tait pas I'ami de la famille, avec laquelle ses relations se bornaient a ^crire des articles de m^decine dans le journal La Prease, dirig4 par M. Rouy, le frere de la demoiselle Hersilie. £n reality le placement a eu lieu a la defnaxide de M« Rouy, qui a pay^ d'avance un mois de pension (50 fr.)) afin d'arriver a un placement d'ofiice et gratuit sous Tapparence d*un placement volontaire. C'est le docteur Pelletan lui-mSme qui avait indiqu^ ed moyen d'^luder la loi. Cela r^i^MUe de la correspondance jointe au dossier. A ce point de vue^ le certificat du docteur Pelletan est^ inexact. Ce certificat lui-m^me ne repose, au point de vue m^- dical,^ue sur les rapports des concierges et des bruits r^p^t^s par d^8 tiers, le docteur Pelletan n'ayant pu, dans une courte en- trevue et pendant le trajet de la rue de Penthievre a Charenton, parter un jugement sur I'^tat mental de jla demoiselle Rouy et surtout sur les dangers qui pourraient en r^sulter pour la s^cu- rite publique. Contrairement a la loi, le directeur de Charenton n'a exigd aucone pi^ce constatant Fidentitd de la demoiselle Rouy, etno* . tamment le passeport mentionn^ a Tart. 8; il en est rdsult^que ' I- 472 MEMOinES D UNE ALIENEE. le placenient a ^t^ fait sous le double nom de Chevalier-Rouy, et que trois semaines apr^s Tadraission un interne a et^ charge d*interroger la demoiselle Rouy pour connaitre son veritable nom. Le 30 novembre 1854, la demoiselle Rouy a ^]t^ transferee a la Salp^tri^re en vertu d*un arr^t6 de M. le pr^fet de police, bas^ sur ce fait qu'elle ne pouvait plus payjer de pension, fait mat^- riellement inexact, -puisque le premier mois de pension n'avait pas ete pay^ paf elle, mais par le sieur Rouy, et que la demoi-> iselle Rouy, enlev^e brusquementite'son domicile, y avait laiss^ des effets, un mobilierquepersonne ne s'^tait occupy demcttre en siirete et.de r^aliser a son profit. {Suit le texte deVart. SI de la loi sur les alienes,) Ces prescriptions tut^laires ont ^t^ n^glig^es pour la de- moiselle Rouy; les cles de son appartement sontrest^s entre les mains des concierges, dent la probity ^tait suspect^e. Trois mois plus tard, le propridtaire intenta centre sa locataire unej action pour obtenir la vcnle du mobilier et le terme du loyer dcha. Les actes extra-judiciaireS furent signifies rue de Pen- thi^vre, bien que Ton sut la demoiselle Rouy' s^questrde k Cha- renton. La vente eut lieu le 5 fdvrier et produisit 911 fr., qui furent employes a ddsin I dresser le propridtaire et a payer les frals, s'dlevant a 372 fr. ; le reliquat, 139 fr., fut depose a la caisse des depdts et consignations, et remisk M^i* Rou^en 1870, a sa sortie de I'asile d'Orldans. • Nous avons dit ^rdcedemment que la demoiselle Rouy avait 6t£ inscrite sur le registre de Charenton sous le nom de Ghevalier- Rouy, inscription difficile a justifier, puisque le certificat du. docteur Pelletan portait le nom de Rouy. Gette designation, qui constitue une alteration de Tetat civil de la demoiselle Rot^y, n^a pudtre imaginde par Tad ministration de Charenton. On doit en conclure qu'elle a dtd invenlee sur les indications du doc* teur Pelletan et a Tinstigation du sieur Rouy, son frdre, en vue de dissimuler une parentd qui pouvait lui occasionuer plus ••"^ 4^5 embarras. CHAP, XXI. — CONCILIATION. ' 473 Par une coincidence malheureuse, les papiers ^tablissant son ^tat civil, qa'elle avait eu le soin d'eraporter avec elle k Cha- renton^ lui furent enlev^s le 19 septembre suivant ; mais aa lieu 4e s*en servir pour r^ulariser son inscription,* on les ddposa dans.un coin, ou ils ne furent retrouv^s qu^en 1862, par les soins de M« Cochin. Malgrd lei^ reclamations incessantes de M^^ Rouy, elle tai transferee succes^ivement dans plusieurs asiles departementaux, sousle nom de Chevalier-Rouy, jusqu'en 1863, oil elle fut defi- nHivement inscrite, k Fasile dlDrl^ans sous le nom de Chevalier, de parents inconnus. II y a tout lieu de croire qu*il n'y a pas eu U, de la part de Tadministration, de foutives intentions; les negligences et Tinob- servation des prescriptions legales ont eu pour resuUat d*eioi« gner la demoiselle Rouyde ses relations et de ses amis, qui ont perdu sa trace et Tont crue morte. ^Depuis son entree k la Salpetriere^le 30 novembre 1854, jus- qu'a sa sortie de Tasile d'Orieans, le 14 noverobre 1868, la demoiselle Rouy a ete rendue plusieurs fois a la liberty pendant quelques jours, puis seqnestree de nouveau d*oflice, en vertu d'arretes du preret de police, r^guliers dans fa forme. Toutefois, il semble r^sulter, de plusieurs documents et de correspon- dance^ echang^es entre le pr^fet du Loiret et I'administration de TAssistance pub)ique, qu*a partir de 1863 le maintien de la demoiselle Rouy k Tasile d'Orldans doit dtre surtout attribue k des injonctions emanees de cette adininistration et inspir^es pac M. Rouy, qui avait lieu de redouter la mise en liberty de sa belle-sceui:- ' La demoiselle Rouy n'a cess^ de rdclamer centre la seques- tration iliegale dont elle avait eie Tobjet, a llmperatrice d*abord, puis a TAssembiee, qui s'est separee avant d'avoir ete saisie du rapport concernant cette demande. Toutefois, le Ministre de TinterieUr a accorde, en 1874, un secours de 1,500 fr. qui a eie porte k 1,800 fr. a partir de 1878. on Aujourd'hui la demoiselle Rouy est agee de soixante-quatre MI^MOIRES D'UNE ALI^N^E. ans, dans nn Stat de sant4 qui I'empSche de se liwer it aneun travail, et sans ressQurces. EIIb demande que le secours annuel qui lui est allou^ soil ilevi i 3,600 ft-., et-sollicite en- autre une allocation desttnfei linderaniaer des pertes, du fail de radministration, de mobilier, valeurs et bijoui qu'elle possSdait, et a lui permeltre d'acquitter iBs dflttes qu'elle a du contratler pour subveiiir a mJa eilstence, depuis sa miis en liberty Jusqu'en 187i. Elle Slablit one perte, . Moblliei', 4,000 (r. ; bljoai, 1,80D Tr. ; deux biUets k ordrc, 000 fr. ; un billet de banque d^. 500 fn : ci 6,900 fr. En accordant a la demaiaeKa Rou; une somme totals de 13.000 fr., on (iendra campte dant une certaine mesare des d^. pensea aaiquelles elle a dil pourvuir de WHS k 1873. En resume, la demoisella Rouj £tait une artiste d'un talent incontestable, et jusqu'en 1854 elle a pourvu i «an esstence . par Eon Iravaik , , A Cetle Spoijue, elle a 6li s£questr£e imgalement, aiosi qus I'a constats d'ailleurs'le Uinislre de I'int^rieur, dans sa d£p£chs du 25 fevrier 1869. Elle a perdu le peu qu'elle passSdait par la. foute et la negligence de radministration. La damande de la demoiselle Rou; parait done jugtiiiefl. En consequence, j'ai I'honneur de vous proposer de I'accueillir an ancoi-dant k la demoiselle . Rodj les allocations- ci-deseus dDouc4es. Un arrSt^ revStu de votre signature consaererait. oetle' decision. Agreei, Uonsieur le Ministre, I'homroage de nion r»peut. . Le Coiiseillerd'Slat,direclew general de I'adminiatratltm (i^partemenlale.el communale, ■ Signi: R. DE Cfibenot. Une conciliation ainsi motiv^e ^tail pour md une fh~ Htation, pour mes devoufe ct^feAseurs une r6com- ppur la i;nuse geiierale des ali^n^s un Iriomphe. vej)6cialiste ctait enQn entam^e. Voici la ietlre que f^crivis k M. de Crlseno; : Od^na, i Janvier 1879. Monsieur le direclear, Je ae si'a Coroment vous remercier de taute la bieoTeilhrato hoali avec Uquelle tsus 6tee venu i raon aide, non pas en ' ip'aecordant one favenr qj'an caprice peut enteter, nai* en faisanton actede justice et de reparation B'appnyast surdosdo- cDmentB incantestables. Gt&cb a votre rapport, I'llS^galit^ et rarbttraire de ma s^uei- tratioii Hint prouv^; vous £tab1issez viatoristuement qne je n'^Eais pa* folle qoand j'ai i\i erUeHe de chez nioi par on taommenrm'BTantjamalsvue, et que laperte de bmt ceque je' pOSS^dais, due k mon admission dans ces conditiana h Oiiren- tan, a roreriment anient la longne eiqoestration dent j'ai Hi Tictime, toot rooyen de rentrer dans le monde et de prouver mon IdentiM m'^tant imposuble, jusqu'au jour ou j'ai trouv^ appui et protection dans I'admitiislration dea Hospices dOrl^ns, Non seulement vous avez ^tabli mes droits k la tardive repa- ration que Tou* aveiprovoquee, Monsieur; mais encore, sachant le miserable eia'l de lanti dans [equel je suis, vous avez eu I'ex- treme bont£ de faire ordonnancer, stance tenants, ce que M. le Hinistre m'accordait k votre requite; et, grdce 4 cette giai- reuse attention de votre part, j'ai eu I'lnnnense bonhenr da ponvoir m'acquitter envers ceui doni le devoCiraent a su triom- pherde toules les ditlicultes. Le S6 d^cembre, on touchait pour nioi i la Banque un cheque de dSjOOOrr., et le mime jour on remetEait a M. le pr^ret dn Loiret un effet de 900 fr., sign^ de moi, qui doit solder le der' nier trimestrs de 1878. Veuillez, Monsieur le direotenr, recevoir I'eipressioit de ma profonde reconnaissance. Hersilie Rouv. Et voici celle qu'il me riponiiit : r I ^ 476 jnfeMOit^ES d'une ali6n6e. . I i ■ ■ ■ ■ ■ I ■ I ■ ■ ■ .1 ■ ' 1 i/i ■- > .1 I ■ ■ I I ■ I I ■ #r I ■ , I I I * , ■ Paris, ^Janvier 1879. . Mademoiselle, je suis heareux d'avoir pu cotitribuer & vous fatre obtenir la reparation que vous solHcitiez en vain depuis de longues annees. ^ Cette reparation vous etait due le^gitimeinent; je croisTayoir demontre peremptoirement, en mdme temps que ron vousassu- rait^ apres tant de souCTrances, des moyens d*exiistence qui, bien. que modestes, vous perraettroAt de vivre suus inquietude de Tavenir. Je fais des voeux pour que vousenjouissiez longtcvnps, et je me. propose de mettre a profit, loirsque roccasion s'enpr^sen- tera, les renseignements dont vous avez bien voulu me donner communication* Agreez, Mademoiselle, -Fassurance de ma consideration! dis^-. tinguee. . , R. DE Crisenot. ■■■ (Ajpr&s avoir rappele ici mes divers secours, ma p^sion,' mon indemnity et ceux auxquels je les devais, j& terminals ainsi : ) * - Apres vingt-quatre ann^es de mis^re, de Inttes ineessantes et d'indicible douleur, je suis heureuse de vous faire connaitre cet acle de justice, dte reparation et surtout cet antecedent ; heu- reuse aussi de sayoir qne tout ce t[ue j'ai souffert ne^restera pas inutile, et que des mesures sont prises pour qu*on ne se fasse plus un'jeu de la loi, quelle qu'elle soit, en se mettant a coavert derriere un certificat d'alidnation mentale. yeuillez recevoir, etc. Hersilie R0UY» J'eriyoyai k M. Georges Rouy, secretaire au journal le Sieclcy fils de ma soeur et par consequent petit-Ols de mon pere et de ma m^re, un num^ro du 8 et un du 14 Janvier 4879, pensant que la famllle devait avoir connaissance de la note n6crologique et de ma lettre. Huit jours aprfes, M. Alexandre Godou, r6dacteur en chef de VAvenir du Loirety donnait k M. ledocteur Halmagrand un pli qu'il venait de recevoir,. et M. Bes- gon, ridacteur en chef du Moniteur orleanai^ r^met- tait un pli identique k M. le vicomte d'Aboville. G'etait une note non sign^e que je transcris id : On voua rappelle aujourd'hui obUgeamment qu'onne doit JIM publier de fausses nouvelles ^ur les direa errones d'une vieille demoiselle de eoixante-sept ansy qui a eie folle pendant vhM^auatre art»» y .z. .CUA.P. XXII. — SUITES D'UNB REPARATION AMIABLE. 479 On veul biert^vous dire ceci : M^ HersUie est nee, en. iSiSf " d Milan, de M. Charles Rouy et de Mademoiselle Chevalier,. M, Rouy dtant m^rie a M">* Stevens, laquelle femme ISgU time est decM4e ulterieurement, de sorte que M*^* Hersilie, dielarie, Rduysur les registres italienSf severrdtt depoMilUe de ce nom a latnoindre demande de rectification d'etat civile fait qui a ele reconnu par I' Assistance piihlique. , Quant d la question sequestration (hien gros mot!) jlfut HersUie aSte. donduitepar ordre de la police administra": live dans un asilede V6tat, etilfaut rMlemetkl croire que^l&r honor ab les docteurs de cet asile n'y ont pas prodique leurs soins d une, personne^ pendant vingt-quatre 9xls, sans quHVy " alt un motif sirieiuxd leurs yeux de Vy conserver. - * :. TI n'y avait pas db r^ponse k fairer, U n'y avait.qa'i constater une fois de ptus, juillet, iorsque ines hoiesses, HjMiics Moufflet, vinrent m'apprenjire, tout fetpnnees, qu'elles avaient re^u laf visite du commiBsoire du quar- tier, venant leur demander : . ■. 1® Quelles 6taient les personnes que je fr^quentais ; ^29 Celles que je recevais ; 3o Quelles ^taient leurs opinions polfflques ; ; 4^ Si moi-m^me je ne parlais^ pafis politique et si eUes pouvaient donner quelques details surmes opinions. '■. Eiles avaient r^pondu que j'^tais fort malade, ne sortais presque jamais, ne m'occupais que de mes af- faires, et avaient donn^ les noms des quelques per- sonnes qui avaient la bont6 de venir me voir./ . CHJVP. XXU. — SUITES 'd'UNE REPARATION \ AMI ABLE. 481 ■ ■ ■ ■ m ■ ■ ■ ■ ■ ■ . J P^^ — "" . I Trds-surprise d'Mre en butte si une semblable inqui- sition de la part de Tautorit^, j'en parla^i a M.. le Nor- mant^ qui obtint, de la bouche.ra^e du commissairey la confirmation de la d-marche qu'il avait faite par ordre de M. le pr^fet du Lqiret. Jeerus devoir quelques explicationa k M. Cames- casse, aux yeux duquel on semblaitvouloir transformer e^n affaire politique une affaire de s^uestration et. d*^tat civil, et je lui adressai un expose des fa'its avec, une lettre dont void les passages essentiels : Monsieur ledirecteor, On esst venu de la part de la prefecture du Loiret aux rensei- gnements sur moi, et d'apres cette enquSte j'ai acquis la cer- titude qu^oa ne savait en aucune fayon ce que sighifiait le seconrs que je re^ois du ministere* C'est tr^s-naturel. Ayant ^t^ cachee pendant quatorze ans dans les asiles d'ali^n^s sous le nom de Chevalier, on ne connait r^ellemelit que ce nom..... La pension que me faisait(br(3n malgr^ lui) M. Durangel dtait inscrite sous le nom de Chevalier {alienee) (1). , Ce n*est que depuis T etude s^rieuse et sur documents authen- tiques que M. de Crisenoy a fait^ de mon affaire que cette pen- sion et cette indemnity m^ont ^t^ allpu^es, sous mon nom l^gal d'Hersilie Rouy, par I'arr^t^ du 30 novembre 1878. La transaction qui a mis fm a toutes revendications. dc ma part doit ^tre au dossier du minist^re. Ce n'est pas, comme vous le verrez en lisant le rappoi^ de votre pr^d^cesseur a M. de Marcere, une charite que M. le Ministre me fait sur les fonds dont 11 dispose ; c'est une indem- .(1) Bien qu'elle me fut pay^e a Orleans sous celai de ^ouy. X 482 MJSMOIBES D'UI^E AU%i^. I > ■ I — ^^i^^— I iBii iia ■ N I !■ I I ■ I H I I ■■ ■ ■ i^mmmmm m nite, une reparation quHl m'aecorde e\ que j'accepte 90us forme de secours, pour amoindrir les consequence^ de fails . monstrueux et pour empScher un affireux scandale. J^ n'eus pas de reponse de M. Camescasse ; inais ma pension continua k m^^tre seryie r^uli^rement. ^ Tranquille sur roon sort, M. le Normant n'en pour- suivait t[ue plus activement son d^sir d'une r^forine g^nerale, et rien plus que ma lamentable histoire ne pQuvant en d^montrer la p^cessit^, il se mit en rs^p- port avec un des conseillers gen^raux de la Seine qui avait pris chaudement k coeur la question des ali6- n6s, tant au point de vue de leur bien-fttre, fort peu sauvegard^ dans led asiles, que des finances de la villey souvent gaspill^es sans profit. L'honorable M. Manier re^ut avec grand ini^rM nos communica- tions et nos documents, 6tudia mon affaire et y d6- cauvrit precisement un point qui, en venant k Tappui de son argumentation, lui permettait de d^velopper et de faire connaitre les nombreux abus dont j'avais et6 victime du premier au dernier jour de ma seques- tration. II saisit la troisi^me commissiion, dont il fedsait partie, d'une proposition tendant k recouvrer les frais d'entretien de Mil® Hersilie Rouy, retenu^ pendant quatorze ans dans les asiles de la Seine et consid^te It tort comme indigente. Cette commission, dite de VAssistance puhlique^ etait compos^e de MM. Lafont, president ; Bouro^Ue, , -^ ' . \ CHAP. XXIL — ^UITEI^ D'UNE REPARATION AMIABLJE. 483 secretaire; C^det^Dubois^ Dujarrier, Forest, Loifieau, Manier, M6iivier, Aristide Key, Thuli6. M. Maniei; fut charge du rapport a presenter au consdl general, et le lut a la stonce du 6 novembre 1880. ^ II commenga par d^muntrer : 1<| Que M^i« Kouy^ entree comme peasionnaire payantea Cha- renton, a ^t^ pass^e et maintenue faussement aux indigentes^ p^rce que ceux qui l^nt fait enfermer Tout pr^sent^e ainsi, et /(pie radministration n'a rien fait pour s'assurer de sa situation r^elle ; 2o Que M^^" Rouy a ^t^ deux fois reint^gr^e k la SalpStri^re, , kpres avoir ^tS mise en liberty par des medecins consciencieux, parce que la dilapidation complete de tout ce qu*elle possSdait Tavait obligee a aller demander uu abri et du pain a la Prefec- ture de police....... Un capital de 12,000 fr. et une pension viag&re de 3,000 fr. qnt et^ enfin accordi^s a M^^^ Rouy. Mais est-ce bien la tout ce qu'il'y avait a faire? L*int4rSt de M"«Rouy. est^il seul en cause? Et TAssistance publique, grevee pendant quatorze ans de la pension d'une personne parfaitement k mSme de payer, n'a-t-el!e aucun recours a exercer centre. les auteurs de cette me^song^re declaration d' indigence ? > Je ne le pense pas, et je vais et^blir, avec preuves i Tappui, que le classement de Mi'« Rouy aux indigentes n'a pas ^t^ le fait d'une simple erreur administrative, male de la volenti per- sev^rante de ceux qui, Tayant jet^e aux ali^n^s, voulaient )*y maintenir a tout jamais en an^antissant'son avoir et empSchant ainsi son retour dans le mbnde^ ou on avait d'ailleurs annonc6 ^ mort (1). • (1) Je ne reproduis pas ici le detail des faits, exposes surabon- damment dans le cours de ces memoires. I ^ , 484 MEMOIRES D'tNE ALIEt^fiE. ->->- J'estime done que le conseil g^^ral est f^nd^ k pour- suivre contre quisle droit le reml^oursement des sommes indu*- ment payees par le d^partement de la Seine pour la pension aux indigentes de M»« Hersili6 Rouy, du 1« d^eembre 1854 au 14 novembre 1868, plus les frais de ses di^i^j^nts transfert$, M preuve des faits avanc^s se trouve : lo Dans les notes prises par M, Tailhand, premier ipapporteur, sur les dossiers des minist^res de la justicie, de Vint^rieur et de la prefecture de police ; 2«> Dans le projet de rapport de * M. le vicomte d'Aboville, deuxi^me rapporteur; 3° Dans le rapport de M. le directeur de radministration d^- partementale et communale k M. le Ministre de Tint^rieur, rap^ \ port qui resume les pr cedents et leur donne une confirmation olficielle; 40 Enfin dans les correspondances dont je pr^sente les copies, et dont les originaux sont aux dossiers des asiles, des prefec- tures, des ministleres, ou ont ^\A communiques par M. Rouy lui-mdme au second rapporteur. Toutes ces pieces sont annex^es au rapport. Sans doute la souime qu'il s'agit, en Tespece, pour le departe- ment, de recouvrer est en elle-mSme peu importante. Mais elle eslle symptdme d'un dtat de choses plus grave: d'une part, la dilapidation des deniers cominunaux ; de Tautre, Tabandon o^ sont laissds les int^rSts de Taliene indigent qui devient, d^s son entrde a Fasile, une simple cbose, un numeroy qii'on classe, qu'on garde ou qu'on renvoie^ sans souci de ce qu*il a pu laisser au dehors ou de ce qu'il devient a sa sortie. La loi ne doit pas cr^er des indigents, des di^sesp^r^s, preparer des rechutes dont une bonne part de responsabiiitd revient a la negligence coupable de ceux qui Tappliquent* n faut d'abord tenir rigoureusement la main a ce qu*on observe la loi telle qu'elle est, en attendant qu'on la refasse, si elle est mauvaise. Et elle Test, je le proclame bien haut. La loi est mauvaise a cause surtout de son insu£Qsance, de *** "*"'^ite illimitee qu^elle accorde aux m^decins, a leur appr4- ■ / CHAP. XXII. -^ SUITES d'UNE RjfipARATlON AMFABLE. 485 I ■ ' ' ■ ' ■' .■ •> .1 . , I ■ ■ I »> , I. . elation, si bien 'qa*on peat dans la pratique, comme vous venez de ]e voir par Texemple cit6, se dispenser de demander mSme les faibles garanties qu*elle exige et se contenter, en tout et pour tout, du certiiicat du m^decin, de la parole du m^decln I \La loi est mauvaise, parce qu^l se pourrait qu'on encombr^t les asiles d'incapables de toutes sortes ; parce que, sous couleur dlndigence, des families cupides se d^barrassent des leurs, soit tatalement, soit en payant une part insignifiante fie la pension. Une e^qu&le severe, sor ce point vous rdv^lera|t.un ^biffre ^norme, injustement pr^Iev^ sur les fonds consacres aux vrais n^cessiteux. ' . • Je demande done des poursuites qui porteront la lumi^re sur. \6& faits que ,je viens de signaler. .... J'ai du me borner a la question p^cuniaire^ la seule quifut de la competence du conseil g^n^ral. ' La reconnaissance de la violation des prescriptions de la loi da 30 juin lt$38 a et^ ojKiciellement faite, sinon hautement. publico : io Par la lettre du Ministre de I'int^rieur au directeur de Cha- renton, en date du 29 fdvrier 1869 ; ^ Par Toctroi d'une indemnity centre Tengagement d^abani- 'donner des revendications dont on ne se fut pas prioccupe, si elles n'avaient M fondles en droit comme en equity ; 3o£nlin par la r^ponse du directeur de Tad ministration d6- pshitementale et communale k la lettre de remerciments que lui, g^ressait M)^* Houy. Le rapporteur, J.Wnier. La troisi^me commission a Fhonneur de vous^ proposer le projet de resolution suivant : «c Le Conseil, « Invite Vadministration & prendre les mesures n^cessaires pour faire rentrer le d^partement dans ses debours pour I'entretien de M^^' Hersilie Rouy, peQdant quatorze ans, dans les. asiles \ 486 M^MOIRES d'UNE ALIl^^E. . \ I ■ Hi I I II I I III *il ■ I I I I I ^ I Ill ■ -I ■II I ■■ i M I ■— ^IM^^I I ■ 1 d'ali^n^ de la Seine et dans les asiles de province oi)l elle a £td successivement transf^6e» » Cette resolution ftit voi^e et raffaire.sotiinise au co*- niife consultalif, d'oilt elle sortira quand il plairar & Dieu. Le (n)nseil gdn^ral avait assui^ment le drmt de 8^oo»- cuper'de cette grave question, mais non de s'emparer de 'mes cr^ances ; c'est en rnoli nom qu'il devait pour- suivre^ et sur ma demande d'un compte de tutelle, sauf k ce que je le remboursasse plus tard f ur les dommages- inter6ts obtenus. II y ali un ^cbappatoire dont s'aper- cevra sans doute le comity consultatif, car il y a dans le conseil une majority hostile i toutes les revendicatioDS des ali^n^s, et trouvant que tout est pour le mieux sous la meilleure des lois.... au dire du moins de ceux qui en vivent. Quant & moi, je di^ que cette loisi imparfaite,si dan- gereuse, est de plus sans aucune sanction p^nale et qu'on pent la violer impun6ment. Un article public dans TZ/nivfirs, sur ma sequestra- tion, le 22 ao6t 1869-, par M. Philippe Sefret, le d^- montrait d'une fagon si nette, que je crois devoir en citer une partie : Disons tout de suite que Tenqu^te ne saurait abontir. Elle pourra d^couvrir le coupable ; elle ne . d^couvrira pas dans la loi de 1838, ni airieurs, une disposition p^nale cpii poisse lui Stre appliqu^e. II existe bien, il est yrai, dans le.code p^nal, nn arti-« I A « 1 V. CHp. XXn.' — SUITES D*UNE REPARATION AMIABLE. 487 cle 3ifl qui prononce la peine des travaux forces k temp« pour le fait do la sequestration arbitraire d*une personne* Mais cet article ne s'adapte pas le moins du monde a la sequestration dans un asite d'ali^n^s, si <^iminels qu*en aient pu dtre les mo- biles, si ^vidente que soit la fraude. Le crime j^uni. et d^fini par particle 341 est exclusivement le crime de tm«e en charte privee d*une personne. Pour que ce genre d'attentat existe l^ga- lement, il est de rigue\ir que Tindividu s^questr^' soit detenu daxis un domicile priv^, sous la garde du s^questrateur lui-m6me, ou de gens a lui, ses affides ou ses complices. II faut que la vic<* time se trouve, en un mot, sans comtnunications possibles avec les personnes du dehors auxquelles elle pourrait deman(ier main-ibrte. On ne retrouve pas ces conditions de criminality l^l^ale dans le fait de la r^dusion d*un indivldu dans nne mai- •son de fous, pour odieuses qu*en soieot les^ circonstances. Sup- posbns qu'on ait la preuve ^clatante que le pr^tebdu ali^n^ ^tait parfaitement et notoirement sain d'esprit ; supposons qn'il , soit indubitablement d^montrd que la pr^tendue alienation a servi.de pr^texte aux passions les plus noires, a la combina^on^ la plus perverse ; Tarticle 341 du code p^nal ne demeurera pas moins inapplicable. On n*argumente pas par analpgie en matidre de dispositions' p^nales; pour qu*un fait soit punis&able, il faut'qu'il rentre avec identity dans un type de deiit pr^vu et d^fmi par un article de loi. « M. Auguste Vacquerie^ dans le Rappel du 2 mars 1880, met en lumi^re d'une fa^on saisissante la valeur et les contradictions des diff^rents certificats qui ta'ont 6\& deiivr^s. Cette pi^ce devait flgurer dans les annexes imprim^es du rapport de M. Manier ; elle en fut 6cart^e sur les instances des docteurs faisant partie de la troi- si^me commission, qui ne pouyaient se r^Soudre k laisser ainsi HageUer leurs confreres. L^ comme ailleurs, il ne * IP^* — » 488 MEMOIRES D'UNE ALUfeN^E. ^ ■ .PI Mr I MI».^WW II ■ ■!! — I ■ — 11 I 1^1 I ■ .^B I ■■■ I .1 ■■■—■■—■■ ■■^■-— ^- ■ ■ ■^■M I ■■! ■■■ ■■ — / s'agissait pas de savoir si ce qu'on disait ^tait fond^, h mais si cela pouvait contrarier Tillustre compagnie. ^r J'ai achel6 assez cher Ife droit de ne pas us^r de sem- blables menag^ments; par malbdur, les dimensions de cet ouvrage ne me p^rmettent pas de reproduire, comme je. le d^sir'erais, le remagrquable et spirituel r^sum6 de M. Auguste Vacquerie que j'ai joint k mon dossier. La famille Rouy, se voyantsurle point d'etre attaquee au nom duconseil g6n6ral, devait naturellement cher- cher k se d6fendre. M« Jean Rouy alia trouver M. Ma- nier et d6blatera longuement centre moi, sans apporter aucun .^l^ment nouveau d'information. Peu apr^s, M. Manier nous adressa une Note im* prim^e, sign^e de M. Jean Rouy, en r^ponse au rapport pr^sent^ au conseil g^n^ral, et destin^e k ^tre distribuee k tons ses membres. Je fus indign^e en lisant ce nouveau tissu d'erreurs et de calomnies, et, toute malade que je fusse, je pr6pa- rai au courant de la plume une refutation complete de cette note, que son autcur n'a pas osS jusqu'& present faire distribuer. L'exemplaire que j'en ai regu est le seul dont aient eu connaissance mes d^fenseurs, aux- quels jen'ai pas manqu6 de le communiquer (1). En voici la dernifere pbrase : (1) Cette note a 4te distribute a tous les membres du conseil general, apres la mort de M"« Hersilie Rouy. (Note de Vediteur.) , ^ * , : ' • ■- •' / . ^' ' CHAP. XXII. — SUITES D'UNE REPARATION AMIABLE. 489 Catte note renferme ce que le fils aVait a r^pondre sommaire- ment aux imputations diffamatoires qui ont pu se produire d'aprds les divagations d'une ali^n^e, aux^dires de laquelle de^ p'ersonnes oflicieus^s avaient donn^ cr^ance, sans se rapjveler r^tal mental de M^^» Hersilie et aang rien autre approfondir. M. Jean Rouy avail enoorfe une autre preoccupation. Mon mobilier avait 6t6 vendu 911 fr. ; j'avais re9u d6 I'etat 12,000- fr. pour prix de ce m^me mobilier, en partie compose de celui de mon p^re^ et Claude- Daniel Rouy, fils legitime, n' a jamais reguun centime de ces i2,9ii fr., disait la Note. Ceci 6tait faux : mon pfere avait tout vendu, sauf ce qu'il avait emport^ k Sainte-P6rine et qui 6tait revenu aprfes son d6ces k mon frfere, Mais peu importe. Mon neveu Jean esp^rait combler cette lacune ; j'ai su pertinemment qu'il s'^tait adress6 k un ayou6 d'Or- 16ans pour me faire inter dire. Qui pent pr6voir Tavenir? Pour n'^tre pas morte dix fois depuis que j'ai 6te enfeirm^e, il faut que j'aie Tame chevill6e dans le corps. Je puis, contre toutes probabilit6s, durer encore quelques ann^es, gagner beaucoup d'argent avec mes MemoireSy mes Asiles^ les publications que je prepare. Tout en me disant prodigue, on me salt 6conome ; une bonne interdiction m'emp^cherait de tester, et si ma succession en vaut la peine, on m'accepterait conxme legitime pour h^riter de moi ! Mais ce beau r^ve s'est 6vanoui : aucun avou6 d'Or- 16ans n'aurait pr^t^ son concours k une semblable ma- •j '^O MEHOlAtS D^UNE ALIENEE. 1 noeuvre, qui I'eAt couvert de ridicule etde honte, et la mort ne tardera pas sans doute k me donner un repos que je n'ai pu trouver nulle part. . ^ Note de r£diteur. Les M^moires de Af "* Rouy .finissent la. Sa sante et ses forces diclinaient visiblement chaque jour. Irritde par ces diffamations perseverantes, elle voulait, pour en finir, attaquer en dom^ m mages-intertts les successions Rouy et Pelletan, et s'occupait a grouper les documents neces-- saires, Elle succoinba presque subitement a une congestion pulmonaire, le 27 septembr^^ i88i. Elle fut declaree pile legitime dans son a^te de decks, a la mairie comme a Veglise, et M. Lau*- rency-Rouy fit faire et distribuer le billet de faire part que nous reproduisons : CHAP. XXII. — SUITES D'UNE REPARATION AMIABLE. 491 ■»i ■■ ». M Monsieur et Madame LAURENCY-ROUY, Monsieur et Madame W. MOLL et leurs enfants, Monsieur et Madame GODFKOI-PASTOK et leurs enfants, Monsieur et Ma- dame Philippe MAYER et leurs enfants, Madame veuve PRUD'HOMME, Monsieur et Madame Victor SIX, Mon- sieur et Madame Prosper ROUY, Madame veuve ROUY- NININ et ses enfants, Monsieur et Madame JOVIGNOT et leurs enfants, Monsieur et Madame JUBERT et leurs enfents, Madame veuve GUETTE-ROUY et sa fille, Mon- sieur et MadSime Gustave ROUY et leurs- enfants, Ont rhonneur de tous faire part de la perte douloureuse qulls Tiennent de faire en la personne de Mademoiselle Hersilie ROUY, leur cousine et arri^re-cousine, dec^d^e a Orleans, le 27 septembre 1881, en son domicile, munie des sacre- ments de r£glise. Priez Dieu pour elle 1 • A. i^ M^MOIRES 'B'UNE ALTEN^. PIECES JUSTIFIGATIVES. Aete de oalssance d'Henrlctte Chevalier. Extrait des registres des baptemes de la Reptiblique de Geneve, administres dans le temple de la Madeleine* Le six mars mil sept cent quatre-vingt-deux, est nde Jeanne- Henriette, filie de Louis Chevalier, natif, et de Suzanne Fleau, mari^s, etc. Copie legalisee, le 9 decemhre iS68, par le consul general de France. M. Chevalier. Acte de dec^s d*HenrIe(te Chevalier. Extrait du registre des actes de dices du 5^ arrondissement de Paris, « • L'an mil huit cept trente, le six octobre, trots heures, acta d^ d6c^s de Henriette Chevalier, d^c^d^e le dit jour, deux heures du matin, rue Fran(^aise, n^ 8, agde de quarante-huit ans, n^e a Geneve (Suisse), epouse de Charles Rouy, Ag6 de soixante ans^ math^maticien. ^n marge : •I I r '-■*■• t \ \ I PifeCES JUSTIFICAT^VES. 493 Par jugement da tribunal civil de la Seine, en date du 29 oc- tobre 1845, il a dt4 ordonn^ que Tacte ci-contre serait rectifi^, en ce^ne la d^c^dee y est dite, a tort, spouse de Cliarles Rouy. Acte de nalssoiiice d'Hersllie IIobt* ■ r Esttralto dai t*egi8tri dello stato civile delle nascite per la cind di Milano delV anno 1814, lib, iiii, fog. 307, n" SllSy dipartimento d'Olona, distretta, cantone e comune di Milano^ il quindici aprile mjlfe oUocento quattordici. Si S presentato a noi ufficiali dello stato civile Carlo Rouy d^anni quaranta qiiatfro, astronomo, ahitante contrada Bas* t&a)%o Porone ti« 1729, portando seco un infante di sesso femi- nile nato jeri alle diie e mezza pomeridiane in delta caea a cui furono itnposti li nomi di Camilla-Giuseppina'^rsilidi, ^11 suddetlo notificante ha pure dichiarato e8$ere di lui figlia la" neonasa e di Maria- Enrichetta Chevallier, ahitante come bdpra. II presente otto e stato steso e letto in presenza di Carlo Gotti d*anni ventotlo, e Guiseppe Pizzamiglio d'anni quor-^ ranV otto impieg'ato in Milano ^ e che si sono con noi sottO' scntti, Sotz.'Carlo Rouy^ Carlo GotU, Giuseppe Pizzamiglic* firmatj T. Giulini, MilanOf li 13 octobre 1815. Per Vufficiale dello stato civile. C. Giulini, CLERiCHETn, seg* coj^, Li 13 ottobre 1815, II Cesareo reg^ Prefetto del departemento d'Olona cerlifica vera la firma sopra essere del sig^ conte Giulini, podesta de Milano, Pel Prefetto impedito, II segret^ gen\ NoGU^LLS, ClGOGNARA. 28 / 494 MEMOiRES d'une a.ue&i£e. Acte de nalssanee d'HeralUe Kany. (Traduction officielLe.) Extrait des registres de naissance de Vetat civil de la ville de Milan, de Vannee i814, livre IV, folio 307, n« 2ii8^ departement d'Olona^ district, canton et commune de Milan, le quinze avril mil huit cent quatone, S'est pr^ent^ a nous, officier de T^tat civil, Charles Bouy, astronome, &ge de quarante-quatre ans, habitant contrada Bas- sano Porone, u9 1729, portant avec lui un enfuntdu seie.fSminin n^ hier, a deux heures et demie apres midi, dans ladite maison, auquel furent donnas les noms de Cai^ille-J^sephine-Her^ silie, Le susdit notifiant noas a aussi declare Stfe de lui la fiUe nouvellement n^e et de Marie ChevaHer, habitant comme dessus. Le present acte a 6td fait et la en presence de Charles Gotli, dge de vingt-huit ans, et de Joseph PizzamigliOy kg^ de qua- rante-huit ans, employe, habitant a Milan, et qui ont s^n^ avec nous. Signe: Charles BouY, Charles GoTTi, Joseph PizzajuGuo et G. GlDUMI. ^ Milan, le 13 octobre 1815. Par Tofiicier de Tetat-ciTil. (L. S.) Signe: C GiuUHi, podestat, CLERiCHETn, secritaire-adjoioL, Le 13 octobre 1815, le prefet da departement d'Olona certifie que la signature ci-dessus est celle de M. le comte Giulini, po- destat de Milan. Poor le prefet absent, Le secretaire general^ (L. S.) Signe: KoGU^LL^ ClGOGNARA. Milan, 1« juin 1833. L authenticity de la signature d*autre part de M. Cicognara, PifiCES JUSTIFICA.TIVES. ^495 secretaire g^nSral de la prefecture departementale d'Olona, est certiOee. Le chambellan, conseiller intime de S. M. I. et R., gouver- near de la Looibardie. ' (L.-S,) Sifif>i^; Hartt. G' Glerici. Suivent en fran^aisles legalisations : l^Bu consul- de France a Milan; ' 2» Du ministere des affaires etrangeres de France * Je soussigne, traducteur interprdte jure, certifie que la tra- duction qui precede est veritable et conforme a Toriginal ecrit en langue italienne, et que. j ai signe et paraphe ne varietur ; que pleine et entiere foi doit etre ajoatee a ladite traduction, tant en justice que hors. Paris, ce 11 oclobre 18S3. George French. Vtt par le maire du S^arrondissement de Paris, pour legalisa- tion de lar signature ci-dessus de M. George French, traducteur interprets jure. Paris, ce 11 octobre 1833. BOULOY, Adjoint, II est & remarquer quecette traduction, faiteeni833, d'aprfes Facte italien donne plus haul, dix-huit ans s^pr^s Tautographe de Charles. Rouy conserve dans les papierjs de M"° Hersilie, reproduit la singulifere erxeur commide par celui-ci. Le nom d'Henriette est sup- prime : Hersilie devient fille de Marie Chevalier, soeur de sa mfere, habitant Geneve et mariee k un sieur JBoiteux. De plus, Henriette Chevalier ne s'appelait pas Marie, mais Jeanne-Henriette, ainsi qu'il appert de * 496 . MEHoiRES d'une alii&n£e. son acte de naissance^, donn^ page 492/ II est difficile de croire que ce changement de prenom de la mfere de M"« Rouy ne soil pas uu fait prem6dit6. L'acte italien, d61ivr6 en 4815 k M. Rouy, a 6te r^ex- pedi^ par lui de France en Italie pour 6tre rev^tu de J^alisations compl^ipentaires. La Siignature du secre- taire g^h^ral Noguelle, qui avait l^alise en 1815 ceile du pr6fet d*01ona, e$t biffee et remplac^e par celle de Cigognara. Pourquoi ? Aete de bapt^me d'Hersllie Bony* Paroisse Saint-Thomas de Milan, h S3 mars i867. Noma des personnes nees et baptisdes dans cette paroisse^ depuis le S janviar 1814 jusqu*au 28 decemhre 1834. On lit ce qai suit a la page 11 : Mil huit cent quatorze, le 14 avril. Camille-Jos^phine-Hersilie, fiile de Charles Houy et de dame Marie-Henriette Chevalier, ^poux legitimes, habitant cette dite paroisse, n^ 1729, n^e le 14 da xnois courant, & deux heures et demie du soir. Elle a ^t^ baptis^e par moi, soussignd, dans cette paroisse ; le compare a 4t^ le sieur Joseph Petragchi, ills de feu Pierre^ de cette paroisse. . En foi de quoi, sign^: Francois Gervasoni, - Chanoine-cure. En foi de Texpos^ ci-dessus de la paroisse Saint-Thomas de Milan, le 23 mars 1867. Le cur^ archiprStre, Signe: C^sar Berthoglio. .u 1. . • - J \ / ' - I PifiCES JUStlFICATIVES. 407 P.-S. Le n'^ 1729 da domicile se trouve dans la rae Bassano P6rone. ' Vu et e^registr^ in sia curia archiepiscopali Mediolani die 20 mm. 1867. Sigrn^ ; C. Philippus.CiuiciiNO, Cameraiia ord. Vicarius. Va'aa consulat general de France, k Milan, pour legalisation ^ de )a signature de Charles-Philippe Carcano, vicaire g^n^ral de rarcheySche de Milan, le 27 mars 1867'. > . PoiUr le consul g^n^ral de France : ~ . Le chancelier^ SignS : Louis Dugessois. (922, article 63.) Copid 0ttraduit sur Toriginal arrivant de Milan, le 15 avril 1867, , Signe: Comte de PiBRAC. Vu par nous, maire d'Orl^ans, poiir legalisation de la signa- ture de M,.* le comte de Pibrac, ^pos^e ci-dessus. Orleans, le 21 octobre 1867. Signe : A. de Li&viN. CONSERVATOIRE IMPERIAL DE MUSIQUE ET DE B^CLAMATION. le certifie que M"' Hersilie Rouy, n^e a Milan, a ete re^ue , eUve titulaire.au Conservatoire de musique, dans la classe de soirege de M"* Leroux, le 14 avril 1824. EUe quitta recole au commencement de 1825, pour cause de sante. Le directeur du Conservatoire, > • ' Signe: Auber. Ce 31 mat 1870. 28. ' -1 I 498 MEMOIHBS d'u:(E ALlENtfi. r Aet«0 eoneernaDi T^l^ma^ae Roay* ^cfe de naUaance de Jean^Charles-TSlemaque Rowj, tie A Milan leil tteptembre, i8d5, fils jde Charles Rouy et de Henrietfe CnevALTER. Acte de haptemey paroisf^e Saint- Thomas, a ^filan^de Jean- Charles Tetemaquef fils de Charles J^ouy et de Henrielte Chevalier, ^poux legitimes, j3an*ain Benco Petroman, fils de feu Pierre. * ' Acie dfi dices de Charles Rouy, journalier, age de dix-huit ans, fits de Charles Eouy et de Marie Chevalier, ne a Paris, mart des suites d^une blessure a VBdtel^iHeu de Marseille^ le 2i octobre i833. Ainsi T616maque, d^clar^ fils d'Hennette Chevali« 4 I'eglise corame i la mairiey se trouve k son d^cfes fils de Marie. Le parrain, toujoure sods marraine, Petrctc- chi pour Hersilie, Petroman pour T^l^maque, c'est toujours Pierre, fils de feu Pierre, sans aulre.indica- tion. fit pourtant, M. et M™e Rouy 6taient gilprs des mieux pos6s dans la society de Milan, honores de la protection parliculi^re du vice-roi d'ltalie, et bien k lii^me, s'ils i*eussent voulu, de trouver des parrains et .marraines sortables pour leurs enfants. Acte de nalssance de Doroth6e Roay. EoQtrait des actes de bapteme de la paroisse calhoUque de Saint-Louis de Moscou,.., Avons baptise Dorot^iee-Zeanne- Marie, nee le 8 (22) juillet, du legitime manage de Charles ^ouyt professeur d'astrpnomlef etc.,et de Henriette Chevfi- WfiCES JUSTIFICATIVES. 409 mmi j0tm m * ■'!■■■ ■■>; ■■■■»■■■ ■ I ■■ ■! ■ ■■ i ip i i / 9 lier, Parrain : M. J. 'A .-C. de Heym, conheiHerd'Etati recteur deVAcaddmie deMo8Cou^eic\t\jc. Marraine:Sani!aeellence JV"* la gSnemle Borothee de, Lapoukin, * * M. et M*"® Rouy arriveht k peine h Moscou, et leur fiUe Doroth^e y trouve parrain et marraine dans une haute posiiion sociale. Kxtmlt d*iiii {ogement du tribunal de la Seine dn f6 septembre 1846. .... Le sieur Charles Rouy, proprUtaire, rue de ChalUot, n* 99, et la demoiselle Dorothec-Jeanne-Marie Rouy, profes- seur de piano, faubourg Saint-Denis, n® 407, soussign^s, ex- posent Le tribunal ordonne... !<> que I'aqte de bapt^me de la demoi- s;elle Dor oMe- Jeanne -Marie Houy sera rectifie en ce quMl y est N dit par erreur que Tenfant dont il s'agit est n^e du legitime manage de Charles Rouy et de Henriette Chevalier, aucun ma- riage n'ayant existe entre ledit Charles Rouy et ladite dame Chevalier; 2» que Tacte de HenrieWe Chevalier sera aussi rec- tifie, etc. Cejugement, ainsi r^dig^, laiseesupposerque Charles Rouy est c^libataire, conserve ]e nom de Rouy k Dord- th^e-f Jeanne* Marie, qui se trouve alors'fiUe naturelle reconnue, et ne fait pas mention d*Hersilie. G'est pour- tant sur oe jugement, qui ne la conceme pas, puisqu'oUe n'y est pas intervenue et qu'aucune pi^ce n'appuie/ qu'on s'est £ond^ k la Prefecture de police et aux minis* t^res pour dire qa'un acte lui interdit le nom de Rouy. 1 \ 500 9i£moires d'une ali£n6e. Dresse }e 6 mars 1849^ devani M« A .-N. Mayre, notcare d Parist, MM. Chaudron et Roy d^clarent qa'il n*a pas ^t£ £ut d'is-- yeutaire aprds la mort de M. Charles Rouy, et qa*U a laiss^ pour seul et unique heritier M. Qaade-Daoiel Rooy, capitaiue enretraite, etc. Acte d« Tcaie. Acie de vente, en mars 1858, d*iin imiwnMn sis a Gharoinie, 3U rtie de Fontarabie, par H. Qaude-Daiuel Rouy, seul herUi^ de Charles Rouy, ainsi que le oonstate im acte de notoriety da l> nms 1^19, etc ACTES SOUS SEIXG PRIVE. XoQS croyoQS de\oir donner id la teneur des cznq actes sous sein^ pri^e appori^ par M^ Rouy 4 Cha- rMitoD, ei qu^elle en a &it sortir^ ainsi qu^ellele chap. III. Elte a aduesse copie de ces ades an d'Orieans^ et comme ils ea e&t dsspam, ainsi acie de bapteme, eile ies a cenircTK an Minisbe riateritrur et a la prefecture de po&e, dedaiaHt qn' avail en en Buin k:s or ^ln^:ix et qn'elle etaft d^en donner connaissanese anx aoLvites, sats prcmlre V PIECES JU8TIFICATIVES. 501 i<> Acto dtaientani la iBalssanee d'Herstlle* JTe declare que la iille enregistr^e ce jourd'bui, 14 avril 1814, sous les noms de Joaephine-Camille^HerHlie, comme ^tant ma fijle legitime, n'est pas ma fille / qu'elle appartient au comte J. P. Petrucci, aajtremenl dit PetitrPierre, fils d$ Pierre, en vers leqael j*ai contraict^ de grandes obligations, de graves engage- ments, et qui m'a demand^ de faire enregistrer'cette enfant sous mon nom, poor loi donner nn 6tat civil et la cacher. Fait a Milan, contrada Basskno Porone, le i4 awil 1814, huit heurei du soir. , . Charles ROUY. t« Re^ de la petlUi Heralllek Je declare avoir re(u ce jourd'hui, 22 septembre 1815, du comte Joseph-Pierre Petrucci, une petite iiUe devant porter les noms de Tenfant que j*ai' fait enregistrer comme mienne le 14 avril 4814^ Je m*engage a la remettre entre les mains du comte J. -P. Petrooci, autrement dit Petit-Pierre, fils de Pierre, a sa de- mande ou i celle de toute personne qui se pr^sentera munie de ce papier et de la moiti^ d'un assignat de cinq livres dont Tautre moiti4 est jointe aux actes reconnaissant Tenfant. Fait a Milan le 22 septembre 1815, contrada Basaano Porone, neuf heures du soir. Charles HouY. r S« Aete declarant la mort d'HerslIle* Nous, soossign^s, d^clarons que la petite H^rsilie, dite VKtoile-d'Or, apr^s une lon^ue et douloureuse maladie qui Ta 4enue trois mois au lit, est morte ce soir, 22 mai, au chdteau de Stoupine, pr^s Moscon; qu'apr^s Tavoir gard^e sur son lit de mort quatre joars et quatre nuits ; qu'apres avoir essay^ de tous \ I ■ 502 ' .MEMOIHES 0*UNE ALI^NlilE. -_ f. les moyens qui ^taient en notre pouvoir pour la rappeler a la vie, nous etant assures qu*'eUe n'existait plus, nbus I'avons remise entre les mains de Pierre, fils de Pierre, qui nous Tavait confide et qui Ta emportde en son lieu. ^ Stoupine, 22 mai IB.... Gh. Ro(JY, Hemriette Chevalier, Nathaly Ivan, dame de BiBiKorr, Nicolas Alexandroff, Joli, medecin. 4« Re^v d'ane «nffmt «leY«M renplnoer DevvUie* Je declare avoir regu de Pierre, fils de Pierre, Wler Pe- tro witch; de Nathaly Ivan, dame de Bibikoff; de Nadejda Ivan, sa SGBur, one petite fille devant prendre les noms et qualiti§s de la ddfunte, sur la mort de laquelle nous nous engageons a garder le plus prpfond sildnee. Lesmemes papiers etla mdme moitie d'assignat devant seryir de billet a ordre pour remettre Tenfttnt sosnomm^e an portear, flans question ni reflexion. Fait aa cfaftteau de Stoupine, prte Moscou, le 26 mai 18.... Charles BoUT. So Aete des TuUeries. Nous, soussign^s, ddclarons et constatons que la nomm^ Marie Chevalier, Suisse d*origine, vient de mettre au monde un enfknt du sexe mascuUn ; qu^elle s*engage a nous le livtier, vendre et abandonner, sans Jamais chercher a sayoir ce qu^il est deveuu, ni le nom qu'il porte, ni le lieu ou 11 est vena an monde; elle etant arriv^e audit lieu de son accoucheur. ent dans une voiture hermetiquement fermee, aux stores haiss^, le soir, la figure couverte d*un voile epats; devant s'en alter de mSme, quitter Paris sans descendre de voitore dt sortir de France poor habiter, jusqu'a nouveaux ordres, dans le lieu ou eUe sera conduite par nous, pendant Fintervalle de six mois revolus. Nous ddclarons remettre i Marie Chevalier la somme de qu4tre cent mille francs, dont re^^u par eUe donn^; liii promet- / . J>1ECES JUSTIFICATIVES. 503 taiit de veilier sur elle et de n'e la iaisser manquer de hen taiit qu'elle tiendra strictement sa promesse et ses engagements. Nous deelarons et reconnaissons que, la priidence Texigeant, nous lui cachons le seie de son enfant et la disons mdre d'une fille dont on lui donnera des nbuvelles ou dont on lui cAchera Tesistence, selon le besoin. Fkit au chateau des Tuileries, le 29 septembre 1820w RevStn de quatre signatures, parmi lesquelles se trouve celle du comte J. -P. Pctrucci. Ges actes ^talent, en outre, rev6tus de T^toile qui serVait souveat de signature k M"® Rouy. * Certlfloat Donne j^ar le Reverend Pere^Pietn, pretre ilalien refugie, dU . recteur des Soxirds-Muets d' Orleans* Le 30 septembre dernier, sur Tinvitation de M. le Normant, je me suis rendu chez lui pour ayoir un entretien aveo la mys- t^rieuse demoiselle Hersilie, plac^e depuis quelques ann^es dans la maison des alidn^s d'Orl^ans. L^entretien fut presque de quatre heures ; par consequent j'eus tout le temps n^cessaire de la questionner sur difTerents points touchant son ^tat mental, et de me convaincre que cetti/demoi- selle n'^tait pas folie, attendu que son raisonnement et ses r^- . ponses ont ^t^ d'une clart^ et d'une precision teiles que pour mot iln'y a pas de doute qu'elle ne soiten possession de toutes ses facult^s mentales. Cependant je dois faire remarquer que quand Tenlretien avait quelque rapport aux social 6s secretes, elle se taisait et tranchait la question en disant qu'elle ne pouvait plus N -^ ■» ; . I 504 MEMOIRES D'UNE ALIIrlN^E. pader; qae si elle parkit, plusieurs seraient compromis dans leur existence. Ne pouvant parler sar ces choses, elle laisse aiit autres le soin de ,les deviner. C*est pour cela que je crois soci^t6 secrete et peut-Stre politique, et gue des int^rdts particuliers la font passer pour foUe. Voila mon opinion. * Signe : P6r6 Gr^goire Fieri. * Orl^ns, 24 octobre 1868. Endonnant ce certifical, le Pere Fieri avail demands qu'on le tint secret, aGn de ne pas se compromettre inutilement ; mais 11 avali aussi recommande de le, faire citer comme t^mpin si M^*« Rouy arrivait ^a justipe, parce qu'il pourrait donner des renseignements utiles qui aideraient & d^couvrir le fond de cette myst^rieuse affaire. Le P§re Fieri ^tant mort le 5 d^cembre de la m6me ann^e, rien ne s'oppose plus malheureusement a la divulgation de ce certificate dont I'original est au dossier et la signature 16galis6e par le maire d'Orleans. Eztraits de la correspondance de H"° Hersilie Roay. . — A M. le prspole responsf^le de Vasile d'Oi-leans (1). r la [foiiit d'etre enlev^e pour iU ertie par une amie ^nergique t Tine femme ^tail a enrermfe; elle en fut a ( Partez, Tuyez ; ne perdez pas tin instant ; quittez la France. le me charge de vos affaires; ne m'icrivei pag ; les lettres soril dangereuses. Voici de I'argent, un passeport, des lettres pour des amis. — Si on m'enli,-ve a voire place, je denianderai con- fronlatioti, je produirai mes papiers, les »6tres, et on me Uchera avec force excuses. ( Je vais m'installer cfaez vous pour vous donner le lemps de » le Normant des Varannes, .... J'ai dit: c jT^tais chez M^* Ftoiiy, ctiarg^e ctesesatfaires.6n devait Tenlever; je Tai sauv^e: on m'a enlev^e a sa place, ei on m'a forcee d'etre elle. En rentrant a Charenton f avais tous ies acies et papiers relaiifs a M^^« Houy; la superieure s'en est empar^e; j'avais mes papiers personnels ; ils sont sortis de Charenton. Je ne veux pais qu'on souille un aifge; tldrsiifie dtait ntt ange 1 Je veux qu'on sache bien que ce n'est pas elle qui a d^ trainee dans les asiles; je veax qu'on sache bien que cette famille Bouy Ta jet^ & la douleur, lui a enlev6 ce qa'ette avut gagn^ a la sueur de son front, I'a aTilie, perdue^ d^sfaonor^i reni^e, entendez-yous bien, Madame? et q«Mi je Fiti sso?^ moi I en me sacriftant, et en apportaM k la fee^ M leiH k preuve des crimes de cette famille. Et vous venez me dire que f ai ctuelque chosd k ^XiiefifSM si j'avais derri^re moi la honte ou Tinfamie, de quel front i^ff^ Jerais-je la justice a moi? Me CDnnaissez-vous, fes lufiii oa Is I EXTRA.1TS DE LA CO RRESPON DANCE DE M"" HOUY. 507 aatres? Avez-toua vu M"> Bou}? Ne poui^s-Je pas me fairs un jeu de voire coilliance, accepter ce nom? Repondez: quel inl^rSt ai-Je fi vous ecrire ce queje vous Scris? quel bien cela peu(-il ine fairs? Quoi done I c'est i Hersilie que vous nfTrez tout, et js refuse d'£trs cette Hersitie que loas aiitiez ssns la con- 16 bien I 4coutei tnoi encore, Madame ; je clenonce la famille ItoDj a la jasiice; je declare que Marie Chevalier a vendu son aa moment de raccouchement vrai ou faux de la duchesse de Berrj, et que j'ai en les pieces eh mains. Et T0<^ 4aule;i que ce soil Hersilie qili deaonce son pere, que de soit elle tfui dSnonce ce frere iiidigne qui I'a fait enlever? Joli et cfiarmant rdle que vous donneriez a jouer a un ange de d£iDument el d'amaur filial I.... Si vous avez peur de voir unt hfirolne, line viclime, ne revenez pas; j'e ne suis pas femme a reculer devaiit ma parole, el comme je ne veui pas non plus jouer TJs-a-vis d'une femme d'esprit le role d'una pauwe men- diante, Je me fais un devoir de me montrer a vous telle que je ur ce, je m'arr^te, Madame, fous laissant parfaitement libre me jugerd'apr^a c^ette lettre qui, je le crais, est assez longue «t assex explicite. Voire bien aCfeclueuse et tristement d£vau£e. loftt lB6ti. -r- Obseriiaiions sur sa letlre A I'lmperatriee du S7 mai IS63. (Voir chap, k.) .. J'ai souvent dit : i J'ai I'lt et Iti dea papiers, antes slgn^s de ^ tre l^moins; des leltres attestant que Marie Chevalier est I«CCOiioh4e aui Tuileries d'un enfant mdle, au moment oi un prince ro;al a M saint par fe canon el ■ ref n le nam de Btnri- Diettdonite 508 MEMOIHES D'UNC ALIENEE. Le garpon est rest^ Une fille est soilie, a ^t^ porteeen Hussie et a ^t^ remise entre les mains du. grand maltre dela police, Voila ce que j*ai vu et lu. J*ai vu aussi la fille qui a ^i& con- duite a Saint-Petesbourg ; elle ressemblait beaucoup a la da- chesse de Berry, mais en mieux; elle avail la mSme pdleur^les mdmes cheveux blonds. C'est a elle qu'appartient la meche de eheveux blonds enferm^e sous Venveloppe ci'joitUey portantles mots: il Marie! J'avais port4 le tout a Charenton (1). Je fais observer que je ne fais que raconter ce que j'ai vu et lUj sans donner sur aucun point mon avis personnel. II est Evi- dent que Marie (2), qui dit a Valparaiso devoir son aisancea une fille de don Pedro /•>r, a jou^ un role quelcomque, non pas au Br^sil, mais en France Je dis seulement : c Tout celaest une chose organisee pour produire une fille mysterieuse sur laquelle se trouvent r^unies des circonstances telles que rien n'en peut faire trouver le fil. « Ainsi done, on ajoute une fille de don Pedro a celle de la du- chesse de Berry : on parle d' une jumelle de dona Maria Mais les dates de 1814 et 1815 ne concordent pas avec les dates de ces deux naissances royales . Comment se fait-il done que Tas- tronome Charles Rouy, qui a reconnu un garQon et une fiUe a ces ^poques, se trouve mSl^ dans ces afifaires? Par Henriette, sa femme, sceur de Marie (3). Ou est celui qui a ^t^ rinterm^- (1) L*enveloppe et la m^che de cheveux lul ont 4t6 rendues et elle les a soigneusement conserv^es. (2) C*est cette Marie Chevalier que Georges Freuch donne pour mere k Hersilie dans sa traduction infid^le, et qu*on retrouve passant pour sa femme a Valparaiso. — D*aprds d^pdche du Ministra des affaires ^tran- g^res, elle existait en 1868 ; cette d^pdche disait que Marie Gbevalier avait quitt^ Valparaiso pour se rendre en Galifornie. (3) Cette Marie n*a jamais quitt^ Geneve, y est n^e, s*y est mari^ i un M. Boiteux, ^euf et pere d*un file, y est morte en 1839. A quelques ann^es de 1&, MM. Boiteux pi^re et fits se sont suicides, Tun en Ali*- magne, Tautre en Suisse, k t/ois ans Tun de Tautre. diaire, I'auteur de laut cela, sur lequel cela a roa\6 en Ilalie, en Fraaoe, en Suisse, en Ru^sie et jusqu'en Amerique? celui qui a podi 1 enrint en Russie? eelui auqitel I'asLroname a donnfi MM j<.(u dUersiiie Lommelui appartenaut? Quant a rmi, je le rSpele, je ii'ai ficril la leltre ci-jointe que pour altirer ralleiiUon sur i:e point el sur ce qui est etrange a.uk)ur de moi. 23 septerabre 186H. - A M"' le Nm-mant des Varannes. Ne voyez-vous pas que les chases sont organisdes par un maltre qui a su prdvoir tout, qui a lellenient compliqu^ les tours et les detours, que plus on s'avanee dans ce laliyrinthe ineilrieable, plus on s'y perd? Rappelei-vous que je vous ai pr^venue que lous ces acles n'^taient que le prelude, )e pro- logue.... 14 oclobre ItJtiB. — A M"' / Voici quinie ans, chere Madame, que je fais cornme Cas- aandre Souvent je me dis que j'essaie une lulte impossilile! Mais lliarreur de voir un immense S3 se renouveler, de voir . metlre le feu aui maiiies, aui ssiles, aui £g1ises ; de voir pen- dre des prStres, des mSdecins, de voir des religieuses livrSes a lou» les outrages me poussent toujours a crier: I De grSce, occupez-voua de moil (aites-moi du bieni justifiei- moi, au nom de votre propr^salut t ■ Puisje retonibe au^antie,brisSe,'en vojint le mfipris ri- poadre a mes cris, et je reste p^trifl^e en voyant Visuvre de 5j0 ii6Mpii^E3 R'lJJfp ^MiSn^. Pierre s'^vancer k grands pas ; le$ libffS pen^eurs, les gari- baJ4ie}:is^ les ath^es s'^lev^r^ et r£gl|se, sap^ p^ tous les bouts possibles, ne r^sister que par r^jfaa^pne, q[i^^ par }q ^uxe, que par une lutte 44!^esp4r^e qui 8*arr^tera toiit ppi^ devant..... la pierre de VAppcp^lypse^ deyant la puissance 4e }a plus effroy^ble de toutes les terreurs..... ^t lorsqi^eje yQ^^ vols tofis di§- tourner les yeux de ce point pour regarder du cdtf^ (fes qctes qui doivent Stre le point de depart pour incendierles mairies et les ^glises; lorsque je vous vois me conseiller de me taire, de ne pas dire des mots que je ne puis expliquer, parce qu*on pourrait continucr a me s^questrer pour des mots, }e ne puis m'emp^her de fr^mir en pensant k la terrible vendetta qui tient le glaive lev6. ^ (1) (1) Gette dtoile a servi souvefit de signature k W^» Rouy, surtout I la S^lpdtri^re et au bas des lettres oii elie r^y^lait une partie de oe qui lui avait 6t6 dit touchant les projets du bouleversement social de la mybt^rieuse association dont le comte Petrucci 6tait ie chef. En octobre 1870, on releva, principalement en Normandie, sur des murs, des barrieres, apr^s le passage de colporteurs Strangers, les huit signes suivants que les journaux reproduisirent'et qu*on prit g^n^rale- ment pour des signes de reconnaissance prussiens. ^, depuls de longui^s ann^es, les choses dtaient pre- mMildes el arrangSes de fafan a prouver que lea registres de r£lat n'etaient que dcs registres inutiles, od on iiiisait imcrire ca qu'on voulalt et non c« qui^tait; que J'en ^taisune preuve et que e'^lait pour cela qu'on allail ma changer de noin et me fairs disparalire, sans prendre d'autre peine que de dooner nns autre personnalit^ que la mienne aux administraLiont publiques ; Que, du resle, on arait d^ji fait ainai pour mes deui tr^res, Ulysse et T^l^maqus, que nous croyons morts ... qu'on les avait AloigntB, ainsi que d'autres peraonnes, parce qu'on craiguait de lanr part del indiBcr^tions (Voir chap. |[.) Ujoignit i ces explications des actes sous seing privd, dont il mareeommanda de prendre copie lis etalent fails de fa$ona fkire planar des doutes sur mon identity. (t) Cotte sociey qui, selon M'l' Bouy, reraonterjiit lu XVI- siMe, il Is mart du cardinal Petruccl. parctt s'^tre, comme otic le dit. r^palidua en Franco. Sous lo Coniulat, un cerlaia Pinre Petracchl, (ast-ce son psrraia !), as dlaant fll» da Pierre, et d'orlgme russe ou pulanaise, fiCant . Tanu a Orl6uns, Fiit i^oniid^rd Duame luipsat et eipulii. DsD* le numfiro du Ooulaii du i ngveiiibra \i»i, donnant Targani- laUon de* niliillstai en France, il est dit qua le cbeF du comiig de Pans eM un nomm^ KrulfolT, dapetrushi: ae pssudouyniaeBtsuivid'un point 516 M^MOIRES D*UNE ALIENEE. U me recommanda de r^clamer mon actede baptSme, ainsi que celui de mon frere T^l^maque, afin qu*on put s'assurer de Texistence de ce Pierre, .dont le nom, comma celui de Marie, auquel il se trouve presque toujours joint, est un mot de ral- lieroent. Je ne puis entrer ici dans d'autres explications au sujet de cette soci^t^ dpnt Pierre est le chef. Tout ce que je puis dire, c'est qu'enlev^e sous pr^texte de tables toumantes, je suis rriv^e a Charenton avec toutesles pieces qu'on m*avait engag^e a y porter Je n'ai pu parler de rien a Charenton, ni au docteur Tr^lat, m^decin en chef de la Salpdtridre, qui ne m'a pas interrog^ une seule fois. Mais ayant ^t^ pass4e aux Grandes-Loges, le docteur M^tivie trou^a ce que je lui dis fort grave (Voir les details, chap, yii et viii.) Je iis remarqiier au docteur qu'^tant n^e en Italie, a Milan, en 1814, qu*6tant en Russie en 1820, je ne pouvais mat^rielle- ment pas dtre nee aux Tuileries en septembre 1820 ; alors on dit que je devais dtre la soBurd'Henri V par notre mere. . Ce qui surtout donne de la gravity k tout cet imbroglio d*actes, qui, lorsqu'on les ^tudie, paraissent faits pour dtre tous inva- lid^s, c'est que Henriette Chevalier ne s'appelle pas Marie-Hen- riette, mais bien Jeanne- Henriette ; que cependant on affecte, en ce qui me concerne, d^appuyer sur le nom de Marie,,., que d'autre part, sur un acte mortuaire fait a propos d'un jeone homme mort assassine a Marseille et qu*on a dit mon fr^re, le nom de Marie Chevalier se retrouve comme ^tant sa m^re, au lieu de celui de Henriette, et qu*enfin ce pauvre T^l^maque est a Valparaiso avec une Marie Chevalier qui passe pour sa m^re, et qu'elle parle d*une iille disparue qu'elle aurait eue de Tem* pereur Don Pedro 1*', ce qui fait que le nom de Pierre se trouve encore et toujours joint a celui de Marie II n'est done ici question ni de l^gitimit^, ni de b&tardise, ni d'adult^re.... Mon fr^re explique le nom de Chevalier comme il pent, parce qu'il pense qu'il est accuse de Tavoir foit inscrire. Nf^s i) ne Ta jamais attaqu^ judiciairementi soil que cetalui aoit impassible, soil qu'il n'ail Bucun inl^rtt i ]e faire. C'esC a ma pef Sonne qu'on en veut ; c'est moi qu'ou veut au^antir. que je me nonime de n'imporle quel noin. Pourvu qu'on ne con- naisse pas mon eiistence, il est indifTerenl que j'aie le nom de Rouy. — Mais Hersilie RouyM... n'est-ce pas La fiUeulB iIb Pieire v.... ■ 0 Janvier 1875. - A Jf. d'Ahoville Permetter-moi avant tout, Monsiear, de vous souhuiter une boime ann^e et de vous remercier de lout ce que vaus avez Tail pour moi depuis que nous avons le bonheur et rhonneur de vous connaitre. Vous fX&s tenement surcharge que je ne veux pas abuser de vos instants et que je viens r^pondre le plus briSve- ment possible a ia question que vous poset i M. le Normanl. Non, il n'a pas mt let piitcea originales des acles sous aeing prisi ; elles ont Hi emportJes de Charenlon, le 22 sep- lembre iSbi, p^r I'individu qui s'7 est pr^sent^ sous le nam de docleur Chevalier, individu qui pourrait bien €tre Charles Johnson, si touterois Johnson (ills de Jean) n'esl pas un pseudo- nyme comme Petrowilch, Pelracchi, Petromanii, Petrucii. (Ills de Pierre). Vous devez comprendre que je ne prends pas la responsabilil^ de ces actes; je ne puis que dii'e que I'^crilure m'a bien paru dire celle de mon pere ; mais JI faul Taire la part de ringrSdient avec lequcl on #crit, de la plume, du papier, da I'ige, qui naturellemenl apportent des modifica lions. Un enpert ■eul aurait pu decider. Le docteur Chevalier.... m'a Tori bien eipliqu* que ces pieces ne signilieraienl rien lant qu'on ne pro- teslerait pas en les produisant pour ou conire moi ; que, bien entendu, ce n'itait pas moi ^ ro'en servir qu'on s'^Uil urangi pour iroubler ma Tiliation et mon identJIS.-.. qu'elleg It a I'appui des crimes qu'ou Bllait commettri st proo- 518 M^MOIRES D'UNE ALI^NJ^E. vaient que depuls de longues anodes on avait pr^m^dit^ de m*an^antir. II m'a dit d'attiret* Pattention itil* ces actes, dont la copie suffit, parce qu*ils sont appuy^s par des pieces autheo- tiques.... Quand il a su par moi et la r^ponse do M. Calmefl et la soustraction de mes papien, il m'a repris ce i|ttl aimit pa auUh riser k me changer de nom et a me dire de parents ineonUds. n m*a recommand^ de conserver mon nom civil et ma posses- sion d'etat tant qu'un jugement ne me les aorait pas dt^s. H m*a assure (et nous en avons la preuve), qu'on ne m'attaquerait pas judiciairementy mais qu'on m'an^antirait clandestinement par des versions telles que celles dont il me donnait connais- sance.... .... Mon p^re ^tait mort lorsqu'on m'a parl^ la premiere fois, en 1849, de ces pi^cet, et j« n'ni v^ \e$ »ate9 qu'^lorn qi^ je ne pouvais plus ^viter la oatiistpoph^, Entendons-nous done bien : cm papiers ^(istimt «l sont hors d'atteinte ; ils peuvent ^re rdpandos, et je $uit fort ai&« d'en avoir eu connaissance et d dtre pr^venue coatre V^S^i qa*ils peuvent produire. Quelle valeur 0DtTil$» si Ton ne poursuit pas? Aucune, jiidiciairement ; maia ils ont une valour ^norme comme tradition, comme Ugende, et qui salt le parti qui peut en ^tr# tir6? II va sans dire qu'on ne fait pas de telles chosen sans un Iwt. Cost done une dpSe da Damocl^; ou est^fUs siispsndue? Disa seul le salt I Et maintenant, Monsieur, je tiens a vous dire qne, quoique votre rapport ne soil pas encore fiiit, je n'en ai pus moins foi et confiance en vous. On ne peut marcher contra sa destinee. Si vous ne pouvei pas, oela explique pourquoi le pauvre M. Tailhand Q'a pas pu. C'est que Vheure de Die\n n'est pas encore eonnee. An pre* mier coup, tout changers. J*esp^re done contre tout espoir^ car je suis bien malade. Ilepeve^, e^c, i Ik curiiElSPONUancl 19 novembre 1875. -^ A M. la Normaut dei Varaniies. Aiissi j'en reviens toujaurs h veus rappeler notre conven- tion, qui a 6ti de metlre sous pli et d'altendre, sana en parler, la fin de I'affaire legale ; i:ela viendra lout aeul au motnetil le plus inattendu. Je vous ai dit mille fois, je prouve lout ce que favaiiL'e ; vous en r^unissez \es preuves vous-m^me. Une boqne fbis pour [outes, aujaurd'hui comme eti 1RS8 it), nnelte;i cela dans ta aalle d'attenle, car je ne dirai plus un mat. Je proiiveriti. Est-ce Clair ; OuTrel les ^eax, elfermez I'enveloppe. C'est aui aulrfs k cherchsr k present. Nous trouoons cette note dans les papiers de ' Jlfi' Rouy : 3e ne puis ici relever toutes les phraees affectueuses qui m'ont el6 ardess^es par ma belle-sceur Desir^e (M"" C.-D. Rouy), Ses leltres t^moignenl de nos sen- timents d'eslime et de fraternelle affection. — Cela sufGt pour fiiire tombfr I'accusatiou d'ingratttitde, car j'ai toujours fait inon possible pour rendie sentiment pour sentiment, service pour service. 520 . mjImoires dune au^nj^e. Fragment d'une leitre de mon pfere qu'il m'6crivait en 4834, lorsque j'6tais k Londres, institutrice chez lady Dillon (4 novembre). Continue done, ma ch^re enfant, en faisant rinstruction des autres, k faire aussi la tienne : ce que je vols avec le plus grand plaisir et qui me fait esp^rer que Dieu ne laissera pas sans recompense ton d^voument et ta sublime resignation. Fragment d'une lettre de M™« D^sir^e Rouy au su- jet d'une place qu'on m'offrait en Russie. Quant a ce que tu me dis pour la Russie, je pense comme toi que la presence est trop n^cessaire a notre vieux pere pour que tu le quittes a pr^si^nt Applique-toi acultiver Tamitie de M. de Saint-L^ger et de ceux qui f aiment sincere- ment et attache moins d'importance a la mechancete perfide de Tu lui as toujours trop montr^ qu'elle pouvait impune- ment t'affliger; mais si vous restez ensemble, pour Dieu! nete laisse done plus meiler et agiter par elle 1 Ta veritable et sincere sceur et amie, F°»e D. Rouy. Limoges, 4 septembre 1843. posT-gcRiprnw. POST-SCRIPTUM. Aa moment de terminer I'impression de cet ouvrage, nous apprenons J'^chec d^flnitif de M. Manier devant le Conseil general, au sujet dea d^penses f^ites par le diparte- ment de la Seine pour Mils Rouy. ■ Cet fichec est la confirmation eclatante de cc que les Jf^- moireB de M"b Rouyet sa d oulou reuse odyss^e ont Euffisam- meril d^nionlre a qui les lira sans parti piis ; c'est que toutc rMamatioii, quelqaejuste qu'elle soil, sera toi^ours ^touff^e d^s qu'elle concerne une personne qui a pass£ par les asiles, tant la compagnie ali^oiste est puissante et prompte k ^carter tout ce qui, de pr^s ou de loin, pouiTait conduire k I'examen de ses actea. s'agissait nullement, dans la queslion posee aa Con- seil g^D^rai, de savuii' si la sequestration de,M"° Rouy ayait ite ^Sgulii^^e ou irrdguli&re, legitime ou arbili-aire, mais bien si ses auteurs devaient fitre recherches pour avoir, par une Tausse declaration d'lndigence, laissd dilapider r de la sSqaeBtree et mis sa pension i. la chai-ge du departemenl. Le comite tionsultatif, appeie i douner son avis anr le point de savoir si, pniaqu'on apportait lea preuves ecrites de la facon dont ils avaient operi^ la sequestration et declare W' Rouy aans ressources et sans fomille, MM. Pelletan et Rony devaient etre actiunnea par le d^partement eu verlu de I'article 1383 du Code civil, qui dJt: Chacuti est reapomable da dommage qit'il a, cmtte, nwi teulemettt jmr d k §2S m£moir£8 d'une ali£n£e. son fait, mais par aa nSgligence ou son imprudence; le comity consultatif, rel^uant aux considerations accessoires la question de finances et de responsabilit^ qui lui ^tait seule soumise> se r^pandit en considerations aussi erron^es qu'etrangSres k cette fpestifU^t ^PUf pi^^ver que MU« Roay etait foUe et que sa sequestration etait r^guliere, niant rimportance ou la valeur des preuves les mieux etablies. f Aff^pdfj, dit-il, qu'p» pp q^j tOHPb^ ^ l» pfl|teft4ae sequestration arbjtraire, la ffp^^ (de )f • Mw$r) Se \iom i sigpi^aier rppinion du Hwstr^ 4« I'^t^ri^HT? ^ i^i P# du directeur de radministratioff departQi|^e)^t||l<) ^t QpinfQ^': na)e en 1878, ^uiv^nt lesquelle^ ^il^t^r|fl^fnp^t d« i9^ aurait ete arbitraire, sans 4'ftiU(iurs ^ppuyer c^te opinio^ personnelle d'aucunp pfeuve, ^*aVfC%wi dQcm(i(wn^\\)} ^PH qi^'^ p^tte date les p«rtiflcata des m^dPW \^ piR* ffe? ting^ues, les plus bpnprs^blQg, le§ mows s^sp^cfs, vemnt «|9 contr61er Tun Tautre, etablis§en( 4 ni^nt^ repri9P9} et chaque foi^ qu'il s^g^itde transferer T^dienee 4^i}g un nouyel etablissement, I'etat patholq^ique de (f^ l^^e et la nece^ site, tant ppnr elle-meme qup ponr les autres, de la te^ enfermee. c Vu tons les rapports, tpute^ lee pi^cefi ; yu la noU ^ If. Jean Rouy^ etc* » M* le rapporteur ^'attache uniqnement i jusfti^er le ip^ decin qui a donne le premier certiflc^t d'^rpu, ^t »rriy^ i cette conclusion assurement inattendue : c Si Tadministration a ete induite en erreur aur \^ situa- tion de la demoiselle Chevalier lipuy en la lu| presentant (1) Cette opinion personnelle dtait bas^e sur les conscienoieuses en- qudtes de M. le president Tailhand, de M. le yieomte 4*Abo«illei el sur celles de MM. les Mimstres de rioteriettp de IM| •( tWI. Cim cbapitr^ WV, p. m j ^^m, «3^, ?Hi p. *^7 k 47(J. cofntpe indjgenle, ce luit ne peul aire impute au docleur Pallet^Hi pas plus qu'AM- Ilouy. t Le sieui' Pellelan el \e eie»v Rouy n'avaient aucune quality pour prendre itue decision de cette nature (placB^- matit am indigentes de la SalpStnere], soit in£me pour a'j apposer, el i tre e s tors I'arlide i 0 peut litre ilivoqui coil' Pour ddm ( 1 f [^ d tl pp ^ ation, il nous suffira de 1 1 1 f t rn e\s constates dan»ces M r t m t p 78 t suivantea : 250, 297, 290 30ti 340 36 3 6 381 ■i 385, 358, 413, 470, 483, 486 t4«8 L'avoir d b^ d t ft (, d^ par celui ou ceiw qui p tl t d I q t t fill, et Bi, par eigligence m delefeira r tt i jj p d I se dispensent rant le tort 00 Ce n'est p inwt MM. P m (1(1 m li . nnn cra>il>_ It q 1 1 IR y u c 1 m [e , Hull Etidie* I t p respoiisables, mais Mil- R y I ait II fim ne Its alta- ({uant pas. 0 bl tl d il t b lu et le dau- ble refus d tan J d ai q 11 ail ^prouvfi avaient seul 1 mp d pabi s. M"'' Rouy g'ftantd^si 16 d t 1 P t t 1 r nctiQnnairfls, fim SB tro ait i t tait i 1 me el!e-mflme. ott pour HI UK di V 11 n avail laiss^ une, car ell i fli I dan 1 t r* II q e le d^parte- aeDt devait d m d 1 ml td ddpanaes!! Nous ext y d B 11 t j I 1 ompte-rendu fln^^del d i t } t dans la sSanco JuConsei! i Id 2 A& b 1882 t 1 livrons sana commentai & 1 pp d 1 I 524 M^MOIRES D'Uf4E ALlMlN^E. H. Haiiler* — En 1880, le Conseil a invito radministration a prendre les mesures n^cessaires pour rentrer 4&ns les ddbours faits par le d^partement pour Tentretien, pendant quatorze ans, de M^^* Hersilie Rouy, s^questr^e ill^galement dans un asUe d'ali^n^s. Je demande k radministration queUes mesures ellt a prises. On nous a fait connaitre un avis du comity consultatif qui ne tend a rien moins qu'4 ^riger en droit cette maxime : « Les battus paient Tamende. » Je ne puis admettre cette solution. Le d^partement est cr^ancier de TEtat qui est responsable dies fautes de ses agents. 11 faut que T^tat paie les 6,225 fr. indiiment pay^s par le depar- tement. H. le Sous-Dlrectenr des Affaires d^partementales. — Le Conseil a d^cid^ que radministration s'en remettrait a la decision du comite consultatif pour poursuivre ou non la reven- dication centre I'l^tat. Le comity consultatif a ^mis un avis tr^s- net, qui est que tout recours centre r£tat serait illusoire. D^s lors le d^partement ne pourrait poursuivre le recouvre- ment que sur la succession de M'^* Hersilie Rouy ; or, cette de- moiselle n'a rien laiss^, puisqu*elle n*a v^cu, a sa sortie de Charenton, que grdce a un subside de r£tat. L'administration pense done qu'il n'y a aucune suite a donner a raffaire, et ceia d'autant plus que, si quelqu*un avait chance d'obtenir gain de cause centre I'foat, c'etaitla victime; or, M^^* Rouy n'apas cm devoir actionner TEtat. n. Hanler. — L'£tat est-il, oui ou non, responsable de ses agents? Oui. Si les agents fautifs ont disparu, r£tat resteiil faut I'actionner. Si W^* Rouy n'a pas poursuivi I'fitat, c'est qu'elle aimait mieux transiger pour avoir les moyens de vivre. Mais le d^partement, lui, n'a accepts aucune transaction. D est cr^ancier. II doit poursuivre son d^biteur. Si nous perdons, nous saurons que lorsqu'on est entre les mains de Vfltat onperd tout droit: cette decision ouvrirait une nouvelle carriere ao revolver. On n'aurait plus d'autre recours que la force. Quant a poursuivre la succession Rouy, ce serait monstraeux, puisque M^^* Rouy est la victime. SI. le 8aiiHiDlrcc(enr dea AllnlroH d^porlenienialeB. — ie cipile que nous uaus sommes coaform^s am instructions da Conseil g^n^ral. Le comite declare que toutrecours eat inu- tile. Le tribunal des condits, d^ns un cas analogue, a decide dans le m^me sens. DSa lors, pourquoi faire des Irais inutilea ? SI. nianler. — Pour le principe, pour qu'il solt constate que les agents de I'Slal peuvent commettre un abus, sans que r£ltat soil actionnable. :S. BUREAU DES PI10CRS-VEI1BAI;\ ET TETITEONS. Le President de la Chambre des lifpuWs iV M. le Normant des Vamnnes. des petitions (■!) a prononcii le renvoi au Ministre de I'ml^rieur, sur la petition dn M. la Normant des Yarannes, inscrite au rdle gdn4ral sous le Cette resoluUon est inseree au Jouitutl officiel du 12 Jan- vier 1883. iApplieation de Variicle 66 du riglement de la Chambre des deputea.) 1!^ MEMOin^l^ D*t7NE iti^N^E. Sommaird de la petition ei moiils cle la comdiisdon, Mittlon BO SOS (diposie par M. Arnoitlt, depute 4u tinistere.) %i 1§ Notfntfnt %k» Y«rtriti«8^ ft Orl^ansi AetktKfide k \k Ofaam^ bre la revision* de la loi du 30 juin 1838 sur lealdi^^y et hn soumet i ce sujet un ensemble de considerations. HLotlfs de la Commlsstoii. -^ M. le Normant des Varannes s'occupe depuis douze ans des questions relatives aux asiles d'ali^n^s. 11 a ^te m^l^ a diverses affaires de ce genre et a puse rendre compte, a Toccasion, de certaines sequestrations arbi- trairei^f defd ddrflbreili et gfntres d^fauts de ia loi de 1838. Le r^cit qull fait d*une de ces s^questratioiis, les details precis et int^ressants qu'il fournit, les -difficultes et les obstacles sans cesse renaissants qu'il fait connaitre, et qu'il a du surmonter avant d'obtenir la mise en ]ii)erf e de la personne s^questr^e, jet- tent la plus vive lumi^re siir cett6 ^^stiori. Aussitot que la commission eitra-parlementaire chargee de preparer la revision de la loi de 1838 fut nommec, le p^titionnaire son^^ea a lui adresser les documents qa'il avait recueillis. Leur communication actuelle est on ne peut plus opportune. La Ghambre est saisie d'une proposition ayant pour objet de mo* diiier le r^glement sur les asiles priy^s consacres aux afien^s.La commission charg^e d'^tudier cette propositiou conclut ai la prisd en consid^miol^. £fl don Cdt^, tcf gbiit^rriefmeilt tiki etudier la question parune commission extra-^parlementaire. &i fltttendatrf \i comp6sritia^ d'liae 6dmmij^k)n piM^ni^taite, qui ne peut tarder beaucoup^ la commissioli pe^are que le m^'^ moire de M. le Normant des Varannes peut etre utilenient com* munique a la commission extra-parlementaire, et d^ns ce but propose le renvoi a M. le Ministre de rinterieur. (Henwn o,u Ministre de Vinterieur,) Rapporteur : M. Escande* i» »irtH»/ 1 EXTRAIT Dtl TESTAMENT DE hUb ROUY. EimAiT lies dispoaitiona teatamettlaira que M'Ib Rorv m'a remises le 19 mars 18^9, en me nommanl son legataire universel et son executeur testamentaire. t Je dMare que tous les meuhles, lableaui, garniture de cheminde, glaces, livres, la montre eC sa chaine, sont i M. et M™ le Normant des Varannea (M. le Noi-mant dcs Varannes eat receveur des hospices d'OrMans). ( Je leur ligue toutes les cupies des pieces authentiques, letlres autograplies des diipuWs, litWrateurs, etc., qui se truuvent au bas dc mon armoire, et qui portent sur les paquets designation de leura noma. I Cette affaire a laquelle ils ont travailU leur appartieni, et ils pourront la publier soit en s'enlendant avec an edi- teur, un journal, ou une soci^te voulant en tirer drame ou roman. » K l-ioctobre 18S1. LISTE ALPHABfiTIQUE des personnes qm^t Hire quelconque, sont intervenues dans ma vie et dans celle de Charles Rouy (1). Berry (M™ la dnoheasp), 3, 169, bOH. Chambord {M. ie comte de), 170,341, 502. Eugenie (I'impfi pat rice), 168, 312, 347, 473. J^r6me(Le roi), 3. HarcoQrt (d'), secretaire da President de la R^pu- blique, 477. Mac-Mahon (DucbessH de Magenta), 477. Louis XVIII, 3. BeauharnaJB (Ib prince Eu- gene de),¥ice-roi d'ltalie, 3. Conatantin (ie grand-dnc), vice-roi da Pologne, 2. Hejm (Y.-A.-C. de), con- seiller d'Jlltat, recteur de I'acadi^mie de Moacou,499. Lapoukine (Mi"e la g^nSraJe Doroth^e de), 499. Nicolas (AlesandrofT), 502. (11 Noo* avons dil, pour roalreindre m un aeul volume da M^moirea Jes voluminGui: 4cTiii lolss^s par Ui'> Hersile Rouy, supprimer forc^- ■nent bien des d^taili ; mais pour doue coatoTraei i son diiair de payer un tribut de recunnalsaance S touE ceux qui se sent Jtit6reas^a i aun trista sort, naua uvoiis dressS udo liste eu Salzac, Avocat. Taille "«), 54. filancbard (L'abb^). BertOBoglio, archevflque de Milan, 496. Carcano, 496. Coquerel (Athanase), 63. DesbroKses (L'abb^). Dupanloup, ^vSque d'Or- li^ans, 262, 356, 394. Emilienne, (aceur),143,157. Guibert, archevSque de Pa- ris, 439. Gervasoni, ehanoine, 496. Jacquet (L'ebbri). Liduvine, (Sfflur), 173 k 175, 437. Louisa, Eisur, 166. Malherbe (I'abbd), 499. Marie, ecui', 143. d'H6- Mermilliod , dvflque Milan (L'archevequede),267, Nicolai (M"" de), religieuae du Sacre-taur. Pafard, ehanoine k Valpa- Placide (Sasur), 265. Pierri (le R. P.), 502. Rauli (L'abb^), 132. Roux (L'abbi), curfi de Rau court, Sibour (Mkt), 4. Saint-Sauveup (ScEur), 132, 436. Sainte- Sophie, sup^rieure, 61, 174, 376, 436. Tabouret (L'abbS), premier aumOniui'. AHais (M'lo Stephanie), Orl, Benoll d'Axy (La vicom- AndriS (M. ol Mota), 6, 7. tesse), Pans, 26. Andrii (M™" Dominique), 6. Bernay (M. et M™"), Orl. Arnoux (M. el Mni= S.), Orl. Boissiere (M. el Mm"), Or» p«rroijx(W""i),m leans, 395, 536 M^MOIRES dHQIK AU^iE. Bertrand Dujonccjuoy (M. et Mme)^ Orleans. Blanchard (M. set Mm«), Boucher de Molandon (M.). Boutroux (M«>e), 8. Buchepot (marquis de). Gambis (comte de)^ 35. Chambeyron (Mm® et M"e). Chapelin (M«»e et M^e), 63. Charoy ain^, Orleans. Ghaudron, 501. Chevalier ( Jeanne - Marie) , femme Boiteux, 2. Ghevalier (Marie), Valpa- raiso, 494, 502. Chevalier (Jeanne-Henriette), 495. Glinchamp (M^e de), Orl. Cochin (Augustin), 174. Couturier (M^ie), Orleans! Decazes (M™® la duchesse). Pans ' Delille (M"e), Orleans. Delion (M»e), Orleans. Del Lago (Baronne), 27, 30, 39, 41. Deshayes-Bonneau, Orl. Desjardins (M., M^e et M^e), 359. Desplanels (Le colonel et MMmes de), Orleans. Dillon (Lady), 5. Dreux (Mi^e Josephine), Orl. Dumay(M"e), 8. Bureau (M^e), 317. Faby (Vicomte et vicomtesse de), Paris. Flavigny (M^e de), 353. Foucher de Careil (Comt"e, Fougeron (Emile), Orl. Fournier, pr6s, de section. FouBSM* (M. et M«e) Orl Gaiiiard (Charles), Oij^s. Galard de Zaleu (M»o As), 5» 388. Gagniet (Ernest), Orleans. 6arsonnet (Eugene), Inspeo^ teur g^n^rai,. 334, 341. Garsonnet, professeur i rficole de droit. Gaucheron (M™©), Orleans. Geffrier (Victor de), Orl. Grenard (M. et Mm«), 36. Collier (Mn»« veuve), 402. Grozelier (MUe de), 47, 71. Guercheville (cornt**® de). Hayet (Mme), 69, 74. Hamilcar (Josephine), 54. Htoe (Mme), Origans. Houry (Alexandre). lUiers (M. d'), Orleans. Imbault (Henri), avou^, Orl. Ivan (Nathaly et Nadeida), 499. Jacob (Georges). Johnson (Charles), 30^ 33. Joubert (M^e de), 54. Lafitte (Mme), 83. Larabel (Cte et Qtesse de), 194. Landreloup (Gustave)', Orl. Latour (Leon). Lefebure (Mmo), 43, 68, 74. Leclerc (Henri et Jules), 436 a 438. Mareau-Grandcour, 311. Mareau (Jules), 311. Massicart (F61ix), Orleans. Maur (M. et M«»e g. de Saint-), 177, 263. Maur (M. de Saint-), con- seiller gdn^ral, Oirl^ans. Migout de Furcy (M««), 308. Mirvilie (Marquis de). Mistral (Jean), 457. Molgfflni freres, OrlSant?. MoiUaudmn (M. el M"'" de). MoufQel (Mile), 380. 481. ^ Houfflelte (MliBj, 197. . BMontoney (Mll^ de), Paris. Nazon (colonel de), Orleans. Nicolle(P'amiHe), 42, 45, 47, ■ ' Nurmant desVaranues (Mm" Edouard le), 273, 276. 4 328, 351. 387, 416,436. Normant des Varaimes (M™ et M'i« Constant le). Normant des Varaiiaes (M. el Mi°a Ulricli le). Normant (le), 293, 297. Ocarol de Pa^os (M^f Fanj), de Valparaiso. O'Riordan (La com 1**8* , Orl. ■ Oyai-cin^MH"), Valparaiso. ■ Pascal, 346. Pastui', 401. Piessac (Mm" de), Oi'lfians. Pellag;ot (Le colouei), Orl. Pelletier, ancien adininistr. Perei'rade Lisa (Mi°8),G6ne9. Pigeonneau (Frani;ois), Paris. Petracchi, 29, 496, 503, 5 '5. Petroraan, 29, 497, 503. Pelrucci, 29, 496 i 503. Petrowicilit, 29, 496 k 503. Petrnski, 515. Porcher (Fernand), 311. Proust-Michel (M. et Mi>"^ Reboul-Richebraque (Mm*), 18. Reverse (MH" Marie), Orl. Rogniat (La baronne), -136. Rouy(L'us1ronorae Charles), '2, 21,494, 500 -k aO± Rouy (Mi^oLaurency), Paris, Rnuy (Claude-Daniel), 10, 79.94, 249,291), 299,301, 340, 365, 381, 397, 405, 446, 474, 501, 52-2, Rouy (.lean), 339, 478, 489. Rouy '(Heni'i), 84, 397. Rouy (Georges), 479. Rouy (.Tean-CharleB-Tfilfi- raaque), 2, 497. Rouy(I)orolhee), 2, 497. RoQv Milre (IjOuifi-UlvBse), 1,-515.- Rouy (M. (i[ Mm" Etienne), 8,10. Rouv, famille de Prusse, 345. 491. Rotalier (C'e et Ci«"o de), 58, 69, 74. Roy, 501. Salmon (M""), Orleans. Serron (M. et M'"«i, Orleans. Soyer(M.), Pai-ia. Tailhand (Mmcet M""), Par. Touanne (Le viuumte Ana- tule de la), Orleans. Trancliau, inspecteur d'Aca- d^uiie, Orleans. Valory (de), 136. VBgnel,19l. Viiiienu (M">a et M"«), Orl. msi MEMPfB£3 P'JJ??? AH^?*F' ERRATA. Page 209, ligne 10, m lieu de hautes posifiptp^ Usez hmt^ Pagp 2%, lijj^e 25^ ^^ lieu de ;nti^ ^^ r|^^ lii^ez |)iii^ 4e Atant-propos XI Chapitre pHEBiEn. — Abrege de ma vie 1 CHAPlTitE fl. — de qui a precede mon enlevement. . 27 CHAPirnE HI. — Mon enlevement et man entrSe a Ch'arenton 50 CuAPiTRE IV. — Qui a fait agir le docteur Pelletan. . 65 Chapitre V. — Charenlon : placement, enregislre- ment, Iransfert 76 dHAPiTRE Vl, — De Charenlon A la SalpfitriJre, — La Prefecture de police 87 CSapitbe Vll. — La gal(>eiri&r&. — Pfewiere mise en libei-td. — Mon arreslalion 100 GHapithe Vin. — Ma renti^e i la SalpStrifire, — Premier Iransferl en province. — L'asile de Fains. 119 Chapitre IX. — Deuxieme transfert en province. — Asite de Mareville I4'2 Cbapitre X. — Asila d'Atnerre 178 ^(^HAPITHE XI. — L'hAtel Saint-Michel. — La Prefec- ture dc police 196 Chapithe XII. — Aaile d'Orl^ans. — Premiere partie. 208 «« 540'- ' TABLE? DES MAT&RES. * » *> ; ^ GhAitre XIII. — Asile d'Orleaaa. — Deuxi^me par- tie. — Le pensionnat. ... .l .... • 249 Ghapitre XIV. — Asile d'Orldaris. -^ Troisi^me par- tie. — L'arriv^e de nles papiers, *. 273 Ghapitre XV. — Paris. — L'enqq^te Rabat-Gonstans. — Refus d'assistance judiciairA . 307 Ghapitre XVI. — Petition aux Chambrfes. — La de- claration de guerre. — Retour k Orleans 341 Ghapitre XVII. — Petition k I'Assembl^e nationale. 356 Ghapitre XVIlI. — Ma petition. •— M. Tailhand, premier rapporteur 375 Ghapitre XIX. — Ma petition. — M. le vicomte d'Aboville, deuxieme rapporteur 395 Ghapitre XX. — Goup d'oeil r^trospectif 417 Ghapitre XXI. — Gonclusion .448 Ghapitre XXII. — Suites d'une reparation amiable. . 477 Pieces justificatives • 492 ExTRAiTS de la correspondance de M^le Hersilie Rouy. 505 POST-SCRIPTUM . 521 LiSTE ALPHAB^TIQUE 529 Errata 538 4 Inip. (reorgea Jaco)); — Orlteuii. ' ■ < w ■fiiliiiiiHi 1 3 tins DiT"™""a ^1 I STANFORD UNIVERSITY LIBRARIES CECIL H. GREEN LIBRARY STANFORD, CALIFORNIA 94305-6004 (415) 723-1493 All books may be recoiled after 7 days DATE DUE